Plus que de simples crypto-monnaies - utiliser la blockchain pour l'action climatique dans l'agriculture
Le changement climatique est l'une des plus grandes menaces à la sécurité alimentaire, à la réduction de la pauvreté et au développement durable dans le monde entier. Pour faire face aux conséquences du changement climatique, des solutions innovantes sont nécessaires. La technologie blockchain fait partie de ces solutions. Mais comment fonctionne-t-elle et comment peut-elle être utilisée?
Les Nations Unies reconnaissent l'innovation comme une force motrice pour aider le monde à atteindre la sécurité alimentaire et les objectifs de développement durable (ODD). Si l'innovation n'est pas seulement une question de technologie, les solutions numériques deviennent de plus en plus importantes.
Vous avez probablement déjà entendu parler de la crypto-monnaie Bitcoin, l'un des systèmes les plus connus basés sur la technologie blockchain. Le lien entre cette « monnaie numérique » très débattue et l'action climatique peut sembler exagéré. Cependant, la technologie blockchain peut être appliquée bien au-delà de la comptabilisation des opérations.
L'intérêt pour les blockchains a explosé ces dernières années, de nombreuses entreprises et instituts de recherche se concentrant sur les applications potentielles de cette technologie innovante dans une vaste gamme de secteurs. En fait, les caractéristiques de base des blockchains - efficacité, transparence et traçabilité de l'échange d'informations - les rendent particulièrement utiles dans le contexte du changement climatique et de l'agriculture.
Un registre numérique transparent
Bien que souvent appelée «la blockchain », elle ne s’agit pas d’une technologie unique, mais d’une combinaison de technologies numériques. En termes simples, la technologie blockchain peut être décrite comme un registre, une base de données avec des informations partagées, copiées et synchronisées par différents acteurs. Un grand avantage de la blockchain est que les données sont réparties sur tout un réseau, sans qu'il y ait besoin d’un administrateur central pour gérer les entités. Il est également impossible de manipuler les données ou autres informations insérées.
La technologie blockchain est pertinente pour l'agriculture et les systèmes alimentaires car les transactions dans ces secteurs sont souvent confrontées à des problèmes de confiance et de gestion de l'information. Grâce à des mécanismes de contrôle intégrés qui garantissent l'intégrité des données enregistrées, la technologie blockchain est considérée comme une opportunité unique pour un échange d'informations efficace, transparent et traçable.
Cependant, l'application de la blockchain au changement climatique ne va pas sans controverses. Par exemple, on craint que la consommation d'énergie de certains types de technologies blockchain n'entraîne une augmentation des émissions de CO2 et un impact environnemental négatif. Cependant, les blockchains telles que Bitcoin ne sont pas considérées aujourd'hui comme une grande menace pour le climat, notamment parce que leur consommation d'énergie doit être pondérée avec les économies d'énergie induites grâce à leur processus de numérisation. Des recherches plus empiriques sont encore nécessaires, et les chercheurs et spécialistes du domaine étudient des moyens d'améliorer les modes de consommation et d'identifier des solutions à hautes performances énergétiques.
Une nouvelle étude explorant les possibilités de cette technologie
Selon le nouveau rapport L'application de la blockchain à l'action climatique dans l’agriculture: état des lieux et perspectives(en anglais), publié par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Université de Wageningen (WUR), la technologie de la blockchain a beaucoup de potentiel pour soutenir des politiques climatiques dans les secteurs agricoles et aussi pour mesurer l'efficacité de l'action climatique. Le rapport décrit les limites et les applications potentielles des blockchains dans l'agriculture et comment elles peuvent être utilisées dans le contexte du changement climatique.
« La technologie blockchain peut, par exemple, jeter les bases d’un réseau mondial sur le changement climatique, en fournissant des données fiables sur le carbone. Une autre application possible : avec l'aide d'une blockchain, vous pouvez suivre exactement ce qui se passe avec l’option « compensez le carbone émis » que vous payez lorsque vous achetez un billet d'avion. Aussi, pensez aux blockchains comme une façon pour les petits agriculteurs des pays en développement de demander un financement participatif ou un microcrédit avec un jeton, une sorte de chèque numérique. " explique Lan van Wassenaer (WUR), l’un des auteurs.
L'étude montre que la technologie de la blockchain peut aider à améliorer la transparence et la responsabilité des activités d’adaptation et d'atténuation au changement climatique. La blockchain peut également soutenir l’adaptation des agriculteurs au changement climatique en les aidant à suivre les investissements et à améliorer les résultats des pratiques de gestion. En outre, la blockchain peut aider à suivre les indicateurs ODD relatifs au genre dans les activités d'adaptation et d'atténuation. Dans l'ensemble, cette technologie a le potentiel d'agir comme un outil pour accélérer les actions mondiales en faveur de l'Accord de Paris et des ODD de l’Agenda 2030.
La FAO et le PNUD pilotent la blockchain
La technologie blockchain est testée dans le cadre du programme Intensification des efforts pour l’agriculture et l’utilisation des terres par la mise en œuvre des Contributions déterminées au niveau national et des Plans nationaux d’adaptation (SCALA), codirigé par la FAO et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et financé par l'Initiative internationale pour le climat (IKI) de l'Allemagne. La méthodologie sera appliquée grâce à la numérisation de la chaîne de valeur des systèmes agricoles et alimentaires et en surveillant la durabilité à travers des éléments de données clés (KDE).
« L’inclusion de la blockchain dans le projet SCALA a pour objectif la mise en place d'un groupe de travail avec plusieurs fournisseurs de services de blockchain dans la chaîne de valeur de l'agriculture et du système alimentaire mondial, en se concentrant sur la conception de KDE qui représentent des pratiques résilientes au climat. L'objectif est d'aider les décideurs politiques, les producteurs de denrées alimentaires et les organismes de contrôle financier à stimuler l'adoption de pratiques résilientes au changement climatique qui peuvent être enregistrées dans la blockchain », déclare Erik van Ingen (FAO).
En outre, SCALA vise à s'engager avec le secteur privé, à l'échelle mondiale et dans les 12 pays partenaires, non seulement pour augmenter les investissements, mais aussi pour introduire des politiques et des technologies innovantes. L’approche du programme est bien ancrée dans la nouvelle Stratégie de la FAO relative à la mobilisation du secteur privé et dans les efforts de l’Organisation pour stimuler une agriculture plus numérique et l’innovation nécessaire pour une agriculture durable. L’approche est également alignée sur le plan stratégique 2018-2021 du PNUD, qui réaffirme le rôle que les progrès technologiques tels que la numérisation peuvent jouer dans la réalisation du développement durable, ainsi que sur la première stratégie `numérique du PNUD, la stratégie «Future Forward» (2019), soutenant la réalisation du plan stratégique en promouvant l'innovation et en renforçant les capacités des solutions numériques couramment en développement. Le besoin d'investissements dans des solutions innovantes dans les systèmes agricoles et alimentaires devient encore plus important dans le contexte actuel de la pandémie du COVID-19, afin de faire face aux conséquences de la pandémie et de retourner enfin à construire un futur meilleur.
