Tout le sujet est semé de difficultés à la fois politiques et techniques. Lun des obstacles politiques est souligné par le fait quune information de capture sous format électronique, délivrée presque en temps réel, est considérée par les pêcheurs, pour plusieurs raisons, comme hautement sensible. Une des raisons de cette sensibilité est limage que renvoie cette perspective du rapport de capture électronique, si attrayante pour les gestionnaires des pêches et les agents chargés du contrôle des pêches: leurs rapports seront soumis à un examen significativement plus minutieux.
Une autre raison, qui suscite davantage la compréhension des directeurs des pêches, est la crainte que les rapports de capture, spécialement lorsquils sont couplés avec des données sur leur localisation, constituent une information protégée par le secret commercial. Le pêcheur prétend quil détient le droit, en dernier ressort, dêtre assuré que ces renseignements ne vont pas échoir aux mains de ses concurrents.
Dun autre côté, des difficultés techniques existent, en premier lieu sur le plan international où aucun modèle de description dune capture nexiste à un degré de précision suffisant pour satisfaire les exigences des gestionnaires des pêches. Il existe bien sûr, des standards internationaux pour lidentification des espèces de poisson (les codes FAO en trois lettres qui sont basés sur le genre biologique et la nomenclature des espèces) et des engins de pêche (codes FAO de deux et trois lettres), mais les formats pour les informations complémentaires comme la taille du poisson, létat du produit, les méthodes de stockage, et même le poids sont souvent précisés selon des bases locales ou spécifiques.
La raison pour laquelle il existe une telle résistance à remplacer le traditionnel rapport de capture sous support papier, remis après la marée, par une méthode électronique livrant les informations presque en temps réel, cest que les avantages sont tous en faveur de lentité administrative qui reçoit les données. Dès lors que le pêcheur trouverait un avantage à participer à un schéma de rapport de capture sous support électronique, cette résistance serait plus susceptible de satténuer, voire de disparaître.
Une approche capable de changer cette équation serait ladoption dune norme sur un journal de bord électronique multifonctions. Il permettrait au capitaine du navire dentrer les données de capture systématiquement et de les stocker sur le disque de lordinateur connecté à son terminal de communications SSN. Pour être acceptable, ce journal de bord devrait être un logiciel facile à utiliser qui faciliterait la totalité du procédé denregistrement conservé à bord du navire, en formatant automatiquement les messages complexes inhérents aux rapports de capture. A partir du moment où un tel programme est parfaitement intégré dans les opérations routinières effectuées par le bord, toute la question de la transmission des rapports de capture en temps réel dans des zones lointaines, est simplifiée.
Après avoir entré chaque jour les données de capture dans lordinateur du bord, le capitaine du navire devrait ensuite être capable, en sélectionnant divers aspects dans les données brutes qui ont été intégrées, denvoyer à lavance les rapports des produits à la criée du port de débarquement envisagé pour leur mise en vente; au transformateur ou à lagent, pour leur proposer dacheter des produits ou pour confirmer le débarquement; à larmateur du navire. En plus de cette fonctionnalité, les données de captures seraient prêtes à être envoyées aux autorités en charge des pêches, selon un format standard de rapport de capture, et resteraient disponibles pour une interrogation du bord en cas de contrôle en mer ou au débarquement effectué par un service dinspection compétent.
Figure 11.1 Fonctionnement du journal de bord électronique

Si lon conçoit le journal de bord électronique comme un outil intégré, le concept de rapport de capture perd un peu de son acuité politique, pour autant que les pêcheurs professionnels soient concernés. Toutefois, afin de parvenir à cette réalisation, il est nécessaire de définir un ensemble de critères communs de saisie des données.
Dans larchitecture du SSN, il semble que les éléments suivants puissent remplir les conditions pour satisfaire à un système de rapport de capture électronique:
Tableau 11.1 Eléments du rapport de capture avec le journal de bord électronique
|
Elément |
Code |
Exemple |
Source |
Obligatoire |
|
Identité du navire |
|
Nom, numéro, indicatif dappel radio |
Comme pour le rapport de position |
X |
|
Captures |
CI |
Morue, hareng |
Code espèce FAO |
X |
|
Poids |
KG |
kilogrammes |
|
X ou |
|
Poids |
LB |
livres |
|
X ou |
|
Poids |
ST |
stone |
|
X |
|
Taille du poisson |
SZ |
sole 1 par 5 |
Standard local |
|
|
Engin de pêche |
GE |
Senne coulissante, chalut de fond, palangre |
Code alpha1 FAO |
X |
|
Zones de pêche |
FG |
VIIIbc ou latitude et longitude |
Code régional (ICES) ou grille FAO2 ou HddHddd |
X |
|
Conservation |
CM |
Frais, salé, glacé |
Liste à deux chiffres |
|
|
Conditionne-ment |
DM |
boîtes, vrac, filets de stockage |
Liste à deux chiffres |
|
|
Types de produits |
CN |
éviscéré, étêté, non étêté |
Liste à trois chiffres |
|
|
Qualité |
QX |
Extra, A, B |
Standard local |
|
1 Voir annexe 4
2 Voir annexe 5
Il apparaît quil nexiste aucune norme pour exprimer les champs non obligatoires, cest à dire les méthodes de conservation, de conditionnement, le type de produit, la taille ou la qualité du poisson, ceux ci étant exprimés principalement en fonction des usages locaux. La façon qui serait probablement la plus claire pour résoudre ce problème serait de créer des tableaux simples et dassigner à chaque élément une valeur numérique. Les tableaux suivants présentent des suggestions (non exhaustives) pour les méthodes de conservation, de conditionnement et les types de produits.
Tableau 11.2 Méthodes de conservation
|
Code |
Méthodes de conservation |
|
0 |
Non spécifié |
|
1 |
Frais/non mis en conserve |
|
2 |
Congelé |
|
3 |
Glacé |
|
4 |
Salé |
|
5 |
Eau de mer réfrigérée |
|
6 |
Traité au sucre |
|
7 |
Frais, ébouillanté dans de leau de mer |
|
8 |
Frais, ébouillanté dans de leau salée |
|
9 |
Séché |
|
10 |
Séché et salé |
|
11 |
Fumé |
|
12 |
Mariné |
|
13 |
Très salé |
Tableau 11.3 Méthodes de conditionnement
|
Code |
Méthodes de conditionnement |
|
1 |
Filets de stockage |
|
2 |
En vrac |
|
3 |
En cuve |
|
4 |
En boîtes/barils |
|
5 |
Emballé pour la consommation |
|
6 |
Enroulé |
Tableau 11.4 Méthodes de travail du poisson
|
Code |
Travail du poisson |
|
100 |
Vivant |
|
110 |
Entier/rond |
|
111 |
Rond, étêté |
|
210 |
Eviscéré, non étêté |
|
211 |
Eviscéré, étêté |
|
212 |
Eviscéré, sans tête, collet et arrêtes |
|
213 |
Eviscéré, sans tête et queue |
|
310 |
Ventre tranché |
|
320 |
En tranches |
|
340 |
Sans peau |
|
410 |
Découpé |
En raison de leur spécificité, il est possible de nattribuer quun simple numéro de code aux méthodes de conditionnement et de conservation. Néanmoins, en ce qui concerne les méthodes de travail du poisson, il existe des variations possibles à partir dun certain nombre de méthodes de base. Pour cette raison, un schéma de numérotation à trois chiffres permettant lutilisation de sous catégories est préférable.
Il existe trop de variables qui ne sont pas basées sur des prescriptions normalisées pour proposer un format condensé pour ce type de message. Pour cette raison, le meilleur angle dattaque serait une modification du format de message étendu élaboré dans la section 10.3. En raison des possibilités engendrées par les variables, et parce que de nombreux navires enregistreront plusieurs espèces dans un même rapport, les captures seront rapportées selon deux types de format possibles. Le premier format exprimera simplement les espèces et les quantités.
Le format ci-dessous utilisera un en-tête identique à celui du rapport de position, suivi par un champ pour les captures dans lequel les espèces sont suivies par leurs quantités correspondantes. Espèces et quantités alternent, chaque élément étant séparé par un espace jusquà épuisement. Leur succèdent lengin de pêche et la zone de pêche. Avec cette approche, un navire belge appelé Ostende qui a pris 512 kilogrammes de cabillaud, 86 de turbot et 1 153 de plie au moyen dun chalut à perche, dans la zone ICES VIId transmettrait le rapport informatique suivant à 11 heures 50 minutes, le 6 juin 1997:
//SR//TM/CAT//NA/OESTENDE//FS/BEL//TI/1150//DA/970606//CI/COD 512 TUB 86 PLA 1153//FG/VIID//GE/BT//ER
Un tel rapport serait normalement suffisant à des fins de gestion des pêcheries, mais manquerait de données précises sur la marée pour avoir un réel intérêt commercial. Le formatage dun message incluant des informations relatives aux méthodes de conservation, de conditionnement et de travail du poisson est, de façon inhérente, plus complexe. Le principe est que linformation spécifique à un élément de capture suit immédiatement cet élément de telle sorte que le format pour les espèces capturées est le suivant:
CI/espèce[espace]quantité//CN/code//CM/code//DM/code
Cette série se répète jusquà ce que la liste des espèces capturées ait été épuisée, puis elle est suivie par les zones de pêche et les engins. Dans ce contexte, un navire dont le numéro dimmatriculation international est le ZYZ16845, se trouvant à environ 66 degrés de latitude nord et 37 degrés de longitude ouest, qui transmet un rapport de capture de 462 kilogrammes de lieu noir, éviscéré, étêté, glacé, conditionné en boîtes, et 891 de sole, éviscéré, non étêté, frais, conditionné en boîtes, les deux espèces pêchées avec un chalut non spécifié, transmettrait le rapport informatique suivant:
//SR//TM//CAT//RC/ZYZ16845//TI/0325//DA/971108CI/SAI
462//CN/211//CM/3//DM/4//CI/SOL
891//CN/210/CM/1//DM/4//FG/N66W037//GE/TX//ER
Plusieurs points doivent être notés concernant ces rapports. Le premier est que leur formatage manuel à bord dun navire serait un procédé très peu fiable. Pour cette raison, ils doivent être conçus comme une sortie du logiciel du journal électronique. Le second point est que les rapports sont trop longs et comprennent trop de variables pour être traités avec seulement de petits paquets de données, comme le sont les rapports de position.
Ceci signifie que les coûts de transmission seront significativement plus élevés que ceux des rapports de position, mais peuvent être réduits en utilisant la compression des données. De plus, une fois que le format sera adopté et lordre des éléments formalisé, il ne restera quun dernier pas à faire pour le transformer en format condensé, où le coût des communications peut être minimisé. De plus, les rapports de capture sont transmis à une fréquence bien moindre que les rapports de position.