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ELABORATION D'UNE STRATEGIE DE CONSERVATION DU SANTAL AU VANUATU

par

Sam Channel1 et Lex Thomson2

INTRODUCTION

Au Vanuatu, et en fait dans la majorité des pays du Pacifique Sud, de nombreuses essences forestières sont menacées d'extinction soit au niveau de l'espèce soit au niveau de la population. Avec des ressources assez limitées, le Département des forêts du Vanuatu tente de conserver la diversité génétique des essences forestières indigènes utiles. Cette diversité est nécessaire pour aider les arbres à s'adapter aux changements de l'environnement et pour la sélection et l'amélioration tant par les agriculteurs que par les industries. On reconnaît maintenant que le maintien des ressources génétiques, en particulier des forêts et des arbres, a une importance décisive pour le développement durable dans la région du Pacifique Sud.

Comme première étape pour la conservation des ressources génétiques forestières, le Service de conservation des forêts du Département des forêts a élaboré des projets de stratégies de conservation pour quatre espèces d'arbres prioritaires au Vanuatu, le santal (Santalum austrocaledonicum), l'arbre à bois blanc (Endospermum medullosum), le kauri du Pacifique (Agathis macrophylla) et le kauri Santo (Agathis silbae). L'élaboration de ces stratégies a bénéficié d'apports de tout le Département, et de l'aide du projet SPRIG financé par Aus-AID (Initiative régionale océanienne sur les ressources génétiques forestières) avec une importante contribution de Helen Corrigan. Un pas important dans ce processus a été la consultation avec les principaux intéressés, y compris des communautés villageoises, des industries et des ONG.

Les stratégies de conservation sont très complètes et comprennent des informations détaillées pertinentes sur l'espèce, y compris la biologie, la répartition, l'utilisation, les menaces et les mesures de conservation recommandées. Chaque stratégie vise à conserver et à mieux gérer et utiliser les ressources génétiques des espèces respectives. Le présent résumé se concentre sur le projet de stratégie pour le santal donnant à titre d'exemple les types de recommandations formulées dans les stratégies de conservation concernant cette espèce.

STRATEGIE POUR LA CONSERVATION, LA GESTION ET UNE MEILLEURE UTILISATION DES RESSOURCES GENETIQUES DU SANTAL AU VANUATU


Figure 1. Santalum austrocaledonicum



L'espèce

Santalum austrocaledonicum est un arbuste ou un petit arbre de 5 à 12 m de haut, à fût court. Il a en général une tige courbée, formant des fourches vers le bas, et a de jeunes branches pendantes.

Deux espèces de santal sont depuis toujours la principale source de revenu des populations du Pacifique Sud. Il s'agit de Santalum austrocaledonicum en Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu et de S. yasi à Fidji et aux Tonga.

S. austrocaledonicum est présent dans les archipels des îles de Nouvelle-Calédonie et Vanuatu. En Nouvelle-Calédonie, S. austrocaledonicum est très présent dans l'île des Pins et les îles Loyauté près de Nouméa et au nord de l'île principale. Sur l'île principale, Grande Terre, il est présent dans quelques zones restreintes, dont Nouméa, Païta, Nepoui, Thiebaghi, Poum, Belep, la Plaine des Lacs et l'Ile de la Reine.

Au Vanuatu, l'aire de répartition naturelle du santal est vaste et discontinue. Les peuplements de l'espèce dans les archipels sont situés au nord-ouest, à l'ouest et au sud-ouest d'Erromango et sur la côte ouest d'Espiritu Santo (voir carte 1); on le trouve également à Tanna, Aniwa, Futuna, Malekula, Efate et Aneityum. L'espèce a presque disparu à Efate et à Aneityum suite à la surexploitation.

Le santal présent au Vanuatu, Santalum austrocaledonicum, produit un bois de coeur très parfumé, fort prisé pour la sculpture et pour son huile aromatique précieuse. L'huile est très appréciée du fait de sa composition uniforme et de son parfum doux, chaux/épicé et durable. Il sert à la fabrication de savons et parfums et à des fins médicinales. Ce sont les prix élevés pratiqués dans les ports orientaux au début du XIXe siècle qui ont poussé des nuées d'aventuriers à la recherche du bois et lancé le "commerce du bois de santal". Aujourd'hui, la demande de bois de santal pour l'exportation est encore importante et il reste une marchandise de valeur. En 1998, les droits de coupe versés aux villageois ont atteint au total 31,6 millions de Vatu (approximativement 250 000 dollars E.-U.), ce qui fait de ce bois une source importante de revenu rural dans les zones où on le trouve encore.

La principale menace au santal au Vanuatu vient de la récolte non durable et non contrôlée. D'autres menaces comprennent les dommages à la régénération par du bétail sauvage et le défrichage pour le développement agricole. Le tableau 1 montre la situation et les menaces aux populations individuelles présentes au Vanuatu. Comme on peut le voir, l'espèce est menacée au niveau des populations dans la grande partie de son aire naturelle.

La question de la gestion et du contrôle du commerce et de l'exportation du bois de santal au Vanuatu est abordée dans le Décret Nº 3 de la Loi nationale sur les forêts (le Décret sur le bois de santal). Celle-ci décrit les exigences pour l'obtention de licences, les conditions, les tarifs, etc. relatifs au commerce du bois de santal et confère au Ministre le pouvoir de déclarer une campagne commerciale du bois de santal après avoir consulté le responsable des forêts, en spécifiant la période pendant laquelle le bois peut être commercialisé et coupé. De 1987 à 1991 un moratoire a été imposé par le Ministre sur la récolte du santal.

Tableau 1: Menaces aux ressources génétiques du santal au Vanuatu

EMPLACEMENT
Principale groupe d'îles ou île
Menacé au niveau des populationsPopulations et situation
Côte occidentale de SantoOuiDe Wunpuku à Tasmate et autour du cap Nahoi (Cumberland) à Hokua, peut-être jusqu'à Presena. Limité aux zones sèches de la péninsule. Les arbres qui restent sont pour la plupart inaccessibles, à de grandes distances des villages.
MalakulaOuiRécif de Dixon - Présent uniquement dans la zone du Récif de Dixon sur la côte ouest de Malakula. Aurait été exploité presque jusqu'à l'extinction.
EfateOuiCôte occidentale - à Siviri, derrière Port Havannah et Magaliliu dans le nord-ouest. La population relique est immature et la récolte est actuellement interdite.
ErromangoOuiNord-ouest et sud-ouest - Populations clairsemées en abondance dans le nord, bien qu'endommagées par le bétail sauvage. Les populations se trouvant plus au sud de l'aire à Erromango ne souffrent pas de la présence du bétail et se régénèrent bien. Il y a aussi de nombreuses plantations de santal dans le sud de l'île.
AniwaOuiAniwa - Les arbres seraient nombreux dans des populations clairsemées. Bien que la qualité du bois de santal d'Aniwa ne soit pas bonne, il était interdit de récolter ce bois dans l'île en 1999.
TannaOuiTanna - les arbres y seraient nombreux dans des populations clairsemées.
FutunaOuiFutuna - Signalé à Futuna. Probablement rare dans des populations clairsemées. On n'a jamais eu connaissance de récolte de santal à Futuna.
AneityumOuiAneityum - L'espèce est largement épuisée à Aneityum suite à la surexploitation au cours du siècle dernier. Serait rare dans des populations clairsemées.


Recommendations

Il est démontré qu'il est nécessaire à la fois de conserver et de mieux utiliser les ressources génétiques du santal au Vanuatu. En conséquence, huit recommandations ont été formulées dans la stratégie de conservation du santal au Vanuatu. Les recommandations 1, 2 et 5 sont des activités prioritaires pour une mise en oeuvre rapide par le Département des forêts à l'aide des ressources humaines et financières disponibles. Les autres recommandations exigeront des ressources supplémentaires.

Recommendation 1:

Etoffer les programmes départementaux pour le reboisement avec du santal, en incluant la désignation d'un fonctionnaire chargé de la vulgarisation en matière de santal. Les programmes devraient comprendre l'éducation et la sensibilisation du public et la production et la distribution d'informations techniques pertinentes et de plants de bonne qualité. Les activités de reboisement seront concentrées dans les zones où le santal pousse spontanément et seul du matériel génétique local devra être utilisé.

Recommendation 2:

Continuer de promouvoir et de renforcer le décret départemental sur le bois de santal et les restrictions annuelles sur les limites de la taille des coupes et les interdictions de coupe pour certaines îles.

Recommendation 3:

Susciter et soutenir la participation des populations locales à l'établissement de peuplements de conservation génétique et de peuplements semenciers de santal.

Recommendation 4:

Entreprendre une recherche sur le santal nécessaire pour l'élaboration d'une stratégie de conservation et de gestion scientifiquement rationnelle, en particulier:

Recommendation 5:

Travailler avec la Nouvelle-Calédonie pour conserver les ressources génétiques de Santalum austrocaledonicum. Les activités menées en coopération devraient inclure:

Pour conserver les ressources génétiques des espèces ayant une grande importance économique, telles que S. austrocaledonicum, il faut impérativement faire en sorte que l'espèce soit correctement conservée dans toute son aire naturelle. L'aire naturelle de S. austrocaledonicum s'étend jusqu'à la Nouvelle-Calédonie, où trois variétés ont été décrites. En outre, on sait qu'il existe en Nouvelle-Calédonie des provenances utiles pour cette espèce et il est souhaitable qu'elles soient également conservées. Il y a de bonnes possibilités de collaborer avec la Nouvelle-Calédonie pour la conservation des ressources génétiques du santal, et d'échanger des informations et du matériel génétique dans l'intérêt commun des deux pays/territoires.

Recommendation 6:

Entreprendre un inventaire du santal au Vanuatu, y compris des arbres plantés.

Cet inventaire aidera à fixer des limites de récolte appropriées pour chaque île sur laquelle le santal est présent et à utiliser ce bois d'une manière rationnelle et durable au Vanuatu. Cette approche suppose que les propriétaires fonciers subdivisent leurs terres en zones de peuplements d'arbres de santal denses, moyens et clairsemés. Une autre catégorie pourrait être constituée par des zones inaccessibles et éloignées dans lesquelles l'extraction du santal serait peu réaliste. Une évaluation sur le terrain en utilisant un échantillon rapide en bandes étroites dans des zones représentatives, pourrait servir ensuite à quantifier la ressource.

Recommendation 7:

Le Département des forêts devrait travailler avec les communautés et les propriétaires fonciers coutumiers pour établir des aires de conservation du santal aménagées pour chaque grande population ou île où cette essence est présente. Les premières zones visées seraient Ponivé et Tamsal sur l'île d'Erromango et le récif de Dixon à Malakula.

Recommendation 8:

Travailler avec les propriétaires fonciers pour encourager la conservation de populations/peuplements de santal plus petits sur chaque île qui sont virtuellement de bonnes sources de semences.

CONCLUSION

L'élaboration d'une stratégie de conservation du santal au Vanuatu s'inscrit dans une série d'initiatives concernant cette essence venant de démarrer ou en cours aux niveaux national/territorial ou régional dans le Pacifique Sud. En Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, on prépare actuellement des avant-projets pour le santal.

Diverses initiatives ont été examinées par les responsables des services forestiers ou leurs représentants durant le Séminaire sous-régional océanien sur les ressources génétiques des forêts et des arbres, qui s'est tenu à Apia (Samoa) du 12 au 16 avril 19993. Il est ressorti que Santalum figure parmi les genres prioritaires en Mélanésie, en Polynésie et à Hawaï et qu'il existe des possibilités de mener des activités coordonnées.

REFERENCES

Naupa, S.; Corrigan, H.; Likiafu, R.; Sam, C.; Thomson, L. 1999. A Strategy for conserving, managing and better utilizing the genetic resources of Santalum austrocaledonicum in Vanuatu. DRAFT Department of Forests, Vanuatu.


  1. Service de conservation des forêts, Département des forêts, Vanuatu
  2. Coordinateur, Projet SPRIG, Division des forêts et des produits forestiers de la CSIRO, Australie
  3. Pour plus d'informations sur le séminaire, voir l'article "Séminaire sous-régional océanien sur les ressources génétiques des forêts et des arbres" page 11.

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