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1. CONTEXTE NATIONAL


1.1. Généralités
1.2. Ressources forestières et autres potentialités ligneuses
1.3. Types/Modes d’utilisation des ressources forestières
1.4. Menaces sur les espèces

1.1. Généralités

D’une superficie de 1 284 000 km2, le Tchad se situe entre les 8e et le 23e parallèle Nord et le 14e et 24e méridien Est. Ce pays s’étend sur près de 1 800 km du Nord au Sud et 1 000 km d’Est en Ouest. Par sa superficie, il se classe au 5e rang des pays africains. Trois grandes zones écologiques sont distinguées:

- La zone saharienne occupe 48% du territoire. La vie y est concentrée dans les oasis et les palmeraies de certaines dépressions et les pluies n’y excédent pas 10 jours par an;

- La zone sahélienne occupe 42% du territoire. La saison pluvieuse dure en moyenne 3 mois par an. La végétation varie du Nord au sud depuis la steppe (pseudosteppe) jusqu’à la savane.

- La zone soudanienne occupe les 10% du territoire restant où plus de 100 jours de pluie par an sont enregistrés. Elle est caractérisée par une végétation de type savane arborée, savane forestière et forêt claire.

Du Nord au Sud, il existe un ensemble complexe de sols: sols sablonneux, sols latérisés, sols bruns, sols sub-arides et sols ferralitiques.

La population totalise 6,3 millions d’habitants1 soit une densité de 4,9 habitants/km2. Cette population est à majorité rurale (75%). A part la capitale N’Djaména qui renferme plus de 600 000 habitants, il existe quelques centres secondaires totalisant environ 800 000 habitants.

1 D'après le recensement général de la population de l'habitat réalisé en 1993 par le Ministère du plan et de la coopération.

1.2. Ressources forestières et autres potentialités ligneuses


1.2.1. La superficie des forêts naturelles
1.2.2. Les plantations forestières
1.2.3. Autres potentialités forestières
1.2.4. Espèces endémiques du Tibesti

1.2.1. La superficie des forêts naturelles

La superficie des forêts naturelles au Tchad reste imprécise faute d’inventaire forestier général, mis à part celui portant sur 8 000 ha réalisé dans la forêt de Mogroum à 120 km de N’Djaména dans le cadre d’un “projet pilote de foresterie rurale et d’aménagement forestier”. Par conséquent, les données chiffrées sur la superficie des forêts à l’échelle nationale sont basées sur des estimations qui peuvent varier selon les auteurs (de 16 à 31 millions d’ha). Par extrapolation, le chiffre moyen de 23,5 millions d’hectares est retenu comme superficie globale des forêts naturelles (annexe 2), reparties de la façon suivante:

- Forêts denses/ forêts galerie:

211 000 ha

- Forêts claires/ savanes boisées:

3 626 000 ha

- Formations arborées:

9 421 000 ha

- Formations arbustives:

10 192 000 ha


Le volume sur pied est estimé à 5,6 millions m3 mais le volume effectivement exploitable (incluant le bois d’œuvre, le bois de service et le bois énergie) représenteraient 1,5% du volume sur pied pour l’ensemble des préfectures sauf le chari-baguirmi où il serait de l’ordre de 4% (annexe 2).

1.2.2. Les plantations forestières

Les plantations forestières ont connu un développement significatif à partir de 1950. Dés lors, les programmes et projets de plantations forestières ont été progressivement conçus dans le cadre d’un développement intégré pour la protection des sols et pour l’approvisionnement des populations en bois de feu de service. La superficie totale plantée2 est estimée à 10 000 ha avec un taux de réussite global de l’ordre de 72%.

2 Les données relatives aux ressources forestières, en particulier l'étendue des surfaces boisées et des plantations, sont issues de méthodologies et protocoles propres aux institutions nationales du Tchad. Des données calibrées permettant la comparaison avec les autres pays sont disponibles dans FAO. 2001. L'évaluation mondiale des forêts - Rapport principal. Rome

1.2.3. Autres potentialités forestières

D’autres potentialités forestières, comprenant les gommeraies, les rôneraies et les arbres à néré et à karité, constituent des sources appréciables de revenus monétaires pour les populations. Elles restent assez mal connues à l’exception des gommeraies et du karité.

- Les gommeraies (Acacia senegal) occupent une superficie de 36 000 à 38 000 km2 (soit 1/6 de la zone sahélienne) mais dont seulement 1,5 millions d’hectares se prêtent à une exploitation soutenue. La production gommière varie d’une année à l’autre mais sa moyenne est de 1 500 tonnes entre les années 1986 et 1991. Cette production a connu une progression fulgurante: 3 000 tonnes en 1991-1992, prés de 4 700 tonnes en 1992-1993, 5 480 tonnes en 1994-1995, plus de 6 700 tonnes en 1995-1996 et environ 5 800 tonnes en 1996-1997.3 Il est néanmoins possible qu’une partie de cette gomme provienne également du Soudan.

- Le karité (Butyropermum parkii) existe parfois en peuplement mélangé avec l’arbre à néré. Cette espèce est répandue dans le Sud de la zone soudanienne avec une densité variable. Les peuplements les plus denses sont observés en particulier dans les préfectures de la Tandjilé, du Logone Oriental, du Logone Occidental et du Moyen-Chari où il existe 50 à 60 millions arbres à karité dont seulement 4 à 5% seraient exploités. Dans la zone soudanienne, 4,6 millions de karité produisent 500 000 tonnes de noix par an.

3 Source: Direction des douanes et Projet FAO/TCP/CHD/4451(A)

1.2.4. Espèces endémiques du Tibesti

Le Tibesti est une région située à l’extrême Nord du Tchad dans une partie du Sahara. Outre quelque espèces communes à la zone désertique et/ou sahélienne rencontrées sporadiquement dans certaines stations (Hyphaene thebaica, Phoenix dactylifera, Balanites aegyptiaca, Salvadora persica, Ziziphus mauritiana, Acacia albida, Aradiana, A. stenocarpa), il existe également des espèces endémiques du Tibesti:

- Ficus carica (altitude 1 350-1 700m)

- Ficus salicifolia (altitude 800-1 500m)

- Rauwolfia sp. localisé le long des falaises

- Adina microcephala

- Clematis tibestica novsp, plante à souche ligneuse(altitude 2 100-2 400 m)

- Celsia tibestica novsp, plante vivace à souche ligneuse(altitude de 1 800-2 000m)

- Artemisia tilhona novps, plante buissonnante, ligneuse jusque dans les rameaux (altitude au-dessus de 2 800m).

1.3. Types/Modes d’utilisation des ressources forestières


1.3.1. Exploitation du bois énergie
1.3.2. Exploitation du bois de service
1.3.3. Exploitation du bois d’œuvre
1.3.4. Exploitation des autres potentialités forestières et produits de cueillette

1.3.1. Exploitation du bois énergie

Les ressources forestières ligneuses représentent 80 à 90% de l’énergie consommée par les ménages sous forme de bois de feu ou de charbon de bois. La consommation totale est de l’ordre de 4 millions de m3. Globalement, les ressources sont suffisantes pour couvrir les besoins en comparant les potentialités ligneuses et les consommations, mais la situation est très contrastée selon les préfectures:

- Très déficitaire au BET, au Lac, au Kanem et au Batha;

- Déficitaire au Mayo-Kebbi, au Logone Occidental, à la Tandjilé, à N’Djaména et son agglomération;

- Equilibrée à Biltine, au Ouaddaï et au Chari-Baguirmi (à l’exception de N’Djaména);

- Excédentaire au Guéra, au Salamat, au Moyen-chari et au Logone oriental.

1.3.2. Exploitation du bois de service

Borassus aethiopum (rônier), Anogeissus leiocarpus et accessoirement Hyphaene thebaica (palmier doum) sont les espèces les plus sollicitées pour les besoins de bois de service. Avec un volume de l’ordre de 40 000m3 exploité annuellement, cette consommation, quoique très inférieure par rapport à celle du bois énergie, représente un poste très important dans l’économie rurale.

1.3.3. Exploitation du bois d’œuvre

Avec plus de 200 000 d’hectares de forêts denses et de forêts galeries ainsi que plus de 2 000 000 d’hectares de forêts claires au Sud de la zone soudanienne, le pays dispose de potentialités en bois d’œuvre relativement importantes. Cependant, la production reste faible, de l’ordre de 60 000m3/an. Les bois de sciage et de contreplaqué sont entièrement importés (respectivement 700 à 800 m3 par an et 100 m3 par an).

1.3.4. Exploitation des autres potentialités forestières et produits de cueillette


1.3.4.1. Exploitation des gommeraies
1.3.4.2. Exploitation du karité
1.3.4.3. Exploitation d’autres produits de cueillette

1.3.4.1. Exploitation des gommeraies

Au cours des cinq à six dernières années, la gomme arabique a fait l’objet d’un commerce florissant, bénéficiant d’une attention de plus en plus soutenue de la part des pouvoirs publics, des acteurs économiques et autres partenaires au développement. La progression rapide du volume de production indiquée dans le chapitre précédent témoigne de l’intérêt que suscite ce produit qui se classe au troisième rang des produits d’exportation du pays et représente la troisième source de devise du Tchad après le coton et l’élevage.

La cueillette est opérée après saignées des gommiers (entre novembre et juin) sur de vastes espaces. Il est envisagé à long terme d’améliorer la production gommière des peuplements d’Acacia senegal par traitement sylvicole et éventuellement par plantation, dans les régions les mieux appropriées (Salamat notamment).

1.3.4.2. Exploitation du karité

C’est une source de revenu non négligeable mais son exploitation est limitée essentiellement au marché intérieur. Son exploitation et sa commercialisation sont restées à un stade artisanal faute d’une organisation sérieuse de sa filière.

En 1974, avec l’appui d’un projet d’assistance technique italien basé à Sarh (Moyen-Chari), l’exploitation industrielle du karité a été initiée par la vulgarisation de nouvelles techniques de séchage, de décorticage de noix et de conditionnement des amandes. En 1976, la société Coton Tchad a acheté 120 tonnes de noix qu’elle a traitées à son huilerie à Moundou mais l’expérience n’a pu se poursuivre pour des raisons inconnues.

Les potentialités en karité paraissent actuellement très insuffisamment valorisées et méritent une étude complète en vue d’en faire un produit participant à l’activité économique du pays à l’exemple de ce qui se passe en Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina Faso).

1.3.4.3. Exploitation d’autres produits de cueillette

De nombreux produits de cueillette sont utilisées en autoconsommation ou font l’objet de transactions traditionnelles sous formes alimentaires ou “pharmaceutiques”. Il s’agit entre autres des fruits et autres différentes parties du jujubier (Ziziphus mauritiana), du savonnier (Balanites aegyptiaca), du tamarinier (Tamarindus indica), du néré (Parkia biglobosa) et du palmier doum (Hyphaene thebaica), etc., (annexe 3). L’annexe 4 présente une synthèse des valeurs et des usages des différentes espèces d’arbre considérées comme importantes par les paysans.

1.4. Menaces sur les espèces

Le milieu naturel en général et le secteur forestier en particulier sont caractérisés par une grande fragilité et font l’objet de graves dégradations suite aux effets conjugués des grandes sécheresses cycliques et des actions néfastes directes ou indirectes de l’homme (défrichements à grande échelle, feux de brousse, surpâturage, exploitation pour le bois de feu et de service, etc.).

Les gommeraies (Acacia senegal), les peuplements d’Anogeissus leiocarpus et de Khaya senegalensis ont subi des pertes considérables du fait des grandes sécheresses de 1973 et de 1984. Parmi les causes spécifiques à la destruction de ces espèces, citons:

- les mauvaises pratiques de saignée sur le gommier (Acacia senegal) par les exploitants;

- la surexploitation d’Anogeissus leiocarpus pour les besoins de bois de feu et de service;

- la surexploitation de Khaya senegalensis pour usage de bois d’œuvre (pirogue, mortier).

Les rôneraies sont quant à elles fortement surexploitées pour les besoins de construction, leur bois étant particulièrement apprécié par les usagers.

Les dégâts sur les nérés (Parkia biglobosa), karités (Vittaleria parkii), jujubiers (Ziziphus mauritiana) et les savonniers (Balanites aegyptiaca) sont dus essentiellement aux feux de brousse.

Les plantations de neem (Azadirachta indica) subissent des dégâts en de nombreux endroits du fait d’une chenille contre laquelle aucun remède efficace n’a pu être trouvé jusqu’à présent.

La plupart des forêts classées, mises en défens et périmètres de reboisement n’existent que de nom. En effet, les coupes incontrôlées de bois en de nombreux endroits et l’installation de champs, voire de villages, sont les principales causes de leur destruction.

Les parcs nationaux et réserves de faune (annexe 5), autrefois classés parmi les plus riches d’Afrique, ont subi des destructions relativement considérables du fait du braconnage, des feux de brousse, des défrichements et du surpâturage à la faveur de la guerre civile de 1979:

- Le parc national de Manda (114 000ha) a été presque vidé de sa faune à la suite de braconnage intensif et de prélèvements clandestins de bois. Ce parc est actuellement en voie de réhabilitation grâce à un financement de la Caisse française de développement accordé fin 1991.

- Le parc national de Zakouma (300 000 ha) se trouve dans un état relativement satisfaisant suite à un projet de réhabilitation sur financement CEE démarré en 1989.

- La réserve de faune de Mandelia (138 000ha) est en situation critique suite à de multiples pressions: surpopulation, surpâturage, aménagements hydro-agricoles et braconnage. Les éléphants, qui avaient justifié la création de cette réserve, ont complètement disparu.

- La réserve de faune de Binder Léré (135 000ha), en dépit de quelques dégâts causés à la suite de la guerre de 1979, reste en assez bon état sur le plan écologique.

- Les réserves de faune de Ouaddi-Remé/Ouaddi-Hachim (800 000ha) et de Siniaka-minia (426 000ha) sont dans un état de dégradation avancé aussi bien de la faune que de l’environnement; aucune mesure de réhabilitation n’est pour l’instant envisagée.


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