Plateforme des Connaissances Pastorales

Conversations pastorales | L'élevage et la transhumance au Niger

"Avant...c'était le paradis ici," Mama Abdoulaye


21/11/2022 -

Quel est votre nom et où vivez-vous ?

Je m’appelle Mama Abdoulaye, je vis dans la commune de Farey, dans la région de Dosso.

Quel type d’animaux gardez-vous? Appartiennent-ils à vous et votre famille, ou bien les gardez-vous pour d’autres personnes ?

Je possède des bovins, des ovins, des caprins et des camelins. Je garde également trois chameaux qui appartiennent à un enseignant-chercheur de Niamey. En fait, c’est moi qui les lui ai vendus, car il s’intéressait à l’élevage, mais je continue à les garder pour lui. Lorsque le chercheur est de visite, je trais le lait de ses chamelles pour le lui donner.

Depuis combien de temps êtes-vous éleveur ?

Depuis toujours, j’ai hérité l’élevage de mon père, qui lui-même l’a hérité de son père.

Comment décririez-vous la transhumance dans votre région ?

Les ovins et caprins partent pendant la saison sèche [NDLR : à partir de novembre] au Sud, au Bénin, tandis que les bovins et camelins restent dans la région pendant ce temps. Lorsque les ovins et les caprins reviennent, pendant l’hivernage [NDLR : à partir de juin], les bovins les rejoignent et ils partent au Nord, vers la commune de Loga. Les camelins, eux ne bougent pas de la région, ils font plutôt de la transhumance interne. Les chameaux sont très résistants, Il faut seulement leur trouver du sel et de l’eau, c’est tout. C’est pourquoi beaucoup de familles se tournent vers ce type d’élevage aujourd’hui. Moi je suis maintenant fixé à Farey mais j’ai trois bergers, un pour chaque type d’animaux, les petits ruminants d’un côté, les bovins et enfin les camelins. Ce sont tous des cousins proches de la famille car je ne confirais pas mes animaux à des personnes que je ne connais pas. Chez moi, j’ai gardé trois chamelles pour l’autoconsommation en lait.

 

Boubacar, un jeune berger de la commune de Rouga peulh, à proximité de celle de Mama

Avez-vous constaté des changements durant la dernière décennie lors de votre transhumance ?

L’insécurité a bouleversé le pays. Avant, c’était le paradis ici. Moi je ne connaissais que l’élevage, mais quand j’ai vu la tournure que prenaient les choses, j’ai décidé d’acheter un champ dans la commune de Farey, et de m’y fixer. Je cultive, je possède quelques volailles, je me suis adapté. Mes troupeaux continuent de bouger avec les bergers, mais ils partent moins loin. Lorsque j’étais jeune, je faisais la transhumance au Bénin d’un côté et jusqu’à la frontière du Mali de l’autre, mais aujourd’hui, c’est impossible, avec l’insécurité. C’est dommage car au Nord, les pâturages sont très bons. Il n’y a pas de maladies. Il fallait seulement acheter des pierres à lécher. Au Sud, il y a beaucoup de maladies, donc il faut traiter les animaux pendant la transhumance.

Quels sont les principales difficultés pour les éleveurs pastoraux dans votre région ?

La principale difficulté des éleveurs dans la région, c’est l’insécurité, notamment au Nord du pays, car on ne peut plus y aller. La deuxième, c’est la sécheresse et les longues périodes de soudure. Et puis nous subissons également de temps en temps des vols d’animaux.

Les jeunes sont-ils intéressés pour devenir éleveurs pastoraux ?

Comme je le disais, j’ai hérité de l’élevage de mon père, qui lui-même l’a hérité de son père. J’ai pu voir que l’élevage peut permettre de bien gagner sa vie. Par exemple, mon père a pu faire le Hadj [N.D.L.R. : aller à la Mecque] et moi aussi. Mais vu l’état actuel des choses, vu ce qu’il se passe, je ne peux pas encourager mes enfants à devenir éleveurs. En se fixant à Farey, je les ai inscrits à l’école. Mais certains d’entre eux ont quand même préféré retourner aux pâturages.

Comment les politiques et interventions publiques pourraient-elles mieux aider les éleveurs pastoraux ?

 

Au niveau de la région, nous voulons que les administrations aménagent les espaces pastoraux, faire en sorte qu’il y ait des fourrages, des points d’eau, des parcs de vaccination. Pour ce qui est de l’Etat, nous aimerions qu’ils sécurisent l’accès aux pâturages, qu’ils contiennent l’insécurité, pour que nous puissions repartir au Nord comme avant.