FAO/SMIAR: Rapport sur l'Afrique, Décembre 1998

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DEUXIÈME PARTIE : SITUATION PAR SOUS-RÉGION

En Afrique australe, les semis des cultures de la campagne principale ont commencé; seul le blé d’hiver irrigué est récolté en ce moment dans la sous-région. Dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Est, les cultures parviennent à maturité ou sont actuellement récoltées tandis qu’en Ethiopie et au Soudan, les moissons de la campagne principale ont déjà débuté. Dans les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest, les moissons sont en cours et la saison des pluies est terminée dans les pays du Sahel.

Calendrier des cultures céréalières

Sous-région Cultures céréalières
Semis Récolte
Afrique de l’Est 1/ mars-juin août-déc.
Afrique australe oct.-déc. avril-juin
Afrique de l’Ouest    
- Zones côtières (première campagne) mars-avril juillet-sept.
- Zone sahélienne juin-juillet oct.-nov.
Afrique centrale 1/ avril-juin aout-déc.

1/ Exception faite du Burundi, du Rwanda et de la République démocratique du Congo, qui ont deux campagnes principales et de la Tanzanie dont la campagne principale suit le calendrier des semis de l’Afrique australe. Au Soudan, c’est en juin-juillet que sont semées les céréales secondaires de base et la récolte s’effectue en octobre-décembre.

En Afrique de l’Est, les moissons des cultures céréalières de 1998 sont en cours dans les pays qui se situent au nord de la sous-région alors qu’elle est déjà terminée dans ceux du sud. Selon les prévisions, la production totale de 1998 pour la sous-région sera en nette progression par rapport au niveau réduit de l’année dernière. En dépit du commencement tardif de la saison des pluies dans certains pays, les précipitations abondantes et bien réparties qui sont tombées à partir de la mi-juillet ont en général été bénéfiques aux cultures en cours de croissance, malgré quelques inondations localisées et des pertes de récoltes. En Somalie, cependant, les cultures de la campagne principale "gu" de 1998 ont été considérablement réduites en raison du temps sec, de la diminution des surfaces cultivées et des infestations de ravageurs; le pays enregistre donc une mauvaise récolte céréalière pour la cinquième année consécutive. Les perspectives de récoltes des cultures secondaires "deyr" de 1998/99 s’annoncent peu encourageantes du fait du temps sec. En Tanzanie, la production vivrière de 1998 devrait être supérieure d’un tiers au niveau médiocre enregistré l’année dernière et être également supérieure à la moyenne. Les pluies abondantes qui sont tombées pendant la période de végétation ont encouragé les agriculteurs à cultiver de plus grandes superficies et permis d’augmenter les rendements. En Ouganda, la production des cultures vivrières de la première campagne de 1998 semble satisfaisante malgré des récoltes réduites par endroits. Au Rwanda et au Burundi, la production vivrière a nettement augmenté en 1998 par rapport à l’année dernière et a atteint les niveaux moyens enregistrés avant les troubles civils. Au Kenya, les cultures de maïs de "longue saison des pluies" devraient s’établir à 2,3 millions de tonnes, ce qui représente une reprise considérable par rapport au niveau réduit de l’année dernière. Si la production des cultures de "courte saison des pluies" au début de l’année prochaine est normale, la production totale de maïs devrait atteindre 2,8 millions de tonnes en 1998/99. En Ethiopie, les prévisions indiquent que la récolte des cultures céréalières et des cultures secondaires sera supérieure à la moyenne, soit un tiers de plus que l’année dernière, et qu’elle sera proche du niveau record de 1996. En Erythrée, la production céréalière devrait marquer une nette reprise par rapport à la récolte réduite des deux dernières années. Au Soudan, malgré les inondations graves qui se sont produites au centre et au nord du pays, la récolte des céréales secondaires s’annonce bonne dans l’ensemble.

Les besoins totaux d’importations céréalières de la sous-région sont estimés à 1,9 million de tonnes pour la campagne de commercialisation 1998/99. Les importations commerciales prévues devraient s’établir à 1,7 million tonnes et les besoins d’aide alimentaire à environ 0,2 million de tonnes. Les annonces d’aide alimentaire parvenues au SMIAR jusqu’à la fin novembre s’élèvent à 0,1 million de tonnes, dont 35 000 tonnes déjà livrées.

En Afrique australe, la campagne agricole de 1998/99 a commencé dans de meilleures conditions que l’année dernière. Des précipitations normales ou supérieures à la normale sont tombées en septembre et en octobre dans certaines parties de l’Angola, du Botswana, du Lesotho, de Madagascar, du Malawi, de l’Afrique du Sud, du Swaziland, de la Zambie et du Zimbabwe, ce qui a favorisé la préparation des sols et permis les semis précoces des cultures céréalières secondaires de 1998/99. Les prévisions météorologiques pour la saison s’annoncent bonnes dans la majeure partie de la sous-région. En Afrique du Sud, la production de blé irrigué de 1998, dont la moisson est en cours, devrait s’établir à 1,47 million de tonnes, soit 36 pour cent de moins que l’année dernière, ce volume étant également inférieur à la moyenne. Cette baisse provient de la forte diminution des superficies cultivées, le prix du blé étant peu élevé tant sur le marché international que national. En revanche, en Zambie et au Zimbabwe, la production devrait être supérieure à la moyenne puisque, selon les estimations, elle devrait atteindre 71 000 et 250 000 tonnes respectivement.

Selon les dernières estimations, la production céréalière totale de 1998 devrait être de 19 millions de tonnes, ce qui représente une diminution de 15 pour cent par rapport à l’année dernière et un volume inférieur à la moyenne, en raison principalement de la réduction des superficies ensemencées et des mauvaises conditions météorologiques qui ont affecté plusieurs pays. En Angola, en dépit d’une meilleure production, la situation des approvisionnements alimentaires devrait être difficile dans les mois à venir et, compte tenu de l’insécurité qui y règne, de vastes régions auront besoin d’une aide alimentaire. Au Lesotho, en Namibie et en Zambie, où la production céréalière a enregistré un net recul en 1998, la situation des approvisionnements alimentaires devrait être difficile jusqu’à la prochaine récolte qui aura lieu en avril/mai 1999. D’autres pays de la sous-région, notamment le Botswana, Madagascar, le Malawi, le Mozambique et le Swaziland connaîtront des pénuries céréalières qui, selon les prévisions, seront essentiellement couvertes par des importations commerciales; ces pays auront besoin d’une aide alimentaire limitée. Compte tenu de l’importance des stocks de report, il est peu probable que la forte diminution de la production de maïs en Afrique du Sud limite sérieusement la capacité du pays à exporter cette céréale aux pays à déficit vivrier de la sous-région.

En Afrique de l’Ouest, plusieurs missions conjointes FAO/CILSS d’évaluation des récoltes se sont rendues en octobre/novembre dans huit des neufs pays membres du CILSS pour évaluer la campagne agricole de 1998 et les estimations préliminaires de la production céréalière fournies par les services nationaux de statistiques agricoles. En raison du conflit qui se déroule en ce moment en Guinée-Bissau, aucune mission ne s’est rendue dans le pays.

Les missions ont conclu que la production céréalière totale de 1998 dans les neufs pays membres du CILSS atteindront le niveau record de 10,6 millions de tonnes, soit 31 pour cent de plus qu’en 1997 et environ 17 pour cent de plus que la moyenne des cinq dernières années. On attend des récoltes record au Mali, au Niger et au Tchad. La production devrait être supérieure à la moyenne en Gambie, moyenne au Burkina Faso et au Sénégal, et inférieure à la moyenne au Cap-Vert et en Mauritanie. En Guinée-Bissau, la production céréalière devrait s’établir à 120 000 tonnes, ce qui est nettement inférieur à la moyenne, du fait principalement des conflits intérieurs qui sévissent dans le pays. La production est également très réduite au Cap-Vert, en raison d’une longue vague de sécheresse en octobre. Ces estimations sont préliminaires puisque les enquêtes réalisées à l’échelon national se sont en général déroulées avant la fin des récoltes et comportent des prévisions sur les cultures de décrue et de contre-saison qui n’ont pas encore été semées. Elles devront donc sans doute être revues dans les mois à venir ; cependant, il est peu probable que change de manière significative la tendance générale d’une production moyenne ou supérieure à la moyenne dans les principaux pays producteurs.

Dans les pays riverains du golfe de Guinée, les récoltes s’annoncent bonnes dans l’ensemble au Bénin, au Nigéria et au Togo. En revanche, les perspectives sont défavorables en Côte d’Ivoire et au Ghana. En dépit d’une certaine amélioration de la production vivrière, le Libéria et la Sierra Leone demeurent fortement tributaires de l’aide alimentaire internationale pour couvrir leurs besoins.

Après d'assez bonnes récoltes, la situation des approvisionnements alimentaires devrait être stable durant la campagne de commercialisation 1998/99, sauf en Guinée-Bissau, au Libéria et en Sierra Leone. Au Cap-Vert, où la récolte a été très réduite, la situation ne devrait pas être critique, compte tenu du volume prévu des importations céréalières commerciales et de l’aide alimentaire. Dans certaines régions du Burkina Faso, de la Mauritanie, du centre et du nord du Sénégal et du sud du Tchad, une partie de la population locale risque de souffrir de pénuries alimentaires du fait des médiocres récoltes engrangées ou des inondations; elle bénéficiera sans doute d’une aide alimentaire. Ailleurs, les agriculteurs ont pu reconstituer leurs stocks grâce à des récoltes moyennes ou exceptionnelles. Compte tenu du prix moins élevé des céréales sur les marchés locaux cette année, les stocks alimentaires nationaux de sécurité pourront être plus facilement reconstitués. Les déficits localisés pourront être couverts par des transferts provenant de régions à excédent vivrier. En outre, certains pays, notamment le Mali et le Niger, disposeront d’excédents exportables.

Il sera encore nécessaire d’importer du blé et du riz ainsi que des céréales secondaires, mais en quantité limitée. Il est fortement recommandé aux donateurs d’acheter les céréales secondaires sur les marchés locaux pour couvrir les programmes d’aide alimentaire en cours ainsi que les opérations triangulaires.

On estime que les besoins totaux d’importations céréalières pour les neuf pays du Sahel s’établiront à 2,2 millions de tonnes pour l’année de commercialisation 1998/99 (novembre/octobre) et les besoins d’aide alimentaire prévus (blé et riz surtout) seront de l’ordre de 0,3 million de tonnes.

Dans les pays côtiers dont l’année de commercialisation s’étend de janvier à décembre, les besoins totaux d’importations céréalières sont estimés à 3,5 millions de tonnes. Les importations commerciales prévues devraient s’établir à 3,2 millions de tonnes et les besoins d’aide alimentaire à 0,3 million de tonnes. Les annonces d’aide alimentaire parvenues au SMIAR jusqu’à la fin novembre 1998 s’élèvent à 277 000 tonnes, dont 223 000 ont déjà été livrées.

En Afrique centrale, les récoltes s’annoncent bonnes en République centrafricaine mais les perspectives sont défavorables dans le nord du Cameroun. Les troubles civils qui ont éclaté dans la République démocratique du Congo début août perturbent les activités agricoles et commerciales dans l’est du pays où l’on signale une intensification des déplacements de population.

Dans les pays de la sous-région dont la campagne de commercialisation s’étend de janvier à décembre, les besoins d’importations céréalières de 1998 sont estimés à 750 000 tonnes et les besoins d’aide alimentaire à 60 000 tonnes. Les annonces d’aide alimentaire parvenues au SMIAR jusqu’à la fin novembre 1998 s’élèvent à 15 000 tonnes, dont 4 000 ont déjà été livrées.

Afrique subsaharienne: Besoins d'aide alimentaire et d'importations de céréales par sous-région (en milliers de tonnes)


Sous-région

1997/98 ou 1998

Production 1997

Besoins
d'importations
de céréales

Importations
commerciales
prévues

Aide alimentaire

Besoins

dont: besoins
non couverts

Afrique orientale

21 108
4 560
3 312
1 248
148

Afrique australe

21 604
3 643
3 019
624
252

Afrique occidentale

33 910
5 731
5 043
688
278

- Pays côtiers

26 195
3 474
3 165
309
60

- Pays du Sahel

7 715
2 257
1 878
379
218

Afrique centrale

2 913
751
691
60
49

TOTAL

79 535
14 685
12 065
2 620
728


Note: Totaux calculés à partir de chiffres non arrondis.

 

SITUATION ACRIDIENNE

Criquets pèlerins

En Afrique occidentale, bien que des pluies satisfaisantes soient tombées dans les zones de reproduction traditionnelles des criquets pèlerins dans le Sahel, seule une ponte peu importante et limitée a eu lieu dans le sud de la Mauritanie. A la fin de l’été, des rapports non confirmés ont signalé une légère augmentation de l'activité acridienne dans le nord du Mali où des nomades ont vu quelques bandes et quelques essaims. Des traitements, de faible ampleur, ont été alors effectués. Les pays voisins n'ont fait état d'aucune invasion, ce qui laisse à penser que ces populations ne représentent pas une sérieuse menace.

Au Soudan, des pontes plus importantes que celles initialement détectées semblent avoir eu lieu en septembre et en octobre. Des traitements contre les sauteriaux et les ailés ont été effectués. Quelques essaims ont été aperçus et de petites bandes larvaires ont été signalées par endroits à la fin du mois. Celles-ci pourraient former de petits essaims qui se déplaceraient vers les plaines côtières de la Mer rouge et se joindraient aux ailés qui devraient déjà s’y trouver. Il est possible que des ailés épars soient présents sur la côte sud de l’Erythrée. En raison des pontes qui auront lieu dans les mois à venir, le nombre de criquets pèlerins devrait progressivement augmenter le long des plaines côtières qui s’étendent du sud de l’Egypte à l’Erythrée. Les conditions sont déjà propices dans certaines régions. Des ailés en phase solitaire ont été aperçus dans le nord de la Somalie.

Criquets migrateurs africains

Au cours du second semestre de 1997, des infestations de criquets migrateurs africains ont été signalées au Tchad, dans la région des fleuves Logone et Chari qui longent la frontière du Cameroun, ainsi que dans la région de Guélendeng, où elles ont provoqué des dégâts aux cultures non irriguées et aux cultures de décrue. En 1998, bien que l'on ait indiqué la présence de quelques ailés en phase solitaire dans le sud du Tchad, aucune infestation importante n'a été signalée.

Sauteriaux

Plusieurs pays du Sahel, notamment le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Gambie, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad, ont été victimes d'infestations localisées de sauteriaux. Des traitements intensifs ont été effectués au Niger et au Sénégal. Ailleurs, en raison de l'abondance de la végétation naturelle, les sauteriaux ne se sont pas beaucoup attaqués aux cultures.

Autres ravageurs

Des attaques d’insectes divers, notamment de cantharides et de chenilles processionnaires, ont également été signalées dans l’est du Burkina Faso, en Gambie, en Mauritanie, au Niger et au Tchad,. On a fait par ailleurs état de la présence d’oiseaux granivores dans les zones productrices de riz du Mali ainsi qu’au Burkina Faso, en Mauritanie, au Sénégal et au Tchad.


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