Problèmatique
Les politiques de sécurité alimentaire ont été longtemps orientées uniquement vers les populations rurales. Dans cette optique le consommateur nest pas considéré comme un acteur séparé du producteur car en fait le consommateur est supposé produire lui-même sa nourriture ou lacquérir par troc. Dans tous les cas la mise sur le marché de produits agricoles beaucoup plus comme loffre dun surplus quune réponse raisonnée à une demande.
Bien que dans les villes africaines, on pouvait remarquer dans la période coloniale et dans les années 60 une population ayant encore des activités de production agricole, qui leur permettait de se nourrir une partie de lannée, la mise sur le marché de produits agricoles était une tradition qui répondait à des stratégies commerciales dans lesquelles divers acteurs sont impliqués. Le modèle de pensée dominant de lépoque qui ne retenait des producteurs que lobjectif dautosuffisance traduisait plus une perception des planificateurs quune analyse objective de la réalité des stratégies de production et de mise sur le marché des produits agricoles par les producteurs.
Lapproche dite de «développement administré» a prévalu jusquà maintenant dans le domaine de lapprovisionnement et de la distribution, en particulier pour les denrées alimentaires dites de première nécessité. Elle consiste à favoriser ou à défavoriser la consommation de produits ciblés à travers des mesures administratives. Cette approche a longtemps caché le rôle déterminant de la demande (du consommateur) au profit de loffre «orchestrée» par lEtat. Ainsi tout est ignoré du consommateur puisque les planificateurs africains nourissaient lidée de modeler les styles de consommation en fonction dobjectifs quils se sont eux-même fixés.
Le développement du secteur informel et des marchés dits parallèles, les échecs répétés des différentes politiques de régulation, la fraude etc. ont mis en évidence la nécessité de prendre en compte les caractéristiques de la demande du consommateur comme facteur déterminant des comportements des différents acteurs de lapprovisionnement et de la distribution alimentaires et par conséquent de la dynamique de loffre. Dés lors la connaissance et la reconnaissance du consommateur comme acteur devient un élément déterminant dans toute politique de planification des systèmes dapprovisionnement et de distribution alimentaires (SADA). Cette connaissance est dautant plus importante que le phénomène durbanisation et les perspectives dévolution démographique, vont modifier de manière profonde lévolution de la demande alimentaire aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif.
Lémergence du phénomène urbain comme problème majeur du siècle à venir et la libéralisation des échanges appellent nécesseraiement une prise en compte renforcée du consommateur par les stratégies de développement des SADA. En Afrique francophone oú le rôle de la société civile est toujours plus reconnu, cette évolution se déroule dans un cadre politique de démocratisation. Dans ce domaine lémergence des associations de consommateurs constitue une innovation sociale importante.
La principale difficulté que pose la prise en compte du consommateur dans les analyses sur les SADA, est limprécision du concept qui renvoie à une diversité de réalités aussi bien objectives (catégories sociales, et économiques) que subjectives (perception, préférences alimentaires, prise de conscience de ses droits ou non, etc.).
Pour surmonter cette difficulté, un cadre analytique global est nécessaire. Ce cadre doit considérer dune part les facteurs structurels tels que les caractéristiques socio-démographiques des ménages, les activités et sources de revenus, les lieux de résidence, etc. Dautres caractéristiques plus fonctionnelles, qui ont trait aux règles dorganisation interne des ménages (décisions dachat concernant lalimentation, savoir et savoir-faire culinaire, etc.) et dorganisation de la consommation (le choix des types daliments et les périodes de consommation), influencent les choix et les modalités daccès aux aliments.
Au-delà des caractéristiques intrinsèques des consommateurs, ce sont les différents comportements dachat adoptés qui influencent le plus directement les systèmes dapprovisionnement et de distribution. Et les décisions des consommateurs dépendent de son environnement, de ses revenus, de son cadre de vie. Ces déterminants économiques ne sont cependant pas isolés de lhéritage culturel des acteurs et dun ensemble de valeurs.
Méthodologie
Lévaluation de la documentation disponible sur les politiques dapprovisionnement alimentaire des villes africaines montre que si la planification centralisée est abandonnée dans tous les pays francophones dAfrique dans la définition des politiques agricoles, il reste que la nécessité daxer la production sur les besoins des consommateurs est encore ignorée.
Ainsi très peu détudes ont été consacrées au consommateur et très peu dattention est accordée aux consommateurs dans les documents de redéfinition des politiques. Les études sur les insuffisances du système dapprovisionnement alimentaire mettent laccent sur les problèmes dinformations sur la demande (quantités, prix, qualités) et de formation des agents, mais rarement sur les relations entre les systèmes de distribution et le comportement du consommateur.
Ce document est une tentative de synthèse des connaissances disponibles sur le comportement du consommateur urbain africain dans les villes francophones en vue de dégager un cadre danalyse qui permette de mieux situer le consommateur dans les programmes damélioration des SADA. Létude se base donc essentiellement sur la documentation disponible. Des enquêtes légères auprès de personnes ressources (universitaires, responsables dassociations de consommateurs à Dakar) ont permis de compléter les informations.
La revue de la documentation disponible montre que les études orientées sur les consommateurs viennent à peine dêtre entamées par des universitaires des facultés de gestion des universités africaines, mais elles sont essentiellement des études de marketing et portent pour la plupart sur les produits manufacturés1.
Des études réalisés dans le cadre de programmes de recherche dorganismes extérieurs (FAO, CIRAD, Université catholique de Louvain, etc.) fournissent quelques informations utiles sur les consommateurs mais restent axés en priorité sur les réseaux de distribution et dapprovisionnement (CHEYNS, 1996; THUILLIER et BRICAS, 1996; BRICAS, 1996). La littérature grise des associations de consommateurs est également très pauvre en études qui renseignent sur les consommateurs (BIKORIMANA, 1997).
Dans les journaux des associations de consommateurs des données sont collectées sur le comportement dachat des consommateurs, mais les objectifs (illustrer une revendication, disposer doutils pédagogiques de formation) limitent la portée de telles enquêtes. Des problèmes dappréciation de la méthologie utilisée se posent également.