Cet article démontre l'importance, les potentialités et les contraintes des marchés de gros dans l'approvisionnement et la distribution alimentaires des villes africaines. Les marchés de gros sont des emplacements et infrastructures physiques et des règles de fonctionnement du système de commercialisation de gros. Il faut faire une distinction entre la distribution des produits alimentaires périssables et des produits non périssables. Le besoin d'un marché de gros se fait sentir le plus clairement pour les produits périssables, dès le moment où la population est importante. Les marchés de gros existent aussi pour des produits comme les céréales mais, dans ce cas, on parle habituellement d'une bourse de céréales.
Une description générale succincte des systèmes de commercialisation des produits alimentaires dans les grandes villes en Afrique est faite, ainsi qu'un diagnostic général de ces systèmes. Il ressort de cette analyse que la fonction de vente en gros est un élément critique pour la bonne performance de tout système de commercialisation de vivres. La plupart des grandes villes africaines ne possède pas un réel marché de gros. La fonction «gros» existe mais elle est souvent confondue avec celle de détail. Elle est généralement diffuse et rarement spécialisée. Et les installations utilisées pour la vente en gros de vivres sont souvent disséminées à travers la ville.
Plusieurs études de cas sont présentées: les marchés de gros pour les fruits et légumes au Maroc et au Kenya; la démonstration de la nécessité des marchés de gros pour le manioc à Kinshasa et la construction du plus grand marché de gros d'Afrique, celui de Bouaké en Côte d'Ivoire.
En général, l'absence d'un système de commercialisation dynamique et ordonné a comme effet de maintenir un statu quo de la production à petite échelle, une compétition déséquilibrée, dominée par le pouvoir monopsone dans les relations entre acheteurs et producteurs, et des niveaux bas de productivité. Les insuffisances fondamentales de la commercialisation, telles que les méthodes inefficaces de manutention, une congestion excessive, des gaspillages excessifs, la vente par dénombrement, l'emballage dans de rares contenants, le manque d'information fiable sur les prix au marché, ainsi que l'instabilité et les incertitudes, ajoutent aux coûts de distribution. Ces coûts ajoutés se reflètent dans les prix élevés des aliments et/ou la basse qualité des produits, ajoutant ainsi des charges additionnelles aux budgets alimentaires qui, pour la plupart des consommateurs urbains, sont déjà à la limite du possible.
Le rôle et les avantages d'un marché de gros sont analysés. Le grand avantage d'un marché de gros est qu'il rassemble dans un lieu déterminé toute l'offre et la demande d'un produit donné, permettant ainsi d'obtenir un prix unique d'équilibre. La formation des prix devient ainsi transparente et les coûts de transaction sont grandement réduits. Ainsi, un marché de gros est un important lieu de coordination verticale dans la chaîne de commercialisation, contribuant ainsi à une meilleure efficacité-prix et à une plus grande productivité de la filière de distribution des vivres.
Les principales critiques à la création d'un marché de gros qui peuvent être soulevées sont qu'un marché de gros ne sera pas pratique vu qu'il entraînera l'augmentation des coûts de transport pour les détaillants, que les grossistes ne se rendront pas au nouveau marché de gros et que sa création ou son extension créera du chômage. Ces critiques ne sont pas toujours justifiées et des mesures peuvent être prises pour résoudre ou contourner les problèmes soulevés.
Ensuite, les insuffisances constatées dans les marchés de gros existant dans les grandes villes en Afrique sont abordées. Ces insuffisances sont, à des degrés divers, spécifiques au climat, aux produits traités, à la technicité des opérateurs et aux conditions matérielles de distribution. Elles sont liées à l'implantation des marchés de gros, aux caractéristiques techniques du marché, aux opérateurs du marché et à l'organisation de la distribution. Ce sont ces insuffisances que tout projet de modernisation ou de création de marché de gros devra s'attacher à faire disparaître.
Ce papier se termine en précisant la place du marché de gros dans le développement économique, le rôle du gouvernement dans l'établissement, la gestion et le fonctionnement des marchés de gros et les facteurs dont on doit tenir compte pour l'établissement éventuel d'un marché de gros. Le rôle d'un marché de gros change selon les produits et le niveau de développement économique. D'un côté, il y a la complète autoconsommation, et de l'autre, la production entièrement sous contrat avec les clients. C'est entre ces deux extrêmités qu'un mécanisme de coordination, le marché, doit nécessairement intervenir. En l'absence d'initiatives privées, et c'est le cas dans la plupart des pays en développement, le gouvernement a un rôle décisif à jouer dans l'entreprise et la planification des projets de marchés, aussi bien que dans le financement des infrastructures que dans la gestion.