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Fonctions et importance pour le développement


Photo 6. Banquette végétalisée avec Leucaena leucocephala au Cap Vert. (© Bellefontaine/Cirad)

Les arbres hors forêt sont essentiellement des arbres à fonctions et usages multiples; ils renvoient davantage que les arbres forestiers à la société. Leurs fonctions productives, écologiques et culturelles sont les unes et les autres tout aussi déterminantes. Elles donnent lieu à des rôles sociaux, économiques et environnementaux, qui contribuent à la subsistance et aux revenus des ménages, participent au fonctionnement des économies nationales et internationales et favorisent la conservation et la durabilité des ressources arborées. Examiner leur place dans les stratégies de revenus des paysans, leur valeur dans la constitution des indicateurs économiques et de marché, ainsi que leurs effets dans le maintien des écosystèmes, représente un défi et une innovation dans l'approche des questions forestières.

Ressource aux usages et services multiples

Si tous les arbres se caractérisent par de multiples usages potentiels, ces derniers sont plus évidents pour les arbres hors forêt. La diversité des utilisations et la variété des services offerts créent entre l'homme et cette ressource une interrelation permanente et quotidienne, qui s'exprime autant dans les stratégies de production que dans celles de recherche et de mobilisation des moyens d'existence.

Les arbres hors forêt sont parfois spontanés, dans d'autres cas plantés, généralement cultivés et entretenus. Les espèces rencontrées peuvent être exotiques ou issues d'une domestication et d'une sélection par les populations locales (encadré 5).

Alors que dans les pays industrialisés, les principales raisons données par les agriculteurs pour entretenir des arbres dans leurs champs sont le rôle d'ombrage et d'abri, de protection des sols, d'amélioration de l'environnement rural et paysager (Auclair et al., 2000), dans les pays en développement notamment, les populations privilégient, sélectionnent et plantent les espèces dont elles peuvent tirer plusieurs produits ainsi que des services. La terre, le travail et le capital sont alors gérés de façon optimale (Arnold, 1996). C'est ainsi que le palmier babaçu dans le nord du Brésil a été de longue date intégré dans le système d'agriculture itinérante (May et al., cité par Arnold, 1996). Sur les îles Vanuatu, les arbres sont intensément protégés dès que la diversité biologique diminue (Walter, 1996). Quand les espèces sont peu nombreuses ou rares, la population a tendance à recourir à la gamme de tous les produits potentiels, alors que dans un environnement diversifié, elle valorise moins les usages différents (ibid.).

Les arbres hors forêt représentent une source alimentaire importante pour les populations rurales. Les parcs à néré (Parkia biglobosa) et à karité (Vitellaria paradoxa) perdurent en raison, entre autres, des aliments obtenus à partir des gousses et des noix, tels que des condiments ou du beurre. La consommation de beurre de karité est estimée à environ 10 kilos par personne et par an en Afrique de l'Ouest (Boffa, 2000b). En Iraq, sans parler de leur rôle d'ombrage et de protection des cultures, les palmiers dattiers sont appréciés pour leurs fruits. En Afrique subsaharienne et sahélienne, le péricarpe du fruit du palmier doum (Hyphaene thebaica) et de Boscia senegalensis fournit, après pilage, une farine se substituant aux céréales en période de disette (Bernus, 1980). Les arbres hors forêt ont ainsi acquis la désignation d'arbres nourriciers (Bergeret et Ribot, 1990) (encadré 6), appellation significative pour les populations sans terre et qui tirent avantage des produits des arbres auxquels elles ont accès. Les femmes, premières concernées par la cueillette de ces produits, savent constituer des réserves de feuilles et de fruits et effectuer les transformations pour leur conservation afin de nourrir la famille tout au long de l'année. De même, une étude effectuée à Java a montré que 60 pour cent de l'alimentation familiale provient des jardins familiaux dans lesquels les arbres jouent un rôle essentiel (FAO, 1989); ces jardins sont en général gérés par les femmes.

En plus d'une certaine contribution à la sécurité alimentaire, les produits des arbres hors forêt concourent à l'équilibre nutritionnel, à la diversité des régimes alimentaires et à la santé. Les fruits du tamarinier (Tamarindus indica) sont particulièrement riches en vitamine C; les feuilles du baobab (Adansonia digitata), consommées fraîches ou sèches, ainsi que ses graines sont sources de protéines, de vitamines A, B et C, de calcium, de phosphore et de fer (Boffa, 2000a). Scoones et al. (1992) soulignent l'importance des produits comestibles provenant des forêts ou des systèmes agroforestiers complexes, sachant que l'apport des arbres hors forêt peut s'avérer quantitativement plus élevé que ce que peut fournir la forêt. Tous ces produits peuvent être de simples en-cas lors du travail ou des déplacements (Ogle et Grivetti, 1985), ou être consommés lors des pénuries alimentaires, comme le fruit du baobab (FAO, 1992), ou encore constituer la base de l'alimentation tels les fruits à pain (Artocarpus altilis) ou la châtaigne de Tahiti (Inocarpus fagifer) (Walter, 1996). Les arbres hors forêt sont également à l'origine de médicaments et leurs produits (feuilles, racines écorces, etc.) servent à la fabrication de remèdes à usage médicinal et vétérinaire (encadré 7).

Encadré 5.

Sélection d'espèces locales ou exotiques

La plupart des 40 à 50 espèces ligneuses cultivées en Tanzanie dans les jardins de case sont indigènes (Banana et al., 1999). Parfois, dans d'autres pays les espèces exotiques dominent, comme au Kenya, où, pour la production de bois, très peu d'espèces locales (10 pour cent du total) sont plantées. La diversité des espèces exotiques dépend le plus souvent du nombre d'espèces proposées par les services agricoles et forestiers et correspond à l'éventail d'espèces dont la croissance en pépinière est maîtrisée. Au Burundi, les espèces exotiques prédominent aussi bien dans les exploitations agricoles (Eucalyptus, Grevillea) que dans les rideaux-abris et les brise-vent dans les zones de pâturage. En Ouganda, les arbres fourragers les plus courants sont Leucaena leucocephala et Sesbania sesban (ibid.). En Mauritanie, Prosopis juliflora sert à enrayer la progression des dunes autour des oasis menacées par l'ensablement (Selme, 1999).

Encadré 6.

Diversité des produits du rônier

Le rônier (Borassus aethiopum) est un arbre duquel on dit que rien n'est perdu; tous les organes sont utilisés. Le noyau et le mésocarpe du fruit sont consommés. La gelée des fruits immatures est excellente et la décoction des racines est rafraîchissante pour les nouveau-nés. Les plantules sont préparées comme légume. La sève sert à la fabrication de vin. Le tronc fournit un des meilleurs bois. Les feuilles conviennent pour les haies et les toitures. Les pétioles sont utilisés comme combustible et pour fabriquer des meubles. Les nervures des feuilles et les racines sont idéales pour tresser des nattes, des filets, des cordes et des paniers. La coque des graines entre dans l'artisanat. Les bourgeons apicaux permettent de lier les gerbes de mil et de sorgho. Les fleurs mâles constituent un excellent fourrage et, mélangées avec du beurre de karité, guérissent les irritations de la peau.

Les arbres hors forêt, par le fourrage qu'ils produisent, sont une véritable source alimentaire pour le bétail. S'ils sont relativement peu sollicités dans les régions humides, sauf dans les zones urbaines et périurbaines des pays en développement, ils sont au contraire un facteur clé de survie dans les régions semi-arides et arides. Le bétail, dans bien des régions, doit son bon état ou sa survie à la consommation de feuilles ou de fruits de ligneux pour compléter et équilibrer la ration quotidienne de fourrage. Les arbres sont les seuls pourvoyeurs de fourrage vert lors des périodes dites de «soudure», jusqu'au retour des pluies. En outre, les arbres fourragers peuvent être conservés ou plantés à proximité de l'habitat quand les éleveurs ne peuvent plus accéder à certains parcours ou bien quand la main-d'œuvre manque pour conduire le bétail.

Les arbres hors forêt assurent aussi d'autres fonctions pour l'élevage: ils offrent des conditions de confort et de protection aux bêtes, tels Pinus radiata en brise-vent dans les régions d'élevage en Nouvelle-Zélande, Samanea saman ou Albizia pourvoyeurs d'ombre dans les régions tropicales subhumides, ou les doubles rangées de hêtres (Fagus sylvatica) sur talus en Normandie (France). Lors de plantations de haies à base de plantes touffues et épineuses, ils servent à délimiter les espaces et à réglementer l'accès et les mouvements des troupeaux. On peut citer les euphorbes toxiques (Euphorbia tirucalli, E. balsamifera), Gliricidia sepium en Indonésie qui, plantés en tiges très serrées, forment une clôture vivante dont les produits de taille sont fourragers, les Hibiscus tiliaceus au Vanuatu dont les feuilles sont laissées aux bovins, l'aubépine (Crataegus oxyacantha) en Europe qui, taillée, constitue une haie impénétrable.

Encadré 7.

Pharmacopée provenant des arbres

Chez les populations pastorales peules d'Afrique, le terme lekki désigne aussi bien l'arbre que les «médicaments». Ce double sens révèle l'importance des arbres dans la fabrication de remèdes. Toutes les parties de l'arbre sont utilisables: feuilles, racines, écorce, etc. Souvent la récolte de l'un ou l'autre élément doit se faire à des moments précis de la journée. Cette tâche revient à une personne détentrice de savoirs botaniques et magiques. De même, les populations en Afrique subsaharienne connaissent les nombreuses propriétés médicinales du néré: l'écorce traite les maladies infectieuses et les troubles de la digestion, les feuilles guérissent les blessures et les maladies de peau, les racines entrent dans le traitement de l'épilepsie et la pulpe est un fébrifuge (Boffa, 2000b; Arbonnier 2000).

Les arbres hors forêt jouent également un rôle crucial pour l'environnement. Ils servent à marquer le territoire, première étape vers l'appropriation, délimitent les propriétés, ornent les quartiers d'habitation et donnent de l'ombrage providentiel pour les hommes et les animaux vivant dans les régions chaudes. Par ailleurs, l'ombre est profitable à la production de café, de cacao, de thé dans certains systèmes agroforestiers. Ainsi Cordia alliodora et Erythrina poeppigiana atténuent le soleil dans les plantations de caféier d'Amérique latine. Dans les paysages arides, ponctuant l'horizon, les arbres hors forêt font fonction de borne et permettent aux peuples nomades de s'orienter. Ainsi, en pays touareg, la plupart des toponymes font référence à l'arbre (Bernus, 1980).

Les arbres hors forêt sont chargés de valeurs symboliques et culturelles, parfois religieuses. Ils sont présents dans nombre d'aspects de la culture: le langage, l'histoire, l'art, la religion, la médecine, la politique, etc. Le folklore, les contes et les proverbes révèlent également l'importance symbolique des arbres dans la pensée (Calame-Griaule, 1980 et Kaboré, 1987, cités par Boffa, 2000b). Ils sont appelés parfois «arbres remarquables» quand ils sont isolés, en particulier, lorsque, par leur âge avancé, ils ont acquis un diamètre et un port saisissants et font partie de l'histoire de la localité3 . Watkins (1998) a montré comment, en Grande-Bretagne, ils sont appréciés pour leur beauté, leur caractère solennel et leur mystère.

Cette énumération pourrait être poursuivie, tant sont divers les services et produits offerts par l'arbre: la fourniture de bois comme source d'énergie, de matière première pour l'artisanat, de matériau à transformer en manches à outils et mobilier ou à utiliser pour l'habitat et les abris. Plus d'un million de personnes vivent dans des maisons de bambou4 ou dont le bambou est un élément maître de la structure, du revêtement ou de la toiture (Kumar et Sastry, 1999). Signalons également l'exploitation de produits (résine, latex, gomme arabique) ou encore l'extraction d'huiles essentielles et la fabrication de produits cosmétiques. Un même arbre remplit souvent plusieurs fonctions et il est rare qu'une espèce soit entretenue pour un seul usage ou un seul produit. Toutes les parties de l'arbre sont sources de produits aux utilisations [email protected]


Photo 7. Elevage de bovins sous cocotiers au Vanuatu. (© Toutain/Cirad)

Ressource aux produits économiquement sous-estimés

L'arbre hors forêt, source de produits directement consommés ou transformés par les ménages ruraux, de revenus monétaires réguliers, tels que la commercialisation du bois-énergie, ou de recettes exceptionnelles, comme la vente de grumes, représente une réelle valeur marchande. De façon générale, les produits sont en grande partie autoconsommés et leur vente à petite échelle peut être essentielle pour les paysans disposant de peu de ressources (Arnold, 1996), sachant qu'ils n'entrent que peu ou pas dans les filières et les marchés formels. La part des arbres hors forêt dans la constitution des revenus des ménages est donc difficile à évaluer. Il est alors hasardeux de se prononcer sur la production, la consommation, la valeur et la rentabilité économiques des produits des arbres hors forêt au niveau local, sachant que le prix d'un produit rend partiellement compte de sa valeur, puisqu'il intègre rarement les coûts de production et de main-d'œuvre.

Si apprécier la contribution économique des arbres hors forêt à l'échelle locale est difficile, l'évaluation est encore plus complexe, a fortiori aux niveaux national et international. Les statistiques ne mentionnent pas les produits ligneux et non ligneux hors forêt, sauf s'ils font l'objet de transactions commerciales officielles, nationales ou d'exportation. Même dans ce cas, la différenciation entre production forestière ou non forestière n'est pas effectuée. C'est le cas pour la gomme arabique, le karité, le cacao, le café, le tanin, etc., dont une partie provient des petites exploitations qui alors sont soumises aux fluctuations économiques mondiales. Si les filières et les quantités produites sont souvent relativement bien connues, les dynamiques du système de production et de la ressource sont peu appréhendées ou de façon séparée. La méconnaissance de l'importance économique des arbres hors forêt en fait une ressource cachée5 . Cependant, on peut obtenir une image de l'importance économique de cette ressource en procédant à la revue des avantages fournis à travers les produits forestiers ligneux et les produits non ligneux.

Produits ligneux

Bois-énergie

Dans les pays en développement, le bois reste la source d'énergie la plus utilisée (encadré 8), où les combustibles ligneux représentent 81 pour cent du bois récolté. Il en représente, respectivement 91, 82 et 70 pour cent en Afrique, en Asie et en Amérique latine (FAO, 1999a). A titre d'exemple, une famille de six personnes au Mozambique consomme en moyenne par an 7 m3 de bois de feu. Dans ce pays, la consommation totale de bois-énergie a été estimée en 1985 à 18 millions de mètres cubes pour une population de 17 millions d'habitants (Saket, 1998). Maintenant que la population est évaluée à environ 18 millions de personnes, on estime que la consommation est passée à 20 millions de mètres cubes. La part des énergies traditionnelles (essentiellement le bois-énergie) équivaut seulement à 7 pour cent de la consommation énergétique dans les pays industrialisés (FAO, 1998a). En Finlande, ce chiffre s'élève à 17 pour cent environ (FAO, 1999a).

Très peu d'études font état d'un bilan global de la production de bois-énergie à partir des massifs boisés et des arbres hors forêt et rares sont celles qui en détaillent les différentes provenances. Les systèmes agroforestiers (encadré 9) constituent cependant une source intéressante de bois-énergie du fait de leur proximité et de leur gestion peu intensive. Les vergers, même si ce n'est pas leur objectif principal, produisent également du bois de feu, de façon parfois notable dans les pays en développement. Au Maroc, les soins sanitaires, les rajeunissements et les renouvellements d'oliviers produisent généralement de 0,8 à 1,5 m3 par hectare et par an de combustible ligneux suivant la zone climatique (M'Hirit et Et-Tobi, 2000).

De façon plus inattendue, les arbres hors forêt sont envisagés comme ressource en bois-énergie dans le contexte de la foresterie urbaine. En zone tropicale, dans de petits noyaux urbains en Asie et en Afrique, une proportion non négligeable de bois est collectée dans les villes (Kuchelmeister, 2000). Dans les pays industrialisés, et notamment en Amérique du Nord, bien que la foresterie urbaine soit bien développée, on constate une sous-exploitation des résidus de taille des arbres. Une étude aux Etats-Unis a démontré que seuls 6 pour cent des 13,5 millions de mètres cubes de résidus ligneux urbains sont utilisés (3 pour cent sont vendus en tant que bois de feu et 3 pour cent sont brûlés pour fournir de l'énergie), le reste n'ayant aucune utilisation directe (Whittier et al., 1995a,b). Des centrales énergétiques à bois sont depuis peu proposées dans certaines régions de savanes ou de forêts claires des pays en développement. Des unités utilisant la bioénergie issue de déchets végétaux, ou alternant le bois de feu et la bagasse par exemple, ont été créées dans divers pays, dont le Nicaragua. Ces sources d'énergie renouvelables constituent une alternative aux combustibles fossiles. Les arbres hors forêt plantés par des agriculteurs situés à proximité de ces centrales énergétiques trouveront à n'en point douter des débouchés rémunérateurs. 

Encadré 8

Arbres hors forêt et production de bois-énergie

En zone Asie-Pacifique, le bois-énergie, essentiellement utilisé pour cuisiner et plus rarement pour se chauffer, est la source énergétique de base pour plus de 2 milliards d'individus. Le bois de feu d'origine non forestière couvre les deux tiers de la demande (FAO, 1998a). Jensen (1995) donne des valeurs relatives de consommation de bois-énergie de source non forestière de 50 pour cent pour la Thaïlande et comprises entre 75 et 85 pour cent au Viet Nam, au Pakistan, au Sri Lanka, aux Philippines et à Java (Indonésie). Au Bangladesh, 90 pour cent du bois de feu proviennent des jardins-forêts (Torquebiau, 1992). Une étude réalisée dans l'Etat de Gujarat (Inde) a démontré qu'en multipliant la densité par deux et en réduisant la rotation de 10 à 7 ans, la productivité des bosquets paysans de Casuarina equisetifolia pouvait passer de 4,1 à 11,8 m3 par hectare et par an (Verma, 1988). Au Sahel, les combustibles ligneux représentent 90 pour cent en moyenne de l'énergie totale consommée (Minvielle, 1999) et proviennent des champs et des espaces forestiers. En France, un kilomètre de haie gérée en taillis linéaire produit de 8 à 15 stères de bois par an, soit l'équivalent énergétique de 1 500 à 2 500 litres de fioul (Schmutz et al., 1996).

Encadré 9.

Systèmes agroforestiers et production de bois-énergie

En Asie, les systèmes agroforestiers sont cruciaux pour l'approvisionnement en bois-énergie. A Java dans l'est de l'île, 63 pour cent de cette énergie en proviennent; de 49 à 81 pour cent en proviennent dans le centre de l'île (Ben Salem et van Nao, 1981). En Amérique centrale, des arbres, tel le laurel (Cordia alliodora), réputés pour donner de l'ombre aux caféières et cacaoyères peuvent fournir du bois-énergie (et du bois d'œuvre) sur l'ensemble de leur rotation qui dure de dix à quinze ans (Somarriba, 1990). Au Paraguay, Evans et Rombold (1984) ont estimé la productivité de bosquets de paraiso (Melia azedarach var. Gigante) à 110 m3 par hectare de bois de feu en 15 ans, en plus de l'obtention de pieux et de poteaux. Au Soudan, les systèmes de jachères forestières avec Acacia senegal, visant essentiellement la production de gomme arabique, y contribuent également (Ben Salem et van Nao, 1981). Au Mali, les parcs à Parkia biglobosa, outre leur production fruitière, peuvent générer de 0,15 à 0,2 m3 par hectare et par an de bois de feu (Bagnoud et al., 1995). Au Niger, dans le cadre du Schéma directeur d'approvisionnement de Niamey, les plateaux forestiers à combretacées (2 600 158 hectares) ont une productivité annuelle forestière de près de 300 000 tonnes; les terroirs agricoles non forestiers (4 millions d'hectares environ) produisent annuellement près de 188 000 tonnes de bois de feu, soit un apport supplémentaire de plus de 60 pour cent (Ichaou, 1993).

Bois de service et bois d'œuvre

Les arbres hors forêt sont souvent utilisés comme bois de service pour la fabrication de planches, perches, poteaux et piquets destinés à la construction (charpentes, toitures, mobilier, huisseries), à la fabrication de clôtures et de moyens de transport (brouettes, charrettes). Ils sont également employés dans l'artisanat local. C'est par exemple le cas du bois de Faidherbia albida et de Sclerocarya birrea au Mali. Le palmier pejibaye (Bactris gasipaes) en Amérique tropicale est acheté par les parqueteries (Clément, 1989).

Le bois d'œuvre n'est pas la vocation première des arbres hors forêt, à quelques exceptions près. Cependant, les quantités peuvent être importantes: jusqu'à 70 pour cent de l'offre de bois de construction et de bois industriel au Sri Lanka, entre 84 et 95 pour cent dans l'Etat de Kerala (Inde) (Krishnankutty, 1990, cité par Mohan Kumar et al., 1994; Sharma, 2000). Beer et al. (2000) font état, en Amérique centrale, d'une productivité potentielle en billes de sciage de 21,8 millions de mètres cubes par an si les produits ligneux des plantations d'ombrage et des systèmes sylvopastoraux étaient effectivement exploités. Il existe aussi des associations entre industries forestières et petites exploitations agricoles pour la production de bois d'œuvre ou de service. Citons par exemple, la Wimco Ltd., industrie productrice d'allumettes dans le nord de l'Inde, qui a favorisé l'agroforesterie dans la région (Newman, 1997), ou le cas des petits producteurs du Kwazulu-Natal (Afrique du Sud), soutenus par des firmes productrices de pâte à papier (Arnold, 1998).

Produits non ligneux

Les produits forestiers non ligneux des arbres hors forêt proviennent autant des espèces non forestières (vergers, systèmes agroforestiers) que des espèces forestières. Les produits non ligneux de ces dernières sont désignés comme «produits forestiers non ligneux»6 . A mesure que les ressources forestières s'amenuisent et que les besoins en certains produits non ligneux augmentent, les arbres hors forêt satisfont de plus en plus la demande. Dans certains cas, leur rendement peut être supérieur aux forêts (Boffa, 2000b) et les revenus générés plus élevés que ceux obtenus par l'exploitation du bois d'œuvre (Peters et al., 1989). Ce constat a incité les scientifiques à redécouvrir, au début des années 90, l'importance des produits autres que le bois, notamment les alicaments, ou aliments naturels possédant des propriétés thérapeutiques pouvant freiner ou éviter le développement de certaines pathologies. Ces produits, objet d'un commerce informel important, sont précieux, car socialement et économiquement intéressants. Leur demande ne peut que progresser en raison de la croissance de la population mondiale et de la recherche dans le domaine.

Les produits forestiers non ligneux sont parmi les plus vieilles marchandises échangées: en 2000 av. J.C., les Egyptiens importaient la gomme arabique du Soudan pour l'alimentation, les peintures, les colles et les procédés de momification (Seif el Din et Zarroug, 1996). Dans les régions tempérées, depuis plus de 2000 ans, la résine des pins est exploitée (Vantomme, 1998, cité par Taylor, 1999). Le commerce d'huile de bois de santal remonte au XIIe siècle (FAO, 1995b).

Les produits forestiers non ligneux sont tout aussi essentiels pour les économies des pays industrialisés que des pays en transition ou en développement. Rien que dans les régions du nord-ouest des Etats-Unis bordant le Pacifique, le commerce de ces produits (plantes ornementales, champignons et autres produits comestibles ainsi que plantes médicinales) se chiffre au minimum à 200 millions de dollars EU chaque année (Hansis, 1998, cité par Taylor, 1999). En République tchèque, sur la période 1994-1996, la valeur moyenne annuelle des produits forestiers non ligneux récoltés a été de l'ordre de 2,7 milliards de couronnes7 , soit un quart ou un tiers des ventes de bois d'œuvre qui, ces mêmes années, ont oscillé entre 9 et 12 milliards de couronnes (Olmos, 1999). Les exportations de pousses de bambou comestibles rapportent 130 millions de dollars EU par an à la Chine (Kumar et Sastry, 1999).

L'une des clés du succès des produits forestiers non ligneux est la valeur ajoutée à la ressource par sa transformation sur place pour les préserver, réduire les pertes après récolte et atteindre des marchés éloignés. Ces produits sont d'importance pour les populations n'ayant que peu ou pas accès aux facteurs de production et aux ressources. Les groupes minoritaires ou les femmes les récoltent savamment, les conservent et les transforment à des fins de subsistance et de commerce (encadré 10). En Afrique de l'Ouest, la commercialisation des produits forestiers non ligneux est avant tout une activité de femmes, pouvant, comme en Gambie, représenter 50 pour cent de leurs recettes contre 25 pour cent de celles des hommes (Boffa, 2000a).

L'examen des produits obtenus à partir des organes de l'arbre (tableau 2) peut donner un aperçu de la valeur économique potentielle générée par les arbres hors forêt, même si les connaissances actuelles rendent délicate, sinon impossible, la distinction de l'origine forestière ou non des produits.


Photo 8. Parc agroforestier à Faidherbia albida au Burkina Faso. (© Depommier/Cirad).

Fruits et graines

Les fruits et les graines proviennent principalement de vergers (arboriculture) ou de systèmes agroforestiers. Dans le premier cas, des informations et statistiques sont accessibles puisque l'arboriculture fruitière dépend des services techniques agricoles. Dans le second cas, les informations sont beaucoup plus partielles ou ponctuelles.

Encadré 10.

Commercialisation des produits forestiers non ligneux au Cameroun

Dans certains marchés de la zone de forêt humide du Cameroun, une étude sur les produits forestiers non ligneux a été conduite par le Centre pour la recherche forestière internationale en 1995-1996. Les commerçants, surtout des femmes, désignent un(e) responsable chargé(e) de l'organisation du marché, de la mise en application des règlements locaux et officieux et de la coordination des mécanismes de crédit non institutionnalisés, tels les tontines. Neuf produits à usage alimentaire ou médicinal, provenant de huit espèces (Garcinia kola, Garcinia lucida, Elaeis guineensis, Gnetum spp., Cola spp., Irvingia spp., Ricinodendron heudelotii, Dacryodes edulis) et représentant 95 pour cent des produits commercialisés, ont été suivis pendant 16 semaines pour le fruit de D. edulis et 29 semaines pour les autres produits. Le profit hebdomadaire moyen par personne a été estimé à 8 200 FCFA8 , sachant que le salaire mensuel d'un ouvrier en ville était alors de 6 500 FCFA (Ruiz Perez et al., 1999).

Tableau 2. Arbres hors forêt, source de produits forestiers non ligneux très divers.

Organes de l'arbre

Exemples de produits

Systèmes de production

Exemples d'utilisation

Fruits et graines

Fruits succulents ou secs, graines (café, karité)

Vergers à fruits, jardins de case, parcs arborés

Alimentation humaine cosmétologie, pharmacopée

Feuilles

Fourrages animaux, condiments, médicaments

Systèmes agrosylvopastoraux

Alimentation animale, usage alimentaire et médicinal

Troncs et écorces

Caoutchouc, gomme arabique résine, tanin, fibres

Plantations, jardins de case parcs arborés,

Industrie du pneumatique, alimentation et industries agroalimentaires, pharmaceutiques, cosmétiques, cuirs, textiles, pâtes à bois

 

Liège, produits d'écorce, huiles essentielles

Systèmes agrosylvopastoraux

Bouchons, revêtement de mur, isolation, dérivés pharmaceutiques

Fleurs

Miel, huiles essentielles

Systèmes agrosylvopastoraux

Alimentation humaine, industrie pharmaceutique

Sève

Boissons, jus

Systèmes agrosylvopastoraux

Boissons alcoolisées

En verger, dans les pays industrialisés, les arbres fruitiers sont l'objet d'une gestion intensive, à la manière des cultures agricoles, traités souvent en monoculture et soumis à des améliorations génétiques. Ainsi, des données quantitatives sur la production, la consommation, les rendements sont aisément disponibles et relativement fiables. Dans certains pays en développement, comme au Pérou, la production fruitière est intégrée aux systèmes agroforestiers ou provient de fermes spécialisées pour l'exportation (Kleinn, 1999). Au Brésil, les plantations fruitières occupent 2,3 millions d'hectares, les vergers d'agrumes (mandarines, oranges, citrons) couvrant à eux seuls 1 million d'hectares. Ce système d'arbres hors forêt fournit plus de 4 millions de tonnes de produits (fruits et latex) (ibid.).

En système agroforestier, la production fruitière n'est pas organisée en filières aussi structurées que dans les systèmes arboricoles fruitiers. Au sein des traditionnels jardins de case (encadré 11), arbres et arbustes sont cultivés en association avec des cultures agricoles pérennes et annuelles et des activités d'élevage, notamment de petit élevage. De tels systèmes se retrouvent dans nombre de régions tropicales, dont celles densément peuplées. Les ligneux privilégiés sont à usages multiples: jusqu'à deux tiers des espèces utilisées par les paysans du Bangladesh sont des arbres fruitiers ou nourriciers (Mehl, 1991).

Encadré 11.

Production fruitière dans les jardins de case ou de village

L'intérêt de cultiver des arbres fruitiers dans les jardins de case ou de village réside avant tout dans la plus grande proximité de la ressource, permettant une gestion plus intensive, une plus grande densité et une meilleure productivité que celle obtenue en forêt. A Pará au Brésil, une étude sur le palmier açaí (Euterpe oleracea) dans les plaines inondables de l'estuaire amazonien a démontré que sa productivité fruitière passait de 7,3-12,2 tonnes par hectare et par an en forêt secondaire à 13,7-18,2 tonnes par hectare et par an en jardin de case (Muñiz-Miret et al., 1996). En outre, le voisinage d'un marché peut favoriser la vente et valoriser la production fruitière. C'est le cas à Cibitong, à 50 km de Jakarta (Indonésie), où, depuis plusieurs décennies, les jardins des villages proches de la capitale sont transformés en vergers fruitiers diversifiés autour de plusieurs productions commerciales (Mary et Dury, 1993).

En Afrique soudano-sahélienne, les parcs agroforestiers, caractérisés par la présence régulière et systématique des arbres au milieu des champs, fournissent des fruits aux populations rurales. Par arbre adulte et par an, la production du dattier du désert (Balanites aegyptiaca) est estimée entre 100 et 150 kilos, celle du jujubier (Ziziphus mauritiana) de 80 à 130 kilos, du tamarinier de 150 à 200 kilos (Boffa, 2000a). Parmi toutes les essences, le karité se démarque nettement. Sa productivité moyenne est de 48 à 65 kilos d'amandes sèches par hectare et par an. Les activités qui lui sont liées peuvent représenter de 20 à 60 pour cent du revenu des femmes au Burkina Faso (ibid.). Outre son utilisation comme bois d'œuvre et bois-énergie, sa principale richesse réside dans les multiples usages de ses fruits (Bagnoud et al., 1995): la pulpe est mangée, l'amande est à l'origine du beurre utilisé pour la cuisson des aliments et la fabrication de cosmétiques et de bougies, et il sert même à l'imperméabilisation des murs de cases. Au-delà des usages locaux, les amandes de karité sont exportées: annuellement, entre 40 000 et 75 000 tonnes en Europe et de 10 000 à 15 000 tonnes au Japon (Boffa, 2000a). Elles sont destinées aux industries alimentaires, cosmétologiques et pharmaceutiques. La valeur économique (apport des arbres par rapport aux pertes de production qu'ils occasionnent aux cultures) des parcs à karité et à néré se chiffrerait entre 4 800 et 10 600 FCFA par hectare et par an (Boffa et al., 1996). Les recettes d'exportation sont mal appréciées, faute de données fiables, ce qui va à l'encontre du développement et de l'optimisation de la ressource.

La filière du café des systèmes agroforestiers est davantage connue puisqu'elle s'inscrit dans les échanges internationaux. Alors que 85 pour cent de la consommation se fait en Europe, aux Etats-Unis et au Japon (Alvarez et al., 1992), la majeure partie de la production vient d'Amérique latine et des Caraïbes (FAOSTAT, 1999, cité par FAO, 2000c). En Colombie en 1996, le café comptait pour 14,9 pour cent des exportations pour une valeur de 1,5 milliard de dollars contribuant aux 80 milliards du produit intérieur brut. Au Salvador en 1989, les exportations de café représentaient 44 pour cent de la valeur ajoutée (en prix constants) de l'économie nationale (Rice et Ward, 1996). Le commerce du café y génère entre 9 et 15 milliards de dollars, selon les campagnes et les cours mondiaux, dont 40 à 80 pour cent reviennent aux petits producteurs (Follin, 1999). Cette production constitue souvent un maillon essentiel de l'économie de ces pays.


Photo 9. Campement peul dans un parc agroforestier à base de Balanites aegyptiaca en région sahélienne, au Burkina Faso. (© Faiduti/FAO)

Cette remarque peut s'appliquer à d'autres cultures pérennes, tels le palmier dattier, le cocotier ou le cacaoyer, qui sont des facteurs de structuration sociale et de développement local, des éléments moteurs de l'économie et des vecteurs d'intégration au commerce international (tableau 3). Pour les producteurs à l'échelle locale, en plus des revenus, ces cultures offrent l'avantage de garantir une exploitation sur un laps de temps parfois de plusieurs générations et sur un espace borné dont l'agriculteur est souvent propriétaire (Follin, 1999). La Côte d'Ivoire couvre près de 40 pour cent de la production totale de graines de cacao (FAOSTAT, 1999, cité par FAO, 2001c). Les cocoteraies, qui se distinguent par la grande rusticité de la culture, procurent aux populations locales nourriture, boisson et matériaux. Le développement de la filière du palmier est soutenu dans la mesure où l'huile de palme est au premier rang des huiles végétales exportées et que, dans les années à venir, elle sera en tête de la production mondiale, dépassant celle du soja (ibid.).

Feuilles et fourrages

Les pasteurs des régions tropicales vivent principalement de l'élevage et dépendent du fourrage herbacé et ligneux. Lorsque l'herbe vient à faire défaut, le feuillage joue un rôle alimentaire essentiel pour le bétail. En pays tempérés, les arbres des haies taillés en têtards fournissaient traditionnellement les réserves fourragères des chèvres pour l'hiver (Bortoli, 1987). Dans les régions sèches, comme en Afrique dans les zones sahéliennes et soudano-sahéliennes, où la ressource herbacée ne suffit pas à assurer une alimentation qualitativement convenable sur l'ensemble du cycle annuel, les espèces ligneuses occupent une grande place dans l'alimentation du bétail. Au Mali, caprins et ovins consacrent par an respectivement 34 et 87 pour cent de leur temps de pâture aux fourrages ligneux (Dicko et Sangaré, 1981, cité par Cissé, 1985). Ces fourrages sont vendus sur les marchés des grandes villes pour nourrir les animaux élevés dans les concessions (encadré 12). Dans les systèmes sylvopastoraux des savanes arbustives soudano-sahéliennes, les espèces ligneuses fourragères les plus appréciées sont: Pterocarpus lucens (jusqu'à 50 pour cent de l'alimentation ligneuse des troupeaux du nord-ouest du Burkina Faso), la plupart des acacias (Acacia senegal, Acacia seyal, Acacia raddiana, Faidherbia albida), Balanites aegyptiaca, Ziziphus mauritiana (Bernard et al., 1995; Bortoli, 1987; Cissé, 1985). Les trois quarts des 10 000 espèces ligneuses d'Afrique sont probablement utilisés pour le pâturage aérien (FAO, 1992).

Cependant cette ressource est, dans certains cas, surexploitée: rythme d'ébranchage trop fréquent, blessures par arrachage de l'écorce qui favorisent l'entrée des parasites (Bortoli, 1987; Cissé, 1985), surpâturage compromettant la régénération naturelle de certaines espèces ligneuses. C'est ainsi que Cordeauxia edulis, alimentation principale en saison sèche des troupeaux de chameaux et de chèvres des plaines centrales de Somalie, est progressivement en train de disparaître (FAO, 1992). Une gestion raisonnée de ce type de système est nécessaire. En Asie, les paysans commencent à planter des arbres qu'ils peuvent utiliser, entre autres, comme ressource fourragère: les arbres plantés en bordure des champs en pente dans l'ouest du Népal couvrent de 41 à 58 pour cent de la demande en fourrage (Fonzen et Oberholzer, 1984). La ressource, plus accessible, évite le déplacement des troupeaux en forêt.

Tableau 3. Récapitulatif sur les filières de certaines cultures pérennes (données de 1996).

 

Cacaoyer

Caféier

Palmier à huile

Cocotier

Surfaces* (millions d'hectares)

5,8

Arabica: 6,8 Robusta: 4,3

5

11,6

Production (millions de tonnes)

2,5(cacao marchand)

Arabica: 3,8 Robusta: 1,7

16,1(huile de palme)

coprah: 5,3 huile: 3,3

Distribution géographique

Afrique: 60 %

Afrique: 18 %

Malaisie: 52 %

Asie: 80 %

Asie: 25 %

Asie: 18 %

Indonésie: 28 %

(Philippines, Inde, Indonésie)

Amérique: 15 %

Amérique: 64 %

Autres: 20 %

 

Système de production

Majorité de petits planteurs

80 % de petites exploitations

Afrique: grandes plantations surtout Asie: plantations villageoises aussi

Organisés

Contraintes techniques principales

Qualité

Qualité

Potentiel de production pour certaines variétés

Variété

Replantation

Maladies et ravageurs

Maladies et ravageurs

Itinéraires techniques

Maladies et ravageurs

   

Cultures associées Maladies

Exportations(premiers pays)

Côte d'Ivoire

Brésil

Malaisie

Philippines

Ghana

Colombie

Indonésie

Indonésie

Indonésie

Indonésie

Papouasie-Nouvelle-Guinée

Malaisie (huile)

Importations (premiers pays)

Pays-Bas

Etats-Unis

Union européenne

Union européenne

Etats-Unis

Allemagne

Chine

Etats-Unis

Allemagne

Japon

Inde

Corée

Source: Follin
*Surfaces incluant toutes le terres confondues


Photo 10. Arbre mené en têtards dans le Puy-de-Dôme, France. (© Bellefontaine/Cirad)

Encadré 12.

Arbres hors forêt, source d'alimentation pour le bétail

Dans les grandes agglomérations de certains pays en développement, il est courant de voir des bicyclettes lourdement chargées de fagots de feuillage, souvent plus de 70 kilos, ou des charrettes remplies de fourrage ligneux. Une enquête réalisée à Bamako (Mali) montre que les moutons de case reçoivent une ration journalière de fourrage arboré de 1,8 kilo en moyenne récolté sur Pterocarpus erinaceus et Khaya senegalensis (Anderson et al., 1994). En 1989-1990, plus de 1 400 tonnes de fourrage frais de Pterocarpus erinaceus ont été commercialisées dans la capitale. Au Sri Lanka, le feuillage de Gliricidia sepium fait partie des fourrages favoris transportés pour le bétail. Les gousses des légumineuses fourragères et autres fruits d'arbres sont cruciaux en raison de leur haute teneur en matières azotées ou en énergie. Les glands de chêne sont une ressource pour les porcs dans les pays tempérés et méditerranéens. Dans les régions tempérées chaudes, le mûrier (Morus alba) est planté, non seulement pour l'élevage du ver à soie, mais de plus en plus pour celui des ruminants. La qualité fourragère et la digestibilité de ses feuilles sont remarquables et le promettent à un grand avenir tant sur le continent eurasiatique qu'en Amérique latine (Sanchez, 1999).

Troncs et écorces

Gommes, résines et latex, bien souvent exploités par les paysans et éleveurs, sont pour la plupart présents sur les marchés internationaux. C'est le cas du caoutchouc tiré de l'hévéa, qui, en dehors des plantations, est aussi produit dans des systèmes agroforestiers, ainsi que celui de la gomme arabique, qui se distingue par sa valeur commerciale et industrielle (encadré 13). Les Acacia senegal et Acacia seyal sont exploités en zone sahélienne dans les «vergers à gomme» ou dans les parcs arborés à jachère forestière. La production mondiale, après avoir atteint 60 000 tonnes par an vers la fin des années 60, est revenue à 33 800 tonnes en 1994 (Spore, 1990; Nour et Osman, 1997), à raison de 250 g par arbre et par an en moyenne (Coppen, 1995). L'exportation de la gomme arabique a rapporté au Soudan (premier producteur mondial) près de 100 millions de dollars EU en 1993 (Danthu, 1994). Aucun substitut de synthèse n'a remplacé ce produit inestimable pour nombre d'industries. Cet exemple montre que des produits forestiers non ligneux de source non forestière, intégrés à un véritable système de production, peuvent être sources de devises.


Photo 11. Transport par vélo de fourrage arboré de caïlcedrat pour l'alimentation de moutons de case à Bamako, Mali. (© Bertrand/Cirad)

De l'écorce de Prunus africanum est extraite une poudre utilisée en médecine traditionnelle au Cameroun: 3 500 tonnes d'écorce sont récoltées annuellement, mais l'espèce est en voie de disparition (Spore, 2000). L'écorce d'Irvingia et celle du karité sont toutes deux utilisées pour leurs propriétés médicinales au niveau local, tandis que celle de Grewia tenax, dont la production annuelle est évaluée à 900 tonnes au Soudan, sert à la confection de brosses à dents (Ayuk et al., 1999; Boffa et al., 1996; Ezeldeen et Osman, 1998; Ladipo et al., 1996). Les produits d'écorce peuvent avoir une importance commerciale de grande envergure, comme le liège obtenu à partir de Quercus suber, cultivé notamment dans les dehesas, systèmes agrosylvopastoraux caractéristiques du Sud européen (Pointereau et Bazile, 1995).

Encadré 13.

Gomme arabique: un produit précieux des arbres hors forêt

La gomme arabique est un polysaccharide complexe légèrement acide. Sa propriété principale est d'être facilement soluble dans l'eau, en donnant des solutions de faible viscosité, ce qui lui confère des caractères émulsifiants et stabilisateurs. Ses utilisations se divisent en trois catégories: alimentaires, pharmaceutiques et techniques. Dans les pays industrialisés, elle est utilisée principalement en confiserie (60 pour cent de la consommation), mais aussi comme gélifiant dans les conserves, stabilisateur dans les sodas ou boissons alcoolisées. En Mauritanie, les populations nomades l'utilisent pour confectionner le N'dadzalla, mélange de gomme grillée et pilée avec du beurre et du sucre. La médecine traditionnelle l'emploie comme une panacée pour soigner migraines, fractures, furonculose, et l'industrie pharmaceutique et cosmétique la valorise comme agent émulsionnant et antiprécipitant. La gomme se retrouve dans l'artisanat (préparation de colle, de teinture, de pommade), l'imprimerie, la lithographie, la céramique et sert à produire certaines encres (Coppen, 1995; Giffard, 1975; Seif el Din et Zarroug, 1996).

Fleurs

Les fleurs des arbres hors forêt sont également à l'origine des huiles essentielles, du miel et de ses dérivés. Au-delà de l'intérêt que représentent ces produits pour les industries alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques, ils sont lucratifs pour nombre de petits exploitants. Au Mozambique, l'apiculture est une pratique courante en milieu rural; les miels d'acacia et de miombo (Brachystegia) sont les plus communs. Les apiculteurs traditionnels (environ 20 000) produisent en moyenne par an 360 000 kilos de miel et 60 000 kilos de cire; la production des apiculteurs modernes est estimée respectivement à 20 000 et 8 000 kilos. Le prix du kilo de miel est passé de 3,6 dollars EU en 1994 à 5,6 dollars EU en 1999 (Mange et Nakala, 1999). De son côté, l'Ethiopie est le quatrième producteur de cire au monde, après la Chine, le Mexique et la Turquie, avec une moyenne annuelle de 3 000 tonnes et le cinquième pays exportateur. Sur la période 1984-1994, elle a exporté en moyenne 270 tonnes par an (Deffar, 1998).

Sève

La fabrication de boissons à partir de la sève est une pratique courante. Le vin de palme bien connu provient d'essences telles que Borassus aethiopum, Hyphaene coriacea et Phoenix reclinata. Au Mozambique, la production de cette boisson, pouvant atteindre 20 litres par jour dans la région de Matutuine, est une activité lucrative tout au long de l'année pour les ménages vivant le long des routes principales (Mange et Nakala, 1999). Au Bénin, dans la région de Bassila, associée à la distillation de l'alcool de palme, elle est la seule entreprise liée aux arbres qui puisse couvrir entièrement les coûts de subsistance d'une personne (Boffa, 2000a).

Les produits des arbres hors forêt représentent des sources financières non négligeables pour les pays et un revenu monétaire crucial pour les populations rurales. Une meilleure connaissance de la valeur économique des produits des arbres hors forêt les valoriserait et favoriserait leur insertion dans les statistiques nationales et internationales.

Ressource clé de l'environnement

Selon un adage africain, «La Terre n'est pas un bien que nous lèguent nos parents, mais un bien que nous empruntons à nos enfants». S'il a fallu deux millions d'années pour atteindre le milliard d'êtres vivants sur terre (vers 1800), en 2025, la population mondiale sera proche des neuf milliards de personnes, dont plus de sept dans les pays en développement. Un milliard de personnes sont pauvres (Banque mondiale, 1995) et plus de 800 millions souffrent quotidiennement de la faim (FAO, 1996a). Le défi est donc bien de conserver et de pérenniser les ressources naturelles pour lutter contre la pauvreté et garantir aux populations, actuelles et futures des villes et des campagnes, des moyens d'existence assurant la sécurité alimentaire. Par rapport à cette exigence de gestion et d'aménagement des ressources, les arbres hors forêt ont un rôle majeur à tenir tant en milieu rural qu'urbain. En effet, les grandes agglomérations comptant jusqu'à 30 à 40 millions d'habitants seront de plus en plus nombreuses. La foresterie urbaine est, et sera davantage encore, un facteur essentiel pour la qualité de l'environnement. Elle procure des bénéfices écologiques indéniables: amélioration du climat, limitation et organisation territoriale de l'expansion démographique, recyclage des eaux sales et usées, réduction du bruit, atténuation de la pollution atmosphérique et sonore (Greye et Deneke, 1978, cité par El-Lakany et al., 1999).


Photo 12. Erosion en griffes et rôle des arbres hors forêt au Togo. (© Sarlin/Cirad)

Pour les sols et les eaux

Les taux de régénération des sols sont largement inférieurs à leurs taux de dégradation, ce qui incite à une agriculture de plus en plus respectueuse de l'environnement, de la diversité biologique et du maintien de la fertilité. Les arbres hors forêt peuvent contribuer efficacement à relever de ce défi car, sous forme de peuplements plus ou moins denses, d'arbres d'alignement ou isolés, de haies, ils préservent la matière organique des sols (Roose, 1994) et améliorent leur fertilité. Ces rôles leur sont unanimement reconnus ainsi que celui de lutte contre la désertification; ils freinent l'érosion éolienne et hydrique, facilitent l'infiltration des eaux de pluie et assurent sur le long terme les productions agricoles (encadré 14).

Encadré 14.

Quelques exemples du rôle environnemental des arbres hors forêt

Dans certains pays, tels l'Egypte, l'Iraq et la Libye, les brise-vent favorisent une augmentation considérable de la production (FAO, 1986). Dans cette même perspective, en Mauritanie, plus de 800 km de brise-vent ont permis de fixer les dunes, ralentissant ainsi la désertification et combattant la sécheresse (Ben Salem, 1991). Dans les oasis, en Iraq, les cultures intercalaires, où se superposent un étage supérieur de palmiers, un sous-étage d'arbres fruitiers et une culture au sol (ibid.), ont prouvé leur capacité à lutter contre l'érosion éolienne. En Iran, les paysans des régions montagneuses conservent de 20 à 100 arbres par hectare cultivé pour assurer la protection du sol et des cultures. Pour les mêmes raisons, les paysans afghans font pousser mûriers, peupliers, eucalyptus et arbres fruitiers en limite des parcelles et le long des canaux d'irrigation (FAO, 1993). Dans les régions sèches africaines, les arbres dispersés, comme Faidherbia albida, préservent la fertilité du sol, protègent le couvert herbacé et procurent aux hommes et aux animaux un ombrage protecteur.

Dans de nombreuses régions du monde, les fronts pionniers de défrichement avancent, contribuant à la dégradation des ressources naturelles, alors qu'il est fondamental de conserver suffisamment d'arbres, sous diverses formes et dispositions. Dans cette optique, les systèmes linéaires sont une richesse pour la protection écologique, la conservation biologique, l'épuration des eaux et la protection contre les intempéries. Les arbres hors forêt en alignements ou en bosquets trouvent leur place (encadré 15) dans la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols. Leur installation appropriée tend à remplacer les actions plus mécaniques de défense et restauration des sols et de conservation de l'eau et des sols.

Encadré 15.

Protection des sols et conservation des eaux

Les options biologiques de conservation et protection des eaux et des sols consistent à mettre en place des systèmes de protection qui couvrent le sol, recyclent la matière organique et participent à la dispersion de l’énergie de ruissellement. Pour gérer à la fois les eaux sur les pentes, la biomasse et les nutriments minéraux, quand c’est encore possible, des microbarrages sont réalisés, faits de cordons de pierre, associés ou non à des bandes enherbées, plantées de buissons ou d’arbres, jouant alors le rôle de haies vives. Les arbres peuvent être propagés par boutures de racine d’espèces drageonnantes (Bellefontaine et al., 1999). Ce type de lutte limite le travail du sol et offre une couverture permanente de ligneux ou de litières (Roose, 1999).

Les arbres hors forêt, par leur régénération naturelle et/ou leur plantation de maintien ou d'extension du couvert arboré, sont utiles dans l'aménagement des bassins-versants pour limiter la dégradation des sols et lutter contre la désertification. Les ruisseaux et rivières des zones montagneuses et les écosystèmes qui les contiennent sont protégés par les arbres hors forêt des petites exploitations et des ripisylves. Lors de la CNUED, en 1992, il a été rappelé que «les montagnes sont un important réservoir d'eau, d'énergie et de diversité biologique» et que «les environnements de montagne sont indispensables à la survie de l'écosystème mondial».

Pour la diversité biologique

Aucun pays ne peut se passer de ses ressources phytogénétiques pour accroître durablement ses disponibilités alimentaires et pour faire face aux défis des modifications de l'environnement, y compris le changement climatique. Grâce à des générations d'agriculteurs, les communautés locales ont joué un rôle important dans la conservation et l'amélioration de ces ressources, sur lesquelles pèsent de graves dangers (Déclaration de Leipzig, 1996). Dans les pays sahéliens, la surexploitation des ressources ligneuses constitue la plus sérieuse menace pour le maintien et le développement durable des ressources génétiques. Les risques de disparition d'espèces, ou de populations d'arbres, ou de réduction dramatique sont amplifiés par les épisodes récurrents de sécheresse climatique. La résistance des essences à ces chocs est variable: le Tchad rapporte des pertes considérables dans ses peuplements d'Acacia senegal, d'Anogeissus leiocarpus et de Dalbergia melanoxylon. Au Cameroun et au Sénégal, on estime à 100 000 hectares la disparition annuelle des savanes. Des espèces comme Acacia nilotica, Pterocarpus lucens, Sclerocarya birrea, Prosopis africana, Lannea microcarpa et Dalbergia melanoxylon manifestent une grande sensibilité aux effets climatiques (FAO, 2001c).


Photo 13. Paysage montagneux du sud-ouest de la Chine. (© Hofer/FAO)

Deux stratégies se présentent pour sauvegarder ces richesses (Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, 2000). L'une ex situ, en jardins botaniques, arboretums, peuplements de conservation et dans le cadre, au Sahel, des programmes de sélection et d'amélioration génétique, donnent déjà de sérieux espoirs pour Anacardium occidentale et Faidherbia albida (Déclaration de Leipzig, 1996). Dans l'autre cas, la conservation in situ, la diversité biologique est protégée par les agriculteurs grâce à leur connaissance des interactions entre l'environnement, les ressources génétiques et leurs modes de gestion. Dans nombre de pays, les jardins de case sont parfois les refuges de certaines variétés végétales et des espèces arborées rares participent à la diversité biologique (encadré 16). Il en va de même pour les agroforêts qui, par leur densité élevée et leur diversité en espèces ligneuses et non ligneuses, rendent des services environnementaux comparables à ceux des forêts.

Encadré 16.

Diversité biologique et jardins de case

Les jardins de case sont des systèmes d'exploitation traditionnels vitaux pour les populations. En Thaïlande, une enquête a dénombré dans 60 jardins de case 230 espèces végétales dont 29 pour cent étaient sauvages; chaque jardin avait entre 15 et 60 espèces différentes, dont au minimum 10 espèces non domestiquées (Bunning et Hill, 1996). Dans les jardins des îles du Pacifique, on trouve une large gamme d'arbres, d'arbustes et d'espèces végétales, par exemple, sur l'atoll de Kiribati: cocotiers, arbres à pain, Musa, Pandanus et Ficus tinctoria, papayers, Citrus, avocatiers, goyaviers, Annona, Syzygium et Terminalia spp., Spondias dulcis et Pometia pinnata. Cette considérable diversité est amplifiée par le recours à différentes variétés d'une même espèce. Dans les îles Salomon, des études ont prouvé que les ménages ayant un jardin de case étaient mieux nourris que ceux n'en possédant pas; ces derniers présentaient des carences en vitamines A et C ainsi qu'en fer (FAO, 1995b).

En terme de diversité biologique animale, les espaces à faible couvert arboré supportent une biomasse plus forte et plus diversifiée que les forêts. L'exemple le plus fameux est le parc du Serengeti (Tanzanie), où vivent les troupeaux d'antilopes les plus imposants au monde. Dans les savanes, les animaux trouvent ombrage pour se protéger, nourriture pour s'alimenter, ramures pour se nicher.


Photo 14. Quelques îlots et corridors de diversité biologique maintenus entre la forêt (au fond à droite) et les champs, Ardennes belges. (© Bellefontaine/Cirad)

Sur les terres agricoles, les haies, brise-vent et bosquets dispersés forment également des refuges pour la flore et la faune, constituant des îlots et des corridors de diversité biologique. Cette fonction est bien connue des chasseurs, qui défendent la conservation des haies et des bosquets, mais aussi des agriculteurs. Ces derniers ont parfois un avis plus nuancé entre la présence accrue, d'une part, de rongeurs et d'oiseaux attaquant les cultures et, d'autre part, d'insectes fécondateurs comme les abeilles et d'oiseaux insectivores et prédateurs utiles au contrôle des ravageurs. Au pied des alignements d'arbres, se réinstallent, souvent par zoochorie9 , des espèces ligneuses, certaines rares ou peu fréquentes, qui enrichissent la diversité biologique. Plusieurs espèces animales doivent leur sauvegarde à la plantation, la restauration ou l'entretien des bocages. En outre, les ripisylves, siège d'une grande richesse biologique, servent de frayère pour les poissons et les crustacés et réduisent les problèmes d'eutrophisation par l'ombrage des cours d'eau et la limitation du développement de la flore aquatique. La faune terrestre utilise ces ripisylves comme couloirs de déplacement. La gestion des arbres hors forêt sur les espaces agricoles, dans une optique de pérennisation de la diversité biologique, vise un équilibre entre la promotion des effets bénéfiques et le contrôle, sinon l'élimination, des conséquences négatives.

Pour le climat

Les arbres sont des réservoirs de stockage et des sources de carbone. Le rôle de stockage et de déstockage des écosystèmes forestiers tropicaux commence à être connu dans le contexte global de la régulation du dioxyde de carbone atmosphérique et de la réduction des gaz à effets de serre. La quantification des sources et des puits de carbone, et celle des rejets dus aux activités humaines, est une des tâches actuelles de la communauté scientifique (Alexandre et al., 1999). Les changements d'utilisation des terres, en premier lieu le déboisement des zones tropicales par brûlis, provoquent actuellement environ 20 pour cent des émissions de gaz carbonique. D'après le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), entre 1995 et 2050, la fixation mondiale de carbone provenant de la réduction du déboisement, de la régénération des forêts, de l'intensification des plantations et des pratiques agroforestières égalerait 12 à 15 pour cent des émissions de carbone des combustibles fossiles (FAO, 2001a).

Dans le cadre des négociations internationales sur les questions climatiques mondiales (Protocole de Kyoto), il est apparu que le carbone pourrait devenir un nouveau «produit» à surveiller, quantifier et gérer autrement que par le passé, ainsi qu'une nouvelle raison d'être des activités qui influent sur l'évolution du climat. Des changements s'imposent dans les secteurs de l'énergie, des transports et de l'industrie ainsi que de l'agriculture et de la foresterie. L'impact des arbres hors forêt sur la diminution de la déforestation, la stabilisation des sols et des écosystèmes et la séquestration de carbone sera de plus en plus significatif.

Certaines pratiques de gestion forestière peuvent ralentir l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère. Lors du XIe Congrès forestier mondial en 1997 (Antalya, Turquie), un des points discutés pour augmenter les puits de carbone était «d'établir des plantations sur des terres non boisées, (...) d'accroître le couvert forestier sur les terres agricoles ou les pâturages à l'aide de systèmes agroforestiers» (Brown, 1997). Dans les régions subsahéliennes, Unruh et al. (1993) ont estimé l'accumulation moyenne de carbone dans la biomasse souterraine et aérienne de 21 systèmes agroforestiers différents. Ils ont considéré que l'agroforesterie jouait un rôle environnemental, plus par son effet de réduction de la déforestation (et par là, d'émission de carbone) et de maintien de la matière organique du sol, que par l'effet de séquestration directe de carbone. La plantation d'arbres hors forêt dans le cadre d'un aménagement intégré du territoire pourrait permettre de maintenir le stockage de carbone à un bon niveau. Ces réflexions sur la relation arbres hors forêt et régulation climatique sont encore pour nombre d'entre elles au niveau de la recherche. Il convient donc de mobiliser les moyens pour évaluer le poids des arbres hors forêt dans le cycle du carbone (Alexandre et al., 1999). Ceux-ci ont déjà montré une certaine efficacité dans l'amélioration des microclimats (encadré 17).

L'examen de l'importance des arbres hors forêt pour le développement, plus particulièrement au regard de la sécurité alimentaire, de la lutte contre la pauvreté et de la conservation des écosystèmes, a mis en évidence le besoin critique d'informations chiffrées, précises et fiables. Celles-ci sont indispensables pour concevoir et soutenir des politiques de promotion et d'appui en faveur des arbres hors forêt. De plus, elles permettraient de mieux suivre l'évolution et la dynamique de cette précieuse ressource, encore largement sous-estimée, sinon mésestimée.

Encadré 17.

Plantation d'arbres et amélioration du climat en ville

Dans la vallée du Yangtsé, à Nanjing, en Chine, ville industrielle d'environ 1,5 million d'habitants, 34 millions d'arbres ont été plantés entre 1949 et 1981, soit l'équivalent d'environ 23 arbres par habitant. Ces plantations, en ville et aux alentours, visaient à réduire les températures estivales, réguler le climat, purifier l'air, tout en embellissant le cadre de vie. En trente-deux ans, les températures saisonnières d'été sont passées de 32,2 oC à 29,4 oC, baisse attribuable à l'effet de fraîcheur procuré par les arbres qui ont été distribués en brise-vent, en reboisement de collines, en alignements d'arbres le long des rues et en haies triples bordant les voies ferrées (Carter, 1995).


3 Il n'existe pas une définition unique des arbres remarquables; plusieurs critères justifient une telle désignation, tels la morphologie, l'âge, l'essence, les valeurs culturelles.

4 Selon les pays, le bambou peut être considéré comme ressource forestière ou non.

5 Ce terme fait référence aux espèces ou aux types de valeur qui ne sont pas pris en compte dans les calculs économiques et qui restent inconnus des décideurs et des chercheurs (Guijt et Hinchcliffe, 1998).

6 Depuis 1999, la définition de la FAO des produits forestiers non ligneux (PFNL) fait expressément mention des arbres hors forêt: «Les produits forestiers non ligneux sont des biens d'origine biologique autres que le bois, dérivés des forêts, des autres terres boisées et des arbres hors forêt» (Unasylva, 1999).

7 En 1995, 1 dollar EU valait environ 26 couronnes.

8 En 1996, 1 dollar EU valait environ 511 FCFA.

9 Zoochorie: dispersion des fruits et/ou des graines par l'intermédiaire d'animaux (faune, bétail, oiseaux, etc.).

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