III / (iii) Prévisions préliminaires de la production céréalière des pays du CILSS

Durant la deuxième quinzaine d'octobre, une série de missions conjointes FAO/CILSS d'évaluation des récoltes effectuées conjointement dans chaque pays de la sous-région par la FAO et le CILSS (à l'exception de la Gambie où seule la FAO a participé à la mission) a permis d'analyser le déroulement de la saison agricole 1995 et les premières estimations de production des céréales préparées par les services nationaux de statistiques agricoles. La production de céréales des neuf pays du CILSS en 1995 est estimée provisoirement à 9,6 millions de tonnes, soit 4 pour cent de moins qu'en 1994 et 14 pour cent de plus que la moyenne 1987-1994. L'évolution de la production par pays depuis 1987 est donnée dans le tableau suivant:

Tableau 1: Pays du CILSS - Productions céréalières 1987-1994 et premières prévisions pour 1995 (production brute en milliers de tonnes, le riz étant exprimé en paddy)

Pays19871988198919901991199219931994Prévisions
préliminaires
pour 1995
1995/
1987-94 (%)
Burkina Faso 146820731952151824552477255724922448115%
Cap-Vert21171011810123978%
Gambie92100979011196104106116117%
Guinée-Bissau150147149169180171180190201120%
Mali163721962155177124141809222824572178105%
Mauritanie15017318310310494162200193132%
Niger143923991843147624682359180324382385118%
Sénégal 1/1054867106795097085611349641109113%
Tchad5498086176018129776171175933121%
TOTAL 2/6600880081006700950088008800100009600114%

Source: FAO/CILSS

Note: Les récoltes records sont soulignées.
1/ Pour 1993, le chiffre est basé sur une estimation faite par les services statistiques mais pas sur une enquête.
2/ Les totaux ont été arrondis.

Ces chiffres doivent être considérés comme préliminaires car les enquêtes ont été généralement préparées avant la fin de la récolte et comprennent des prévisions pour les cultures de décrue et de contre-saison. Dans certains pays la saison des pluies s'est terminée avec des pluies relativement importantes en octobre, ce qui a permis d'améliorer les rendements mais a pu aussi poser des problèmes au moment de la maturation ou des récoltes. Ces estimations sont donc susceptibles d'être revues dans les prochains mois mais il est peu probable qu'apparaisse un changement dans la tendance générale, à savoir une production globale supérieure à la moyenne dans les pays du CILSS. Ces estimations montrent que les récoltes ont été supérieures à la moyenne dans tous les pays du CILSS sauf au Cap-Vert. Des récoltes record sont attendues en Gambie et en Guinée-Bissau. Elles sont proches du précédent record de 1994 en Mauritanie et de 1993 au Sénégal. La production a légèrement baissé par rapport à 1994 au Burkina Faso et au Niger. Elle a decru nettement au Mali et au Tchad mais est restée supérieure à la moyenne 1987-94. La répartition par type de céréales est donnée pour chaque pays dans le tableau no 2. Par rapport aux chiffres de 1994, dans l'ensemble du Sahel, la production des céréales secondaires a généralement baissé alors que celle du riz a augmenté, notamment au Burkina Faso et au Niger.

Tableau 2: Pays du CILSS - Prévisions préliminaires de la production 1995
des différentes céréales (production brute en milliers de tonnes)

Pays Burkina
Faso
Cap-Vert Gambie
3/
Guinée-
Bissau
Mali Mauri-
tanie
Niger Sénégal
4/
Tchad TOTAL 2/
Mil731-593578981 9996582654 544
Sorgho1 155-13166711303071454032 840
Maïs366919152391411781851
Riz (paddy)81-251334585469185661 071
Blé----7-6-316
Autres 1/16--214--4115151
Total2 44891162012 1781932 3851 1099339 573

Source: FAO/CILSS

1/ Y compris fonio, berbéré et cultures de décrue au Tchad.
2/ Totaux arrondis.3/ Estimations de la mission FAO.
4/ Y compris estimations pour cultures de décrue.

(iv) Résumé par pays

Burkina Faso: La saison des pluies a débuté dans le sud à partir du mois d'avril avec quelques pluies sporadiques puis s'est étendue à la majeure partie du territoire au cours du mois de mai. Dans l'est et dans le nord, les précipitations ont été plus irrégulières dans le temps et dans l'espace et les premières pluies utiles n'ont été enregistrées qu'au mois de juin dans la région du Sahel. Au cours du mois de juillet, la zone sahélienne et l'ouest connaissaient un déficit pluviométrique important du fait de précipitations faibles et mal réparties dans le temps tandis que la moitié sud du pays enregistrait un cumul pluviométrique excédentaire. Le mois d'août a été nettement plus arrosé dans l'ensemble du pays et les déficits pluviométriques ont été en grande partie comblés sauf dans la région de Dédougou. Le mois de septembre a été marqué par une diminution nette des précipitations. Toutefois, les cumuls saisonniers restent généralement proches voire supérieurs à la moyenne 1961-1990. La campagne agricole a démarré sans retard au mois de mai avec la préparation des champs et les premiers semis. Ceux-ci se sont étendus à l'ensemble du pays au cours du mois de juin mais des poches de sécheresse plus ou moins prononcées dans le centre et le nord du pays ont localement nécessité des resemis. Au cours du mois de juillet, l'ensemble des cultures a poursuivi son développement dans de bonnes conditions dans la moitié sud du pays. Par contre, des poches de sécheresse localisées ont à nouveau été signalées dans le centre dans les régions sahéliennes, imposant des resemis tardifs. Au mois d'août, profitant de pluies abondantes, régulières et bien réparties, les cultures ont connu de bonnes conditions de développement dans l'ensemble du pays avec cependant un net retard dans de nombreux villages des provinces du nord du pays. La situation des cultures était donc préoccupante pour les semis tardifs encore en phase de reproduction suite à l'arrêt des pluies au mois d'octobre. Ainsi, les provinces du nord devraient connaître une baisse de la production céréalière. La régénération des pâturages s'est opérée sans retard notable (à partir de début juin) sauf dans certaines provinces du nord où il a fallu attendre le mois de juillet. Les conditions d'abreuvement des troupeaux ont été satisfaisantes dans l'ensemble du pays. Au mois d'août, le fourrage était abondant sur tout le territoire et la santé du bétail satisfaisante malgré quelques cas de maladies infectieuses rapidement circonscrites. La fin de la saison a été marquée par une diminution de la qualité des pâturages du fait de leur lignification. Globalement, les écoulements et le niveau de remplissage des barrages ont été inférieurs à ceux observés l'an dernier, ce qui dans le nord du pays risque de poser assez rapidement des problèmes au niveau des points d'eau. La situation phytosanitaire est restée assez calme cette année. Les principaux problèmes de déprédateurs ont été rencontrés avec les sauteriaux et les cantharides. Aucun criquet pèlerin n'a été signalé. Des chenilles défoliatrices se sont développées localement à l'occasion de poches de sécheresse. Des dégâts ont aussi été occasionnés par la chenille mineuse de l'épi et par les pucerons. A la fin octobre, une mission FAO/CILSS d'évaluation des récoltes a estimé la production prévisionnelle de céréales à 2 448 500 tonnes soit une baisse d'environ 2 pour cent par rapport au record de 1994. La production de mil a nettement baissé (-100 000 tonnes) alors que celle du sorgho a légèrement augmenté (+ 20 000 tonnes). La production de maïs a augmenté d'environ 15 000 tonnes et celle de riz d'environ 20 000 tonnes. Au niveau géographique, la production a diminué dans 18 provinces, en particulier dans celles du Passoré, du Soum et du Yatenga où la baisse a dépassé 20 pour cent. En revanche, elle a augmenté dans 12 provinces, notamment dans celles de Kadiogo, du Kénédougou, du Nahouri et de la Sissili.

Cap-Vert: L'installation de l'hivernage 1995 a été précoce au Cap Vert avec les premières pluies enregistrées dans l'île de Fogo au cours de la première décade de juillet et dans les îles de Santiago et Brava durant la deuxième décade. Suite à une pause pluviométrique fin juillet dans la quasi-totalité des îles, les pluies ont repris début août, notamment dans les îles du sud puis se sont généralisées à la mi-août, excepté dans les zones arides de Santiago. Pour les îles du nord (Santo Antao, Sao Nicolau), un retard d'un mois a été noté pour l'installation de pluies suffisantes pour les semis. Au cours du mois de septembre, les pluies ont été en général faibles, sauf dans les îles du nord et dans les zones montagneuses des îles du sud. Dans les zones arides, semi-arides et littorales, la faiblesse des précipitations, combinée aux températures assez élevées et à une faible humidité relative, ont causé des dégâts sur les cultures au stade de la floraison. Dans l'ensemble, la répartition des pluies dans le temps et dans l'espace a été assez bonne dans les zones humides et sub-humides des îles du sud (Santiago, Fogo et Brava) et mauvaise dans les autres îles et dans les zones arides du sud. La situation hydrologique est globalement satisfaisante suite aux importantes précipitations reçues, surtout dans l'île de Santiago qui a connu un bon niveau de remplissage des nappes phréatiques. Les premières pluies de juillet ont permis de faire lever le maïs semé en sec et d'amorcer les labours en humide dans les îles du sud. La généralisation des semis en humide de maïs et haricots n'a pu avoir lieu qu'à partir de la deuxième décade d'août. Ces cultures ont présenté de bons comportements végétatifs dans les zones humides où les conditions hydriques ont été favorables. Les perspectives de récolte y sont assez bonnes. Par contre, dans les zones arides, la pluviométrie a été moins favorable, notamment au cours du mois de septembre pour les cultures qui commençaient leur phase de reproduction. Ce déficit hydrique pourrait entraîner des baisses de rendement, notamment dans les zones arides et semi-arides. Compte tenu du profil de l'hivernage cette année, l'évolution de la biomasse se caractérise par une installation relativement précoce et une hétérogénéité suivant les zones agro-écologiques des îles. Les meilleures productions fourragères sont attendues cette année dans les îles de Santiago, Brava et Fogo. Ailleurs, la production fourragère sera presque nulle, sauf dans les zones humides où les sous-produits du maïs de la banane et du manioc pourraient combler une partie des besoins d'alimentation du bétail. D'une manière générale, la situation phytosanitaire a été relativement calme. Toutefois, des attaques de déprédateurs, notamment le criquet sénégalais, ont été observées dans la plupart des îles du sud dès le mois de juillet. D'autres éclosions ont été notées en août et en septembre dans les îles du nord, en particulier à Santo Antao. La situation acridienne n'a été réellement préoccupante que dans les îles de Fogo et Brava où, malgré les traitements effectués, des baisses de rendements pourraient être observées sur les haricots. A la mi-octobre, une mission conjointe FAO/CILSS d'évaluation des récoltes a estimé la production céréalière 1995 du Cap Vert à 8 978 tonnes, soit le triple de la production très réduite de 1994. Ce niveau de production est proche de la moyenne des 5 dernières années.

Gambie: Les premières pluies sont tombées au cours de la seconde décade du mois de mai, mais seules les régions de l'Est et du Centre ont reçu des quantités significatives. Le pays est resté sec entre la dernière décade de mai et la première décade de juin et ce n'est qu'à partir de la seconde décade de juin que des pluies abondantes, régulières et bien réparties ont commencé à tomber sur l'ensemble du pays. Entre mi-juin et mi-octobre, les 12 stations synoptiques du pays ont continué d'enregistrer régulièrement une pluviométrie satisfaisante et seules quelques poches limitées de sécheresse de courte durée, ont été signalées au cours des mois de juillet et septembre dans les régions de LRD, CRD South et URD. A la date du 20 octobre, la pluviométrie cumulée était déficitaire par rapport à l'année dernière, les quantités reçues étaient supérieures à la normale dans toutes les stations à l'exception de Yundum (Western Division) et Jenoi (LRD). En raison de la bonne distribution des pluies qui a été nettement meilleure qu'en 1994, l'humidité du sol est restée constamment suffisante et les conditions de croissance ont été satisfaisantes pour toutes les cultures. La situation des pâturages et des points d'eau est également satisfaisante dans l'ensemble du pays. En ce qui concerne la situation phytosanitaire, elle est restée généralement calme avec des attaques très limitées et sans grands dommages de cantharides sur le riz de plateau et le mil. On signale également par endroits des manifestations sans gravité d'oiseaux granivores et de sauteriaux. Une mission FAO d'évaluation des récoltes a estimé en début novembre la production céréalière totale à 116 000 tonnes contre 106 000 tonnes en 1994 soit une augmentation de 10 pour cent. La production de céréales secondaires a nettement augmenté (91 000 tonnes contre 75 000 tonnes en 1994 soit 21 pour cent d'augmentation). Par contre, le riz paddy accuse une baisse de 19 pour cent par rapport à 1994 (25 000 tonnes contre 30 500 tonnes), en raison de la baisse de moitié de la production de riz irrigué.

Guinée-Bissau: La pluviométrie de cette année s'est installée avec un léger retard par rapport à 1994. Bien qu'ayant démarré à la fin mai, les premières pluies significatives n'ont commencé à tomber sur l'ensemble du pays qu'à partir de la seconde décade de juin. Le mois de juillet a été déficitaire par rapport à la normale tandis que les mois d'août et de septembre ont enregistré des pluies abondantes régulières et bien réparties sur l'ensemble du pays. Globalement, par rapport à 1994, la pluviométrie a été excédentaire au sud et déficitaire au nord et à l'est. Toutefois, les quantités d'eau reçues ont été suffisantes pour assurer la bonne croissance des cultures. Par ailleurs, la poursuite des pluies jusqu'en fin octobre/début novembre, audelà de la saison pluviométrique normale, a garanti un bon développement et une maturation satisfaisante du riz de bas-fonds et du riz de mangrove repiqué tardivement. La régularité des pluies a permis de régénérer les pâturages avec un bon développement de la biomasse constituée pour l'essentiel de graminées. De même, l'état des points d'eau est satisfaisant sur l'ensemble du pays. Toutefois, il y a lieu de noter des insuffisances d'eau signalées par endroits dans l'est du pays au cours du mois de juin. La situation phytosanitaire est restée globalement calme malgré des infestations et attaques sans gravité d'insectes, d'oiseaux granivores, de rongeurs et de maladies fongiques. Une mission FAO/CILSS a évalué à la fin octobre la production céréalière totale de cette campagne agricole 1995/96 à 200 500 tonnes contre 190 500 tonnes en 1994 soit une augmentation de 5,4 pour cent. Avec une production de 133 266 tonnes, le riz paddy augmente d'environ 1,7 pour cent tandis que les céréales secondaires qui totalisent 67 231 tonnes augmentent de 13,7 pour cent. Les bons résultats de cette année s'expliquent par la meilleure répartition spatio-temporelle des pluies. L'année dernière, leur abondance et leur fréquence avaient provoqué des inondations de longue durée des bas-fonds empêchant parfois leur exploitation ainsi qu'un lessivage des fleurs du mil ayant entraîné une baisse des rendements.

Mali: Les premières pluies sont tombées en mai dans le sud du pays et dans les localités de Nioro et Ménaka mais, jusqu'à la première décade de juillet, la situation est restée très déficitaire provoquant un décalage de trois à six semaines dans l'installation des cultures. Entre la seconde décade de juillet et la mi-octobre, la pluviométrie a été abondante, fréquente et bien répartie sur l'ensemble du pays et, à l'exception de quelques poches de sécheresse, les réserves hydriques du sol ont été suffisantes pour assurer une croissance satisfaisante des cultures. A la date du 10 octobre, le cumul pluviométrique était dans l'ensemble inférieur à celui de l'année dernière mais restait globalement normal où supérieur à la normale. Avec des crues meilleures qu'en 1994, la situation hydrologique des bassins du Niger et du Sénégal a été favorable à la riziculture de submersion contrôlée dans les régions de Ségou et de Mopti et aux cultures de décrue dans les régions de Tombouctou et Gao. La production fourragère et l'état des points d'eau sont dans l'ensemble satisfaisants. Toutefois, les conditions d'abreuvement du cheptel ont commencé à être difficiles dans la cinquième région (nord) suite à l'assèchement progressif des mares et des points d'eau. La situation phytosanitaire a été marquée par les manifestations de rongeurs, d'oiseaux granivores et de criquet pèlerin, le réveil du criquet migrateur africain et les infestations de sauteriaux et d'insectes floricoles. Toutefois, les interventions du Service de protection des végétaux ont permis de minimiser les pertes sur les récoltes. A la mi-octobre, une mission FAO/CILSS d'évaluation des récoltes a estimé la production céréalière totale 1995/96 à 2 178 500 tonnes, soit une baisse de 11,4 pour cent par rapport à la production record de 1994/95 (2 457 350 tonnes). Cette baisse s'explique par une légère diminution (2,4 pour cent) des superficies semées et une diminution assez significative des rendements pour l'ensemble des cultures. Toutefois, la production céréalière 1995 reste satisfaisante parce qu'elle est en hausse de 2 pour cent par rapport à la production moyenne 1991-1995.

Mauritanie: L'hivernage 1995 a été caractérisé par une arrivée précoce des pluies en juin dans les régions (wilayas) du sud-ouest et un retard d'environ un mois dans les régions du sud et sud-est du pays. Les précipitations sont devenues abondantes dans la quasi totalité de la zone agricole durant la troisième décade de juillet et au mois d'août. Elles se sont poursuivies jusqu'à la fin septembre. Globalement, la pluviométrie de l'année, bien que relativement bonne, a connu une mauvaise répartition dans le temps et dans l'espace. Ainsi, jusqu'à la deuxième décade de juillet, l'année 1995 présentait un déficit pluviométrique important par rapport à 1994. A partir de la première décade d'août, toutes les régions agro-pastorales du pays ont été largement arrosées. Au cours du mois de septembre, les précipitations ont été moins abondantes, mais mieux réparties dans le temps. L'abondance des pluies de cette année a permis un bon remplissage des barrages, des digues et des retenues collinaires. On peut donc s'attendre à une bonne campagne de décrue. Compte tenu du retard des pluies, les semis des cultures pluviales n'ont pu débuter qu'à la fin de juin dans le sud-est et se généraliser à la fin de juillet dans toute la zone agro-pastorale du pays. Le bilan hydrique est resté satisfaisant durant toute la période de l'hivernage jusqu'à la deuxième décade de septembre. Toutefois, des excès d'eau, surtout au cours du mois d'août, ont quelque peu handicapé l'exécution des travaux champêtres et la mise en valeur des bas-fonds. Avec l'arrêt précoce des pluies en septembre, les cultures de mil et de sorgho du diéri, qui étaient en phase de reproduction/maturation, ont souffert de stress hydrique au cours du mois d'octobre par épuisement des réserves en eau des sols. Dans l'ensemble, on devrait s'attendre à de bons rendements des cultures pluviales notamment dans les wilayas du sud qui n'ont pas été affectées par les phénomènes d'inondations et de stress hydrique. Pour les cultures irriguées, la première mise en eau a été effectuée au Trarza début juillet. Par la suite, les conditions hydrologiques sont restées favorables grâce à l'abondance des précipitations du mois d'août. Contrairement à 1994, il est à noter que les grands périmètres de la SONADER (Société nationale de développement rural) sont en exploitation cette année. Dans l'ensemble de la zone pastorale, une bonne production fourragère est attendue cette année, permettant une couverture probable des besoins du cheptel jusqu'en mai 1996. Au delà de cette période, dans certaines zones, des migrations du cheptel seront nécessaires pour combler le déficit alimentaire fourrager. Des essaims de criquets pèlerins ont été signalés en juillet dans plusieurs régions mais le renforcement de la lutte a permis en général de les maîtriser sans dégâts majeurs sur les cultures (voir détails en page 3). Les pontes enregistrées ont donné naissance en octobre à des concentrations larvaires importantes. En ce qui concerne les sauteriaux, une forte concentration de criquets sénégalais a été notée en octobre dans la vallée du fleuve Sénégal et dans le diéri au niveau des dunes de sable. De fortes concentrations d'oiseaux en nidification, ont aussi été signalés localement. A la fin octobre, une mission conjointe FAO/CILSS d'évaluation des récoltes a estimé la production céréalière brute 1995/96 a 192 600 tonnes, soit une baisse de 3,9 pour cent par rapport à la production de l'année dernière. Cet écart est en partie imputable à la correction intervenue cette année dans la méthodologie en vue d'éviter une surévaluation des superficies cultivées en diéri.

Niger: Les premières précipitations ont été enregistrées au mois d'avril dans les départements de Dosso et Tahoua et au cours du mois de mai dans celui de Tillabery. Elles sont demeurées faibles dans le département de Dosso. Ce n'est qu'au cours de la 2ème décade du mois de juin que la saison des pluies s'est installée sur la majeure partie des zones agricoles du pays Elle s'est étendue au cours du mois de juillet à l'ensemble de la zone agro-pastorale. Le mois d'août a été globalement bien arrosé sur l'ensemble du pays mais toutefois moins que l'an dernier, notamment dans les départements de Dosso et d'Agadez. Après une petite période de sécheresse en première décade dans les départements de Tillabery et Tahoua, la saison pluvieuse a pris fin relativement tard, vers la fin septembre. Par rapport à 1994, année exceptionnelle, la saison 1995 est déficitaire dans l'ensemble du pays. Par rapport à la normale 1961-1990, les départements de Dosso, de Tahoua et le département d'Agadez sont déficitaires. Ailleurs, la pluviométrie est équivalente ou excédentaire. Les premiers semis en humide ont été signalés au mois d'avril dans les départements de Dosso, Tillabery, Tahoua et Maradi et se sont donc poursuivis lentement en mai dans le sud de ces départements. C'est au cours du mois de juin, et plus particulièrement en deuxième moitié du mois, que la campagne agricole a effectivement démarré dans l'ensemble du pays. Les conditions agro-climatiques ont été particulièrement favorables au développement des cultures (pluviométrie abondante et bien répartie dans le temps, pluies nocturnes et journées chaudes et ensoleillées) de la fin juillet jusqu'à début septembre. Aucune séquence de sécheresse dépassant 10 jours n'a été observée durant cette période sauf localement dans certains arrondissements des départements de Tillabery, Dosso, Tahoua et Zinder. La fin de l'hivernage est intervenue vers la fin septembre, permettant aux cultures de boucler leur cycle sans dommage. Toutefois, les variétés tardives ont connu quelques difficultés pour satisfaire leurs besoins en eau du fait de faibles réserves hydriques. Aucune inondation n'est à déplorer cette année dans les casiers rizicoles et pour les cultures irriguées contrairement à l'an dernier, d'où un accroissement notable de leurs superficies. De même, les cultures de bas-fonds ont bénéficié de bonnes conditions de croissance. Les conditions pluviométriques ont été favorables au développement et à la prolifération de certains ravageurs. Le criquet sénégalais a nécessité d'importants efforts de lutte (près de 380.000 ha de cultures ont été traitées contre 135.000 ha l'an dernier). Des essaims de criquets pèlerins ont été observés dans les départements d'Agadez et de Diffa mais n'ont pas causé de grands dommages sur les cultures. Toutefois, 600 hectares de palmeraies ont été traités aux environs d'Arlit en octobre et 800 hectares à l'est du département de Diffa où des reproductions avaient eu lieu. Des insectes floricoles ont été signalés dans le département de Dosso. Des rongeurs sont apparus dès le début de la campagne dans les régions d'Agadez, Tanout et Tessaoua. Des foyers d'oiseaux granivores ont été signalés à l'est du département de Diffa et au nord de ceux de Zinder et Maradi. Fin octobre, une mission FAO/CILSS d'évaluation des récoltes a estimé la production totale de céréales à 2 385 000 tonnes, soit un chiffre très proche de celui de l'année dernière. La production de mil et sorgho a légèrement baissé alors que celle du riz a nettement augmenté, les productions de blé et maïs restant marginales.

Sénégal: L'installation de l'hivernage 1995 a été normal. Les premières pluies utiles de semis ont été enregistrées entre le 17 et le 20 mai dans l'extrême sud-est, entre le 22 et le 23 juin dans les zones centre-sud et centre-nord, et entre le 27 et le 28 juin dans la zone sud (région de Ziguinchor). Seule la localité de Tambacounda a accusé un retard. Malgré des périodes d'accalmie relevées durant la 1ère décade de juillet et la 2ème décade d'août, qui ont occasionné de légers flétrissements sur les cultures, notamment dans les zones centre et nord du pays, la bonne répartition spatio-temporelle des pluies en juillet et août a été très favorable aux cultures dans l'ensemble du pays. Ces pluies ont été abondantes et régulières jusqu'à la deuxième décade de septembre. Leur caractère nocturne a aussi contribué à maintenir les cultures dans de bonnes conditions agro-climatiques (bon ensoleillement et températures élevées). Les cumuls pluviométriques au 30 septembre ont varié sur l'ensemble du territoire entre un minimum de 154 mm dans la région de Saint-Louis et un maximum de 1407 mm dans la région de Ziguinchor. Les hauteurs annuelles enregistrées sont proches de la normale pluviométrique 1961-90. La situation hydrologique est satisfaisante. Les premières ondes de crue sont apparues en juillet. La tendance générale a été à la hausse et supérieure à celle de l'année précédente. Sur l'ensemble des grands cours d'eau, la crue avait déjà atteint son maximum au cours du mois de septembre 1995. Les hauteurs mensuelles de la plupart des plans d'eau ont été moyennes à excédentaires et en général supérieures à celles de l'année précédente. Les points d'eau sont donc bien remplis et on note même une remontée des nappes aquifères. Sur le plan pastoral, la campagne 1995/96 est également satisfaisante dans l'ensemble, à l'image du bon profil de l'hivernage. Le développement végétatif est important notamment dans le Ferlo ou l'indice de végétation est plus important que celui de l'an dernier, laissant supposer un potentiel de production fourragère plus élevé. La situation phytosanitaire a été relativement calme. Des opérations de traitements contre des bandes larvaires de criquets pèlerins ont été faites sur 33 hectares dans les régions de St. Louis et Louga à la fin août, quelques adultes et essaims ayant traversé la rivière Sénégal en provenance du nord. Un essaim de criquets pèlerins a été signalé dans le nord du Sénégal à la mi-septembre. Quelques adultes étaient aussi présents dans le nord près de Podor début octobre. D'autres ravageurs ont fait leur apparition mais les dégâts occasionnés sur les cultures ont été faibles. La situation phytosanitaire reste donc marquée par la menace acridienne en provenance de la Mauritanie. A la mi-octobre, une mission conjointe FAO/CILSS d'évaluation préliminaire des récoltes a estimé la production céréalière 1995 à 1 061 100 tonnes pour la campagne pluviale auxquelles devraient s'ajouter 47 700 tonnes pour les cultures de contre-saison. Cette production est en hausse de 17,5 pour cent par rapport à celle de l'année précédente et de 2 pour cent par rapport à celle de 1993. Toutes les spéculations connaissent des hausses, sauf le riz pour lequel un léger recul de 1 pour cent est attendu.

Tchad: La saison des pluies a démarré en mai dans la zone soudanienne. Au mois de juin, les pluies ont augmenté dès la première décade dans le sud mais sont restées faibles dans la zone soudano-sahélienne. En juillet, les précipitations ont été abondantes mais erratiques dans certaines localités de la zone soudanienne. En zone soudano-sahélienne et sahélienne, la saison des pluies a commencé en juillet mais en troisième décade les pluies ont été faibles dans la moitié nord du pays. De bonnes précipitations ont été enregistrées dans l'ensemble du pays durant août. Le mois de septembre a été marqué par une diminution significative des précipitations à partir de la deuxième décade, notamment en zone sahélienne où il a néanmoins continué à pleuvoir jusqu'à début octobre. Comparativement à l'an passé, le cumul pluviométrique de la saison 1995 est déficitaire dans la moitié nord et dans le Moyen-Chari et excédentaire dans le reste du pays. Par rapport à la normale, l'année 1995 n'est déficitaire que dans le Kanem et la Préfecture du Lac. Les semis se sont étalés jusqu'au mois de juillet dans la zone soudanienne. Certaines rizières ont été inondées par les fortes pluies après les premiers semis qui ont du être refaits tardivement. Au total, près de 3400 ha de rizières ont été détruites par les inondations. Malgré ce début difficile, la campagne rizicole s'est bien déroulée. En revanche, la culture du sorgho de décrue (béré- béré) devrait connaître un accroissement de superficies grâce au bon remplissage des bas fonds. En zone soudano-sahélienne, les premiers semis ont été réalisés au cours du mois de juin dans le Chari-Baguirmi et le Guéra et début juillet dans le Ouaddaï. La mauvaise répartition des pluies a entraîné de nombreux resemis jusqu'au mois d'août notamment dans le Chari-Baguirmi. Au cours du mois d'août, les plantes ont connu un bon développement, mais au mois de septembre, les oiseaux granivores et les sauteriaux ont causé de nombreux dégâts dans les champs en cours de maturation. En zone sahélienne, les premiers semis n'ont été possibles qu'à partir de la mi juillet mais la mauvaise répartition des pluies a engendré des resemis jusqu'en deuxième décade d'août. Les préfectures du Kanem, le Nord du Batha et le Biltine ont été le plus durement touchées par la sécheresse et de nombreux champs ont été laissés en pâture au bétail car les pâturages faisaient aussi défaut. La situation du criquet pèlerin est restée relativement calme durant l'hivernage. Néanmoins, quelques individus solitaires ont été signalés par les équipes sur le terrain, notamment dans l'est en début de saison. Des sauteriaux ont été signalés dans plusieurs régions. Les préfectures les plus touchées sont le Ouaddaï, le Biltine, le Batha, le Kanem, le Guéra et la partie Nord du Chari-Baguirmi. Des dégâts importants sont signalés sur le mil et le sorgho. Les coléoptères (Cantharides et Pachnodas), foreurs des tiges et oiseaux granivores (Quéléa-quéléa et Passer luteus) ont été signalés dans diverses régions et ont provoqué quelques dégâts sur le mil, le sorgho et le maïs. A la mi octobre, une mission d'évaluation des récoltes a estimé la production céréalière à 932 700 tonnes de céréales, dont 439 100 tonnes pour la zone sahélienne et 493 600 tonnes pour la zone soudanienne. Ce chiffre représente une production en baisse de 21 pour cent par rapport à la production record de 1994 mais reste à un niveau proche de la moyenne. Les productions ont baissé pour toutes les céréales mais surtout pour le maïs.


[Up]Retour au Menu Page précédente [Prev] [Next]Suite