Les sols jouent un rôle essentiel dans la production d’aliments nutritifs et la préservation de la santé de l’environnement. Ils sont aussi le socle sur lequel reposent la durabilité et la résilience des villes. ©FAO/Matteo Sala
Nos villes grandissent à toute allure: alors qu’elles concentrent déjà environ 55 pour cent de la population mondiale, l’on s’attend à voir ce chiffre grimper à 68 pour cent d’ici à 2050. À mesure que les zones urbaines s’élargissent, le besoin de les approvisionner en aliments frais, salubres et nutritifs et de construire des espaces qui résistent aux effets du changement climatique se fait plus pressant. La clé, pour y parvenir, se trouve sous nos pieds: les sols, la fondation même sur laquelle elles sont construites, trop souvent négligée.
Les sols des villes font bien plus que simplement supporter bâtiments, routes et autres infrastructures: ils sont le terreau des villes résilientes et vertes. Une bonne connaissance de ce lien peut nous permettre à l’avenir de concevoir et de construire des maisons et des quartiers plus adaptés. Cela va également dans le sens de l’approche «Une seule santé», qui affirme que la santé des sols contribue à la santé des personnes, des animaux, des plantes et de l’environnement.
Cette année, à l’occasion de la Journée mondiale des sols, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) nous rappelle que la santé des villes repose sur celle des sols, lesquels sont au fondement du développement agricole, de la sécurité alimentaire, des fonctions écosystémiques, de la biodiversité et de la résilience face au changement climatique.
Voici quatre liens importants entre les sols et les villes:
1. Les sols fournissent de la nourriture aux populations urbaines et périurbaines.
Plus de 80 pour cent des aliments consommés dans les villes proviennent d’agriculteurs familiaux dont l’activité dépend de sols en bonne santé dans les zones rurales. En investissant dans des pratiques agricoles durables et dans la santé des sols dans les zones rurales, l’on contribue à répondre aux besoins alimentaires croissants de populations urbaines qui ne font que s’élargir, tout en protégeant les moyens de subsistance des agriculteurs et en renforçant la sécurité alimentaire mondiale.
Les sols urbains en bonne santé servent actuellement à produire environ 10 pour cent des légumes, légumineuses et tubercules dans le monde, pour une consommation dans les villes. Ils peuvent aider à nourrir les populations urbaines et périurbaines en permettant de faire en sorte que des aliments salubres et frais cultivés sur des terrains, dans des potagers voire sur des toits demeurent accessibles et disponibles sur les marchés urbains. L’agriculture urbaine, qui demeure une composante importante des systèmes socioéconomiques urbains, est une source d’emplois pour les résidents des villes.
Grâce à la planification intégrée de l’utilisation des terres, à une croissance urbaine compacte et à l’intégration des systèmes agroalimentaires, nous pouvons préserver les sols, garantir la disponibilité des aliments et bâtir des villes plus durables. La planification effectuée dans le cadre du programme sur les systèmes alimentaires ville-région (CRFS) en est un modèle, qui encourage l’agriculture dans les villes et aux alentours pour renforcer la sécurité alimentaire et les économies locales.
À gauche/en haut: L’agriculture urbaine fournit actuellement 10 pour cent des légumes, légumineuses et tubercules dans le monde. L’agriculture reste une composante importante des systèmes socioéconomiques et écologiques urbains. ©FAO/Riccardo De Luca. À droite/en bas: Planter des arbres permet de filtrer les polluants dans les villes, tandis qu’une couverture végétale accrue peut réduire les températures de surface. ©FAO/Simone Borelli
2. Les sols peuvent réduire la pollution, les effets des phénomènes météorologiques extrêmes et les températures en ville.
Les villes sont des nœuds de circulation et des sources de pollution industrielle, de déchets et d’eaux usées. Il en résulte que les sols urbains peuvent rapidement se trouver pollués, ce qui pose de graves risques pour la santé des habitants. Des mesures doivent être prises pour repérer, gérer et restaurer les sols urbains pollués. La mise en place d’espaces verts, de parterres arborés et de corridors verts peut contribuer à filtrer les polluants.
En contrepartie, les sols sains favorisent un plus grand couvert végétal, qui absorbe moins la chaleur que le béton et l’asphalte, abaisse les températures de surface, absorbe les eaux de pluie et limite les glissements de terrain et les inondations. À mesure que nous construisons de plus en plus de routes et de bâtiments, nous faisons progresser l’imperméabilisation des sols urbains. En revanche, en prévenant l’imperméabilisation des sols et en inversant cette tendance grâce à la végétalisation urbaine, nous pouvons maintenir les villes fraîches et atténuer les effets des phénomènes météorologiques extrêmes en séquestrant le carbone, en retenant l’eau et en favorisant la biodiversité.
3. Les sols contribuent à améliorer la santé et le bien-être des populations.
La bonne santé des sols est l’élément fondamental sur lequel reposent les forêts, parcs et jardins urbains et périurbains, ainsi que les arbres en ville.
Les villes entourées d’arbres et de parcs offrent aux habitants des possibilités de loisirs et concourent à leur bien-être et à leur santé. Il est prouvé que les espaces verts améliorent la santé mentale en réduisant le stress, l’anxiété et la dépression, et le simple fait de passer du temps auprès des arbres peut favoriser les émotions positives. Et comme les parcs et les jardins encouragent également l’activité physique de tous, lorsque les sols sont fertiles et les villes verdoyantes, les populations s’épanouissent elles aussi.
Les espaces verts offrent des possibilités de loisirs et encouragent l’activité physique, contribuant ainsi à la santé et au bien-être des habitants. ©FAO/Simone Borelli
4. La santé des sols est un bon levier pour améliorer la gestion des déchets en ville.
Les villes produisent environ 70 pour cent des déchets de la planète. L’amélioration de la manière dont elles gèrent leurs déchets peut avoir des retombées positives directes sur les sols urbains. Quand la matière organique est isolée et transformée de manière sûre en compost, en biocharbon ou en biodéchets produits grâce à la mouche soldat noire, puis utilisée dans les cultures vivaces ou les fermes urbaines, elle redonne des nutriments aux sols et favorise l’agriculture urbaine et la santé des sols urbains.
L’initiative Villes vertes de la FAO vise à créer des espaces dynamiques, inclusifs et résilients, bénéfiques pour les populations et la nature. Pour repenser les villes de manière à les rendre véritablement durables, nous devons réinventer la gestion de nos espaces, la production de nos aliments et l’utilisation de nos ressources. Cette transformation peut avoir pour point de départ un élément fondamental: la bonne santé des sols.
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