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Celle qui fait grandir le Tadjikistan


En aidant les agricultrices à faire renaître les cultures perdues et en les guidant vers un avenir résilient

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Admirée pour son travail dans l’agriculture sous serre et l’apiculture, Sonya Kirgizova est devenue une figure de confiance dans sa communauté, une personne vers laquelle on se tourne pour poser des questions sur les cultures, les organismes nuisibles, la conservation des aliments ou la santé de la famille. ©FAO/Didor Sadulloev

04/03/2026

Sonya Kirgizova est bien connue dans les villages de montagne de Tojikobod, dans le centre-est du Tadjikistan. Ses voisins admirent sa serre, ses bocaux remplis d’oignons d’Anzur et de cornichons marinés et les ruches bourdonnantes derrière sa maison. Mais surtout, ils lui font confiance. Une confiance qui l’a amenée à jouer un rôle clé dans la participation des agricultrices à un projet qui contribue à protéger la riche agrobiodiversité du Tadjikistan.

Sonya est profondément attachée à l’agriculture. Adolescente, elle aidait ses parents à cultiver des pommes de terre. Après son mariage, elle plantait des semis avec son mari. Après l’émigration de celui-ci en Fédération de Russie pour de longues périodes de travail saisonnier, elle s’est occupée seule des champs. Au fil du temps, elle a commencé à maîtriser chaque étape du processus: plantation, irrigation, récolte et stockage. Ce qui était au départ une nécessité est devenu une compétence.

«Je n’avais pas le choix», dit-elle. «Au début, c’était difficile, mais avec le temps, j’ai appris à tout gérer. Je suis devenue plus forte.»

Au Tadjikistan, nombreuses sont les femmes qui ont suivi le même parcours que Sonya. Les femmes rurales ont toujours joué un rôle central dans l’agriculture, en plantant, en désherbant, en s’occupant du bétail et en gérant la production alimentaire du ménage, mais elles assument aujourd’hui encore plus de tâches du fait que les hommes émigrent de plus en plus souvent à la recherche d’un revenu. En fait, l’essentiel de la main-d’œuvre agricole est désormais constitué de femmes, qui gèrent souvent toutes seules des exploitations entières.

Longtemps méconnues et souvent non rémunérées, nombre de femmes n’ont cependant toujours pas accès aux connaissances, aux financements, aux outils et aux ressources dont elles ont besoin pour faire de l’agriculture une source de revenu fiable.

Comme de plus en plus d’hommes quittent le Tadjikistan, les femmes constituent l’essentiel de la main-d’œuvre agricole. En haut, à gauche: ©FAO/Didor Sadulloev. En bas, à droite: ©FAO/Mattia Romano

Sonya joue dans la communauté un rôle qui va bien au-delà de son propre foyer. Au fil des ans, chaque fois qu’elle a acquis de nouvelles compétences et connaissances dans le cadre de projets de santé et de développement, elle les a partagées avec d’autres femmes.

Lors du lancement, à Tojikobod, d’un nouveau projet de protection des cultures traditionnelles et de renforcement de l’agriculture locale, Sonya a été l’une des premières personnes contactées par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Menée par le Gouvernement du Tadjikistan et la FAO et financée par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), cette initiative a aidé les populations, avec les femmes en tête, à faire revivre les semences locales, ce qui a permis d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition et de renforcer la résilience.

Les normes culturelles et sociétales du pays font qu’il est souvent difficile d’avoir des contacts directs avec les femmes dans les villages ruraux, mais Sonya avait déjà la confiance de la communauté et le soutien des pouvoirs publics locaux. Elle a ouvert la porte.

«Elle était la clé», explique Carolina Starr, fonctionnaire agricole à la FAO. «Sonya nous a aidés à briser la glace et a permis aux femmes d’avoir accès aux semences locales, d’assister aux formations et de participer activement aux activités du projet.»

Sonya a commencé à collaborer avec la FAO en organisant des formations pratiques dans son jardin. Elle invitait d’autres femmes pour leur apprendre à cultiver les légumes, à tailler les arbres fruitiers, à gérer les serres et à élever des abeilles. Plus elles apprenaient, plus elles prenaient confiance en elles.

«Ici, les femmes travaillent dur», affirme Sonya. «Mais, bien souvent, elles ne sont pas vues comme des agricultrices ou des décideuses. Aujourd’hui, elles commencent à l’être.»

Grâce à ce projet, les femmes ont commencé à faire revivre des variétés de cultures traditionnelles, souvent oubliées, pour améliorer la nutrition et rendre l’agriculture plus résiliente. ©FAO/Didor Sadulloev

L’accès aux semences locales a marqué un tournant. Sonya aide à gérer une des sept banques de semences communautaires créées avec le soutien du projet.

Ces banques de semences communautaires, dans lesquelles sont stockées des variétés traditionnelles climato-résilientes, fonctionnent comme un système de prêt local. Un agriculteur peut prendre un kilo de semences au moment de la plantation et, après la récolte, rendre 1,3 ou 1,5 kilo à la banque, ce qui permet à celle-ci de rester active et de se développer.

«Les semences sont très importantes pour nous», explique Sonya. «Désormais, les femmes peuvent obtenir des semences directement, sans délai ni complication.»

Plus important encore, ces banques sont détenues et gérées par la communauté. Les agriculteurs décident de ce qu’ils y stockent, quand et comment rendre des semences et comment ils gèrent leur stock local.

«Ces banques de semences communautaires permettent aux agriculteurs de contrôler leur production», explique Mme Starr. «Et comme un grand nombre d’entre elles sont dirigées par des femmes, qui assument en outre l’essentiel de la responsabilité de l’alimentation de leur famille, cela améliore aussi la nutrition.»

Plus de variété dans les champs se traduit par plus de variété dans l’assiette.

Les femmes ont commencé à faire revivre des variétés de cultures traditionnelles, souvent oubliées, en les réutilisant dans leurs plats et en vendant le surplus. Certaines cultivent pour la première fois sur leurs terres des produits de montagne, comme l’oignon d’Anzur. Ces oignons sont marinés et mis en conserve, ce qui crée de nouvelles sources de revenus.

Pour Sonya, le plus grand changement tient au fait que les femmes se considèrent désormais comme des productrices, des mentors et des décideuses.

«Certaines des femmes avec lesquelles je travaille n’avaient jamais gagné d’argent de leur vie», explique-t-elle. «Maintenant que c’est le cas, elles aident leur famille, elles nourrissent mieux leurs enfants et enseignent même ce qu’elles savent.»

Et si les banques de semences communautaires sont le résultat le plus visible de cet effort, la véritable fondation du succès réside dans des personnes comme Sonya, des chefs de file locaux de confiance qui créent des liens entre les connaissances, qui accompagnent le changement et qui entraînent d’autres personnes avec eux.

Le projet FAO-FEM sur l’agrobiodiversité est mené dans sept districts du Tadjikistan, où les communautés agricoles s’efforcent de faire revivre les cultures traditionnelles, de conserver les ressources phytogénétiques et de renforcer les systèmes alimentaires locaux. Il soutient également les efforts nationaux visant à améliorer les politiques de préservation de l’agrobiodiversité.

En plaçant les femmes en son centre, ce projet contribue à une agriculture plus résiliente, à une meilleure nutrition et à une plus grande équité dans le développement rural. À ce jour, il a touché plus de 1 500 personnes dans tout le pays.

Le présent article fait partie d’une série célébrant les agricultrices du monde entier. Des productrices, pêcheuses et éleveuses pastorales aux commerçantes, agronomes ou encore entrepreneuses rurales, toutes sont à l’honneur. L’Année internationale des agricultrices (2026) vise à reconnaître leurs contributions essentielles à la sécurité alimentaire, à la prospérité économique et à l’amélioration de la nutrition et des moyens de subsistance, malgré la lourde charge de travail, les conditions de travail précaires et l’accès inégal aux ressources dont elles pâtissent. Elle promeut une action collective et des investissements ayant pour but l’autonomisation des femmes dans toute leur diversité et la mise en place de systèmes agroalimentaires plus justes, plus inclusifs et plus durables pour tous.