Au cours des dernières années, l'état de santé du bétail en Afrique de l'Est a considérablement varié, en fonction de la variation des conditions météorologiques et du mouvement des troupeaux et des nomades qui en a résulté.
Il y a encore quatre ans, on pensait que la peste bovine était circonscrite au sud du Soudan et aux zones pastorales attenantes en Ouganda, au Kenya et en Ethiopie (l'axe Sud Soudan), ainsi qu'à la région des Afars au nord-est de l'Ethiopie. Le bétail, provenant de l'axe Sud Soudan, était conduit jusqu'aux abattoirs périurbains situés à proximité de Nairobi et lon considérait que cette source d'infection représentait le danger le plus grand pour le reste du Kenya et pour les pays situés au sud de celui-ci.
Entre 1992 et 1997, certaines zones de la Somalie, de l'est du Kenya et du nord de la Tanzanie ont subi des périodes de sécheresse, la plus grave ayant eu lieu en 1996/97. A la fin de 1994/95, on découvrit que des animaux sauvages de la Réserve nationale de Tsavo, au Kenya, étaient atteints de peste bovine et des enquêtes montrèrent que le virus responsable provenait de la région frontalière entre le Kenya et la Somalie. Le problème de cette épidémie provenait du fait que le virus, "à profil bas ", ne provoquait quune maladie bénigne chez le bétail, rendant le dépistage particulièrement difficile. On décela le virus en octobre 1996, parmi les animaux sauvages de la Réserve nationale de Nairobi, puis en décembre, dans le bétail se trouvant dans la zone frontalière entre le Kenya et la Tanzanie.
Comme cela arrive souvent, la sécheresse intensifia les déplacements des éleveurs Massaï entre le Kenya et la Tanzanie, à la recherche de pâturages pour leurs troupeaux. Dans le même temps, linteraction entre le bétail et la faune sauvage augmenta : cest ainsi quen raison des conditions de sécheresse, les Services de la faune et de la flore sauvages du Kenya furent amenés à autoriser le bétail à pâturer dans certaines parties de la Réserve nationale de Nairobi. Ensemble, ces facteurs contribuèrent à accélérer et à faciliter la propagation de la peste bovine vers le nord de la Tanzanie en janvier 1997. Le taux élevé de mortalité dû à la sécheresse occulta l'existence de la peste bovine.
Divers projets ont alors été lancés pour faire face à l'urgence et la FAO/EMPRES, lOUA, LUE et les gouvernements du Kenya et de la Tanzanie ont travaillé en très étroite collaboration. Bien que le financement des projets ait été attribué, pays par pays, il fut décidé que l'intervention serait de nature transfrontière et que toutes les opérations seraient intimement intégrées. Les projets seraient axés sur la peste bovine et seraient limités dans le temps.
On entreprit, de manière coordonnée, une campagne de vaccination généralisée, combinée à une campagne d'information sur la maladie, de contrôle, de sérosurveillance, et d'amélioration des méthodes de diagnostic en laboratoire, grâce aux ressources considérables fournies par les gouvernements du Kenya et de la Tanzanie, le PARC, l'UE, le PNUD et la FAO. Au cours des opérations, on a fait appel à des experts en faune sauvage qui aidèrent à dépister la peste bovine chez les animaux sauvages (koudous, élans et buffles), plus gravement touchés que le bétail. Afin de coordonner les efforts de surveillance et de contrôle, des réunions conjointes d'experts vétérinaires et d'experts en faune sauvage provenant du Kenya et de la Tanzanie ont été organisées avec laide de la FAO/EMPRES, de lOUA et de l'UE. Les efforts concertés des deux gouvernements ont empêché que la peste bovine ne s'étende au parc national du Serengeti en Tanzanie.
En octobre 1997, le Bulletin des maladies transfrontières des animaux publié par EMPRES notait que "l'épidémie potentiellement dangereuse de peste bovine qui s'était déclarée en Afrique de l'Est début 1997 a été enrayée grâce à l'intervention d'urgence menée conjointement aux niveaux national et international."
Cest ainsi que la Tanzanie a adopté la procédure OIE déradication de la peste bovine et a déclaré être temporairement libérée du fléau; le sud du Kenya fera bientôt de même, par des zones déterminées.
Fin 1997, on assista à un changement radical des conditions météorologiques et des précipitations anormalement intenses tombèrent dans tous les pays de Afrique de l'Est. Les régions pastorales du sud de la Somalie, de l'est du Kenya et du nord de la Tanzanie ont été particulièrement touchées. L'humidité excessive a transformé totalement la physionomie des maladies affectant le bétail puisque celles-ci n'étaient plus liées à la sécheresse mais aux inondations.
En décembre 1997, on enregistra des décès parmi la population de la province nord-est du Kenya et dans le sud de la Somalie sans qu'aucune explication ne puisse être avancée. Des enquêtes ont confirmé que ces décès étaient dus à un syndrome hémorragique (c'est-à-dire à une fièvre accompagnée d'un saignement gastro-intestinal ou d'un saignement des muqueuses) et on a découvert que certains malades étaient gravement atteints du virus de la fièvre de la Vallée du Rift (FVR). Des cas de FVR ont été décelés parmi la population des provinces nord-est, centre, est et dans celle de la Vallée du Rift au Kenya ainsi que dans les provinces de Gedo, de Hiran et du Shabelle inférieur en Somalie. Des pertes de bétail allant jusqu'à 70 pour cent dans le cas des troupeaux ovins et caprins, et de 20-30 pour cent dans celui des troupeaux de bovins et de chameaux, ont été enregistrées. Des enquêtes ont également confirmé que des bovins étaient atteints de la FVR dans la Corne de l'Afrique. Il faut cependant noter que diverses autres infections ont également contribué au taux de mortalité élevé du bétail - parmi lesquelles la pneumonie commune (nonspécific), la pasteurellose, la péripneumonie caprine contagieuse, léchtyma contagieux, la fièvre catarrhale du mouton, et les complications de la gale et du piétin commun (nonspécific). Au Kenya seulement, plus de 700 000 ovins et caprins ont probablement péri. En Tanzanie, on signale que 50 percent des agneaux et des chevreaux ont péri dans les régions affectées. La fièvre de la Vallée du Rift a également provoqué des avortements parmi les troupeaux de bovins et de chameaux.
L'activité virale a repris de l'importance, des maladies de nature similaire faisant leur apparition simultanément dans diverses régions. La fièvre de la Vallée du Rift est transmise par les moustiques et l'on pense que le virus survit, entre épidémies, chez les moustiques Aedes spp. Lactivité du virus augmente en fonction de laugmentation du volume des eaux de surface et du nombre de vecteurs disponibles.
La FVR n'a peut-être été responsable que dune faible part des pertes totales de bétail, mais l'existence de la maladie a déclenché une mesure d'interdiction commerciale. Cette mesure a touché plus particulièrement la Somalie. Ce pays est en effet l'un des principaux exportateurs de bétail vers l'Arabie saoudite et lélevage assure l'essentiel de ses recettes en devises. L'Arabie saoudite, craignant les répercussions éventuelles de la fièvre de la Vallée du Rift sur la population, a interdit toute importation de bétail en provenance de la Somalie.
Une évaluation des risques de la FAO/EMPRES montra qu'à partir de mars 1998, les importations de bétail ne risquaient pour ainsi dire plus de transmettre la FVR à l'Arabie saoudite et que les risques étaient revenus aux niveaux antérieurs à novembre 1997. La Corne de lAfrique est donc à nouveau en mesure de reprendre ses exportations.
Le cas de la Corne de lAfrique est un exemple classique des maladies transfrontières des animaux qui se traduisent directement par des répercussions micro et macro économiques, notamment au niveau des revenus et des recettes d'exportation. La menace de la peste bovine et de la fièvre de la Vallée du Rift a quelque peu diminué mais la situation actuelle en Afrique de l'Est est toujours loin d'être satisfaisante. Les problèmes et les risques suivants demandent que lon y prête attention.
L'axe Sud Soudan n'est toujours pas exempt de peste bovine et l'on pense que la maladie persiste également par endroits dans le sud de la Somalie et sans doute dans la zone attenante, au nord-est du Kenya. Elle constitue en outre une menace pour les pays situés plus au sud. La Peste de Petits Ruminants (PPR) existe au Soudan, en Ethiopie et en Somalie et le virus a peut-être atteint les régions du nord de l'Ouganda et du Kenya. Selon une enquête sérologique effectuée récemment au nord de la Tanzanie, le PPR ne touche pas encore le pays. La péripneumonie caprine contagieuse est présente dans toute la région et des rapports confirment qu'elle s'est propagée en Tanzanie. La péripneumonie bovine contagieuse est constamment présente dans tous les pays de la région et la fièvre aphteuse ne fait l'objet d'aucun contrôle dans de nombreuses zones de la région.
Certains problèmes de la région proviennent du fait que les services vétérinaires nationaux sont mal structurés et n'ont pas suffisamment de ressources. Un certain nombre de domaines critiques exigent quon y prête attention:
Les zones pastorales du Kenya et de la Somalie ont besoin d'approches novatrices en matière de maîtrise et de contrôle des maladies. En raison de l'instabilité qui y règne, la Somalie requiert une attention particulière en ce moment. Les initiatives des ONG - nombreuses à avoir recours à des agents de la santé animale travaillant comme volontaires dans les communautés - doivent recevoir un soutien supplémentaire. Le bétail doit être plus régulièrement surveillé afin d'indiquer l'absence (ou le faible risque) d'infections transfrontières notables, ce qui permettra d'instaurer plus de confiance dans ces pays, en tant qu'exportateurs de bétail. Des organisations régionales pourraient contribuer à la mise en uvre de ces contrôles.
En Tanzanie, une surveillance ciblée de la peste bovine s'est avérée fructueuse; en revanche, une surveillance générale des maladies du bétail se révèle beaucoup moins efficace. Le service vétérinaire national a un besoin urgent de ressources supplémentaires ainsi que d'une restructuration afin davertir rapidement et directement les services centraux de toute maladie dépistée dans les villages, et de faire face aux épidémies avec rapidité et efficacité.
Une réglementation appropriée doit être adoptée dans les pays de l'Afrique de l'Est, afin de recourir plus largement aux agents de santé animale dans les communautés. Ces agents, qui recevront une formation spécifique, devront eux-mêmes être supervisés par des vétérinaires confirmés.
La récente épidémie de peste bovine en Afrique de l'Est montre l'importance des systèmes de surveillance et dalerte rapide transfrontières. Ces systèmes doivent être mieux utilisés et étendus à l'ensemble de la région, sous légide d'organisations régionales compétentes, telle que l'OUA/IBAR.