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ANNEXE B
DÉCLARATION DU PRÉSIDENT INDÉPENDANT
DU CONSEIL DE LA FAO

Monsieur le Directeur général de la FAO
Mesdames et Messieurs les ministres
Mesdames, Messieurs

C’est un plaisir et un honneur pour moi de vous adresser, en mon nom propre et au nom de tous les États Membres de la FAO, nos remerciements les plus sincères, Monsieur le Vice-Président, et, par votre intermédiaire, au Président, au Gouvernement et au grand peuple de la République bolivarienne du Venezuela, pour l’hospitalité et la générosité inoubliables avec laquelle vous avez accueilli tous les participants à la vingt-neuvième Conférence régionale de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

Le sens de l’histoire et de la civilisation régnant dans toute la région a rempli mon coeur de respect, d’orgueil, de confiance et d’espérance dans le développement et la prospérité à venir de la région. Cette espérance plonge ses racines non seulement dans les civilisations antiques des Mayas, des Incas et des Aztèques, mais aussi dans l’histoire plus récente de l’indépendance incarnée par Simon Bolivar.

Monsieur le Président, cet optimisme et cette espérance ne découlent pas uniquement de l’histoire, mais aussi de réalités très actuelles. En tant qu’économiste, je considère de mon devoir de souligner les effets et l’influence profonde de l’école de pensée de la théorie de la dépendance associée au nom de Raul Prebisch, sur les stratégies économiques et les politiques des pays, un peu partout dans le monde, notamment dans les domaines du commerce, de la sécurité alimentaire et de l’autonomie. Par ailleurs, les politiques actuelles de faim zéro, de coopération Sud-Sud, de réforme agraire et de développement durable, ainsi que le droit à l’alimentation, mis en oeuvre dans de nombreux pays d’Amérique latine et des Caraïbes, constituent un exemple patent qui nourrit mon optimisme quant à l’avenir de la région.

Monsieur le Président, nous vivons dans un monde dont personne n’aurait pu prévoir de manière réaliste, jusqu’au milieu du siècle dernier, la prospérité et la richesse matérielle. Le PIB mondial dépasse les 40 milliards de dollars; certains pays jouissent d’un revenu par habitant supérieur à 40 000 dollars EU par an, alors que, dans le même monde et en même temps, trois milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour. Chaque jour, 25 000 enfants meurent de faim et de malnutrition; autrement dit, pendant les cinq jours que durera notre Conférence ici au Venezuela, 125 000 enfants ne se réveilleront jamais de leur sommeil. Malgré son incroyable richesse matérielle et les technologies et facteurs de production dont il dispose, le monde ne fait pas grand chose pour sauver ces vies et leur donner un peu d’espérance. Même si l’on dit que la raison de ce renoncement est l’absence de volonté politique, à mon avis nous devrions trouver des solutions qui aillent au-delà.

Monsieur le Président, nous avons eu la démonstration de l’incapacité de l’économie libérale et de la soi-disant main invisible des économistes classiques à diriger notre monde convulsif qui est en train de se transformer en village mondial caractérisé par des inégalités et des injustices sans précédent.

Ce dont notre monde a le plus besoin, c’est d’une direction humaniste et pacifique et de quelques coeurs qui battent très fort aux quatre coins de la planète. Plus simplement, si la liberté et la concurrence sont la source de l’efficacité et du progrès, le respect et l’assistance aux personnes démunies et vulnérables constituent le fondement de la paix, du développement et de la justice. Nous devons transformer la culture de la cupidité en culture de l’assistance. La FAO, avec son mandat « Fiat Panis » qui veut dire de la nourriture pour tous, constitue un bon exemple de cette culture. La FAO, avec ses objectifs sacrés et ses sources inestimables de connaissances et d’expérience, est, ou plutôt pourrait être, un cœur visible pour le monde dans les domaines de la sécurité alimentaire, de la pauvreté et de la faim. Si la FAO n’existait pas, il serait temps de l’inventer.

Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs,

À l’aube du troisième millénaire, la FAO se trouve à un moment critique, c’est à dire très important et délicat, de son histoire. L’Organisation qui au cours de ses 60 ans de service en faveur des pauvres a toujours été en première ligne du combat contre l’insécurité alimentaire et a exercé un impact considérable sur le développement agricole mondial a aujourd’hui besoin d’une réforme. En harmonie avec tout le système des Nations Unies, cette nécessité a été soulignée simultanément par son Directeur général et sa vision de l’avenir et par tous ses États membres. La première phase des réformes proposées par le Directeur général commence déjà à être appliquée, tandis que la seconde intitulée « Vision pour le XXIe siècle » sera présentée sous peu. Je suis convaincu que vous approuverez ce document très important et formulerez des observations précieuses à son sujet. Parallèlement, les États Membres ont proposé une Évaluation externe indépendante. En 2005, le Conseil et la Conférence ont souligné l’importance qu’ils accordaient à la mise en route immédiate de l’Évaluation externe indépendante et à la publication en temps opportun du rapport qui en découlerait, pour que les Organes directeurs puissent l’examiner dans sa totalité en novembre 2007. La Conférence a en particulier souligné la fonction de soutien mutuel entre l’Évaluation externe indépendante et les propositions de réformes du Directeur général. Elle a « accueilli avec satisfaction dans ce contexte la création d’un Fonds fiduciaire multilatéral pour l’Évaluation externe indépendante et a exhorté tous les Membres à y contribuer de toute urgence afin de faire de cette évaluation un produit authentique des Membres dans leur ensemble ».

Mesdames et Messieurs, le Président du Comité du Conseil pour l’Évaluation externe indépendante m’a demandé d’appeler votre attention sur cette recommandation de la Conférence et de vous demander une contribution financière, si modeste soit-elle, pour démontrer symboliquement votre appui à cette pratique que nous devons faire nôtre.

Chers frères et soeurs, permettez-moi de terminer en ajoutant une note historique supplémentaire. À l’aube du deuxième millénaire, c’est à dire il y a plus de mille ans, a été ouverte au public la demeure d’un SOUFI (Abolhassan Kharaghani) pour servir de pension. Au-dessus de l’entrée, on pouvait lire: « À celui qui entre dans cette maison, donne à manger et ne demande pas à quoi il croit, car à celui à qui le Tout-Puissant accorde le droit à la vie, Abolhassan accorde plein droit à la nourriture ». Seule une conviction de cet ordre nous permettra d’éradiquer la faim et la misère de ce monde.

Je vous remercie.

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