Au Cambodge, la saison humide est de plus en plus imprévisible, mais de nouvelles semences résistantes aux inondations ont permis de rendre les récoltes de Seuy Phok et d’autres riziculteurs plus fiables. ©FAO/Sopheak Em
Après la mort de sa mère, Seuy Phok a dû s’occuper de ses champs presque sans aucune aide tout en élevant seule son enfant. «Mélanger l’engrais, labourer et semer: je fais tout moi-même», explique-t-elle.
Durant plus de quarante ans, dans la commune de Tean Kam, dans le nord-ouest du Cambodge, Seuy a récolté du riz sur les terres dont elle avait hérité de sa grand-mère et de son défunt père en utilisant les mêmes méthodes qu’eux.
En juin, pendant la saison humide, la pluie s’abat sur les rizières et sur l’ensemble du paysage cambodgien, inondant les parcelles de riz et les sols que les agriculteurs cultivent depuis des générations pour se nourrir et subvenir aux besoins de leur famille.
Année après année, les précipitations sont devenues de plus en plus imprévisibles – parfois tardives, parfois trop abondantes –, laissant les agriculteurs démunis, incapables de déterminer le moment opportun pour procéder aux plantations et les méthodes à appliquer lors de la récolte.
Il y a quatre ans, de fortes pluies ont submergé les rizières de Seuy et abîmé ses cultures. Le peu qui n’avait pas été détruit avait dû être récolté avec l’aide de machines et non manuellement, comme cela se faisait d’habitude.
Seuy avait alors entendu parler d’un projet de promotion des moyens de subsistance résistants aux aléas climatiques au sein des communautés rizicoles de la région de Tonlé Sap, mené par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et financé par le Fonds pour l’environnement mondial, projet auquel elle a décidé de participer. Celui-ci visait à fournir des semences de riz de qualité adaptées aux nouvelles conditions climatiques et à proposer aux agriculteurs une formation sur le terrain aux pratiques durables pour les aider à mieux s’adapter au changement climatique.
Après avoir reçu des semences certifiées et bénéficié d’une formation sur la production de semences, Seuy a vu ses rendements doubler et a pu commencer à vendre des semences en plus du riz.
«La première année, j’ai vendu un baril et dix sacs de riz, se souvient-elle. La deuxième récolte a été bien meilleure: deux barils et cinq sacs.»
Le projet de la FAO a permis de mettre en place des écoles pratiques d’agriculture et de fournir aux agriculteurs des semences de riz de qualité pour les aider à mieux s’adapter au changement climatique. À gauche/en haut: ©FAO/Bormey Chy. À droite/en bas: ©FAO/Sopheak Em
Les semences certifiées ne sont pas seulement plus résilientes face aux stress climatiques. Elles permettent également de produire du riz jasmin parfumé très demandé sur les marchés d’exportation. «Le riz est bon, il n’est pas décoloré et les commerçants n’hésitent pas à l’acheter», explique Champey Ream, rizicultrice dans la réserve d’Ang Trapeang Thmor, dans le nord-ouest du Cambodge. «Nous pouvons obtenir des prix plus élevés», ajoute-t-elle.
Grâce au projet de la FAO, Champey a adopté de nouvelles techniques qui lui ont permis d’utiliser moins de semences, d’engrais et de pesticides. «Nous utilisons moins de semences et appliquons les engrais selon les méthodes que nous avons apprises, explique-t-elle. Avant, les maladies pouvaient abîmer nos récoltes, mais aujourd’hui, nous cultivons un riz sain et pur dont la croissance est robuste.»
Avec seulement 40 kilogrammes de semences, Champey a récolté deux tonnes de riz et gagné près de 1,5 million de riel, soit 375 USD. «Notre rendement a doublé, se réjouit-elle. Nous dépensons moins en semences et en pesticides tout en améliorant notre santé et nos revenus.»
Ces semences améliorées ont ouvert de nouvelles perspectives pour Seuy, qui a pu poser des clôtures dans ses champs, bâtir les murs d’une nouvelle maison et économiser pour réinvestir dans son exploitation. Au-delà des bénéfices pour ses terres, ces revenus supplémentaires permettent à Seuy de financer les études de son enfant. «J’utilise l’argent gagné pour payer les frais de scolarité, explique-t-elle. De cette manière, nos enfants peuvent étudier sans que nous nous endettions.»
Champey travaille dur pour que ses enfants et ses petits-enfants reçoivent une éducation qui puisse leur assurer un avenir durable. Sa fille a fait des études brillantes et obtenu une bourse pour un doctorat en recherche environnementale, et l’exploitation rizicole de Champey permet aujourd’hui à ses petits-enfants d’aller à l’école. «Ces connaissances sont très importantes et leur seront utiles, à eux comme à nous», déclare Champey.
Champey, qui prône depuis toujours l’émancipation des femmes, a aidé à organiser des séances de formation pour les femmes de son village et rêve de développer le tourisme écologique dans la réserve et d’en commercialiser les produits locaux.
«Je veux que les autres femmes soient fortes et comprennent l’importance du savoir, explique-t-elle. La richesse ne suffit pas sans les connaissances.»
En adoptant de nouvelles techniques apprises lors des formations, Champey Ream est parvenue à utiliser moins de semences, d’engrais et de pesticides tout en doublant ses rendements. Elle espère aider d’autres agricultrices à faire de même. ©FAO/Bormey Chy
Les écoles pratiques d’agriculture établies dans le cadre du projet aident à faire connaître l’agriculture durable et à offrir une expérience pratique dans 17 zones protégées et 45 communes de la région de Tonlé Sap.
Les agriculteurs y apprennent comment produire du riz résistant aux aléas climatiques et appliquer des engrais efficacement en fonction du type de sol. Le projet encourage l’utilisation de variétés de riz résistantes aux sécheresses et aux inondations, l’économie d’eau pendant la préparation des terres et la diversification des cultures. Les parcelles de démonstration permettent de mettre ces leçons en pratique et les agriculteurs apprennent à noter leurs progrès et l’amélioration de leurs rendements d’une saison à l’autre.
Lorsque les agriculteurs ont accès aux intrants et aux connaissances grâce au financement pour le climat, ils peuvent faire face aux aléas du changement climatique.
Pour Seuy et Champey, l’agriculture n’est pas qu’un simple moyen de subsistance. C’est aussi la promesse d’une vie digne et indépendante et d’un avenir meilleur pour leurs familles. «Je veux que les familles et la société puissent vivre en paix, conclut Champey. En tant que femme, je souhaite comprendre le monde et aider les autres à le comprendre.»
Dans les rizières cambodgiennes, cette philosophie prend racine et gagne rapidement de nouveaux adhérents.
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