Des sols sains pour une population et une planète en bonne santé: la FAO appelle à inverser le processus de dégradation des sols

Propos du Directeur général de la FAO recueillis lors du Forum mondial pour l’alimentation et l’agriculture à Berlin

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Le Directeur général de la FAO, QU Dongyu, délivre un message virtuel à la Conférence des ministres de l'agriculture - Forum mondial pour l'alimentation et l'agriculture 2022

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28/01/2022

Berlin – Il est vital d’inverser le processus de dégradation des sols si nous voulons nourrir une population mondiale croissante, protéger la biodiversité et contribuer à résoudre la crise climatique que connaît la planète, a déclaré aujourd’hui M. Qu Dongyu, Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), lors d’une réunion des ministres de l’agriculture à Berlin.

Pas moins de 95 pour cent de la production alimentaire mondiale dépend des sols. Cependant, les pratiques agricoles non durables, la surexploitation des ressources naturelles et la croissance démographique exercent une pression accrue sur nos sols. Un tiers des sols sont déjà dégradés et les spécialistes estiment que l’érosion des sols pourrait entraîner une perte de 10 pour cent de la production agricole d’ici à 2050.

Outre les océans, les sols sont les plus grands réservoirs de carbone et jouent un rôle crucial dans l’atténuation des effets de la crise climatique et l’adaptation à ces derniers. La dégradation des sols de la planète a déjà provoqué la libération de 78 gigatonnes de carbone dans l’atmosphère (une gigatonne équivaut à la masse de 10 000 porte-avions américains en pleine charge). La carte mondiale du carbone organique des sols indique que les sols pourraient piéger jusqu’à 2,05 pétagrammes d’équivalent CO2 par an, ce qui permettrait de compenser jusqu’à 34 pour cent des émissions de gaz à effet de serre provenant des terres agricoles.

Les sols renferment également une vie abondante et abritent 25 pour cent environ de la biodiversité mondiale.

«Notre population croissante a besoin de plus d’aliments nutritifs et sans danger pour la santé, exempts de contaminants et d’agents pathogènes», a déclaré le Directeur général de la FAO à cette occasion.

«Les pays doivent s’engager de manière plus ferme en faveur d’une gestion durable des sols», a ajouté M. Qu.

Plus de 70 ministres de l’agriculture du monde entier ont été invités par leur homologue allemand, M. Cem Ozdemir, à échanger des vues et des idées à l’occasion du Forum mondial de l’alimentation et de l’agriculture, conférence qui a lieu chaque année à Berlin.

Inversion du processus de dégradation

Dans son nouveau rapport sur L’État des ressources en terres et en eau pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde, la FAO a déjà tiré la sonnette d’alarme: nos systèmes agricoles – le réseau complexe et interconnecté que constituent les sols, les terres et l’eau – ont atteint leur «point de rupture».

L’érosion des sols constitue la menace la plus importante. Elle pourrait entraîner, d’ici à 2050, une perte de 10 pour cent environ de la production agricole et faire disparaître 75 milliards de tonnes de sols.

La pollution des sols pose également problème. Elle ne connaît aucune frontière et, sous l’effet de celle-ci, les aliments que nous consommons, l’eau que nous buvons et l’air que nous respirons deviennent dangereux. L’utilisation excessive ou inappropriée de produits agrochimiques en est l’une des causes. La production annuelle mondiale de produits chimiques industriels a doublé depuis le début du vingt et unième siècle, pour atteindre 2,3 milliards de tonnes environ. Elle devrait augmenter de 85 pour cent d’ici à la fin de la décennie.

La salinisation représente également un défi. Elle touche 160 millions d’hectares de terres cultivées dans le monde et entraîne chaque année une perte de productivité sur une superficie de 1,5 million d’hectares.

Enfin, nous manquons de données fiables. Plus de 55 pour cent des membres du Réseau mondial des laboratoires des sols (GLOSOLAN) qui ont été interrogés ne disposent pas de capacités d’analyse suffisantes, notamment pour ce qui est des ressources humaines, des procédures d’harmonisation et de l’équipement.

En octobre, la FAO a lancé la carte mondiale des sols touchés par la salinisation, un projet conjoint auquel participent 118 pays et des centaines de collecteurs de données. La carte permet aux spécialistes de repérer les lieux dans lesquels il convient d’adopter des pratiques de gestion durable des sols, et de renseigner les décideurs lorsque ceux-ci se penchent sur l’adaptation au changement climatique et des projets d’irrigation.

Il faut en faire davantage.

Selon le Directeur général de la FAO, les pays doivent prendre des engagements plus fermes. Des instruments tels que les Directives volontaires pour une gestion durable des sols, la Charte mondiale des sols et le Code de conduite international sur l’utilisation et la gestion durables des engrais peuvent donner un élan supplémentaire.

Des investissements plus importants, notamment visant à soutenir l’adoption de pratiques de gestion durable des sols, la reconstitution du carbone des sols, ainsi que la sécurité foncière, constituent également des priorités.             

Le Directeur général s’est félicité de l’adoption, par les participants, d’un communiqué commun qui reflétait, selon lui, notre engagement en faveur de sols en bonne santé, y compris de la protection des terres agricoles grâce à la sécurisation des régimes fonciers. Il a déclaré que la FAO contribuerait à en faciliter la mise en œuvre.

«La FAO s’engage, notamment par dans le cadre du Partenariat mondial sur les sols, à contribuer à la santé des sols et à soutenir la gestion durable des sols à tous les niveaux, afin d’améliorer la production, la nutrition, l’environnement et les conditions de vie, tout en ne laissant personne de côté», a conclu M. Qu.

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