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Chapitre 1: Phase préparatoire


Résumé
Rassembler et analyser les informations existantes
Entrer en relation avec les agents et institutions de développement
Choisir une communauté
Développer et renforcer les relations et le dialogue avec la communauté
Stimuler l'intérêt de la communauté pour l'alimentation et la nutrition

Résumé

La phase préparatoire d'un projet participatif de nutrition comprend plusieurs éléments essentiels.

Il faut tout d'abord rassembler et analyser les informations existantes concernant l'alimentation et la nutrition de la communauté. Ceci peut être fait en prenant contact avec les institutions qui disposent de données concernant la nutrition, en identifiant des personnes clefs et en discutant avec elles, individuellement ou en groupe, des problèmes locaux de nutrition. L'agent de développement peut déjà préparer une évaluation initiale de la situation sur la base de l'information ainsi recueillie.

Il faut également établir ou renforcer les liens avec les autres agents ou institutions de développement. Pour cela, on peut faire un inventaire des institutions localement actives dans des domaines touchant à l'alimentation et à la nutrition, et les contacter séparément ou en groupe. Les agents de développement pourront alors faire l'inventaire des services proposés par ces institutions.

Une communauté pourra être choisie pour un projet participatif de nutrition pour des raisons différentes: l'agent de développement y travaille déjà, la communauté a de sérieux problèmes alimentaires et nutritionnels, ou encore la communauté est particulièrement intéressée par l'approche proposée.

Une fois la sélection faite, l'agent de développement commence à tisser des liens ou renforce ses relations avec la communauté et entame un dialogue sur l'alimentation et la nutrition avec la population. Des réunions peuvent être organisées avec les responsables locaux et avec la communauté pour débattre de problèmes particuliers concernant l'alimentation et la nutrition. L'agent de développement identifie également les organisations existantes dans la communauté et les relations entre les groupes à l'intérieur et à l'extérieur de la communauté.

L'agent de développement peut être amené à débuter de façon concrète des activités relatives à l'alimentation et à la nutrition afin de stimuler l'intérêt de la communauté.

Ces différents éléments ne doivent pas nécessairement être menés successivement. Beaucoup de ces activités peuvent se chevaucher et se renforcer les unes les autres. Quelques-unes peuvent avoir été déjà accomplies. D'autres, comme le recueil et l'analyse des données, n'ont pas nécessairement besoin d'être terminées avant le démarrage du projet, mais peuvent être poursuivies tout au long du projet. Ce guide est fait pour être utilisé avec souplesse.

Cette phase préparatoire peut prendre approximativement 3 mois, en fonction de la fréquence des contacts de l'agent avec la communauté et avec les autres institutions de développement. Un instituteur établi dans la communauté aura besoin de moins de temps qu'un vulgarisateur agricole basé dans le chef-lieu voisin qui doit se rendre dans la communauté.

Rassembler et analyser les informations existantes

Une des premières étapes dans la planification d'un projet participatif de nutrition consiste à rassembler et à analyser les informations existantes de façon à obtenir une première idée de la situation alimentaire et nutritionnelle de la zone. Ces informations peuvent aussi aider les agents de développement à sélectionner les communautés pour les activités de nutrition.

L'élaboration d'un projet de nutrition communautaire fait appel à des renseignements sur la production et l'approvisionnement alimentaire, les habitudes alimentaires, l'accès aux soins de santé et le système d'approvisionnement en eau, et non pas uniquement à des informations plus spécifiquement liées à la nutrition, comme le poids et la taille des enfants de moins de 5 ans ou les pratiques de sevrage. Il sera également utile de s'informer sur d'autres aspects liés à l'alimentation, tels que les techniques appropriées pour la production, la transformation, le stockage des aliments essentiels (aliments de base, huile et sucre) et leurs prix sur les marchés locaux.

Ces renseignements peuvent être trouvés dans des documents, des rapports, des études ou dans les systèmes de recueil de données. Certaines sont disponibles auprès d'institutions locales, telles que les centres de santé et les services de vulgarisation agricole. D'autres peuvent être obtenues au niveau central ou provincial, dans les ministères, les universités, les organisations non-gouvernementales, les agences de développement ou les institutions du secteur privé. Les superviseurs doivent être en mesure de fournir quelques-uns de ces documents, d'aider l'agent de développement à identifier d'autres documents et à lui indiquer la façon de les obtenir.

Le point de vue des experts et des responsables locaux sur les problèmes de nutrition est aussi utile. Les agents de développement peuvent rencontrer les responsables locaux individuellement ou en groupe. Il peut être intéressant de rassembler des personnes de différents horizons qui connaissent bien la situation locale: ceci peut aider à identifier les aspects qui doivent être vérifiés et étudiés plus en détail et fournir un point de départ pour une coopération plus étroite entre les institutions et les personnes présentes.

Après avoir analysé les informations existantes, l'agent de développement fait une évaluation initiale de la situation alimentaire et nutritionnelle dans la zone.

L'aide mémoire 1 (voir page suivante) a été établi pour aider les agents de développement à organiser et enregistrer les données sur l'alimentation et la nutrition. Il doit être utilisé de façon flexible. Le type d'informations nécessaires et disponibles variera d'un endroit à l'autre. Les lacunes initiales pourront être comblées au cours du développement du projet.

Aide-Mémoire 1: Informations sur l'alimentation et la nutrition

Cet aide-mémoire est un outil pour organiser et enregistrer les renseignements concernant l'alimentation et la nutrition qui peuvent s'avérer utiles pour un projet participatif de nutrition. Il suggère aussi les sources d'informations possibles correspondantes. Les lacunes pourront être remplies au fur et à mesure du développement du projet.

1. L'état nutritionnel

Sources: systèmes de collecte de données de routine et de surveillance nutritionnelle, centres de santé, nutritionnistes, ONG.

- Quelle est la prévalence des problèmes nutritionnels dans la zone?

rapport poids/âge insuffisant
rapport taille/âge insuffisant: indicateur de malnutrition chronique,
rapport poids/taille insuffisant: indicateur de malnutrition aigüe
carence en micro-nutriments (par exemple anémie ou avitaminose A)

- Quels sont les groupes les plus atteints?

age, sexe, communauté, type de ménage (pays sans terre, migrants, pêcheurs).

- Est-ce que la situation évolue? Comment?

2. Consommation alimentaire

Sources: Enquêtes statistiques des instituts ou des départements de nutrition, sociologues ruraux, anthropologues, Ministère de la santé, agences de développement.

- Quelles sont les habitudes et croyances alimentaires locales?

Est-ce que tous les groupes sociaux ont les même habitudes alimentaires?

Si non, quels sont les principaux groupes en matière d'habitudes alimentaires?

Pourquoi?

Quelles sont les principaux aliments consommés?

Distribution au sein de la famille: Qui mange quoi dans la famille? Combien de fois par jour?

Y a-t-il des variations saisonnières?

Quelles sont les croyances particulières relatives à certains aliments (tabous y compris)?

- Quelles sont les pratiques d'allaitement et de sevrage?

3. Prévalence et variations saisonnières des principales maladies

Sources: centres de santé.

- Quelles sont les principales maladies (diarrhées, rougeole, paludisme, infections respiratoires, SIDA,...?)

Quelles sont les personnes principalement atteintes?
Quelle est la prévalence de ces maladies?
Présentent-elles des variations saisonnières?

4. Soins de santé

Sources: Ministère de la santé, services de santé.

- Quels types de structures sont-elles présentes (postes de soins, centres de santé)?- Quels services sont offerts à la population?

- Quels services sont délivrés de façon régulière?

- Quelle est la répartition géographique des structures de santé (indiquer sur une carte de la zone)?

5. Données agricoles - production alimentaire locale, variations saisonnières, contraintes

- Quelles sont les cultures vivrières locales?
- Quelle est la proportion entre la production vivrière et les cultures de rente?
- Production pour l'auto-consommation: quels sont les principaux aliments produits:

Aliments de base (p. ex. céréales, racines et tubercules)
Fruits et légumes
Produits d'origine animale (p. ex. viande, oeufs, lait, fromage)

- Culture de rente: quelles sont les principales cultures de la zone?

- Quelles sont les contraintes de la production alimentaire (climat, accès à la terre, à l'eau, à la main-d'oeuvre et aux autres intrants, stockage, transformation et préparation, système de commercialisation).

- Existe-t-il une saison de pénurie ou "période de soudure"?

Quels sont les zones ou les foyers les plus affectés?
Comment la population réagit-elle à la pénurie?

6. Le marché alimentaire

Sources: Services publics, tels que les Ministères du Commerce ou des Finances.

- Quels sont les marchés, les boutiques, les commerçants?

- Quels sont les moyens de transport existants (routes et ponts, transport public ou privé, camions, bicyclettes, bateaux)?

- Quels sont les prix sur le marché pour les aliments essentiels: aliments de base, huile, fruits et légumes?

7. Le système d'approvisionnement en eau.

Sources: services locaux de santé publique, services responsables de l'approvisionnement en eau.

- Quels sont les systèmes d'approvisionnement en eau existants?

traditionnels: puits ouverts, rivières, sources
services gouvernementaux (p. ex. forages, pompes manuelles, canalisations).
autres projets de développement.

8. Informations générales sur le développement local

Sources: gouvernement local, bureaux locaux des différents ministères.

- Quelles sont les politiques nationales de développement relatives au développement communautaire, à l'alimentation et à la nutrition?

Contraintes possibles

En faisant ce travail, l'agent de développement peut rencontrer un certain nombre de problèmes et/ou de contraintes.

- Il peut être difficile d'obtenir localement les documents sur la nutrition et la sécurité alimentaire. Les informations peuvent ne pas être disponibles, ou l'agent peut avoir besoin d'une autorisation spéciale pour les obtenir. Quelques institutions peuvent ne pas souhaiter divulguer leurs informations. Ces réticences peuvent parfois être évitées grâce à une préparation soigneuse des entretiens et à une approche constructive. Il vaut mieux cependant respecter les résistances initiales. Celles-ci céderont vraisemblablement au fur et à mesure que le projet évolue et que l'agent de développement poursuit ses efforts de communication.

- La littérature disponible dans le domaine de la nutrition met souvent l'accent sur les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes et allaitantes. Bien que ce type d'informations soit important, il est nécessaire d'obtenir des informations sur le ménage dans son ensemble. L'agent de développement peut avoir à différencier un certain nombre de groupes de population en fonction de leur accès aux aliments ou de leurs habitudes de consommation alimentaire

- Les informations disponibles peuvent être trop générales et/ou trop anciennes. Elles peuvent être complétées par des renseignements, écrits ou verbaux, recueillis par l'agent de développement. Ceci lui permettra de comparer la situation locale et la situation nationale et de percevoir les changements qui se sont produits dans le temps.

Entrer en relation avec les agents et institutions de développement

Pour préparer un projet participatif de nutrition, il est essentiel de prendre contact et d'établir des liens avec les agents et les institutions de développement dont les activités touchent directement ou indirectement à l'alimentation et à la nutrition.

Parce que la malnutrition relève de causes diverses, les solutions aux problèmes nutritionnels concernent des personnes et des institutions travaillant dans différents secteurs de développement, tels que l'agriculture, la santé ou l'éducation ou dans le développement communautaire. Il est utile de faire un inventaire des institutions qui travaillent localement ou appuient des activités locales concernant l'alimentation et la nutrition. Celles-ci peuvent comprendre les institutions gouvernementales telles que les Ministères de l'agriculture, de la santé et de l'éducation, les autorités politiques et administratives, et les agences non-gouvernementales engagées dans le développement. Ces dernières peuvent comprendre, en particulier, les groupements paysans, les syndicats et les associations concernées par les problèmes sociaux et le développement local.

Il est préférable d'entrer en relation avec ces différentes institutions dès le début. Dans la mesure du possible, il est utile d'obtenir tout d'abord des informations sur l'institution elle-même.

De cette façon, l'agent de développement peut définir la meilleure approche à suivre. En discutant avec les représentants de ces différentes institutions, les agents de développement peuvent:

- expliquer l'approche qu'ils ont l'intention de suivre pour promouvoir les activités participatives de nutrition.

- solliciter des suggestions sur la manière dont ces différentes institutions peuvent coopérer et prendre part à ces activités.

- rassembler des informations spécifiques sur les services que ces institutions offrent ou peuvent fournir à la communauté, sur leurs ressources et sur leur plan d'activités prévues au niveau communautaire.

- identifier les mécanismes de coordination qui existent entre les différentes organisations comme base des futures relations de travail.

Etablir un inventaire des services disponibles localement auprès des communautés est très utile. Cet inventaire peut énumérer les services, leur nom, leur siège et la distance de la communauté, ainsi que les ressources que ces institutions peuvent mettre à disposition.

Le schéma 1 fournit un exemple de formulaire pour ce type d'inventaire.

Une carte peut aider à visualiser les emplacements des services disponibles dans la zone. La carte 1 donne un exemple de ce qui peut être fait. Elle montre l'emplacement des services offerts par les différentes institutions de développement dans une communauté rurale aux Philippines.

Schéma 1: Exemple de formulaire d'inventaire des services localement à la disposition de la communauté.

Services fournis

Institution responsable

Emplacement/Siège

Distance de la communauté

Ressources disponibles

Services de vulgarisation agricole





Assistance technique aux éleveurs





Services de santé
Soins de santé primaire





Facilités de crédit





Approvisionnement en eau





Services d'hygiène





Appui aux groupes de femmes





Vulgarisation forestière





Les organisations travaillant localement peuvent fournir des renseignements précieux. Une visite de leurs projets peut permettre d'en savoir plus sur la région. Leurs modules de formation et le matériel audio-visuel qu'elles utilisent peuvent aussi être pertinents au projet participatif de nutrition.

Développer de bonnes relations et une coopération avec les autorités gouvernementales locales dès le début du projet, permettra d'assurer leur adhésion tout au long du projet participatif de nutrition, ce qui constitue une condition essentielle du succès et de la viabilité de ce dernier. Partager les informations recueillies avec l'administration locale améliorera la circulation de l'information et augmentera la prise de conscience de l'équipe gouvernementale dans les domaines de la nutrition et de la sécurité alimentaire. Il sera bon d'impliquer les gens qui occupent des positions de responsabilités dans la mesure où ils sont bien placés pour assurer la circulation de l'information tant du terrain vers l'échelon central que de l'échelon central vers le terrain.

Dans les pays où il existe des cellules départementales de planification, la coopération est plus facile. Les agents de développement peuvent aller vers ces cellules pour se faire aider lors du recueil et de l'analyse des données et pour discuter avec les agents des différents bureaux techniques des ministères, qui sont habituellement présents à cet échelon.

En plus de ces réunions avec chacune des institutions, il est utile d'organiser une réunion commune avec toutes les organisations importantes travaillant au niveau local. Dans une telle réunion, l'agent de développement peut présenter le projet participatif de nutrition, répondre aux questions, donner des explications plus précises, demander des suggestions sur la façon dont les personnes peuvent contribuer au projet et promouvoir la coopération entre le gouvernement, les organisations non-gouvernementales et la communauté.

C'est aussi une bonne idée de commencer à s'informer sur les différents financements possibles pour des activités de développement. Ces informations se révèleront très utiles par la suite si des ressources financières complémentaires s'avèrent nécessaires.

Encadré 1: Réunions avec les autres agences de développement (Philippines).

A l'occasion d'un projet participatif de nutrition lancé par "l'International Institute of Rural: Reconstruction" aux Philippines, un premier atelier inter-agences réunit le personnel dès ministères de la santé, de l'agriculture, des affairés sociales et du développement, celui du gouvernement local et du développement communautaire et le représentant du Sangguniang Bayan pour discuter des activités à mettre en oeuvre dans le village de San Francisco. Une carte fut dessinée pour montrer où les activités des différentes agences étaient localisées dans la région. Durant la réunion, un plan détaillé des opérations fut élaboré et les participants se mirent d'accord pour mener à bien des activités clairement définies pour une date donnée.

Carte 1: Localisation des services accessibles à un village donné (Philippines)

Choisir une communauté

Si l'agent de développement travaille déjà dans une ou plusieurs communautés, le choix peut se limiter au choix de la communauté avec laquelle il souhaite entamer un dialogue sur l'alimentation et la nutrition. Quelquefois, cependant, les agents doivent décider ou aider à décider dans quelle communauté le projet participatif de nutrition va être entrepris.

Divers facteurs peuvent entrer en ligne de compte. Un de ces facteurs peut-être la perception des besoins en matière d'alimentation et de nutrition par la population et par les personnes de l'extérieur. Quelquefois, la population est déjà consciente de ces besoins et certains membres ou groupes de la population peuvent être demandeurs, de façon formelle ou informelle, d'activités dans le domaine de l'alimentation et de la nutrition. Quand la population est consciente des problèmes auxquels elle doit faire face, le processus de participation sera dans l'ensemble plus facile.

Les communautés sont rarement conscientes de leurs besoin et de leurs problèmes en matière d'alimentation et de nutrition. Des besoins peuvent cependant avoir été identifiés sur la base de données nutritionnelles (taux élevé de malnutrition aigüe ou chronique ou carence en micro-nutriments) ou sanitaires (taux de mortalité infantile élevé) ou du fait d'une situation critique affectant l'approvisionnement alimentaire, comme la sécheresse, la pression démographique ou des contraintes économiques majeures.

L'agent de développement appréciera également dans quelle mesure la communauté est à même d'entreprendre un projet participatif de nutrition. Il est plus difficile d'engager un processus participatif dans des communautés où des activités de développement de type vertical ont été menées ou sont cours d'exécution Des communautés plus petites et plus isolées qui ont reçu une assistance négligeable, voire nulle, constitueront en règle générale des points d'entrée plus favorables à un programme participatif de nutrition.

Pour conserver une marge de manoeuvre, il sera donc préférable dans un premier temps d'envisager un groupe de communautés dans une région donnée plutôt qu'une seule communauté: si la communauté initialement choisie se révélait finalement ne pas être réellement intéressée par le projet participatif de nutrition, une autre pourrait alors être choisie à sa place.

Encadré 2: Identification et sélection des communautés les plus pauvres (Sri Lanka).

Dans un projet de développement participatif au Sri Lanka, le coordinateur du projet demande aux responsables villageois de remplir une fiche par village regroupant les données suivantes: le nombre de personnes recevant des tickets d'alimentation, la quantité totale de riz paddy, la superficie cultivable, le nombre de têtes de bétail et leur répartition dans la population ainsi que l'accès à un système d'irrigation. Il leur est aussi demandé de faire un schéma indiquant l'emplacement du village et d'éléments essentiels comme les principaux centres de services et les voies d'accès.

Une fois cette information reçue à l'échelon de là division administrative, les villages sont sélectionnés par le secrétaire de division en accord avec le personnel de santé et les vulgarisateurs, en fonction de leur manque de ressources et de leur éloignement. Parmi ces villages, un échantillon de 5 à 6 villages voisins est alors retenu comme la zone du projet.

Un des principaux avantages de cette méthode, en plus d'assurer la sélection des villages les plus pauvres, est d'impliquer lé personnel administratif de là division dès le début du projet. Ceci permet une réelle coopération entre le projet et l'équipe dé la division et le développement et le renforcement des liens formels entre les niveaux de décision institutionnels plus élevés et le secrétaire de la division. Ce sont des points très importants pour la viabilité du projet.

Développer et renforcer les relations et le dialogue avec la communauté

Tout projet participatif de nutrition repose sur le dialogue entre l'agent de développement et la communauté. En discutant, chacun contribuera à une meilleure compréhension de la situation alimentaire et nutritionnelle de la population. La compréhension et la vision de cette situation évolueront et se préciseront au fur et à mesure du projet.

Comment l'agent de développement peut-il démarrer ou renforcer ses relations avec la communauté? S'il a déjà des contacts avec la communauté, il peut partir des relations déjà établies. Il est bon aussi d'impliquer dès le départ les dirigeants de la communauté et les personnes les plus compétentes (chefs traditionnels, anciens, instituteurs, autorités religieuses, responsables de groupes de femmes, représentants d'organisations populaires). Ces personnes jouent un rôle clé dans la communication avec la communauté: elles peuvent apporter des informations et des suggestions utiles et peuvent aider l'agent de développement à entrer en contact avec d'autres personnes. L'appui des dirigeants de la communauté contribue également à la crédibilité du projet ainsi qu'à son succés et à sa durabilité.

De ces contacts initiaux, l'agent de développement peut se faire une première idée des domaines susceptibles d'intéresser une proportion significative de la communauté ainsi que des personnes les plus concernées.

Une fois ces contacts établis et ces domaines identifiés, il est bon de susciter une réunion avec l'ensemble de la communauté. Si la communauté toute entière se réunit régulièrement ou pour une raison spécifique, l'agent de développement peut demander à intervenir au cours de cette réunion. Sinon, il peut demander aux responsables locaux de convoquer une réunion spéciale. Cette première réunion permettra de présenter l'agent de développement et le thème de l'alimentation et de la nutrition. Les jours suivants ou au cours de réunions ultérieures, L'agent peut continuer la discussion individuellement ou en petits groupes.

Au cours de ces discussions, l'agent de développement doit prendre garde de ne pas créer de malentendus et d'éviter des promesses non-réalisables. La communauté devra être avertie de ses intentions et des ressources dont il dispose (temps, argent) dès le début.

Il est essentiel d'impliquer autant de personnes que possible dans ce dialogue sur l'alimentation et la nutrition. L'agent de développement doit prendre connaissance des emplois du temps des différents groupes dans la communauté, tels que les hommes et les femmes, les jeunes et les adultes afin de choisir avec la communauté pour les visites et les réunions les moments où ces groupes sont disponibles. D'autres aménagements peuvent s'avérer nécessaires pour assurer la participation des personnes concernées. Les femmes, par exemple, peuvent avoir besoin d'un système de garde pour les enfants en bas âge. Ces aménagements peuvent aussi être discutés et prévus avec la communauté.

Les femmes jouent le plus souvent un rôle décisif dans le démarrage du processus participatif de nutrition en raison de leur rôle prépondérant dans l'alimentation et la nutrition de la famille. Dans la plupart des pays, les femmes interviennent dans l'ensemble des activités liées à l'alimentation: production, cueillette, transformation et stockage, achat, préparation, distribution intra-familiale et consommation. Les femmes sont en général les plus concernées par la sécurité alimentaire de la famille, à savoir procurer une alimentation suffisante pour leurs familles tout au long de l'année.

Les familles et les individus qui ont le plus besoin d'aide ne sont habituellement pas impliqués dans les consultations et dans les processus de décision communautaires, ce qui les isole encore davantage des possibilités de développement. De même d'autres groupes sociaux, comme les jeunes, sont souvent exclus. L'agent de développement peut essayer d'identifier de tels groupes dès le début, et de promouvoir activement leur engagement dans le projet participatif de nutrition.

Dès qu'ils savent dans quelle communauté ils pensent promouvoir le projet participatif de nutrition, les agents de développement peuvent commencer à rassembler des informations sur les organisations formelles et informelles existant à l'intérieur de la communauté et sur leurs relations avec les institutions extérieures. Ils peuvent s'enquérir de l'existence de travailleurs formés dans la communauté, comme les agents de santé par exemple. Ils peuvent aussi essayer de se procurer des informations sur les activités de développement passées ou en cours, et de savoir si elles ont réussi ou non et pour quelles raisons.

Il peut être utile de visualiser les interactions des institutions extérieures avec la communauté dans son ensemble et avec ses différents groupes en demandant à la communauté de les représenter sous forme de diagramme. Le diagramme de Venn présenté en exemple (voir schéma n° 2) consiste en une série de cercles de tailles différentes. Le cercle principal représente la communauté et chaque cercle à l'intérieur ou à l'extérieur de ce cercle principal représente un individu, un groupe ou une institution. La taille des cercles indique leur importance, et le chevauchement de deux cercles indique le degré d'interaction entre ces deux groupes. La construction d'un tel diagramme durant les réunions avec les groupes de la communauté, procure une occasion de discuter des problèmes existants et des solutions possibles. L'agent de développement pourra ensuite comparer le diagramme obtenu avec l'inventaire des services communautaires localement disponibles afin d'évaluer l'efficacité de tels services.

Schéma 2: Diagramme de Venn montrant l'interaction des institutions extérieures avec la communauté de Ikolomani, Kenya

Contraintes possibles

- Les agents de développement utilisent quelquefois des termes techniques quand ils parlent de problèmes de nutrition (par exemple kwashiorkor, vitamines, protéines), ou des concepts que la communauté ne comprend pas. Cet obstacle au dialogue peut être évité en utilisant des mots que les différentes personnes peuvent comprendre et qui peuvent être traduits dans leur langue.

- Certains groupes dans la communauté peuvent se sentir menacés par le processus participatif de nutrition et ses conséquences dans la mesure où il peut soulever des questions de répartition des ressources ou de structure de pouvoir à l'intérieur de la communauté. Il est important d'avoir conscience de ce problème. Ces craintes peuvent être progressivement surmontées en informant ces groupes tout au long du projet et en les impliquant dans le processus de réflexion et de décision.

Stimuler l'intérêt de la communauté pour l'alimentation et la nutrition

Dans certains cas, les problèmes d'alimentation et de nutrition constituent une préoccupation majeure de la communauté et sa réaction est immédiate, en particuliér quand la communauté fait face à une pénurie alimentaire qui s'aggrave ou qui revient à intervalles réguliers. Dans de nombreux cas par contre, les agents de développement constatent que les membres de la communauté ne sont pas vraiment intéressés. Ceux-ci peuvent ne pas partager leur avis sur les problèmes alimentaires et nutritionnels, et ne pas voir comment ils interviennent dans l'amélioration de leur qualité de vie. Ils peuvent aussi considérer que l'intérêt de personnes extérieures pour ce sujet constitue une perte de temps pour eux. Alors les efforts de l'agent de développement peuvent s'enliser du fait du manque d'intérêt de la communauté.

Comment l'agent de développement peut-il surmonter ce manque d'intérêt et obtenir que les choses changent dans la communauté? Une solution consiste à engager, à la demande de certains membres de la communauté, des activités à petite échelle qui permettent de stimuler et de cristalliser l'intérêt de la communauté dans le domaine de l'alimentation et de la nutrition et qui constituent la preuve que l'agent de développement est disposé à appuyer des actions concrètes au delà de la phase initiale d'étude.

Encadré 3: Entamer le dialogue avec la communauté (Mexique)

Dans un projet participatif de nutrition au Mexique, les agents de développement ont rencontré des difficultés pour établir le dialogue avec la communauté sélectionnée. La population montrait des signes évidents de malnutrition chronique mais était peu avertie des problèmes nutritionnels. Après avoir essayé plusieurs approches pour susciter l'intérêt de la population dans le domaine de l'alimentation et de la nutrition, l'équipe du projet a constaté que l'approche la plus efficace était de proposer d'introduire de nouveaux plats afin de diversifier l'alimentation quotidienne trop monotone. Quelques communautés s'organisèrent pour financer des démonstrations culinaires. Dans la mesure où les plats étaient préparés avec des aliments locaux, le débat s'est alors engagé sur les possibilités et les contraintes de la production de ces produits. Ces démonstrations ont ainsi fourni l'occasion d'une discussion sur des problèmes touchant à l'alimentation et à la nutrition.

Parfois les communautés insistent sur des activités qui peuvent apparaître inappropriées à l'agent de développent, comme certaines démonstrations agricoles ou culinaires. Ces activités peuvent toutefois fournir l'occasion aux membres de la communauté de se rencontrer et de discuter de sujets touchant à l'alimentation et à la nutrition.

Les activités de collecte de données de routine peuvent aussi être utilisées pour entamer un débat et conduire les familles à remettre en question leurs habitudes alimentaires.

Encadré 4: Activités liées à l'alimentation et à là nutrition (Kenya)

Dans le district de Kakamega au Kenya, les ménages comptent essentiellement sur le maïs pour leur subsistance. L'augmentation de la population a conduit à une surexploitation des superficies cultivables de plus en plus réduites, à une production insuffisante dé maïs par habitant, et donc à des problèmes de disponibilité alimentaire. Les petits producteurs ont d'abord demandé aux agents de développement de les aider à accroître la production de maïs. Des parcelles (lé démonstration de maïs hybride demandant un apport d'intrants conséquents furent alors mises en place. Des discussions plus approfondies sur la meilleure façon d'utiliser les ressources existantes les conduisirent dans un deuxième temps à discuter une utilisation alternative de la terre disponible. Ils orientèrent alors progressivement leur systèmes de production vers un système agro-forestier de production horticole reposant sur l'utilisation de techniques biologiques, qui leur permit dé diversifier leur régime alimentaire et de générer dès revenus pour l'achat du mais.

Les activités de communication dans le domaine de l'alimentation et de la nutrition, comme les théâtres populaires, l'utilisation d'enregistrements vidéo ou la radio rurale sont des moyens d'éducation participative qui peuvent aussi distraire, changer de la routine quotidienne et fournir des occasions de rencontre. L'agent de développement peut essayer d'identifier des institutions ayant une expérience en matière de communication et des ressources au niveau local ou national afin de discuter d'une possible coopération. La communication pour le développement sera utile tout au long du projet participatif de nutrition.

Encadré 5: Utiliser la surveillance de la croissance pour entamer la discussion (Tanzanie)

Dans un projet appuyé par l'UNICEF à Iringa, (Tanzanie), l'utilisation générale d'une courbe de suivi de la croissance pour les enfants de moins de 5 ans a fourni au Comité de santé du village l'occasion de discuter des problèmes d'alimentation et de nutrition auxquels doivent faire face les foyers ayant un ou plusieurs enfants malnutris. Ceci a conduit à l'identification et à la mise en oeuvre d'activités au niveau de la communauté ou des ménages comme que la promotion des jardins familiaux, l'utilisation de plantes résistantes à la sécheresse, l'initiation à l'agro-foresterie, la promotion d'activités génératrices de revenus, l'organisation de garderies pour les enfants, la formation pour la transformation et la conservation des aliments ou l'amélioration de la préparation des aliments.

Les étapes de la phase préparatoire

1. Rassembler et analyser les informations préliminaires

· Contacter les institutions susceptibles de fournir des renseignements relatifs à la nutrition.

· Identifier des personnes bien informées et discuter avec elles des problèmes locaux de nutrition.

· Organiser des réunions conjointes avec ces différents interlocuteurs

· Préparer une évaluation initiale de la situation alimentaire et nutritionnelle.

2. Entrer en relation avec les autres institutions de développement au niveau local

· Etablir un inventaire des institutions travaillant dans des domaines touchant à la nutrition.

· Promouvoir des réunions conjointes des institutions au niveau local pour présenter l'approche participative à la nutrition

· Faire un inventaire des ressources disponibles.

3. Choisir une communauté

· Identifier des sites possibles sur la base de critères de sélection clairement établis

4. Entreprendre un dialogue sur l'alimentation et la nutrition avec la communauté

· Rencontrer les dirigeants locaux pour discuter d'une possible collaboration avec la communauté dans le domaine de l'alimentation et de la nutrition.

· Informer la communauté dans son ensemble de l'approche du projet

· Identifier les organisations existant dans la communauté.

· Identifier les interactions entre les groupes à l'intérieur et à l'extérieur de la communauté.

5. Intéresser la communauté à l'alimentation et à la nutrition

· Démarrer des activités à petite échelle.
· Utiliser les moyens de communication (radio, théâtre et audio-visuel).


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