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L'aménagement, gage d'une gestion «plus» durable des forêts tropicales de production

Jacques Valeix 1, Robert Nasi 2, Jean-Guy Bertault 3, Eric Forni 4


Résumé

La controverse entre les tenants de l'aménagement des forêts tropicales comme un des moyens de sa conservation et ceux de la conservation pure et simple est toujours d'actualité. Une exploitation forestière compatible avec le maintien et le renouvellement de la ressource valorise les forêts tropicales et pourrait contribuer à sa protection contre une conversion en des usages alternatifs. Cette exploitation « durable » passe nécessairement par un aménagement des forêts de production. Cette notion d'aménagement qui s'est imposée dans un premier temps au niveau du discours est en train, actuellement, de rentrer dans la pratique à travers un certain nombre d'opérations en grandeur nature malgré les importantes contraintes et les toujours nombreuses résistances. Il existe encore de nombreuses incertitudes et risques dont la levée sera le principal défi de la recherche forestière pour les années à venir et dont l'analyse fournie ici devrait nous guider pour la définition des programmes de recherche futurs. Il apparaît toutefois déjà que cette approche d'aménagement des forêts de production ne saurait être rejetée «en bloc» sur la base de considérations idéologiques et qu'elle offre, sous certaines conditions, une opportunité réelle de concilier conservation et développement.


Les forêts tropicales: objet de débat international

Les attentes respectives des sociétés du Nord et du Sud vis-à-vis des forêts tropicales apparaissent diverses, voire contradictoires (Gullison et al., 2001; Lugo 1999; Smouts, 2001). Ces forêts sont considérées, dans certaines enceintes, comme un patrimoine inaliénable de l'humanité mais certains pays, Brésil, Canada ou Malaisie, revendiquent leur droit de décider d'utiliser leurs ressources forestières pour leur développement. L'exploitation des forêts tropicales est devenue un objet de cristallisation du débat entre Nord et Sud, entre tenants du développement et de la conservation, entre ONG environnementales et secteur privé, etc. Ce débat se focalise, entre autres, autour du concept de forêts primaires, `intouchables' pour les ONG environnementales du Nord, autour de la part de l'illégal dans l'exploitation et dans le commerce des bois tropicaux, autour de la certification, autour de l'inclusion ou non des forêts naturelles dans le Mécanisme de Développement Propre, etc.

Les forêts tropicales se trouvent donc à la croisée d'une part, de regards du Nord, préoccupés par des considérations environnementalistes et d'autre part, de la vision du Sud, guidée par sa volonté de développement.

Le concept de développement durable

Les conventions issues du Sommet de la Terre de Rio en 1992 (diversité biologique, changements climatiques, lutte contre la désertification, principes forestiers) sont venues renforcer le concept de développement durable dont l'un des principes majeurs est d'accroître le bien-être des hommes sans atteinte irréversible à l'environnement et de maintenir l'équité inter- et intra-générationnelle. Mais le développement durable ne se décrète pas, il se négocie. Le rapport Bruntland indiquait ainsi que le développement durable est: «affaire d'interprétation, de délibération et de jugements portés par les acteurs concernés». La définition de ses objectifs ne saurait donc être confisquée au profit du marché ou d'élites. Les sociétés du Nord devraient donc essentiellement veiller à aider les pays du Sud dans la voie d'un développement durable qu'ils auront défini par eux-mêmes.

L'aménagement forestier: outil de la gestion durable

Le concept d'aménagement repose sur une exploitation rationnelle et durable de la forêt qui concourt à sa valorisation. A l'heure actuelle, celle-ci se fonde encore essentiellement sur le bois d'œuvre sur lequel les Etats prélèvent des taxes et fondent leurs politiques forestières. D'autres produits ou services de la forêt sont cependant susceptibles d'être affectés de valeurs marchandes: produits forestiers non ligneux, séquestration de carbone, régulation hydrique, ressources génétiques, lieu de vie de populations animales et végétales, etc., mais sont rarement considérés, bien que leur valeur économique totale puisse dépasser celle du seul matériau bois (Bertrand et al., 1999 abc).

Une exploitation forestière compatible avec le renouvellement de la ressource reste aujourd'hui la principale source de valorisation de la forêt contribuant ainsi à sa protection contre des usages alternatifs. Une dévalorisation de la forêt par l'arrêt de toute exploitation commerciale pourrait conduire certains acteurs à les convertir en d'autres types d'utilisation des terres (cultures industrielles par exemple).

Certains économistes pensent qu'une analyse en termes de coûts d'opportunité pourrait apporter une réponse chiffrée à l'alternative «conservation/conversion» ou «exploitation/conservation». Mais de nombreux produits ou services de la forêt ne sont pas échangés sur un marché. Ils n'ont pas de prix au sens de valeur d'échange et les différents acteurs ne leur accordent pas les mêmes valeurs, selon leurs activités, leur degré d'autonomie vis-à-vis de la ressource, etc. L'estimation de cette valeur n'est pas aisée (Sheil &Wunder, 2002)

Il faut donc rechercher des compromis entre des perceptions différentes et des intérêts contradictoires. Entre conservation et conversion, exploitation et protection, lieu de production et cadre de vie de populations locales, objectifs étatiques et droits coutumiers, chemine une ligne étroite qui fonde la notion d'aménagement dans un cadre de gestion durable.

Situations contrastées des trois grandes régions forestières tropicales

Le bassin du Congo

Dans le bassin du Congo, la démarche est fondée sur la notion d'aménagement intégré, associant, dès la conception de l'aménagement, un partenaire industriel à la gestion de la forêt qui lui est attribuée. Cette démarche, appuyée par la coopération française (Ministère des Affaires Etrangères pour l'aspect institutionnel, Agence Française de Développement pour le financement des aménagements et des industries, Fonds Français pour l'Environnement Mondial pour la prise en compte de la biodiversité), se traduit de nos jours par près de 15 millions d'hectares de forêts denses humides aménagées ou en voie d'aménagement (Nasi & Forni, 2003).

Cette notion d'aménagement intégré va à l'encontre des pratiques minières encore utilisées par la majorité des exploitants (pas de planification véritable de l'exploitation, prélèvement d'un faible nombre d'essences, repasse dans les parties exploitées en fonction du marché, parcours rapide de grandes superficies...). Les caractéristiques des massifs à aménager sont leur grande taille (plusieurs centaines de milliers d'hectares), une sylviculture qui se limite à l'exploitation mais tempérée par une réelle préoccupation à prendre en compte les paramètres de la dynamique forestière (mortalité, croissance, régénération, dégâts portés au peuplement) visant à une réelle durabilité de la ressource exploitée. Contrairement au bassin amazonien et à l'Asie du Sud-Est, les forêts secondaires jouent encore un rôle marginal, en raison de la faible pression humaine et des prélèvements faibles (une à deux tiges /ha).

L'Asie du Sud-Est

Cette région a joué un rôle pionnier dans l'émergence de critères et indicateurs de gestion forestière applicables au niveau du «Forest Management Unit», zone souvent voisine de 100 000 hectares. Outre la définition de règles d'aménagement à caractère polycyclique applicables principalement au tempérament des diptérocarpacées, la démarche s'est caractérisée par une réflexion précisant les modalités d'insertion de cette gestion locale dans les politiques forestières publiques nationales et, sur le terrain, par un souci particulier à utiliser des pratiques d'exploitation à faible impact (EFI), minimisant les dégâts au peuplement résiduel et à assurer une meilleure récolte lors des passages ultérieurs. Dans le débat contradictoire sur la gestion forestière durable ce point est l'un des seuls à faire l'unanimité et de nombreuses initiatives existent basées sur l'adaptation de divers `codes modèle' (Dykstra & Heinrich, 1996; Asia-Pacific Forest Commission, 1999) La réflexion actuelle porte sur la limitation du nombre de tiges à exploiter afin d'éviter une secondarisation trop forte (Sist & al, 1998, 2002). En raison des taux très élevés d'extraction et des catastrophes comme les feux, il convient de distinguer les forêts où les processus de régénération n'ont pas été altérés et de celles dont les processus ont été profondément modifiés; forêts secondaires ou dégradées au sens de l'OIBT (ITTO, 2002) dont le rôle va aller croissant.

Le bassin amazonien

La majorité des propriétés en Amazonie (faisant exception de certaines réserves autochtones) sont plutôt de petite taille (500-50000 ha) permettant une production de bois d'œuvre sur des durées courtes. Les entreprises forestières privées désireuses d'assurer sur le long terme leur production sont à la recherche constante de nouvelles propriétés à acheter ou à exploiter en fermage. Cependant, une fois l'exploitation terminée, il n'existe à ce jour aucune assurance que cette forêt exploitée ne sera pas transformée en pâturage ou terre agricole. Il est donc primordial de proposer des alternatives (association de petits propriétaires, coopératives) pour atteindre une taille critique pouvant assurer la gestion durable des petits massifs forestiers par des petits propriétaires ou des communautés.

La forêt amazonienne se caractérise par des essences exploitables nombreuses mais rares ou dispersées. L'approfondissement de pratiques sylvicoles prenant en compte ce facteur est donc une nécessité. D'autre part, il existe peu d'études sur la viabilité économique de l'exploitation forestière fonction de la tenure foncière et de ses liaisons avec des mécanismes associatifs d'exploitation ou de commercialisation. Dans le bassin amazonien, la priorité de l'aménagement demeure donc la prise en compte simultanée, aux différentes échelles de propriété, de critères de sylvicoles effectivement applicables, associés à la détermination de seuils de rentabilité des unités de transformation.

Comme en Asie du Sud-Est, l'importance du rôle des forêts secondaires, issues del'exploitation ou de l'abandon de terres agricoles, va aller croissant.

Les contraintes de l'aménagement des forêts tropicales

Le concept d'aménagement des forêts de production repose sur une utilisation raisonnée de la ressource basée sur les capacités réelles de production. Dans la plupart des cas, le passage de la situation ex-ante d'une exploitation déconnectée de la connaissance de cette ressource au stade où l'extraction est basée sur une connaissance affinée de l'écosystème, conduit à revisiter à la baisse les quantités prélevées. Ceci pose évidemment des problèmes aux entreprises qui ont investi sur la base de scénarios plus productifs et rend bien souvent l'aménagement non compétitif vis-à-vis des pratiques classiques (Putz et al. 2000; Pearce et al., 2002). Le re-dimensionnement de l'entreprise en fonction de la réduction des activités et ses retombées, directes et indirectes, au niveau des populations et collectivités locales peuvent alors générer des problèmes sociaux aigus.

Une deuxième contrainte réside dans la définition possible de modalités irréalistes de mise en œuvre de l'aménagement. Si les directives sont dénuées de sens pratique ou trop exigeantes en terme de rotations, de taux de reconstitution ou de diamètre d'exploitabilité, si la fiscalité paraît absurde, les pratiques illégales seront favorisées, l'objectif à atteindre apparaissant hors de portée. Se crée alors dans la filière une multiplicité de comportements, «les bons élèves» se retrouvant rapidement dans une situation de concurrence insoutenable. Des modalités d'aménagement réalistes, pratiquées par le plus grand nombre d'acteurs appuyées par des politiques incitatives et contrôlées de façon indépendante constituent donc l'approche à privilégier.

Une troisième contrainte rencontrée à ce jour est l'absence de référentiels techniques fiables pour les massifs, petits à moyens (1000 à 50000 ha) et les forêts secondaires, où les contraintes de durabilité sont différentes des massifs intacts ou plus grands. La nécessité de mobiliser annuellement, sur des superficies restreintes ou à partir d'un stock réduit, un volume économiquement rentable et de respecter une mise en repos de la forêt pendant 25 à 40 ans, s'accommode mal de la prise en compte simultanée des facteurs économiques et biologiques. L'un des enjeux majeurs des prochaines années est, après la mise en place des méthodes d'aménagement sur les grandes concessions forestières, de proposer des approches innovantes pour ces petits massifs et les surfaces croissantes de forêts secondaires.

Orientations de la recherche et transferts de technologie pour promouvoir l'aménagement des forêts tropicales

Admettre que la gestion des forêts tropicales puisse être durable, c'est avoir la volonté de concilier et combiner environnement et développement, donc adopter une vision multiple des fonctions de la forêt et rechercher une gestion à la fois écologiquement durable, socialement équitable et économiquement viable.

Au niveau écologique

Rechercher une gestion forestière écologiquement durable consiste à toujours mieux comprendre et à toujours mieux utiliser la nature. Pour que l'aménagement réponde efficacement à ce souci de durabilité, les thèmes suivants seront à développer dans les prochaines années:

La prise en compte la biodiversité dans la conception de l'aménagement. Nombreux sont les exemples de plans d'aménagement qui ne sont plus seulement des plans de coupe de bois d'œuvre mais prennent en compte les populations de grands mammifères voire, pour les plus sophistiqués, des refuges de biodiversité végétale et animale. Les sociétés industrielles engagées dans cette voie avec l'aide d'ONG internationales ou de bureaux d'études spécialisés sont de plus en plus nombreuses (Tutin & Nasi, 2001).

L'intégration de la biodiversité dans les techniques d'exploitation dites à faible impact (EFI), qui ont vu le jour dans les années 90 avec pour but de limiter significativement les dégâts de l'exploitation sur l'écosystème. Si l'EFI a démontré son efficacité en milieu tropical, elle reste basée sur des considérations de génie civil et forestier et n'intègre pas ou peu les considérations écologiques, contrairement à des pratiques de pays du nord (NBF, 1992). Pourtant des chercheurs de nombreuses disciplines considèrent que leur travail peut potentiellement améliorer les pratiques d'exploitation. La connaissance sur la vulnérabilité des taxons forestiers est bien plus étendue qu'on ne le pense ou qu'on ne l'applique (Martini et al., 1994). Une synthèse et une traduction de ce savoir vers une meilleure prise en compte de la biodiversité dans l'EFI semble plus utile que les études ponctuelles sur l'impact de l'exploitation trouvées classiquement dans la littérature (Sheil & van Heist, 2000).

La modification des pratiques sylvicoles actuelles qui sont basées sur une règle universellement utilisée: le diamètre minimum d'exploitation (DME). Définis à l'origine en fonction des capacités techniques de l'industrie de transformation du bois, les DME actuels ne tiennent pas compte des exigences écologiques et sylvicoles des essences exploitées. Leur application aveugle engendre des intensités d'exploitation excessives ou compromet le maintien d'espèces rares ou à faible régénération. A plus long terme, cela peut avoir des conséquences graves sur la diversité floristique de l'écosystème. Le seul critère du DME apparaît donc insuffisant et la sylviculture doit intégrer de nouvelles règles pour assurer la pérennité de l'écosystème (Sist et al., 2002).

L'optimisation de l'ouverture de la canopée: l'exploitation engendre des ouvertures dont la taille, la distribution spatiale et la fréquence sont extrêmement variables. A ce jour il n'existe pas de recommandation sylvicole tentant d'optimiser leur nombre et taille en fonction de nos connaissances sur l'écologie forestière. Il serait en effet intéressant de savoir quel traitement peut favoriser la régénération du plus grand nombre d'espèces et donc une plus grande diversité floristique comme le suggère la théorie de la perturbation intermédiaire (Sheil & Burslem, 2003; Wright, 2002). En d'autres mots, l'exploitation forestière peut-elle être dans certaines conditions un moteur de la diversité floristique?

Au niveau social

Une gestion forestière socialement équitable doit se préoccuper des modalités d'un partage plus juste et plus équitable des revenus tirés de l'utilisation des forêts tropicales. Ceci concerne dans le même temps les Etats, les opérateurs privés et les communautés locales. Force est cependant de constater qu'une telle préoccupation n'a pas été, en règle générale, considérée avec toute la priorité voulue et toute l'attention requise. Il convient donc de:

Revisiter les liens entre forêts et pauvreté. Il se développe un certain scepticisme sur la capacité réelle des forêts à réduire la pauvreté qui leur reconnaît un rôle de filet de sauvetage essentiel pour un grand nombre de gens mais considère cependant que leur potentiel à sortir ces gens de la pauvreté est limité (Wunder, 2000). Il semble essentiel que la recherche se penche sur ce problème pour essayer de résoudre l'apparent paradoxe de populations extrêmement pauvres vivant dans des milieux `économiquement' très riches.

Intégrer des considérations sociales dans l'EFI. L'exploitation forestière continue d'être l'une des activités les plus dangereuses dans la plupart des pays. En Malaisie par exemple, sur une période de trois ans, les accidents du travail ont tué ou handicapé de façon permanente près de un travailleur sur huit (Poshen & Lovgren, 2002). L'exploitation ne sera vraiment à faible impact que lorsqu'elle prendra en compte la sécurité et le bien-être des travailleurs et des populations.

Analyser l'existant et proposer de nouveaux modes de gestion décentralisée ou communautaire. Près de 60 pays ont récemment décentralisé certaines composantes de leur gestion des ressources naturelles. Les résultats sont mitigés mais montrent (Ribot, 2002) que la décentralisation tiendra ses promesses si et seulement si les autorités locales sont réellement démocratiques et ont un réel pouvoir de décision ce qui implique un travail important de recherche et de définition des formes institutionnelles optimales pour tel ou tel contexte (Poteete & Ostrom, 2002). La même analyse doit aussi s'appliquer à la gestion communautaire des forêts (Wily & Mbaya, 2001; Edmunds & Wollenberg, 2001).

Imaginer et promouvoir des modes nouveaux de redistribution équitable des revenus tirés de la forêt. Quel est l'efficacité véritable des projets intégrés de conservation et de développement vis-à-vis des payements directs pour la conservation ou les services environnementaux (Ferraro & Kiss, 2002)? Quel rôle pour le Mécanisme de Développement Propre et les forêts pour la réduction de la pauvreté? Comment faire bénéficier les populations locales des revenus de l'exploitation sans détruire le tissu social? Nombreuses sont les questions qui subsistent en ce qui concerne la redistribution équitable des revenus forestiers auxquelles la recherche se doit d'apporter rapidement une réponse.

Au niveau économique

Une gestion forestière économiquement viable nécessite de sécuriser, dans l'espace et dans le temps, l'approvisionnement des entreprises agréées et les droits qui leur sont reconnus, de veiller à ce qu'elles respectent leurs obligations, d'organiser et de planifier une exploitation forestière à la fois efficace et économe, d'apporter la plus grande valeur ajoutée possible aux produits issus de la forêt, de valoriser les sous-produits de l'exploitation forestière et de la transformation des produits, enfin, d'empêcher l'implantation de surcapacités industrielles à l'origine de surexploitation des ressources forestières. Les préoccupations actuelles seront encore celles qui devront mobiliser chercheurs et décideurs dans les années futures. Il s'agira en particulier de:

Diversifier la palette des essences mobilisées, en liaison avec la réalité des marchés tout en réalisant la nécessité de limiter les dégâts au peuplement résiduel. Le Gabon a vu ainsi sa production constituée à l'origine quasi exclusivement d'Okoumé se diversifier pour atteindre actuellement des taux de 60-65% environ pour l'Okoumé et 35-40% pour les autres espèces (Drouineau & Nasi, 1999). L'industrialisation plus poussée mentionnée ci-dessus permet en effet de valoriser des essences jusque là négligées. Il faut toutefois rappeler qu'une diversification sans véritable contrôle se traduirait rapidement par une surexploitation locale et irait à l'encontre de la gestion durable.

Optimiser le rendement matière, augmentant ainsi le rendement financier de l'exploitation et limitant le gaspillage de la ressource. Les travaux initiés par l'OIBT en collaboration avec l'OAB sur la transformation plus poussée des bois tropicaux africains visent en particulier à promouvoir les investissements dans la transformation du bois. Plusieurs sociétés forestières, conscientes de cet enjeu, ont déjà investi dans la seconde transformation récupérant les chutes importantes provenant des premiers débits dont le rendement excède rarement 35 % associant aux scieries classiques des unités d'aboutage, moulure, parqueterie et séchage des produits.

Former les opérateurs aux nouvelles pratiques de gestion. Les nouvelles pratiques d'aménagement requièrent une technicité importante et impliquent une bonne maîtrise des outils informatiques, notamment en terme de gestion et spatialisation de l'information. Les investissements en formation ne sont donc pas à sous-estimer. Il convient également de veiller à éviter que s'installe une asymétrie de l'information et des connaissances entre l'ensemble des acteurs concernés, notamment entre administration forestière et secteur privé.

Conclusion

Le décalage entre le discours sur la gestion durable des forêts et la modestie des réalisations effectives à ce jour, entretient chez certains d'acteurs, la conviction que la gestion forestière durable ne peut pas être un instrument de conservation des forêts tropicales humides, car économiquement moins intéressante pour les opérateurs privés que l'exploitation «sauvage» ou bien parce que les Etats n'ont pas les moyens de la mettre en œuvre.

Pourtant, des avancées importantes sont en cours dans les diverses régions du monde, notamment dans le Bassin du Congo, initiatives qui mériteraient d'être mieux connues. La principale avancée méthodologique sur ce continent réside dans le lien étroit entre le plan d'aménagement qui fixe les objectifs à moyen terme et les modalités de mise en œuvre de ce plan par des inventaires d'exploitation qui autorisent une réelle traçabilité des produits extraits. Plusieurs dizaines de millions d'hectares de forêt sont ainsi aménagés ou en cours d'aménagement en Afrique centrale, principalement au Gabon, mais aussi en République du Congo, en République centrafricaine et au Cameroun. Liée à la demande sociétale émergente en matière d'environnement et en liaison aussi avec la montée en puissance de la certification forestière, une véritable dynamique de coopération autour de l'aménagement est maintenant enclenchée sur les trois continents. Elle implique tous les acteurs influents: groupes industriels, bailleurs de fonds, Etats et société civile.

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