III. RECOLTES CEREALIERES DE 1995 DANS LES PAYS DU CILSS

(i) Facteurs influant sur la production de 1995

(a) Pluviométrie

La campagne agricole 1995 a été dans l'ensemble favorable aux cultures. Le cumul des précipitations a été normal ou supérieur à la normale dans tout le Sahel, sauf dans le sud-est et le nord du Sénégal où des déficits légers ont été observés. Les pluies ont été bien réparties en général sur les pays du CILSS durant toute la campagne agricole. La saison des pluies a démarré relativement tôt au Burkina-Faso, dans le sud du Tchad et au Mali où les premières pluies ont été enregistrées en avril et début mai. Les pluies ont démarré en mai en Guinée-Bissau et dans le centre du Tchad. La saison des pluies a commencé début juin dans le sud du Sénégal, à la mi-juin en Gambie et au Niger, fin juin en Mauritanie et début juillet au Cap-Vert. Les précipitations ont été abondantes en juillet et août sur les principales zones de production mais sont restées faibles en juillet et début août dans le nord du Sénégal et du Burkina-Faso ainsi que dans le nord et le centre-ouest du Mali où les cultures ont souffert de stress hydrique. Les semis ont été retardés dans certaines de ces zones. Les pluies ont repris à la mi-août et ont permis une amélioration sensible de l'état des cultures. Elles ont commencé à diminuer en septembre, notamment dans le nord du Sénégal, du Mali, du Burkina-Faso et l'ouest de la Mauritanie, suivant le déplacement des nuages vers le sud, mais elles sont restées bien réparties sur tous les pays. Les pluies ont cessé fin septembre/début octobre dans le nord et le centre du Sénégal, en Mauritanie, dans le centre du Mali, au Niger et au Cap-Vert. Les précipitations se sont arrêtées à la mi-octobre au Burkina-Faso et dans le centre du Tchad mais sont restées assez abondantes dans le sud du Tchad début octobre.

(b) Superficies ensemencées et disponibilités en semences

Seuls quelques pays sahéliens entreprennent une enquête agricole sur les superficies ensemencées. D'après les premières indications, suite aux bonnes conditions pluviométriques, les superficies ensemencées en céréales n'ont pas diminué de façon importante par rapport à 1994. Comme en 1994, elles ont augmenté dans certaines régions marginales où les bonnes pluies ont permis d'ensemencer des superficies habituellement non cultivées. Des superficies importantes de rizières ou d'aménagements hydro-agricoles qui avaient été inondées en 1994 au Niger ont par contre pu être cultivées cette année. En revanche, des inondations dans certaines zones du Tchad ont empêché la mise en culture de certains bas-fonds ou aménagements hydro-agricoles, notamment pour le riz et le sorgho. Les disponibilités globales en semences ont été dans l'ensemble suffisantes après les récoltes en général supérieures à la moyenne enregistrées l'année dernière dans la plupart des pays. La bonne régularité des pluies suite aux semis a permis d'éviter en général les cas de stress hydrique sur les jeunes plants et il n'a pas ou très peu été nécessaire de procéder à des resemis, sauf au Burkina Faso qui a enregistré des pluies réduites ou des périodes sèches en juillet.

(c) Criquets pèlerins, sauteriaux et autres déprédateurs

- Criquet pèlerin
En Afrique de l'Ouest, les infestations de criquets pèlerins ont surtout été présentes en Mauritanie en 1995. Suite à des infestations de plus en plus fortes dans l'ouest de la Mauritanie et aux migrations consécutives vers le nord qui ont été enregistrées dans les derniers mois de 1994, des essaims sont apparus et ont pondu en janvier 1995 dans le nord de la Mauritanie, dans l'Inchiri, l'Adrar et Tiris Zemmour. Ces infestations étaient présentes dans les régions très éloignées d'El Hank, près des frontières algériennes et mauritaniennes où les conditions de reproduction étaient particulièrement favorables pendant l'hiver. Les pontes dans cette région ont engendré de nombreuses bandes larvaires à partir de février. Une situation similaire a pu se développer dans les zones voisines du nord-ouest du Mali. Malgré d'importantes opérations de lutte, des adultes ont migré vers le nord, atteignant en mars le versant sud des montagnes de l'Atlas en Algérie et au Maroc. Des opérations de lutte aérienne et terrestre ont été menées sur un total de plus de 132 000 hectares dans le nord de la Mauritanie entre janvier et mi-avril 1995. Un groupe d'adultes a ensuite été signalé près de Oualata en avril 1995, mais la migration vers le sud des adultes depuis les aires de reproduction du sud du Maroc et de l'Algérie est devenue plus évidente en mai, quand quelques petits essaims sont apparus dans l'Adrar et l'Inchiri, dans le nord de la Mauritanie. Quelques essaims ont aussi atteint la région de Néma. De nombreux adultes se sont, semble-t-il, dispersés plus au sud dans les régions voisines de l'ouest du Mali bien que les conditions de reproduction étaient déjà favorables dans la plupart des zones de reproduction de Mauritanie au sud du 16ème parallèle du fait de pluies particulièrement précoces. Aucune évolution importante n'est intervenue dans ces régions ou dans les deux Hodhs pendant l'été. Cependant, les criquets qui sont restés en Mauritanie se sont concentrés dans le sud-ouest et ont pondu en mai et juin. Les infestations ont augmenté dans les régions du lac R'Kiz et de Mederdra en juillet-août et plus de 35 000 hectares de bandes larvaires denses ont dû être traitées. Quelques infestations ont également été signalées dans la vallée du fleuve Sénégal où quelques groupes d'adultes et de larves ont été traités sur 1 600 hectares à la fin juillet et en août. A la fin septembre, les criquets qui ont échappé aux traitements ont commencé à former des essaims qui ont migré vers les zones de reproduction hivernales du nord de la Mauritanie. Des opérations de lutte ont été menées début octobre contre les essaims en ponte et de nouvelles bandes larvaires entre Nouakchott et Tidjikja. Des infestations de larves sont apparues au Sud de l'Atar à la fin du mois. En novembre, des nomades ont signalé des essaims et des bandes larvaires dans le Tiris Zemmour. Suite aux pluies particulièrement fortes de la fin septembre, de nouvelles reproductions sont attendues cet hiver dans le nord de la Mauritanie et sans doute les zones voisines du Maroc et de l'Algérie si les températures restent élevées. Au nord du Niger, des criquets matures en phase grégaire étaient présents et ont pondu au début de février, entraînant des infestations de larves localisées. Environ 11 300 hectares ont été traitées de la fin janvier à la fin avril. Des opérations de lutte limitées ont été menées dans le nord du Mali pendant la même période. Au début juin, quelques essaims et bandes larvaires sont apparus dans le nord de ces deux pays. Le Niger a à nouveau traité 600 hectares. Cependant, la plupart des adultes se sont dispersés dans les zones sud où certains ont perduré pendant l'été mais aucun développement significatif n'est intervenu. Quelques essaims sont apparus au nord-est du Niger à la mi-juin en provenance d'Afrique du Nord. Ils ont migré vers l'est, atteignant l'est du Tchad à la fin juin et ont continué vers le Soudan. Aucune ponte n'est intervenue au Tchad où seuls quelques adultes isolés sont restés dans quelques zones depuis août.- Sauteriaux Plusieurs pays ont connu des infestations localisées de sauteriaux notamment au Burkina-Faso, Cap-Vert, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad. Des traitements importants ont été entrepris au Niger. Ailleurs, l'abondance de la végétation naturelle due aux bonnes pluies a évité que les sauteriaux ne se concentrent sur les cultures.

- Autres ravageurs
Diverses attaques d'insectes ont été signalées, notamment de cantharides au Burkina Faso au Sénégal et au Tchad. Des oiseaux granivores ont également été signalés en Gambie, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Tchad.


(ii) Conditions météorologiques et suivi des cultures en 1995

Outre ses sources classiques d'information, le SMIAR utilise des données pluviométriques recueillies par les stations météorologiques ainsi que les données fournies par deux types de satellites pour suivre l'évolution des cultures dans la région et établir des prévisions de la production agricole. Par l'intermédiaire du Système ARTEMIS installé dans son Centre de télédétection, la FAO produit pour l'ensemble de l'Afrique des images satellitaires décadaires et mensuelles sur la durée de présence des nuages à sommets froids, le nombre de jours de pluies, les estimations de pluviométrie et sur les indices de végétation (NDVI). Les images de durée de présence des nuages à sommets froids, qui comptabilisent la durée de présence des systèmes nuageux pluviogènes sont produites à partir des données transmises en temps réel par le satellite européen géostationnaire METEOSAT. A partir de ces informations, sont aussi établies des cartes décadaires et mensuelles du nombre de jours de pluies et des estimations de la pluviométrie. Les images des indices de végétation, qui donnent une indication sur la biomasse photosynthétiquement active, sont produites à partir des données transmises par les satellites américains NOAA. Le SMIAR a accès aux séries historiques du Système ARTEMIS. Ces séries historiques comprennent des cartes d'indices de végétation remontant jusqu'à 1981. Les cartes établies à partir du satellite METEOSAT existent depuis août 1988. Ces séries historiques permettent de comparer la situation actuelle avec les années antérieures et fournissent une analyse plus complète dans l'espace et plus rapidement disponible que les informations provenant du terrain. Dans la planche 1, sont présentées les cartes de durée de présence des nuages à sommets froids pour les mois de mai à septembre 1995. On peut voir que la durée de présence des nuages à sommets froids et, partant, la quantité de pluies reçues a été la plus élevée pendant les mois de juillet et août. Par comparaison avec la durée de présence des nuages à sommets froids pour la période mai-septembre 1994 on peut voir que les pluies ont été plus abondantes en août sur le sud-ouest du Mali et le sud-est de la Mauritanie et moins importantes sur le nord du Burkina Faso. Elles sont devenues particulièrement abondantes en juillet et en août en Guinée-Bissau, au sud du Sénégal, du Mali et du Tchad. La planche 2 présente une évaluation de la saison agricole 1995 basée sur une classification selon l'évolution de la durée mensuelle des nuages à sommets froids comparée à la moyenne 1989-94. La zone du CILSS a ainsi été divisée en 5 classes. Chaque classe, identifiée par une couleur, correspond à un comportement type de l'hivernage 1995 par rapport à la moyenne. En gris (classe 1), la saison 1995 ne diffère pas beaucoup de la moyenne. En jaune et en rouge (classes 2 et 3), la saison des pluies a démarré plus tard que la moyenne, mais s'est améliorée par la suite. Dans les zones en rouge, notamment, la présence des nuages et les pluies ont été particulièrement élevées. Ces zones correspondent ainsi aux régions ayant connu des inondations. Les classes 4 et 5 (bleu et vert) correspondent aux régions ayant connu globalement une bonne saison des pluies; la classe 4 (bleu) a connu un léger retard en démarrage d'hivernage, confirmé par des valeurs faibles de durée de présence des nuages en mai; la classe 5 (vert) présente des valeurs élevées en juillet et en août.


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