Le secteur agricole est de loin le plus gros consommateur d'eau au niveau mondial, avec environ 70 pour cent des prélèvements et 90 pour cent de la consommation. Dans plusieurs pays en développement, l'irrigation représente jusqu'à 95 pour cent de l'ensemble de la consommation d'eau et occupe une place prépondérante dans la production et la sécurité alimentaires. Pour la plupart de ces pays, les futures stratégies de développement agricole dépendent de la capacité à maintenir, améliorer et développer l'agriculture irriguée. Dans le même temps, la pression croissante qu'exerce l'agriculture sur les ressources en eau met ce secteur en concurrence avec d'autres secteurs utilisateurs d'eau et représente une menace pour l'environnement dans un nombre croissant de régions.
Profitant du développement des technologies de la communication et d'une abondance croissante d'ensembles de données, la communauté internationale a, au cours des dix dernières années, déployé des efforts considérables pour évaluer les différents éléments du bilan hydrique et prédire les besoins en eau actuels et futurs des différents secteurs. Malgré cela, de grandes incertitudes demeurent concernant l'étendue et la distribution des terres irriguées dans le monde ainsi que l'utilisation des eaux agricoles, d'où la difficulté d'assurer un suivi approprié du secteur de l'irrigation. Pour alimenter les futures études mondiales sur l'eau et l'agriculture, il faut impérativement mettre en place une couverture des superficies irriguées de haute qualité à l'échelle mondiale.
La première version de la «Carte numérique mondiale des superficies irriguées» a été publiée sous la forme d'une carte raster avec une résolution de 0.5° x 0.5°. Pour toutes les terres émergées du globe (sauf l'Antarctique), l'ensemble de données fournit la densité de l'irrigation aux alentours de 1995, c'est-à-dire le pourcentage, pour chaque cellule de 0.5° x 0.5°, de la superficie équipée pour l'irrigation. La superficie réellement irriguée en 1995 était plus réduite mais inconnue pour la plupart des pays. Dans les sections suivantes, les superficies équipées pour l'irrigation seront appelées «superficies irriguées». La méthodologie employée pour établir cette première version de la carte est décrite en détail dans Döll et Siebert (1999), et dans un article rédigé par ces mêmes auteurs publié dans ICID-journal 2000, vol. 49 no. 2.. Dans cette section nous ne proposons qu'un bref résumé.
La production de la carte numérique passe par plusieurs étapes, selon le type de données disponibles pour le pays examiné. Tout d'abord, la localisation des superficies équipées pour l'irrigation a été établie pour chaque pays, principalement en numérisant des cartes d'irrigation. Ensuite, la densité de l'irrigation a été modélisée sur une carte raster de 5' en s'appuyant sur l'information relative à la superficie totale équipée pour l'irrigation par unité spatiale (un pays par exemple). Enfin, l'information a été agrégée sur une carte raster de 0.5°. Au cours de ce processus, on peut distinguer plusieurs étapes majeures:
Depuis la publication de sa première version, la «Carte numérique mondiale des superficies irriguées» a fait l'objet de nombreuses améliorations. En 2001, Siebert et Döll publiaient la "Carte mondiale des superficies irriguées – Mise à jour pour l'Amérique latine et l'Europe". Pour l'actualisation de cette carte de l'Amérique latine, ils se sont appuyés sur les résultats de l'Enquête AQUASTAT sur l'irrigation en Amérique latine réalisée en 1999/2000. La carte de l'Europe a été mise à jour en se fondant sur des données récentes relatives à la superficie irriguée totale par unités sous-nationales rassemblées à partir d'informations nationales et sur de nouvelles informations géographiques comme l'Ensemble de données CORINE relatives au couvert terrestre (Agence européenne de l'environnement, 2000). En plus de l'apport de données plus détaillées, la méthode de production cartographique a, elle aussi, été améliorée. Les dernières méthodes utilisées sont décrites en détail dans Siebert et Döll (2001). D'une manière générale, on a considéré que les modifications notables apportées à la carte justifiaient la publication d'une deuxième version de la "Carte numérique mondiale des superficies irriguées".
Lors des travaux d'actualisation pour l'Amérique latine et l'Europe, la méthode cartographique utilisée pour la première version a également été remaniée (Siebert et Döll, 2001). Les principaux éléments de cette refonte sont présentés ci-dessous:
En 2002, la FAO et Stefan Siebert de l'Université de Kassel ont mis à jour, à l'aide de la méthode cartographique améliorée, la carte des superficies irriguées du Continent Africain et l'Océanie. Comme ces actualisations ont été réalisées après la publication de la version 2.0, la version remaniée de la carte a été incluse dans la "Carte numérique mondiale des superficies irriguées, version 2.1".
Début 2005, la mise à jour de la carte de l'Asie a été publiée. Cette version est incluse dans la "Carte numérique mondiale des superficies irriguées". En avril de la même année, la carte de l'Amérique du Nord a été produite. Puis, le monde entier a été cartographié en suivant la même méthodologie. Il a alors été décidé d'appeler cette nouvelle mouture "version 3.0".
Après la publication de la version 3.0, une méthodologie a été mise au point pour évaluer la qualité de la carte. Les résultats de cette évaluation ont été publiés dans Siebert et al. (2005). À cette époque il a également été décidé de remplacer le titre "Carte mondiale des superficies irriguées" par "Carte mondiale des superficies équipées pour l'irrigation". En effet, les données figurant sur la carte désignent les aires aménagées pour l'irrigation telles que définies par AQUASTAT. L'expression "superficie irriguée" pouvait prêter à confusion car elle est souvent utilisée pour définir une "superficie réellement irriguée" (la partie du périmètre aménagé qui est effectivement irriguée) ou une «superficie cultivée et irriguée» (qui prendrait en compte les doubles cultures).
En 2006, la FAO et l'Université de Francfort ont présenté, à titre préliminaire, la version 4.0 à l'Atelier international sur la cartographie mondiale des superficies irriguées, organisé par l'Institut international de gestion de l'eau (IWMI) du 25 au 27 septembre à Colombo (Sri Lanka). La documentation complète relative à cette carte a été publiée début 2007. Par rapport à cette version préliminaire, de légères modifications ont été apportées pour le Cap-Vert, le Monténégro et le Maroc.
La version actuelle de l'ensemble des données est la version 5, qui pour la première fois contient aussi des couches de données sur les superficies réellement irriguées et les sources d'eau d'irrigation. Le développement de ces couches de données supplémentaires est décrit dans un article publié en 2010 dans une revue spécialisée. Dans la version 5 de la carte, les données liées à des pays particuliers ont été mises à jour et lors du remaniement de la cartographie des superficies équipées pour l'irrigation on s'est attaché à assurer la cohérence mutuelle des différentes couches de données.
Le projet de cartographie de l'irrigation a permis de développer une base de données spatiales dans un environnement SIG avec différentes couches de données contenant des données brutes sur la localisation des superficies équipées pour l'irrigation, des statistiques d'irrigation à l'échelon infra-national, les couches correspondantes avec les limites des unités administratives et des outils conçus pour convertir ces données brutes en couches de données indiquant l'étendue des superficies équipées pour l'irrigation, des superficies réellement irriguées ou des superficies équipées pour l'irrigation à partir d'eaux souterraines, de surface ou non conventionnelles par cellule de grille. La base de données spatiales est organisée de manière à faciliter l'incorporation des nouvelles données disponibles, permettant ainsi des mises à jour rapides de la carte mondiale. La FAO et l'Université de Bonn disposent d'un outil destiné à organiser les données spatiales indispensables pour la production d'une carte mondiale intégrant les statistiques les plus récentes. Les couches de la carte sont mises à la disposition des utilisateurs dans différents formats via Internet. Les outils permettant de créer la carte sont installés et disponibles auprès des deux institutions mais ne seront pas diffusés.
Versions de la carte
- Version 5 - Mise à jour générale version 5.0
- Version 4.0.1 - L'irrigation en Afrique, Europe et Amérique latine
- Version 4.0 - Publication préliminaire de la version 4.0
- Version 3.0 - Mise à jour pour l'Amérique du Nord
- Version 2.2 - Mise à jour pour l'Asie
- Version 2.1 - Mise à jour pour l'Afrique et Océanie
- Version 2.0 - Mise à jour pour l'Amérique latine et Europe
- Version 1.0 - Carte mondiale numérique des superficies irriguées