Rome – Notre planète est confrontée à la double nécessité de produire davantage de nourriture et de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. De nombreuses solutions technologiques ou stratégiques visant à répondre à ces défis sont en cours d’élaboration et de déploiement. L’une d’elles consiste à utiliser des «inhibiteurs environnementaux», substances qui peuvent contribuer à réduire les émissions de méthane des vaches et d’autres animaux d’élevage et à limiter les pertes d’azote imputables aux épandages d’engrais sur les terres agricoles.
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié un rapport intitulé
Environmental Inhibitors in Agrifood Systems – Considerations for Food Safety Risk Assessment (Inhibiteurs environnementaux dans les systèmes agroalimentaires – Points à prendre en considération dans l’évaluation des risques pour la sécurité sanitaire des aliments), accompagné d’une
note technique, afin d’aider les décideurs politiques et toutes les parties prenantes à évaluer les risques potentiels pour la sécurité sanitaire des aliments.
Se référant au risque de transfert de résidus d’inhibiteurs environnementaux dans la chaîne alimentaire, le rapport souligne la nécessité de mener des analyses et d’évaluer minutieusement les risques pour la sécurité sanitaire des aliments, de façon à réduire autant que possible les éventuelles répercussions négatives sur la santé humaine et les perturbations commerciales.
Le rapport met l’accent sur deux grandes catégories: les inhibiteurs de méthanogénèse administrés aux vaches et à d’autres animaux d’élevage dans le but de réduire leurs émissions de méthane (CH4), et les inhibiteurs d’azote appliqués dans les sols pour atténuer les pertes d’azote et les émissions d’oxyde nitreux (N2O) associées aux productions végétales.
Lors d’un webinaire qui se tiendra le 20 janvier, les experts de la FAO présenteront leurs conclusions et discuteront des aspects liés à la sécurité sanitaire des aliments qu’il est nécessaire de prendre en compte et de traiter correctement dans le contexte de l’utilisation d’inhibiteurs environnementaux dans les systèmes agroalimentaires. Les personnes souhaitant participer au webinaire, qui se déroulera sur la plateforme Zoom à 10 heures (heure d’Europe centrale), peuvent s’y inscrire
ici.
«Lorsque de nouvelles pratiques ou technologies sont introduites dans les systèmes agroalimentaires, il importe de ne pas négliger la question de la sécurité sanitaire des aliments», a déclaré Corinna Hawkes, Directrice de la Division des systèmes agroalimentaires et de la sécurité sanitaire des aliments (ESF). «En tenant compte dès le départ de la sécurité sanitaire des aliments, nous pouvons faire en sorte que les mesures visant à réduire les atteintes à l’environnement soient efficaces, fiables et bien comprises.»
À l’heure actuelle, les cadres réglementaires applicables aux inhibiteurs environnementaux sont fragmentés, les exigences en matière de données et les systèmes d’évaluation variant d’une région à l’autre. Il y a donc lieu d’adopter une approche harmonisée. La FAO apporte sa pierre à cette approche grâce aux avis scientifiques émis par les comités internationaux d’experts (le Comité mixte FAO/OMS d’experts des additifs alimentaires et la Réunion conjointe FAO/OMS sur les résidus de pesticides), qui servent de base aux normes établies par la Commission du Codex Alimentarius.
La publication et le webinaire s’inscrivent dans le cadre du
programme prospectif de la FAO en matière de sécurité sanitaire des aliments, qui vise à recenser les problèmes naissants en matière de sécurité sanitaire des aliments et à en suivre l’évolution dans le contexte de systèmes agroalimentaires qui se transforment rapidement.
Points à retenirSelon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les sources agricoles seraient à l’origine de 58 pour cent des émissions mondiales de CH4 et de 52 pour cent des émissions de N2O. De son côté, la
FAO prévoit que, sans mesures d’atténuation, les émissions globales de gaz à effet de serre émanant des systèmes agroalimentaires augmenteront de plus de 30 pour cent entre 2010 et 2050.
Les inhibiteurs de méthanogénèse sont reconnus comme des éléments ayant leur place dans les stratégies de réduction des émissions de méthane des ruminants. Ils agissent de différentes manières; bon nombre d’entre eux (par exemple, le 3-nitrooxypropanol [3-NOP]) bloquent l’activité de la principale enzyme qui catalyse la dernière étape de la production de CH4 par les micro-organismes présents dans le pré-estomac des ruminants. Certaines juridictions les classent comme médicaments vétérinaires et d’autres comme additifs alimentaires, raison pour laquelle les approches adoptées en matière d’évaluation des risques varient.
Quant à l’azote, c’est un nutriment indispensable à la croissance des végétaux et souvent le facteur qui limite le plus la productivité des cultures. Cela étant, une grande partie de l’azote utilisé comme engrais se perd dans l’environnement par volatilisation, lessivage, ruissellement ou selon d’autres processus.
Les inhibiteurs d’azote (par exemple l’inhibiteur de nitrification dicyandiamide [DCD]) sont conçus pour rendre l’utilisation de l’azote plus efficace. Ces substances étant généralement appliquées dans les sols, leur transfert potentiel vers des végétaux consommés par les humains ou le bétail, ou leur ingestion directe par les animaux dans les sols traités, peuvent avoir une incidence déterminante sur le risque que ces composés pénètrent dans la chaîne alimentaire.
Quelle que soit la façon dont ces groupes de substances chimiques sont classés, pour satisfaire les exigences minimales de données requises à des fins d’évaluation de la sécurité sanitaire des aliments, il faut commencer par déterminer la présence ou l’absence de résidus détectés dans les aliments, selon la FAO.