5.1. Les 3 centres de pêche : Gisenyi, Kibuye et Cyangugu
Le centre de Gisenyi est le siège du projet, depuis 1979. Il y a une pêcherie depuis 1982, une salle de vente (1982), des bureaux administratifs (1987), deux hangars (1986), un laboratoire et bureau pour la recherche biologique, un magasin de stockage (capacité 12 tonnes, mais trop humide, près du lac), une citerne pour le pétrole (6.000 litres) et des séchoirs (capacité 5 tonnes).
Le centre de Kibuye existe depuis 1981. La pêcherie, les bureaux, la salle de vente et le magasin de stockage sont presque achevés.
Le centre est doté de nombreux séchoirs d'une capacité d'environ 5 tonnes. Etant donné une assez importante production en saison sèche (décalage par rapport à la production de poissons de la zone de Gisenyi) plusieurs unités de Gisenyi (16) ont été envoyées à Kibuye. Depuis août 1987 quelques unités privées (3 trimarans) amènent leur production au projet.
Le centre de Cyangugu a démarré son activité en 1985. Depuis 1987 il y a un bâtiment polyvalent avec la pêcherie et salle de vente, des bureaux et une case de passage. Le centre est doté de 20 séchoirs pour une capacité d'environ 6 tonnes qui jusqu'à présent ne sont presque pas utilisés.
5.2. La commercialisation du poisson frais, séché et congelé
Les centres de pêche reçoivent chaque jour les apports des unités de pêche du projet et tout récemment, de quelques unités privées à Kibuye (3) et Cyangugu (2).
Une partie du poisson est commercialisée à l'état frais et le reste est mis à sécher sur les séchoirs dont les centres sont dotés. A Gisenyi une partie des poissons est congelée en entier ou après traitement (étêtage et éviscérage). Le taux de rendement de congelés traités est d'environ 65 %.
La production totale de Limnothrissa miodon (“Isambaza”) dans les 3 centres, en 1986 a été d'environ 250 tonnes dont 33 % vendus frais, 60 % vendus séchés (le taux de rendement est d'environ 25 %, c'est-à-dire que de 4 kg de poissons frais on obtient 1 kg de poissons séchés) et 6 % ont été congelés.
La production de 1987 a augmenté sensiblement. Pendant les 7 premiers mois elle a été, pour les 3 centres, de presque 245 tonnes.
Les données sur la production des 3 centres de pêche et de son utilisation en 1986 et 1987 jusqu'à la fin juillet sont exposées dans le tableau suivant :
| Centre de pêche | Production (tonnes) | Vente en frais (tonnes) | Mis à sécher | Vente séchés | vente congelés | |||||
| 1986 | 1987 Jt | 1986 | % | 1986 | % | 1986 | Jt%' 87 | 1986 | Jt. 1987 | |
| Gisenyi | 181,8 | 174,9 | 68,3 | 37,5 | 97,2 | 53,5 | 21,3 | 19,3 | 11,84 | 9,15 |
| Kibuye | 54,7 | 53,5 | 4,6 | 9 | 50 | 91 | 4,9 | 7,5 | - | - |
| Cyangugu | 13 | 16,1 | 9,2 | 71 | 3,8 | 29 | 9,9 | 13,7 | - | - |
| TOTAL | 249,5 | 244,5 | 82,1 | 33 | 151 | 60 | 36,1 | 40,5 | 11,84 | 9,15 |
Les prix actuels pratiqués par le projet sont les suivants :
- prix d'achat du poisson aux unités de pêche : 50 FRW/kg
| - prix de vente : | Frais 60 FRW/kg |
| Séchés 220 FRW/kg | |
| Congelés entiers 100 FRW/kg | |
| Congelés traités 250 FRW/kg. |
- Les clients du projet
Poissons frais
La plus grande part du poisson frais est vendue surtout à Gisenyi et Cyangugu, aux femmes commerçantes qui fréquentent les marchés de la zone (voir la liste des marchés à la page 41). A Gisenyi il y a plusieurs femmes zaïroises qui vont vendre le poisson dans la zone de Goma.
D'après les interviews eues avec ces femmes aux centres de pêche et sur les marchés des zones de Gisenyi, Kibuye et Cyangugu on peut faire les observations suivantes :
il s'agit en général du petit commerce souvent pas plus de 5–10 kg par jour (par femme). Certaines femmes peuvent en vendre même 30–40 kg par jour.
elles vendent le poisson sur des marchés généralement pas plus loin de 10 km du centre de pêche du projet, atteint le plus souvent à pied. Plusieurs marchés se déroulent seulement l'après-midi ou le soir.
Si le marché a lieu le soir ou s'il est très loin du centre, le poisson est légèrement fumé ou séché pour mieux le conserver.
Le gros problème à Gisenyi est le manque de poissons frais au projet en basse saison de pêche (de juin à août) dû à l'insuffisance des apports des unités de pêche attirées par des meilleurs prix sur les marchés près des lieux de pêche.
Le prix de vente est en fonction de la saison et de la “concurrence” sur le marché. Normalement le poisson, acheté à 60FRW/kg à la pêcherie du projet, est vendu en petit tas de 10 à 15 poissons pour 10 FRW. Ce qui signifie un prix réel de 80 à 120 FRW/kg.
Le bénéfice de la plupart des femmes compte tenu des taxes du marché (normalement de 20 à 50 FRW) est de 50 à 200 FRW/jour. (Le salaire des ouvriers journaliers est de 100–150/jour) ce qui leur permet d'être indépendantes pour les dépenses de la famille.
La plupart des femmes, surtout dans la zone de Gisenyi, participent à des groupes de côtisations (normalement 100 FRW/jour), une forme d'épargne qui leur permet d'avoir périodiquement des sommes (de 1000 à 5000 FRW) leur permettant des dépenses plus importantes, ou assez pour acheter plus de poissons.
Poissons séchés
Des 36 tonnes commercialisées par le projet, provenant surtout des centres de Gisenyi et Kibuye, la grande partie a été vendue aux femmes commerçantes qui l'achètent s'il n' y a pas de poisson frais ou si elles vont sur des marchés du soir ou très éloignés. Les femmes commerçantes des marchés près des centres de pêche préfèrent vendre le poisson frais, plus rentable parce qu'on le vend plus vite, même si le bénéfice par kilo pour le poisson séché est plus haut mais il y a moins de demande.
D'autres clients importants sont le PAM (Programme Alimentaire Mondial) (7,2 tonnes en 1986 et un contrat de 25 tonnes pour 1987–1988), la TRAFIPRO (1,45 T en 1986) et quelques commerçants de Ruhengeri. A Cyangugu la production actuelle est insuffisante à couvrir la demande. En 1986 plus de 9 tonnes, sur 10 tonnes vendues séchées provenaient de Gisenyi.
Un effort doit être fait pour ce qui concerne la TRAFIPRO. Son réseau commercial permet d'atteindre beaucoup de localités de l'intérieur du pays même là où le poisson n'est pas encore tellement connu. Mais souvent ses succursales ne sont pas ravitaillées régulièrement. Et pour des problèmes de gestion (centralisation des approvisionnements) le ravitaillement traîne longtemps. Par exemple il arrive que du poisson séché au centre de Kibuye soit envoyé au centre du projet à Gisenyi, envoyé à la TRAFIPRO de Kigali et d'ici, après 1–2 mois ou plus envoyé encore aux succursales TRAFIPRO de Gisenyi, Kibuye et Cyangugu. Et les insectes en profitent.
Actuellement le poisson séché peut se conserver en bonnes conditions pendant environ 2 mois. Le projet est en train d'étudier des meilleures techniques de séchage et de stockage qui permettront une plus longue durée de conservation.
Sur tous les marchés le poisson séché du projet est concurrencé par les “NDAGALA” séchés (Stolothrissa tanganicae), plus petits (à l'état adulte ils atteignent 5–6 cm contre les 10–12 cm de l'“ISAMBAZA” (Limnothrissa miodon) et moins chers.
Le “Ndagala” séché qu'on trouve provient du lac Tanganyika, soit du Burundi et surtout de la Tanzanie.
D'après les femmes commerçantes ceux de la Tanzanie sont “un peu amers” et ceux du Burundi ont un peu de sable.
Les gens les préfèrent souvent aux “Isambaza” parce qu'ils ont moins d'arêtes.
Les “Ndagala” séchés de la Tanzanie sont vendus à 200FRW/kg sur les marchés de Gisenyi et Cyangugu aux femmes commerçantes qui les vendent en petits tas (prix réel environ 300 FRW/kg). Mais le prix en gros, à Kigali est entre 110 et 130 FRW/kg. Et parfois, en dessous de 100 FRW. Tandis que le coût réel des “Isambaza” du projet, actuellement vendus au prix de 200 FRW/kg est plus de 250 FRW/kg.
Etant donné la préférence du consommateur pour les petits poissons, des unités, surtout celles privées qui ont des filets à petites mailles pêchent aussi des petits Isambaza. Le projet et le Ministère de l'Agriculture, de l'Elevage et des Forêts (MINAGRI) doivent intervenir pour éviter la diminution du potentiel d'Isambaza dans le lac.
Poissons congelés
En 1986 presque 12 tonnes de poissons congelés traités ou entiers ont été vendues par le centre de Gisenyi. A la fin juillet 1987 le projet avait déjà vendu plus de 9 tonnes (4,6 de congelés traités et 4,5 de congelés entiers, soit au total presque 12 tonnes de poissons frais).
Les principaux clients sont à Kigali (COVIRWA, ATHENEE, ALIRWANDA, SALHA et TRAFIPRO) et à Butare (HOTEL IBIS et KABANDANA).
Etant donné l'insuffisance de poissons frais à Gisenyi en saison sèche, peut-être c'est plus convenable de congeler les poissons produits à Kibuye pour avoir à Gisenyi plus de poissons frais disponibles pour la vente aux femmes commerçantes.
5.3. Le réseau de commercialisation du poisson en dehors des centres de pêche du projet.
La liste des marchés existants dans un rayon de 30–40 km des centres de pêche du projet et dans la zone intérieure le long du lac Kivu entre Cyangugu et Gisenyi, est donnée dans l'ANNEXE IV.
Presque vingt marchés ont été visités dans les 3 Préfectures de Gisenyi, Kibuye et Cyangugu et on peut en tirer les observations suivantes :
en dehors des centres du projet on trouve des marchés ou des points de vente d'Isambaza frais dans un rayon de 10–15 km des centres.
Dans la zone de Kibuye l'habitude alimentaire à la consommation du poisson n'est pas encore très développée, sauf dans les localités riveraines du lac.
Dans les marchés des collines éloignées du lac, des grands centres et des routes, le poisson n'est pas vendu régulièrement. Et d'ailleurs dans ces zones, même les commerçants sont réticents parce qu'il n' y a pas assez de clients habituels.
C'est dans ces zones qu'il faut concentrer les actions de vulgarisation nutritionnelle suivie de l'approvisionnement régulier du poisson séché. Au début on pourrait y intéresser des femmes commerçantes de zones limitrophes et clientes du projet afin qu'elles puissent stimuler une présence régulière de commerçantes sur ces marchés.
Dans ces zones il y a aussi souvent des succursales de TRAFIPRO dont il faut assurer un approvisionnement régulier en poissons séchés. Les Préfectures doivent être intéressées à ce sujet pour des “pressions” sur la centrale de TRAFIPRO de Kigali et ses succursales de Gisenyi, Kibuye et Cyangugu.
Les Communes ayant un magasin de vente, ainsi que des CCDFP plus dynamiques, doivent être contactées pour un approvisionnement régulier en poissons séchés (vu qu'ils disposent de camionnettes qui vont régulièrement à Gisenyi, Kibuye ou Cyangugu).
5.4. Les “marchés parallèles” et le choix de nouveaux sites de débarquement.
Dans la zone riveraine du lac entre Gisenyi et Kibuye plusieurs marchés des collines (Nyamyumba, Rwinyoni etc..) sont ravitaillés en poissons, surtout frais ou fumés, par des femmes commerçantes qui les achètent directement aux pêcheurs des unités du projet dans ce qu'on appelle encore “marchés parallèles”. Ces marchés se sont développés au cours des dernières années et, d'après l'enquête récente du technologiste des pêches du projet (voir bibliographie), pour les raisons suivantes :
le plus haut prix
la distance entre les lieux de pêche et le centre de pêche de Gisenyi (donc, moins de fatigue pour les pêcheurs)
la possibilité de vendre les poissons, “cash” et non “par bons” payés seulement à la fin de la campagne par le projet.
D'après les informations recueillies les marchés parallèles ont pu se développer parce que le projet n'a pas été capable de prévenir ce phénomène, parce qu'on n'a pas senti, à cause d'un contact insuffisant avec les unités, les malaises et les problèmes qui en étaient la cause. Et le projet n'a su intervenir qu'avec des mesures régressives. Tant est vrai que parfois on trouve encore un malaise et une méfiance des femmes commerçantes sur les marchés où, dans le récent passé, le projet avait confisqué des poissons provenant des marchés parallèles.
Seul un meilleur contact avec les unités, patrons et équipages et avec les femmes commerçantes à travers une intensification de la vulgarisation, peut créer une meilleure image du projet dont le but ne doit pas être régressif mais plutôt de contribuer au développement de la pêche et à l'amélioration de la situation nutritionnelle dans la zone.
L'établissement de nouveaux sites de débarquement près des lieux de pêche et près des marchés des collines, ainsi qu'une révision du prix d'achat du poisson serait la solution la plus appropriée à l'approvisionnement irrégulier du centre de Gisenyi et pour un meilleur réseau de commercialisation dans les zones rurales de l'intérieur.
Actuellement les plus importants “marchés parallèles” sont les suivants :
près de la Brasserie (secteur Rubona) point d'achat de femmes commerçantes des marchés de la zone de Gisenyi,
Cyimbili (secteur Gashashi),
Kariba (secteur Kinunu),
Koko (à la limite des préfectures de Gisenyi et Kibuye) fréquenté aussi par des trimarans privés depuis longtemps. Jusqu'à il y a quelques mois, un gros marché était près de la Douane, du côté zaïrois, entre Gisenyi et Goma.
D'après les interviews avec les pêcheurs et les agents du projet, les éventuels nouveaux sites de débarquement devraient être choisis parmi les localités suivantes :
| - Zone de Gisenyi | : | Cyimbili, Gahondo et Kariba |
| - Zone de Kibuye | : | Koko, Gishyita (CCF Børnfonden) et Mugonero |
| - Zone de Cyangugu | : | Mwito, Mwari, Hepfo, Busekanka, île Nkombo, Nyamasheke, Nyamirunda, Ndumba, Kirambo, Mwanga, Kamahonga, Karenge, Ishawa et Gafunuka. |
Il faut distinguer :
sites de débarquement permanents dotés éventuellement de claies de séchage, en proximité des zones importantes de commercialisation,
points de collecte quotidienne du poisson près des lieux de pêche pour l'amener, par pirogues motorisées, aux centres de pêche plus proches : en particulier pour la zone de Cyangugu, étant donné que les séchoirs de ce centre sont sous-utilisés.
5.5 Problèmes et priorités au niveau de la commercialisation
Les problèmes prioritaires sont les suivants :
la fluctuation saisonnière importante des apports à la pêcherie du centre de Gisenyi et l'insuffisance du poisson frais en basse saison,
la création de nouveaux sites de débarquement plus décentralisés par rapport aux 3 centres existants plus près des plus importants lieux de pêche et des marchés de l'intérieur.
l'application d'un prix d'achat du poisson qui puisse assurer un approvisionnement plus régulier de poissons aux centres de pêche,
la conservation du poisson séché à plus long terme, et la possibilité de stockage de quantités plus importantes de poissons,
la commercialisation et l'approvisionnement en poissons doivent se lier et suivre rapidement les actions de vulgarisation et de promotion nutritionnelle du projet afin de contribuer à la production et à la diffusion du poisson dans les habitudes alimentaires de la population, surtout dans les zones rurales de l'intérieur,
faciliter la commercialisation du poisson séché dans les zones plus éloignées à travers si nécessaire des petits crédits aux CCDFP où les responsables sont motivés et de confiance,
insister sur les contacts avec TRAFIPRO pour un approvisionnement plus régulier et plus rapide de ses succursales,
promouvoir des campagnes de propagande à la radio en accord avec les activités de promotion et vulgarisation nutritionnelle.