La présente étude de cas fait partie d'une série préparée par la Sous-division de la communication pour le développement, Division de l'information de la FAO.
Cette série donne aux spécialistes en communication des informations générales sur les approches et les activités particulièrement intéressantes en matière de communication pour le développement rural.
Toute erreur ou présentation erronée relève de la responsabilité de l'auteur, Monsieur Jean-Yves Clavreul et les opinions formulées ne reflètent par nécessairement celles de la FAO.
Voici plusieurs décennies que les responsables du développement en milieu rural, travaillent à changer les mentalités et les façons de faire. Tous savent, en effet, que le développement suppose la mobilisation des populations concernées. Or, cette mobilisation passe par des actions qui s'apparentent à la formation.
La plupart des agents "de développement" utilisent depuis fort longtemps les techniques audio-visuelles, et en particulier la projection commentée de diapositives. Or, la projection continue d'images peut créer un certain choc dans la conscience des spectateurs; elle peut remettre en cause les fçons de faire, elle peut informer sur de nouvelles pratiques. Cependant, cette simple projection, même commentée, qui s'apparente aux techniques de diffusion de l'information, ne suffit bien souvent pas à transformer les mentalités. Il manque, en effet, l'étape ultérieure, spécifique du processus de formation continue, qui est l'engagement personnel dans un processus:
Nous présentons, dans ce document, la technique du diapo-langage, qui est une utilisation de diapositives comme support de formation. Cette technique repose sur le principe qu'on ne retient bien que ce que l'on a soi-même expérimenté ou découvert: les changements de façons de penser et donc des façons de faire supposent que ce soit le formé qui soit initiateur de ces changements. C'est un passage obligé.
Le diapo-langage permet donc de:
Nous présentons, dans ce document, les expériences réalisées en milieu rural africain avec le diapo-langage, ainsi que la méthodologie utilisée.
Cette méthode demande bien évidemment à être adaptée au public concerné. Mais elle demande surtout imagination et esprit de recherche, chez l'animateur en développement.
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II est cinq heures. Nous quittons Bambari, petite ville à 350 km de Bangui. En cette fin de saison des pluies, la piste de latérite est excellente. Subitement nous tournons à gauche, te chauffeur a reconnu la petite piste, à peine marquée, qui part vers le campement de Liwa. La Toyota 4 x 4 se fraye un chemin dans la savane humide. Des arbres rabougris peuplent un espace qui, il y a quelques années, devait être un pâturage idéal pour les zébus des Peuls Mbororo. En quelques minutes, nous arrivons au campement et une odeur typique de ferme nous enveloppe tandis que les mouches commencent à nous assaillir.
Non loin de là, les jeunes enfants Mbororo rassemblent les troupeaux pour la nuit. Les veaux devant, les vaches et les boeufs à l'arrière. Les cornes majestueuses des bovins adultes s'entrechoquent et créent, dans la nuit tombante, une singulière musique de percussion. Dans quelques instants, dès que la nuit sera là, les hommes vont se rassembler sur leurs nattes, pour échanger des avis sur la qualité des pâturages, les parasitoses du bétail, ou encore sur la bonne méthode d'utilisation des seringues pour la vaccination du troupeau.
A leur descente de voiture, l'animateur du programme, Monsieur Abdouramane Ousmane, accompagné d'un jeune volontaire européen et du chauffeur, vont à la rencontre des notables du campement. Les salutations en Foufouldé sont échangées, puis c'est le temps de s'asseoir pour donner des nouvelles, accepter un verre de thé, et s'inquiéter de la santé des uns et des autres. L'Ardo (chef Mbororo) arrive vêtu de son boubou blanc, pour la prière du soir: ici nous sommes en milieu Islamisé: à nouveau nous échangeons les salutations. Après ce cérémonial d'usage, il est temps de préparer le matériel pour ta projection de la soirée.
Sur notre demande, un jeune garçon nous apporte deux perches en bois. Il s'agit de mettre en place un écran. Rien de plus facile: vous enfoncez les deux bois dans le sol à une distance de 2,60m environ, et vous y tendez un grand drap spécialement préparé pour cet usage. Abdouramane est expérimenté: en quelques minutes les perches sont en place et l'écran est tendu. (Voir plan et indication ci-contre).
Tout le matériel nécessaire à la projection est sorti de la voiture. En fait, il se réduit à un groupe électrogène Honda EG 550, un projecteur diapo Elmo 300, une rallonge électrique de 20m, une lampe torche et une petite boîte dans laquelle il y a le film fixe.
Le groupe électrogène est transporté derrière une case pour atténuer le bruit du moteur lors de la projection. Le câble électrique déroulé arrive près du projecteur. Le film fixe est monté entre les deux bobines du passe-vue. Les photos ont été choisies, il n'y a plus qu'à procéder aux essais. Le générateur est lancé, son ronronnement couvre maintenant le bruit des pilons des femmes qui s'affairent pour le repas du soir. Le faisceau du projecteur envoie une image très pâle, juste suffisante pour la cadrer sur l'écran. A voir le regard satisfait d'Abdouramane, la projection aura bien lieu, tout le matériel fonctionne.
Maintenant, il est inutile de laisser tourner le groupe électrogène. L'animateur l'arrête.
Dès la prière terminée, les hommes et les jeunes arrivent avec leurs nattes et s'installent de chaque côté du projecteur pour participer à la réunion de travail. La nuit tombe très vite. Dans l'obscurité, nous distinguons les éleveurs qui arrivent avec leur lampe à pétrole. La musique stridante des grillons et les mélopées des crapeaux-buffles emplissent la savane.
L'animateur se place entre l'écran et le public, lance à la cantonade les salutations de bienvenue. Puis pour capter l'intérêt de ses interlocuteurs, pose une énigme: "Quel est l'arbre qui nous couvre tous et qui ne fait pas d'ombre?"; chacun réfléchit, échange des impressions avec ses voisins pour trouver la bonne réponse. Y-a-t-il une réponse à cette question? Ou une multitude de réponses? Chacun peut en trouver une différente, toutes les réponses sont bonnes. L'animateur félicite tous ceux qui ont émis un avis; quant à lui, il ne donnera pas de solution. Le principal n'est-il pas de pousser les éleveurs à s'exprimer?
Après ces quelques minutes de mise en route "intellectuelle", le groupe électrogène est lancé et une magnifique image éclate dans la nuit. L'animateur ne commente pas la diapositive, mais propose au public de venir montrer et dire ce qu'il voit.
Un homme hésitant se lève pour répondre aux sollicitations de l'animateur. Il y a là une nouvelle façon de procéder. Est-ce réellement permis de se lever et de montrer quelque chose à l'écran? Ce rôle n'incombe-t-il pas de droit à l'autorité de l'animateur? pendant les premières interventions, les rires fusent dans le public et accompagnent l'éleveur un peu gauche mais hardi.
L'animateur saisit l'embarras des éleveurs; alors il encourage, conforte, approuve le point de vue des intervenants. Il s'ensuit que les volontaires sortent de toutes parts. Chacun a découvert sur l'écran un détail que personne n'avait vu, ou évoque une hypothèse à partir d'un élément de l'image. Une touffe d'herbe plus importante et d'une couleur particulière est peut-être l'indice d'un cadavre de bovin abandonné par le passé. Le débat s'engage alors sur ce thème très important pour la santé du bétail: "Oui, moi, quand je vois ce genre de buisson, je veille à ce que mes boeufs ne s'en approchent pas, il y a la maladie dans ces herbes". Les autres éleveurs approuvent et témoignent dans le même sens.
Chaque diapositive reste à l'écran le temps nécessaire à l'expression de tous ceux qui veulent prendre la parole. Certaines vues sont tellement riches qu'elles restent plus de 30 minutes à l'écran. Nous sommes très surpris par la finesse d'observation des éleveurs. Rien n'est laissé de côté. Chaque intervention est l'expression d'une connaissance bien assise ou d'un besoin non satisfait dans la communauté...
A l'écran, nous observons maintenant un troupeau de bovins qui s'avance sur une piste. Un éleveur se lève et va vers l'écran; à l'aide d'un bâton il montre des tourteaux de coton sur la piste. Effectivement, devant les animaux une tâche peut être interprétée, par lui, comme étant du coton. (dans la réalité, le photographe nous a affirmé qu'il n'y avait pas de tourteaux de coton sur cette piste.) Ni l'animateur, ni les éleveurs ne détrompent l'observation, tous respectent ce qu'il affirme. L'animateur le remercie et lui dit "que c'est bien". L'éleveur retrouve sa place sur sa natte.
Abdouramane l'interroge: "Pourquoi parles-tu des graines de coton?".
Réponse - "La saison sèche va bientôt commencer et tes tourteaux de coton sont très nourrissants, ils complètent très bien l'alimentation de mes animaux qui restent près du campement".
Au fur et à mesure que la soirée avance, l'animateur prend du plaisir à voir s'épanouir son public. Il lui accorde de plus en plus de stimulations positives et la relation se tait de plus en plus proche. Inconsciemment Abdouramane quitte l'écran, vient près des éleveurs, s'assied sur ses talons et le dialogue s'engage. A cet instant, un enfant demande à aller à l'écran pour montrer un élément de l'image, et l'animateur se retrouve physiquement plus petit que le jeune berger, qui le toise allègrement. L'animateur, dessaisi du bâton, va s'asseoir tout naturellement avec les éleveurs.
Ce soir, pris dans le tourbillon de l'action en parfaite communication avec son public, Abdouramane continue le dialogue, sur la natte, avec les éleveurs. En fait, l'animateur disparaît, il est maintenant "éleveur" avec les éleveurs.
A chaque changement de vue fixe, le public réagit avec intérêt, quelquefois même, des applaudissement jaillissent devant un beau pâturage ou un boeuf à la stature imposante.
Après une heure trente de projection et de débat, l'animateur interroge les éleveurs sur le nombre de diapositives présentées et sujets abordés. Un homme prend la parole et fait la synthèse de la soirée, il décrit rapidement les grandes idées échangées et souligne le thème qui les intéresse plus spécialement. Il demande, au nom du groupe, la tenue d'une autre réunion pour prendre ensemble des décisions.
Abdouramane félicite l'intervenant pour son excellent résumé et va lui serrer chaleureusement les mains pendant que le public applaudit. Les yeux de tous brillent dans la nuit, nous vivons un instant de bonheur!
La séance est terminée, les uns et les autres se congratulent avant de se disperser vers leurs cases respectives. Le groupe électrogène s'arrête, l'obscurité nous enveloppe à nouveau et c'est à la lueur des lampes torches que nous rangeons le matériel.
Avant notre départ, l'Ardo nous convie à partager son repas. Nous nous retrouvons alors autour d'une grande boule de manioc, accompagnée de viande à la sauce gombo. Ce moment de partage est très apprécié de tous et les échanges se poursuivent librement sur un thème de la soirée, tout en dégustant un dernier verre de thé.
Puis après les remerciements, c'est le départ. La Toyota démarre, les phares inondent de lumière la piste et nous laissons derrière nous LIWA avec ses hommes, des éleveurs conscients de leur valeur, de leurs problèmes et de leurs ressources, pleinement acteurs et responsables de leur avenir, parce que nous étions à l'écoute de leurs connaissances.
Fiche d'évaluationDATE: VILLAGE - CAMPEMENT DE: ............................. Public - Nombre Hommes [ ] dont éleveurs [ ] agriculteurs [ ] Femmes [ ] dont éleveurs [ ] agriculteurs [ ] Enfants [ ] dont éleveurs [ ] agriculteurs [ ] TOTAL [ ] dont éleveurs [ ] agriculteurs [ ] THÈME:
DURÉE DE LA SÉANCE DE TRAVAIL Vue fixe no. 1 - description: ............................. Durée de la projection: [ ] MOTS CLEFS: ............................ Nombre d'intervenants à l'écran: Éleveurs H [ ] F [ ] E [ ] Agriculteurs H [ ] F [ ] E [ ]
Vue fixe no. 2 - description: ............................. Durée de la projection: [ ] MOTS CLEFS: ............................ Nombre d'intervenants à l'écran: Éleveurs H [ ] F [ ] E [ ] Agriculteurs H [ ] F [ ] E [ ]
Vue fixe no. 3 - description: ............................. Durée de la projection: [ ] MOTS CLEFS: ............................ Nombre d'intervenants à l'écran: Éleveurs H [ ] F [ ] E [ ] Agriculteurs H [ ] F [ ] E [ ]
Personnes référentes - Noms: ..... Projet: ........................................... Propositions et remarques: .......... |
D'après ce que vous venez de décrire dans ce court reportage sur une séance de travail avec quelques diapositives d'un film fixe, nous comprenons que nous passons d'une méthode de vulgarisation à une méthode d'accompagnement des éleveurs dans leur formation. De nombreux thèmes apparaissent à chaque séance, comment assurez-vous le feed-back?
Il est très important de penser au retour d'information, c'est la clé de voûte de toute la méthode. En effet, quand cela est possible, des notes sont prises au cours de la projection. Sinon, le lendemain matin à l'aide du livret d'accompagnement des séries de film fixe (chaque film fixe édité par la FAO a un livret qui reprend les vues et les commentaires) nous reprenons les images de la veille et nous retrouvons les mots clefs du débat.
Les mots clefs sont les idées principales débattues à partir d'une image projetée. Celle-ci peut donner naissance à des expressions très variées des niveaux de connaissances des é leveurs, l'évocation d'un problème à traiter, ou la décision de la mise en place de telle ou telle réalisation. La collecte des mots clefs permet de suivre l'évolution des débats à partir d'une même image.
Mais si vous le voulez bien, revenons au déroulement de la réunion du lendemain. L'idéal est de rester au campement le soir et réaliser cette réunion avec quelques éleveurs.
La première question que doit se poser l'animateur est bien celle de savoir s'il a atteint ses objectifs quant à l'expression et à la formation de son public cible. Ensuite, il doit pouvoir faire la synthèse des thèmes abordés pour chaque diapositive et entrevoir avec son public les compléments de formation, en mettant en place des démonstrations ou des actions spécifiques, organisation de groupement, etc.
L'animateur notera aussi le degré de participation du public, ainsi que les noms de ceux qui sont les plus motivés pour tel ou tel sujet. Ces éleveurs référents seront les meilleurs porte-parole dans le groupe pour la mise en place des projets évoqués dans la réunion.
Dans son "cahier de bord", il doit recueillir toutes les informations utiles au développement de l'élevage, notamment celles concernant les éleveurs. Le plus simple est de se reporter à la trame de la fiche d'évaluation d'une séance diapo-langage. (voir fiche ci-dessus)
Nous y trouvons un certain nombre de rubriques:
Les réunions, si elles sont bien menées, peuvent durer entre 45 minutes et une heure. Comme celles-ci ont lieu le lendemain, c'est à dire, à froid, un certain nombre d'idées ressortent plus nettement. Au cours de la projection il nous arrive d'écouter seulement les mots: leur compréhension se fait, si je puis dire, au premier niveau. Le lendemain seulement, nous analysons plus en profondeur et nous pouvons mieux comprendre le sens de telle ou telle intervention ou les propositions. Je prendrais ici un exemple vécu lors d'une projection. Nous terminons la séance par une vue représentant un beau troupeau de bovins avec deux magnifiques taureaux Goudali. Les éleveurs, pendant la séance et le lendemain matin, nous disent combien ils souhaiteraient avoir de tels animaux. "Où et quand pourrions-nous nous en procurer?" Or, cette race ne peut faire une grande transhumance, les Goudali étant plutôt sédentaires. Les éleveurs le savent très bien et en demandant ces animaux, ils nous disent en même temps qu'ils souhaiteraient se sédentariser et aménager leur espace.
Bien souvent, l'animateur s'aperçoit que les éleveurs ont longuement réfléchi aux problèmes qu'ils abordent dans les soirées-diapositives. "Autrefois, nous pensions que nous seuls pouvions parler dans ces réunions et apprendre toutes choses aux éleveurs. Aujourd'hui, nous apprenons les uns des autres". Ainsi s'exprime un animateur, au cours d'une réunion de synthèse.
Il est vrai que le fait de donner la parole aux éleveurs pour commenter les images ouvre les débats sur des thèmes qui ne seraient pas abordés dans une sénace de vues fixes avec un commentaire pré-établi. Mais qu'il s'agisse de réunion classique ou de projection de vues fixes, chaque participant inclut sa propre problématique ou projet dans la discussion. Les hommes sont totalement sourds à tous discours tant que nous n'avons pas pris en compte leur problèmes ou leurs avis. En permettant l'expression de tous, il nous est possible de suivre l'évolution du groupe dans la résolution de ses problèmes. Alors que précédemment, le vulgarisateur était perçu comme un donneur de consignes, très pressé, peu à l'écoute des ruraux. "C'est un nuage de poussière qui arrive, une suite de recommandations à appliquer, et encore un nuage de poussière!"* (* expression de villageois pour décrire la fonction et la relation avec le vulgarisateur). Dans ces conditions, le temps et la qualité de l'écoute étaient quasiment inexistants.
Une image donne l'occasion d'aborder beaucoup de thèmes différents, c'est là toute la richesse intellectuelle des habitants de ce lieu qui nous est restituée. Pourquoi nous refuser à ce cheminement avec eux?
Les problèmes et les solutions sont souvent inscrites dans la même image. Pourquoi chercher ailleurs des solutions toutes faites et pas toujours adaptées? Ouvrons les yeux et les oreilles!
Les informations recueillies vont être analysées à plusieurs niveaux:
Voici les quelques questions qu'il est bon de se poser après chaque projection afin de rendre le dispositif efficace et assurer le suivi: réponses aux questions et mise en uvre des projets souhaités par les ruraux.
Le diapo-langage, nous l'avons vu, est plus qu'un simple outil à la disposition des animateurs de développement. C'est une autre façon de faire, et donc une autre façon d'être, dans la relation de formation avec les ruraux.
II est indéniable que la formation des ruraux s'insère dans un processus plus large, qui est celui de l'amélioration des façon de faire, sur la mutation des façon de penser. Bien plus, la formation peut initier et accompagner cette évolution, que ce soit avec:
Cependant, la formation ne saurait recouvrir la totalité des processus de changement. En particulier, la formation doit intégrer et tenir compte:
Dans ces processus d'évolution, il semble important que le formateur connaisse et soit conscient tout à la fois:
Ce concept de la participation active des populations concernées à leur propre développement, semble maintenant acquis, tout au moins dans les discours officiels. Cependant, la pratique reste bien souvent toute autre et les "vulgarisateurs" apparaissent encore comme des diffuseurs de savoir ou de savoir-faire.
Le diapo-langage exige cette conviction que la formation doit être un moyen de devenir leader de son propre développement, de se prendre soi-même en main. Cet objectif suppose de croire que les populations concernées peuvent se prendre en main, peuvent remettre en cause certaines pratiques, peuvent justifier dans leur tête les mutations à venir, peuvent réfléchir sur la mise en place de ces nouvelles pratiques.
Ce souci et cette conscience de la possibilité d'une participation active des populations au changement, s'accompagnent de deux contraintes:
1. La politique des "petits pas". Les objectifs que l'on se donne en matière de développement doivent impérativement rester modestes si l'on veut y intégrer les populations. A ce titre, les séances de formation utilisant le diapo-langage nécessiteront que l'on formalise des objectifs limités, mais que l'on soit sûr d'atteindre.
2. Aller du connu au moins connu. La progression des mentalités suppose qu'elles avancent à partir du terrain connu: les populations rurales peu scolarisées craindront toujours le saut dans le tout nouveau, qui demeure l'inconnu. Le sentiment de sécurité, le désir d'appropriation conduiront l'animateur de séances de diapo-langage à ne développer la participation active qu'en s'assurant son point de départ sur des données connues de tous.
Bien des responsables de développement ont constaté le décalage certain qui apparaît entre les pratiques habituelles des vulgarisateurs et les exigences de l'animation.
Dans le domaine de la vulgarisation, les méthodes préconisées s'appuient sur l'enseignement en cascade: celui qui sait, enseigne à celui qui ne sait pas. Or, cette procédure est depuis longtemps contestée: la transmission d'informations (fussent-elles de pratiques et de savoir-faire) n'induit en rien des modifications dans la conscience et la volonté du formé. Cette conception de la formation suppose un certain profil de l'animateur: lui seul sait, le formé ne sait rien ou pas; le formateur se préoccupe du contenu plus que des objectifs et que des méthodes utilisées.
Au contraire, dans les formations qui développent d'abord la participation active des populations rurales, les méthodes utilisées modifient le profil traditionnel de l'animateur. L'efficacité n'est pas absente dans cette démarche, mais elle se mesure au degré de participation et de mobilisation des formés; le contenu de formation s'estompe devant l'objectif poursuivi et la méthode utilisée. Dans ce cas, le profil de l'animateur évolue: celui-ci n'est pas d'abord celui qui sait, qui a réponse à tout; son rôle est de valoriser l'autre, de l'aider à évaluer son propre savoir-faire pour parvenir à élaborer lui-même de nouvelles pratiques; il doit d'abord écouter, stimuler.
La réflexion sur les types de relation à établir avec les ruraux dans l'utilisation du diapo-langage s'appuie sur l'observation des pratiques habituelles en ce domaine. Cette description des types de relation suppose une analyse des effets de ces relations avant de définir les types de relation qui facilitent le changement.
La plupart du temps, la pratique des vulgarisateurs repose sur une conception de la relation d'autorité, celle du savoir transmis et des pratiques imposées. Dans le cadre des séances d'animation utilisant le diapo-langage, les stagiaires se rendent compte que ce type de relation est inadéquat: la relation andragogique repose sur la confiance, l'incitation, la valorisation.
L'analyse des situations vécues en formation peut avantageusement s'appuyer sur les travaux d'E.Berne et de l'Analyse Transactionnelle. En particulier:
1. Les différents états du Moi:
2. Les jeux de rôle lors de la formation réveilleront le caractère souvent non valorisant, voire même répressif, des relations entre le vulgarisateur et les ruraux: alors que les animateurs découvrent les raisons des comportements non volontaristes des personnes qu'ils ont la responsabilité d'animer.
3. Les autres grilles d'analyse d'E. Berne appliquées à l'animation de groupe comme: "les signes de reconnaissance", les "position de vie", ont un franc succès au-près des stagiaires qui peuvent les utiliser immédiatement dans la vie quotidienne.
Le diapo-langage est d'abord une méthode qui s'appuie sur un support. Cependant l'utilisation du diapo-langage est à adapter aux différentes phases d'une progression établie en vue d'un changement à obtenir. L'animateur ne se comportera pas de la même façon lors d'un étape de sensibilisation d'un groupe important et au cours d'une séance de mise en place d'une organisation nouvelle regroupant un effectif plus limité de ruraux.
Nous avons retenu ici les cinq étapes qui sont habituellement suivies lors d'un processus de changement, dans le cadre d'une action participative:
Objectifs:
1. créer les conditions qui permettront d'envisager les changements nécessaires
2. parvenir à un consensus sur:
Diapositives à utiliser: très élargies par rapport au thème éventuellement envisagé. En partant assez loin du sujet pour s'en rapprocher.
Méthodologie: (relatée au chapitre l)
Objectifs: l'étape d'auto-diagnostic représente en fait la première phase d'un processus de changement, l'étape sensibilisation n'étant qu'une simple phase préalable.
L'auto-diagnostic constitue un passage obligé dans un processus de changement, s'appuyant sur une démarche participative. L'auto-diagnostic permet de :
Diapositives à utiliser: plus précises que précédemment, autour du sujet retenu et en présentant les façons de faire locales avec ses limites et ses points forts.
Méthodologie: la méthodologie de cette phase est celle du pourquoi et du comment. L'animateur sera conduit à répéter ces questions sans cesse, y compris avec une même personne, de façon à faire apparaître les raisons les plus profondes des pratiques présentées. La difficulté de cette étape repose ici sur cette capacité à trouver les raisons les plus affinées qui soient: ce sont ces raisons profondes qu'il faudra ensuite modifier dans les phases ultérieures. Ainsi, cette méthode exige-t-elle de l'Animateur une capacité certaine à réaliser de bonnes analyses des causalités.
Chaque diapositive, objet de débat, exige une synthèse, réalisée si possible par les participants. Cette synthèse fera apparaître un certain consensus sur l'analyse faite (pratique/raison).
L'intérêt de cette étape d'auto-diagnostic consiste, bien entendu, à faire apparaître les limites des pratiques actuelles avec les explications qui les justifient. Cela exige de la part de l'animateur, la plus grande vigilance pour ne pas dévaloriser les intervenants, ni porter des jugements de valeur qui risqueraient de bloquer irrémédiablement la démarche entreprise. L'animateur doit savoir valoriser les participants qui présentent des aspects négatifs ... tout en relevant avec force ces points négatifs. Cela suppose une capacité à objectiver l'analyse, même lorsque celle-ci touche aux convictions les plus intimes.
Objectifs: cette étape dite des principes d'action doit permettre de:
1. trouver des arguments qui vont justifier d'autres pratiques en tenant compte:
2. se mettre d'accord sur les principes qui permettront de mettre en uvre les nouvelles façons de faire. II est bien évident que l'importance de cette étape variera selon le sujet et selon les résistances à vaincre. L'animateur parviendra sans doute plus aisément à préparer la mise en place d'un traitement approprié contre telle maladie du bétail que d'envisager un aménagement de l'utilisation de l'espace ou à créer un groupement d'éleveurs. Il appartient donc à l'animateur de faire son propre auto-diagnostic:
Diapositives à utiliser: Les diapositives utilisées lors de cette phase pourraient être proches de celles de l'étape précédente, en retenant celles qui insistent sur:
Méthodologie: L'étape dite des principes d'action pourrait s'organiser en plusieurs temps:
1. La finalité: le résultat à obtenir: que veut-on faire? il appartiendra, là aussi, au groupe de ruraux de le définir avec une certaine précision. L'animateur devra mémoriser cette formalisation.
2. Les raisons permettant de convaincre tous les participants: pour quoi faire? L'inventaire de toutes les raisons avancées:
L'animateur doit s'efforcer de faire synthétiser par le groupe ces raisons multiples. Il est important, en effet, que les convictions profondes et les motivations s'appuient sur quelques arguments facilement mémorisables.
3. Les principes d'action ou le "comment ça peut se faire?". Les principes d'action se distinguent des conditions de mise en place: il s'agit ici simplement de se faire énoncer des idées-force sur la mise en place du projet en vue de les laisser mûrir dans la tête des ruraux jusqu'à l'étape suivante. L'animateur laissera donc s'instaurer un large débat où, en principe, tout le monde devrait intervenir. Il sera cependant nécessaire de:
Objectifs: Cette étape doit permettre de mettre en place un projet, une nouvelle pratique, une nouvelle organisation. L'animateur devra s'assurer que les décisions prises seront bien exécutées.
Nous rappelons, pour mémoire, que tout dispositif institutionnel peut être étudié à partir de trois dimensions, chacune d'elle prenant plus ou moins d'importance selon le sujet traité:
1. La dimension technique, qui représente les facteurs de réussite plus ou moins indépendants des individus concernés et sur lesquels ils n'ont pas de prise (ou peu):
2. La dimension organisationnelle qui va préciser:
3. La dimension psycho-sociale, celle:
Diapositives à utiliser: Cette étape nécessitera une sélection très sérieuse des diapositives retenues, chaque diapositive devant permettre de décider d'un point précis des conditions de mise en place. Il ne saurait être question que les diapositives apportent les réponses exactes aux questions posées. Bien au contraire, elles devront poser la question de manière à laisser le champ libre à l'expression et à la confrontation des solutions.
Méthodologie: Cette étape "mise en place" exige de l'animateur une grande rigueur méthodologique. Si cela est possible, il serait souhaitable que ce soit le groupe lui-même qui détermine le plan à suivre lors de cette étape, à partir des conditions de mise en place à décider. L'animateur s'attachera à taire régler chaque question l'une après l'autre; il devra s'assurer, surtout dans les groupes relativement importants, l'engagement individuel de tous les participants sur les décisions prises. Les diapositives présentées devront susciter une nécessaire confrontation des points de vues, qu'il sera important de réguler de manière positive, en s'efforçant de ne pas dévaloriser tes intervenants dont les propositions n'ont pas été retenues. L'animateur s'appuiera sur les critères de choix énoncés à la phase précédente.
Objectif: L'objectif de cette étape est de faire le point, au terme d'une période d'expérimentation:
Cette étape permet ensuite d'ajuster le dispositif mis en place, en vue d'une meilleure efficacité ou d'une plus grande responsabilisation des personnes concernées.
Diapositives: Les diapositives utilisées lors de cette phase devraient être prises in situ pendant la période d'expérimentation, en liaison avec les responsables du projet.
Méthodologie: L'animateur devrait pouvoir organiser cette phase en croisant:
avec la progression des points étudiés en phase "m/se en place" (trois dimensions).
L'animateur aura intérêt à valoriser les expériences positives, les efforts réalisés. Il aura le souci d'aider le groupe à résoudre les difficultés rencontrées lors de la phase expérimentation: une difficulté, parfois minime, peut mettre en cause tout un projet.
Les animateurs de séances d'animation regroupant un nombre important d'éleveurs ou de cultivateurs, ont besoin d'un cadre méthodologique relativement simple.
A toutes fins utiles, nous leur livrons la technique des mots-clefs. Cette technique peut accompagner avec bonheur toute séance utilisant le diapo-langage.
Cette technique des mots-clefs repose sur deux dispositifs:
1. La trame habituelle des progressions utilisée en résolution de problèmes ou décisions d'action:
1° phase - observation
2° phase - sentiments éprouvés
3° phase - réflexion
4° phase - action
2. A chacune de ces phases, l'animateur peut utiliser quelques mots-clefs facilement mémorisables: ces mots-clefs l'aideront à avancer dans la progression de recherche.
En terminant ce chapitre méthodologique nous voudrions insister sur quelques moments forts d'une séance d'animation en milieu rural avec utilisation du diapo-langage.
Comme dans toute action collective d'animation ou de formation, les premières minutes sont bien souvent déterminantes. Plusieurs exigences sont nécessaires:
Les mots-clefs
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Malgré les précautions prises, tout le matériel peut connaître des défaillances imprévisibles. Les animateurs doivent être préparés à de telles éventualités. Face à ces incidents, ils doivent être capables de:
L'animateur s'est bien évidemment donné un objectif pour sa séance d'animation. Dans la démarche active qui est celle du diapo-langage, cet objectif de l'animateur demeure essentiellement méthodologique: il ne peut savoir à l'avance quelle décision d'action va être prise par le groupe; mais il sait qu'une décision doit être prise: c'est son objectif.
Par contre, l'efficacité d'une séance d'animation exige que l'ensemble des participants sachent très rapidement où l'on va, quel objectif va être poursuivi. Cette prise de conscience par tous du souci d'efficacité constitue un moment fort de la séance qu'il est nécessaire de bien négocier.
Nous savons l'importance de l'évaluation dans une démarche de formation. L'animateur d'une séance de travail avec un groupe de ruraux devra soigner tout particulièrement ce moment d'évaluation.
Sur la forme, l'évaluation doit respecter la méthode active de la séance de travail et renforcer la place d'acteurs et de leader des participants.
Sur le fond, l'évaluation doit faire ressortir: