Les projections de la FAO indiquent que si les tendances de production et de consommation qui prévalent actuellement ne changeaient pas, il serait nécessaire d’augmenter de 70% la production alimentaire mondiale d’ici à 2050 pour satisfaire la demande d’une population mondiale croissante. Pourtant, plus d’un tiers des denrées alimentaires produites aujourd’hui est perdu ou gaspillé. La perte de produits alimentaires renvoie à une diminution de la masse alimentaire consommable aux stades de production, de post-récolte et de transformation de la chaine alimentaire, principalement dans les pays en développement. Le gaspillage alimentaire – qui est un symptôme propre au mode de vie consumériste des pays développés – renvoie quant à lui aux aliments mis au rebut au niveau des détaillants et des consommateurs. Ces pertes et ces gaspillages représentent une occasion manquée en matière de sécurité alimentaire et se paient au prix fort, en termes d’environnement.
La réduction des pertes et du gaspillage alimentaires représente, de fait, beaucoup plus qu’une simple ‘réduction de l’empreinte’. Par exemple, l’adoption de systèmes plus efficaces, qui réduisent à la fois les pertes et les gaspillages, peuvent conduire à des émissions de GES encore plus faibles, pour une part directement – dans la mesure où le gaspillage génère généralement des émissions de méthane pendant l’élimination de la nourriture – et pour une autre part indirectement – dans la mesure où la réduction des pertes/ gaspillage alimentaires peut conduire à une refondation des modèles de chaine d’approvisionnement et de vente au détail, à des économies d’énergie dans l’ensemble de la chaine alimentaire et donc à une réduction des émissions de GES. En règle générale, la réduction des pertes/gaspillage alimentaires est associée à une efficience, voire une efficacité accrues en matière de recyclage des ressources, ainsi qu’à une réduction des besoins de stockage et de transport sur de longues distances – tous ces éléments concourant à des économies en termes de capital naturel, d’utilisation des ressources et d’émissions de GES. S’agissant de l’amélioration de la sécurité alimentaire, en termes de disponibilité, d’accès et d’utilisation, la réduction des pertes/gaspillage alimentaires peut également être réalisée à travers la maitrise d’un certain nombre de facteurs de perte, par exemple une augmentation de l’approvisionnement local dans les pays les moins avancés, ou la mise en place de programmes prenant en compte la préservation des pertes liées à la vente au détail en tant qu’aide alimentaire.
A ce jour, aucune étude n’a été entreprise pour analyser l’impact environnemental des pertes/gaspillage alimentaires au niveau mondial. La FAO a entrepris de produire la première empreinte écologique mondiale des pertes/ gaspillage alimentaires (FWF), afin de quantifier l’impact que le phénomène des aliments produits et non consommés exerce sur l’environnement et l’économie, dans le but d’aider à la décision, dans l’ensemble de la chaine alimentaire.
Le but du projet FWF est d’apporter l’image la plus précise possible de l’empreinte environnementale des pertes/gaspillage alimentaires, s’agissant notamment des impacts sur les sols, l’eau, la biodiversité et le changement climatique. L’objectif est de fournir des données plus précises sur les impacts environnementaux liés aux pertes/gaspillage alimentaires, à travers une base de connaissances plus solide, destinée à alimenter les futurs débats politiques sur cette thématique.
Plus spécifiquement, le projet calculera la FWF – s’agissant de l’eau, des sols, de la biodiversité et des émissions de GES concernés par les pertes/gaspillages alimentaires – en utilisant les meilleures données disponibles. De plus, il montrera de quelle façon les variations des réductions dans les pertes/déchets alimentaires pourraient réduire la pression sur les ressources naturelles et l’environnement climatique. Plus spécifiquement, des scénarios prédictifs détailleront comment la réduction des pertes/déchets par ratios définis pourrait affecter la FWF existante et la nécessité d’augmenter la production alimentaire de 70% à l’horizon 2050. Le projet analysera les hypothèses spécifiques de refonte des systèmes alimentaires (de façon marginale ou fondamentale), en fonction des objectifs de réduction des pertes/gaspillage alimentaires. Parallèlement, des études de cas portant sur un certain nombre de pays, villes et sociétés, dans les pays en développement comme dans les pays développés, permettront de calculer la FWF, afin de montrer les bénéfices environnementaux et économiques de la réduction des pertes/gaspillage alimentaires.
L’objectif final de ce projet consiste à montrer que les investissements dans le secteur de la réduction des pertes/gaspillage alimentaires constituent l’étape la plus logique dans la progression vers une production et une consommation durables, prenant en compte la sécurité alimentaire, le changement climatique et divers effets environnementaux négatifs. A cette fin le projet élaborera une stratégie et produira des matériaux de sensibilisation publique, à travers un processus participatif.
La première étape consistera à collecter les bonnes pratiques afin d’élaborer une base de données et un guide public d’utilisation, à l’échelle mondiale. Les organisations et experts individuels disposant d’une expertise sur les pertes et gaspillages alimentaires sont invités à s’associer à cette collecte d’information en contribuant directement à la base de données en cours d’élaboration.