LES PECHERIES DE LA ROUMANIE ET LA PECHE ROUMAINE
par
Nic. Bacalbaşa
Les pêcheries de la Roumanie sont riches et variées du point de vue géographique, hydrobiologique et contribuent largement à l'économie du pays. C'est pourquoi les habitants du territoire de notre pays, s'occupaient de la pêche et exportaient le poisson tant dans l'antiquité qu'au moyen âge.
Les pêcheries roumaines sont en premier lieu des pêcheries d'eaux intérieures, lesquelles fournissent les deux tiers du total du poisson pêché (en 1967 ce total dépassa 47.000 tonnes). Le reste, un tiers de la quantité totale pêchée, est obtenu par la pêche dans la Mer Noire et l'Océan Atlantique.
Nos eaux intérieures sont représentées par des rivières et des lacs de montagne, lacs d'accumulation, des étangs dans différentes zones géographiques et par le Danube avec son entière région inondable, formée par la partie supérieure de celle-ci la “Lounca” ou “Balta” et le Delta du Danube, qui a la plus grande importance économique pour la pêche.
Les rivières de montagne ont une longueur de plus de 17.400 km et sont divisées en plus de 380 fonds de pêche. La truite indigène (Salmo trutta fario L.) occupe 65% de leur longueur, l'ombre commun (Thymallus thymallus L.) 6%. Les autres salmonidés - la truite arc-en-ciel (Salmo gairdnerii. irideus Gib.), le huchon (Hucho hucho L.), le saumon de fontaine (Salvelinus fontinalis fontinalis Mit.) - peuplent des zones beaucoup plus restreintes. Environ 22% des rivières de montagne sont peuplées par des cyprinidés, surtout le chevesne (Leuciscus cephalus cephalus L.), le barbeau (Barbus barbus barbus L. et Barbus meridionalis petenyi Heck.) et le nase (Chondrostoma nasus nasus L.) qui ont tendance à supplanter les salmonidés. Ces dernières années on a pratiqué la pêche radicale des cyprinidés et on repeuple les secteurs libres par les salmonidés.
Dans les rivières de montagne on pratique presque exclusivement la pêche sportive; la truite de commercialisation s'obtient dans les étangs. Les étangs à truite sont situés dans les vallées des montagnes et au pied des montagnes; leur surface est de presque 12 ha et on obtient plus de 20 tonnes de truite par ha. Dans la plupart des étangs à truite on élève aussi des alevins de salmonidés pour le repeuplement des eaux de montagne. Les lacs de montagne de Roumanie, la majorité ayant une origine glaciaire, ont une surface réduite; récemment, on les a peuplés par des alevins de salmonidés.
Les dernières dix années, on a construit dans la région montagneuse beaucoup de lacs d'accumulation. Leur surface est maintenant de quelque 5.000 ha. Les plus grands sont ceux de “Izvorul Muntelui-Bicaz” sur la rivière de Bistriţa, qui a une surface de 3.000 ha au niveau moyen et “Vidrarul” sur la rivière de Arges, de 900 ha. Leur exploitation piscicole est, pour le moment, de peu d'importance, étant entravée tant par l'utilisation hydroénergétique que par les difficultés concernant les acclimatisations, le repeuplement et la pêche. Les lacs à salmonidés se prêtent plus à la pêche sportive qu'à celle industrielle.
Les rivières collinaires et celles de la steppe ont ensemble une longueur de plus de 9.000 km. Les plus importantes sont Mureş, Olt, Siret, Prut, Someş. Certaines de ces rivières ont de grandes variations de débit et transportent beaucoup d'alluvions; o'est pourquoi elles n'offrent pas des conditions favorables à une production piscicole appréciable. Les espèces qui dominent ces rivières sont: le nase, le barbeau, le chevesne, Vimba vimba carinata Pal., les abramidés, le brochet (Esox lucius L.), le silure (Silurus glanis L.). Plusieurs rivières sont exposées aux effets nocifs des déversements industriels et domestiques. L'organisation de la protection des eaux se fait par la collaboration de tous les départements qui utilisent l'eau; le Comité d'Etat des Eaux en a la coordination et le contrôle général.

Eaux intérieures de Roumanie
Les rivières collinaires ont surtout une importance sportive. La quantité moyenne pêchée par km de cours d'eau est de 25 kg (Fig.1). Pour maintenir et augmenter cette productivité on fait des repeuplements avec des alevins de chevesne, de barbeau, de Vimba vimba carinata et aussi de carpe, de Carassius auratus gibelio Bloch, de sandre (Stizostedion lucioperca L. et S. volgense Gmel.) et de brochet.
Dans la région collinaire et celle de la steppe il y a aussi des lacs d'accumulation; leur surface dépasse 1.500 ha. Leur profondeur est tout au plus de 5–8 m et la tempérautre en est élévée; ce sont de bonnes conditions pour l'élévage des cyprinidés. Les quantités moyennes pêchées dans ces lacs dépassent 300 kg/ha.
Dans cette zone géographique sont situés la majorité des étangs. Les étangs systématiques sont réalisés par l'endiguement du terrain et la dérivation de l'eau, tandis que les étangs simples accumulent l'eau dans une vallée barrée par une digue transversale. En général, le premiers, ayant des conditions d'exploitation plus favorables que les étangs simples, donnent une production plus grande. Dans les étangs on cultive surtout la carpe (Cyprinus carpio carpio L.).
Les étangs systématiques ont presque tous une surface de plus de 20 et même de 100 ha. Une ferme carpicole des plus anciennes, Cefa, couvre 670 ha. Leur productivité naturelle est de 300–500 kg/ha; leur production moyenne, quand on donne des fourrages, dépasse 1.000 kg/ha et même 2.000 kg/ha dans les mieux soignés. Les étangs systématiques couvrent plus de 2.000 ha.
La construction et l'exploitation des étangs simples est une vieille tradition dans les territoires peuplés par les roumains. On trouve des renseignements documentaires sur les étangs, datant du XIIème siècle. La plupart des étangs sont en Moldavie et en Valachie. Leur surface dépasse 16.000 ha ils ont une production moyenne en poisson de plus de 400 kg/ha; il y a des possibilités de la doubler et même de la tripler.
Les grands pêcheries de Roumanie, connues dès l'Antiquité sont celles du Danube. Du point de vue de la pêche on distingue le chenal et la région inondable du fleuve.
Dans le Danube, avec sa région inondable et les lagunes qui sont influencées par ses eaux, on trouve 18 familles de poissons, qui comptent plus de 70 espèces. Seulement sept de ces familles de poissons ont une importance industrielle.
Les Clupeidae et les Acipenseridae se pêchent seulement dans le lit mineur du fleuve. Certaines années les Mugilidae pénètrent dans les lagunes en une quantité de plus de 600 tonnes. Les familles de Cyprinidae, Percidae, le silure et le brochet se trouvent presque partout, parfois non seulement dans le fleuve mais aussi en face du Delta dans la mer.
Le lit mineur du fleuve est représenté par le chenal et les bras. Le fleuve a une largeur de 400–1.000 m. Le chenal est long de 1.075 km, dont la majeur partie forme la frontière de l'Etat. Les bras dépassent en longueur 700 km. La surface du Danube dans le territoire roumain dépasse 50.000 ha et on y pêche approximativement 1.000 tonnes. Quoiqu'on pêche seulement 20 kg/ha, les espèces prédominantes sont estimées: l'alose (Alosa pontica pontica Eichw.), les acipenséridés, la carpe, le silure et le sandre.
Dans le lit mineur du Danube est pratiqueée une pêche différenciée, selon les espèces dominantes et les conditions hydrographiques. Intéressante, quoique d'une importance économique mineure, est la pêche dans la région des cataractes, où le fleuve passe la dernière chaine des montagnes. A cause de la grande vitesse de l'eau, allant même jusqu'à 5 m/s, on y utilise seulement quelques méthodes de pêche. Ainsi les verveux métalliques qui pèsent jusqu'à 250 kg, sont fixés dans les installations spéciales (Fig.2) dans des lieux où la vitesse de l'eau dépasse 3 m/s; ces verveux (Fig.3) pêchent, entre autres espèces, les acipenséridés. Dans la région des cataractes on utilise la pêche à contrecourant, avec des “sacovişte”, qui sont de grandes cuillers de filet d'une surface approximative de 15 m2 (Fig.4); elles pêchent des espèces et du menu poisson qui nagent dans la masse d'eau. On pêche aussi à contrecourant, près des rives, les poissons démersaux, qui entrent dans l'“oria”, un sac de filet qui est entrainé par le courant, près du fond.
En amont et en aval de la région des cataractes on utilise le tramail, différentes variantes de la senne et des palangres à hameçons variables. Prés des berges on pêche à “tǎrǎbuf”, une sorte de truble de 3–4 m de largeur. Tous les engins de pêche mentionnés retiennent différentes espèces de poisson. Quelques espèces seulement sont pêchées par des méthodes spéciales. Par exemple, pour les acipenséridés on utilise les “carmace” - des palangres sans appât; pour le sterlet (Acipenser ruthenus ruthenus L.) on emploie des petits hameçons, pour le huiron (Huso huso L.) des grands hameçons. Les hameçons sont aigus et les poissons sans écailles qui nagent près d'eux sont accrochés. Il y a des années qu'on pêche plus de silure que d'Acipenséridés aux “carmace”. Au printemps on peut voir sur les berges du Danube, des perches flexibles aux hameçons dont l'appât est formé par un menu poisson qui fait des mouvements à fleur d'eau. C'est la “visila” avec laquelle on prend des silures de plus de 100 kg.
De mars jusqu'en mai, par les bouches du Danube, pénètre dans le fleuve l'alose du Danube. Pendant la saison de la pêche elle est prise par quelque cent pêcheurs, surtout dans la région deltaique du fleuve.
Pendant l'été, à eaux basses, on pêche aux trubles de grandes quantités de mollusques lamellibranches Unio et Anodonta, dont les coquilles servent à la fabrication des boutons.
Dans le lit mineur du Danube on utilise aussi d'autres engins de pêches traditionnels, mais leur importance n'est pas grande.
Depuis plus de dix ans on pratique, près des berges moins accessibles, la pêche aux agrégats électriques, qui donne des résultats satisfaisants. Pendant plusieurs années on a pêché sur le fond du fleuve au moyen de sennes jumelées; elles ont donné des résultats économiques positifs, mais à présent c'est un engin prohibé à cause de la destruction des jeunes poissons.
La nécessité d'obtenir de l'énergie électrique et celle d'assurer la navigation, imposent la construction de plusieurs lacs d'accumulation sur le Danube. Ainsi, actuellement on construit, en collaboration avec la R.F.S. Jugoslavie, le lac d'accumulation des Portes de Fer. Ce lac aura sur le territoire roumain une surface de 17.000 ha et on estime que l'on pourra y pêcher annuellement plus de 800 tonnes en se basant sur les repeuplements annuels et les aménagements spéciaux pour la pêche. D'autres lacs d'accumulation sur le Danube sont en phase d'étude ou de projet.
Sur le territoire roumain, le Danube avait, jusqu'à ces dernières années, une région inondable de plus de 9.000 km2. Plus de la moitié de cette surface formait la “Lounca”, appelée populairement “Balta”; le reste est le Delta.
Actuellement la “Lounca” du Danube est profondément modifiée par les endiguements dont beaucoup sont en cours d'exécution.
Approximativement 90% de la “Lounca” doit être endiguée. On n'endigue pas les petites îles et quelques zones - généralement étroites - du terrain inondable. Dans la “Lounca” du Danube, on pêchait, en régime naturel d'inondation, 10.500 tonnes/an, c'est-à-dire approximativement 22kg/ha. Grâce à l'aménagement piscicole d'un certain nombre de lacs (Oltina, Bugeac), à la construction des étangs dans les zones endiguées (Brateş, Jijila) et à l'affouragement de la carpe dans ces lacs et étangs on obtient jusqu'à 1.000 kg de poisson, ce qui permettra d'obtenir une production supérieure par rapport à celle du régime naturel d'inondation.
L'utilisation combinée agro-piscicole des zones endiguées permet la croissance dans la “Lounca” du Danube de la carpe selectionnée et une production élevée et constante.
Afin de laisser une partie de la “Lounca” dans son état naturel, la petite île de Brǎila reste comme une réserve qu'on n'endigue pas;l'île a des forêts de saule, des lacs et des cannaies, elle constitue un refuge pour de nombreux oiseaux aquatiques: les canards sauvages, les hérons, etc.
La pêche des lacs de la région inondable du Danube se basait dans le passé sur des clôtures pour le poisson, qui s'installaient avant que la grande crue baissât; la plupart des clôtures ont été remplacées par des barrages piscicoles permanents. On pêche dans les lacs surtout à la senne (Fig.5). Les autres méthods de pêche sont auxiliaires (Fig.6).

(hydrograde = la dixième partie du marnage)
Le Delta du Danube se présente comme une mer de roseaux avec des îles formées par des lacs et des cordons de sable et traversée par les bras du Danube et les cordons fluviaux plus élevés, comme une sorte de bourrelets sur les deux rives, appelés “Grind” des rives. Les vagues qui agitent cette mer de roseaux sont arrêtées à distances différentes, par des canaux d'exploitation; ce sont les seules routes par lesquelles on peut pénétrer dans l'intérieur du Delta. Le Delta a un rôle économique en ascension en ce qui concerne l'exploitation du roseau et du poisson. A l'heure actuelle, c'est la région ayant la plus grande production piscicole et la plus grande perspective de développement de toutes les eaux intérieures de la Roumanie.
Le Delta est visité chaque année par un nombre toujours croissant de touristes, attirés par un aspect géographique tout à fait singulier et un paradis européen d'oiseaux migrateurs; presque 300 d'espèces d'oiseaux y nidifient (dont les pélicans), d'autres y sont seulement de passage.
Le Delta est en transformation continuelle; ses zones en amont se colmatent, tandis que dans la zone littorale de la mer en face du Delta, sont en cours de formation des terrains et des lacs nouveaux (La Melea de St. Georges, la baie de Moussoura).
Le Delta présente deux régions géographiques distinctes: dans le nord le Delta proprement-dit, formation prédominante fluviale, dont le surface, sur le territoire roumain, est de 3.430 km2; au sud le complexe Razelm, d'environ 990 km2, est une formation lagunaire, compartimentée par des cordons d'origine maritime et alimentée par des canaux d'eau danubienne.
Le Delta proprement-dit est directement influencé par le niveau du Danube; le complexe Razelm est sous l'influence des eaux maritimes aussi; dans son extrêmité sud-ouest on signale une salinité supérieure à celle de la Mer Noire (18‰ ). Dans le sud du Delta prédominent la pêche et la pisciculture, tandis que dans le nord, dans les roseaux et la zone de marécages, l'exploitation est complexe: outre les produits principaux, le poisson et le roseau, on y rencontre des culture agricoles, des forêts et culture forestières, des prairies, couvertes d'eau aux crues du printemps. Dans l'intérieur du Delta, sur les cordons Letea et Caraorman, s'élevent des dunes d'une blancheur éblouissante, avec des lambeaux de forêts dans les dépressions.
La zone des roseaux et des joncs a une surface d'approximativement 2.900 km2, dont plus de 200 km2 est formé par le “plaur” - une nappe flottante de roseaux couverte d'une association de plantes xérophiles. Sur quelques lacs le “plaur” forme des îles flottantes qui sont poussées par le vent sur toute leur surface.
Presque 1.500 km2 d'associations de roseaux sont exploitables; c'est une importante réserve de cellulose qui permet des économies de bois.
Pour la valorisation du roseau on a fait beaucoup d'investissement; en partie encore en phase expérimentale. Certaines zones du Delta sont en voie d'aménagement pour l'exploitation mixte du poisson et du roseau.
Les lacs du Delta sont du type eutrophe, avec une végétation submergée luxuriante. Les espèces de poisson qui dominent le Delta sont le sandre, le silure, la carpe, la brème (Abramis brama danubii Pavl.) et aux eaux basses le brochet, le gardon ordinaire (Rutilus rutilus carpathorossicus Vladykov) et le gardon rouge (Scardinius erythrophtalmus erythrophtalmus L.).
Les années à eaux hautes, quand les conditions sont favorables au développement de la carpe, on pêche dans le Delta jusquà 12.000 tonnes, dont les espèces de la plus grande valeur sont le sandre et la carpe. Dans le sud du complexe Razelm est pêché le muge (Mugil cephalus L., M. auratus et M. saliens Risso), qui vient de la mer.
De l'expérience accumulée il a été possible d'établir qu'on peut obtenir dans le Delta 100 kg/ha de poisson annuellement, dont 50–75% sont fournis par la carpe si le pourcentage du brochet est diminué. Les meilleurs résultats sont obtenus avec la carpe selectionnée.
Pour obtenir des alevins de carpe, afin de repeupler certaines surfaces du Delta, on a construit plusieurs étangs-aleviniers à Obretin, Calica, Stipoc. Dans les étangs de Stipoc (plus de 1.400 ha) on expérimente la réalisation annuelle de 1.500 kg/ha et même plus, grâce à l'affouragement du poisson.
Les aspects de la valorisation piscicole du Delta en perspective sont les suivants: On accroîtera le nombre et la surface des aleviniers. Les espèces de poissons importées de Chine, qu'on a acclimatées dans le Delta y tiendront un rôle important. Par exemple, les poissons phytophages - Ctenopharingodon idella, macrophytophague et Hypophtalmychtys molitrix, phytoplanctonophague - qui ont donné de bons résultats.
En même temps, dans le Delta sont laissées des zones interdites de dizaines de milliers d'hectares dans lesquelles la nature est maintenue intacte, et dominée par le merveilleux monde des oiseaux.
La pêche dans le Delta du Danube s'est beaucoup modifiée pendant les vingt dernières années. Les changements sont apparus grâce aux ouvrages en rapport avec la mise en valeur du roseau, autant qu'à l'introduction d'un nouvel engin de pêche - la madrague de lac - et d'une nouvelle méthode de compartimentage des canaux par des clôtures de filet (Fig.7).
Les clôtures de bois et de roseaux, qui dominaient tout le Delta il y a un quart de siècle, ne se rencontrent plus que sporadiquement. Les canaux profonds de 2–3 m et dont l'eau coule lentement sont pêchés à l'aide des madragues de lac, qui peuvent cumuler la fonction des clôtures. Dans les endroits à circulation intense des embarcations, on utilise des clôtures spéciales de filet (Fig.8).
Dans les zones à roseaux du Delta les méthodes dominantes sont celles de la pêche passive. Les engins de pêche les plus répandus sont les verveux. Un pêcheur a jusqu'à 80 verveux, quelques madragues de lac et éventuellement quelques filets à gardon. On pratique la pêche aux sennes seulement dans les lacs, dont pour la plupart le fond est vaseux au-dessous du niveau de la Mer Noire.
Le Delta est la région principale pour la pêche des écrevisses et des grenouilles, dont la majeure partie est exportée.
La pêche dans les lagunes du Razelm est tout à fait différente, grâce à la prédominance de l'eau libre; la végétation émergée est limitée à des bandes près des rives. Dans le Razelm, le sandre est le prédateur principal, il s'y développe dans des conditions excellentes. Chaque année on repeuple le Razelm par des alevins de carpe. Pendant l'été on pêche le sandre aux filets fixes. Vers l'automne on pêche dans les lagunes à la senne.
En même temps on installe près des rives des verveux et des madragues de lac qui prennent les poissons effrayés par les sennes.
Au sud du complexe Razelm, dans la lagune Sinoe pénètrent les muges; pendant certaines années ils entrent en grand nombre pour se nourrir et à ces époques on érige des clôtures spéciales afin de les retenir et de les pêcher.
La côte de la Mer Noire qui appartient à la R.S. Roumaine est relativement courte, 230 km. Quoique courte, la côte est intéressante et variée, autant du point de vue biologique que de celui panoramique. De l'embouchure du Danube jusqu'à Constantza il y a une large plage de sable fin calcaire, plane pour la plus grande partie, sauf pour quelques dunes, elle sépare la Mer - sur une étendue de dizaines de km - des lagunes et des lacs littoraux (Razelm, Sinoe, Taşaul, Siut-Chiol). Pittoresque et isolée dans le nord, la plage est propre et pleine de fleurs au sud. De Mamaia et jusqu'à la frontière bulgare la côte roumaine commence à être escarpée avec des plages au pied de la falaise. La plage et les stations littorales sont fréquentées pandant l'été par des dizaines de mille de touristes du monde entier.
Du point de vue hydrologique, la région de la Mer Noire qui s'étend Près du Delta du Danube et au sud, le long de la côte roumaine est caractérisée par une salinité relativement réduite - en comparaison de la salinité moyenne de cette mer saumâtre - et par des changements de la salinité et de la température de l'eau selon la direction du vent dominant. Les observations de Gr. Antipa, I. Borcea et de leurs élèves Prof. S. Cǎrǎuşu, Prof. E. Pora et des chercheurs de la plus jeune génération, ont mis en évidence des variations de salinité en commençant de moins de 10‰, jusqu'à plus de 20‰, parfois durant un ou deux jours. Pendant l'été les vents du nord apportent une eau chaude et dessalée, tandis que les vents du sud apportent de l'eau froide et salée. Avec l'eau du nord, les poisson d'eau douce arrivent jusqu'à Constantza et même en face de la côte bulgare, tandis que les espèces purement marines, notamment celles pélagiques, arrivent près du Delta et pénètrent dans la lagune Sinoe.
Les plus importantes espèces pélagiques sont le chinchard (Trachurus mediterraneus ponticus Aleev), l'anchois (Engraulis encrasicholus ponticus Alex.), la sprat (Sprattus sprattus phalericus Risso) et en certaines années la bonite (Sarda sarda Bloch) et le maquereau (Scomber scombrus L.), tandis que les espèces bentales qu'on pêche d'une manière spéciale sont les Acipenséridés et le turbot (Scophthalmus maeoticus Pallas). Les quantités pêchées pour chaque espèce, ainsi que la quantité totale pêchée le long du littoral roumain varient grandement d'une année à l'autre. La quantité annuelle moyenne est de 7.000 tonnes.
Après les hivers cléments, quand le long du littoral prédominent les eaux à haute salinité, on pêche beaucoup de chinchard, d'anchois, de maquereau ou de bonite. Les courants froids, au contraire, favorisent l'approche du sprat et du mullet (Mullus barbatus ponticus Essip.). Au printemps le turbot et l'aiguillat (Squalus acanthias L.) s'accumulent près de la côte, pour la reproduction, à des profondeurs de 20–40 m. L'alose du Danube fait des migrations le long de la côte et dès mars entre dans le fleuve où a lieu le frai. En face du Delta s'étend la région de l'alimentation des Acipenséridés migrateurs, dont le plus important est l'huiron. Le maintien des effectifs des Acipenséridés, l'une des plus anciennes familles de poisson présente de grandes difficultés à cause des conditions biotiques en permanente transformation dans les fleuves où ils frayent et en premier lieu du fait des barrages érigés à travers de nombreux fleuves tributaires de la Mer Noire. La construction des barrages sur le Danube impose le problème d'application de la reproduction artificielle sur une grande échelle des Acipenséridés migrateurs.
Dans la Mer Noire, la pêche roumaine prédominante est celle côtière. La pêche la plus intense a lieu pendant les migrations des poissons. L'alose du Danube est pêchée à filets maillants installés sur des pals en lignes parallèles, perpendiculaires à la côte; le turbot est pêché aussi aux filets maillants, mais ceux-ci sont installés parallèlement à la côte; c'est une pêche saisonnière, de printemps. Les Acipenséridés sont pêchés aux “carmace”, tout près de la côte pendant l'été et à des profondeurs de jusqu'à 50 m et au delà pendant l'automne.
La pêche la plus importante (quantitative), presque 90% de la pêche totale, est effectuée aux madragues. On installe les madragues dès avril (Fig.9) et on pêche jusqu'en octobre–novembre; la profondeur traditionelle d'installation est jusqu'à 10 m. Ces dernières années il y a une tendance à installer les madragues à des profondeurs plus grandes (Fig.10).
La pêche aux madragues est intense et bien organisée; elles ont une densité moyenne d'une madrague tous les 2 km du littoral. Le maximum de production est marqué au printemps et au commencement de l'été, quand les poissons pélagiques exécutent leur migration vers le nord; la deuxième période de pointe, beaucoup moins marquée, est au commencement de l'automne, quand les mêmes espèces de poissons font leur chemin de retour du nord-ouest de la Mer Noire, vers leurs zones d'hibernation situées au sud, les une jusque dans la Mer de Marmara.
La pêche roumaine à la senne coulissante n'a pas été rentable dans la Mer Noire. Quoiqu'on y compte sur le grandes réserves de menu poisson, surtout de sprat, celui-ci est dispersé de telle façon, que sans une concentration préalable de ce poisson sa pêche n'est pas lucrative.
Prês du littoral roumain il y a de grandes réserves d'algues rouges du genre Phyllophora et de nombreux bancs exploitables de moules; leur valorisation suppose une mécanisation appropriée à l'extraction et au traitement.