Pour Ameera Khamees Alassi, la journée commence à l'aube. Dès 6 heures, elle est debout et prête à parcourir les quelques fermes et marchés locaux restants pour trouver des légumes, des céréales et d'autres produits de première nécessité.
Lorsque les bombardements ont déplacé Ameera de sa maison de Rafah, à Gaza, en mai 2024, elle a rejoint une foule de milliers de personnes cherchant refuge dans la ville voisine de Khan Younis. C'est là qu'elle vit aujourd'hui, dans un campement improvisé composé de tentes et de tous les matériaux que les gens ont pu trouver pour construire un abri.
«En temps de guerre et de peur, il est difficile de se procurer les biens de première nécessité», explique cette mère de trois enfants, âgée de 35 ans. Y compris la nourriture. Près d'un an après le début de la guerre, alors qu'une grande partie des terres agricoles de Gaza ont été détruites et que les livraisons d'aide se sont pratiquement arrêtées, de nombreuses familles ont du mal à trouver ou à se payer de la nourriture, ainsi que le carburant pour cuisiner.
Ameera a rapidement compris que la force résidait dans la mise en commun des ressources et la création d'une communauté. C'est ainsi qu'est née la cuisine communautaire. Autrefois agricultrice, elle consacre aujourd'hui sa vie à veiller à ce que ses voisins reçoivent au moins un repas nutritif par jour.
«Nous voulons offrir – et nous le faisons –de la bonne nourriture à bas prix, mais de haute qualité, même lorsque les prix du bois et des ressources montent en flèche», dit-elle. «Nous offrons la nourriture avec joie et bonheur.»
La cuisine communautaire, qui est une bouée de sauvetage pour de nombreuses personnes, prospère grâce à la flexibilité et à l'ingéniosité. Soutenue par des contributions d'organisations telles que l'Union des comités de travail agricole, des fonds de secours et les bénévoles eux-mêmes, elle illustre le pouvoir de l'adaptabilité. Les volontaires s'adaptent à tout ce qu'ils peuvent collecter, que ce soit grâce à des dons, aux maigres récoltes des agriculteurs locaux ou à ce que le marché offre.
«Tout est circonstanciel», dit-elle, «basé sur les matières premières et le soutien financier que nous pouvons trouver.»
Dans un effort bien coordonné, la moitié des volontaires s’occupe de cuire le pain, tandis que les autres préparent les plats principaux. En fin de matinée, ils commencent les tournées de distribution.
Ces repas ne sont pas seulement un moyen de subsistance, ils sont un signe de solidarité et d'attention pour près de 1 500 personnes déplacées qui dépendent de la cuisine tant qu’ils vivent ici et dans les camps de réfugiés voisins, dont beaucoup sont des enfants.
C'est pour eux et pour ses propres enfants – dont elle retrouve les rires le soir – qu'elle poursuit inlassablement son travail, apportant une certaine stabilité au milieu du chaos et préservant l'intégrité de la communauté pour l'avenir.
«Je suis heureuse et fière de pouvoir agir pour que les enfants de mes voisins, de mes proches et de tous mes concitoyens ne dorment pas le ventre vide», dit-elle.