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5. LES SYSTÈMES DE COMMUNICATION PAR SATELLITE


5.1 Principes

Les systèmes de communication par satellite appliqués au SCS des pêches utilisent des satellites géostationnaires ou orbitaux. Dans un système géostationnaire, le satellite reste dans une position fixe par rapport à une localisation géographique donnée (le satellite est en fait sur une orbite fixe et bouge selon la même vitesse de rotation que la terre). Avec ce type de système, le satellite peut, à tout moment, recevoir et transmettre des messages à n’importe quel émetteur ou émetteur-récepteur qui se trouve dans la zone de couverture géographique délimitée à portée visuelle du satellite. Un système de communication basé sur des satellites géostationnaires doit disposer de plus d’un seul satellite pour couvrir un pourcentage plus important de la surface terrestre.

Dans un système de communication orbital, le satellite se déplace sur une orbite de façon à passer sur une localisation géographique donnée à des intervalles de temps définis. Un tel système signifie que les émetteurs ou émetteurs-récepteurs installés à terre viennent à portée du satellite à ces intervalles de temps définis et ne transmettent ou reçoivent que lorsque le satellite passe à leur portée ou est «visible». L’émetteur peut stocker les messages en attendant que le satellite passe à sa portée. Quand les messages sont transmis au satellite, ils peuvent également être stockés dans le satellite jusqu’à ce que le satellite passe à la portée d’une autre station terrestre réceptrice. Contrairement au système géostationnaire, un seul satellite est capable de couvrir la totalité de la surface terrestre. Cependant, il y aura des moments sans aucune couverture lorsque le satellite n’est pas en vue des localisations géographiques données. L’accroissement du nombre de satellites augmentera la couverture du système en diminuant les intervalles de temps où le satellite n’est pas en vue de la localisation donnée.

Dans ces deux types de système de communication un émetteur mobile ou fixe peut être utilisé. Un tel émetteur est monté sur un navire, un avion, un immeuble, etc., et utilise un signal radio pour transmettre un message au transpondeur monté sur le satellite. Le message peut être stocké dans le satellite pour être transmis sur le champ ou ultérieurement à un récepteur ou à un autre émetteur capable à son tour de transmettre des messages, monté sur un navire, un avion, un immeuble, etc. Dans certains cas, la station réceptrice sera une grande station fixe («station terrestre») qui sera reliée au système téléphonique normal installé à terre.

5.2 Facteurs affectant la performance

La performance d’un système satellite est en premier lieu liée au type et à la puissance du signal radio utilisé entre l’émetteur installé sur le navire et le satellite. La puissance disponible du satellite et l’étendue jusqu’à laquelle le satellite peut cibler une zone géographique sont étroitement liés et déterminent la taille et la puissance requises de l’émetteur placé à bord du navire.

Le type de signal radio utilisé par les émetteurs adaptés au SCS des pêches est généralement émis en hyperfréquence, ce qui s’avère parfaitement fiable et de puissance relativement basse. Ce signal n’est pas sérieusement affecté par les conditions atmosphériques.

5.3 Descriptions des systèmes

Les systèmes de communication utilisés à des fins de SCS sont principalement Inmarsat, Argos et Euteltracs. Des descriptions détaillées de ces systèmes sont disponibles auprès des fournisseurs et ne seront pas développées ici, sinon de façon très générale.

5.3.1 Inmarsat

Inmarsat est un système géostationnaire qui dispose de quatre satellites opérationnels. L’un est installé au-dessus du Pacifique, un autre de l’Océan Indien, et les deux derniers couvrent l’Océan Atlantique. Ce dispositif permet une couverture presque universelle dans la mesure où les satellites sont proches de l’équateur et ont des régions de couverture qui, centrées le long de l’équateur, se chevauchent autour de la terre. La couverture des régions polaires n’est pas possible dans la mesure où la hauteur des satellites au-dessus de la terre fait en sorte que les régions polaires ne sont pas visibles. L’aire de non-couverture est au sud de 75 degrés de latitude Sud et au nord de 75 degrés de latitude Nord.

Inmarsat offre une palette de formats de services utilisant tous les mêmes satellites. Les plus gros navires utiliseront Inmarsat A ou son successeur digital, Inmarsat B. Ces standards incluent la phonie, le fax et la transmission de données à haut débit à la fois en mode émission et réception. Inmarsat A ou B fournissent en fait un moyen de communication «bout à bout» ou en duplex, semblable à une liaison téléphonique où l’émetteur et le destinataire sont en contact presque en temps réel.

Inmarsat M est un standard plus petit et plus lent mais offre les mêmes fonctionnalités que A et B. Inmarsat A et B n’ont pas de systèmes de positionnement automatique. Ils proposent l’équivalent d’une liaison téléphonique et par conséquent, un type de service «bout à bout» sur lequel il peut être possible de mettre en place un système de rapport de position. Un effort considérable serait nécessaire pour satisfaire aux exigences de sécurité du SCS, spécialement en matière d’authentification de l’origine de la position, de préservation de l’intégrité du système de toute interférence de l’opérateur et d’exigences de fiabilité requises par les systèmes «bout à bout».

Inmarsat C est un standard substantiellement différent des autres. Ce n’est pas un système de «bout à bout», mais plutôt de stockage et de retransmission où les données ne sont pas immédiatement expédiées en continu de l’expéditeur au destinataire. Le message est stocké dans des sites intermédiaires telles que les stations terrestres Inmarsat, avant d’être adressé au destinataire final. De façon générale, le délai de transmission est d’environ 5 minutes. Ceci est bien évidemment inapproprié pour des communications en phonie, mais bien adapté et moins onéreux pour les messages électroniques et les télex. Les messages de format libre sont expédiés selon un mode de rapports périodiques de messages. Inmarsat C va plus loin en offrant un mode de transmission très peu onéreux pour de très courts messages. On l’appelle mode de rapports périodiques de données et il permet une transmission de messages de 16 bits.

L’organisation Inmarsat a prévu que le standard Inmarsat C comprenne un système de rapport automatique conférant à ce système un grand intérêt car prêt à l’emploi pour les systèmes de surveillance, tant terrestres que maritimes. L’émetteur-récepteur peut être programmé pour émettre la position selon une périodicité donnée. La programmation de cette périodicité peut être faite à distance depuis une station de surveillance via le réseau satellite. L’émetteur-récepteur est capable de recevoir et de traiter d’autres consignes telles que l’envoi immédiat de la position actuelle d’un navire. Le système de positionnement s’effectue en couplant un GPS avec l’émetteur-récepteur Inmarsat C.

5.3.2 Argos

Le système Argos est basé sur l’usage de sous-systèmes dévolus aux communications et placés à bord des deux satellites de l’Administration océanique et atmosphérique nationale (NOAA, Etat-Unis) qui sont en orbite polaire. Argos met à disposition un nombre varié de transmetteurs pour des applications de suivi de mobiles. Le système ne fonctionne actuellement qu’en mode émission depuis le navire vers la terre. Le mode réception est prévu pour le début du 21ème siècle. Argos est un système de stockage et retransmission dont les messages envoyés par le transmetteur placé à bord du navire sont stockés dans le satellite jusqu’à ce qu’il soit en vue d’une station terrestre Argos. Les messages sont également stockés dans les divers centres de traitement Argos pour leur distribution appropriée à travers le monde.

Argos est équipé d’un GPS et possède un système automatique de rapport de position. Les différentes positions GPS, enregistrées selon une périodicité programmée, sont transmises lorsque le satellite apparaît. Le satellite est également capable de déterminer une position en utilisant l’effet Doppler basé sur un signal émis par le transmetteur Argos placé à bord du navire.

5.3.3 Euteltracs

Le système Euteltracs est basé sur l’utilisation de deux satellites géostationnaires mis en œuvre par l’Organisation européenne de télécommunications par satellite, Eutelsat. Les satellites offrent une couverture régionale de l’Europe, du bassin méditerranéen et du Moyen Orient. Ce système a été conçu par Qualcomm, une compagnie américaine qui développe le réseau Omnitracs, un réseau satellite régional similaire couvrant l’Amérique du Nord.

Les fonctionnalités du système sont comparables à celles d’Inmarsat C, offrant des communications bi-directionnelles selon un mode de stockage et retransmission des données. Euteltracs/Omnitracs présente toute une variété d’applications de suivi clé en main pour les industries du transport. Euteltracs a été utilisé, parmi d’autres, dans l’Union européenne pour son système SSN. L’utilisation de la technologie Euteltracs/Omnitracs pour le SSN est restée relativement limitée mais pourrait s’étendre dans la mesure où Qualcomm et ses partenaires feraient évoluer leur couverture du régional vers le mondial.

5.4 La compatibilité des systèmes entre eux

Bien que ces trois systèmes spécifiques et les trois types de systèmes qu’ils induisent soient fondamentalement différents, d’un point de vue de gestion des pêcheries, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne puissent être utilisés conjointement pour autant que leurs données correspondent aux exigences du SSN et que chaque système se conforme aux exigences du gestionnaire en matière de couverture et de performance. Tel a été le cas en Europe, aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande où plusieurs systèmes ont été utilisés concomitamment pour une même pêcherie.

5.5 La convivialité pour l’utilisateur

L’installation des transmetteurs ou des émetteurs-récepteurs est relativement simple mais peut avantageusement être confiée à des installateurs qualifiés que l’on trouve chez la plupart des fournisseurs de l’industrie maritime. Le fonctionnement du système est également relativement simple à comprendre pour le capitaine du navire avec l’aide de notices d’utilisation et des explications des représentants des fournisseurs du matériel. La fonction de rapport de position ne nécessitera généralement pas d’intervention de la part du capitaine du navire, à la différence du rapport de captures qui demandera une connaissance des exigences du système et une aide pour son utilisation. Des instructions particulières sont nécessaires si l’équipement est également utilisé dans un but de sécurité, notamment au titre du Système mondial de détresse et de sécurité en mer (SMDSM).

Pour la station de contrôle, en bout de chaîne, le degré de convivialité sera déterminé par le choix de l’interface offerte par le fournisseur du service satellite et les facilités d’utilisation du logiciel installé au centre de surveillance. L’un et l’autre tendent à devenir plus faciles à utiliser et sont dans les capacités de la plupart des centres de surveillance des pêches pour peu qu’ils aient reçu quelques instructions de la part des fournisseurs.

5.6 Les futurs systèmes

Si les systèmes actuels évoluent tous, dans quelques années, il y aura pléthore de systèmes de communication par satellite, espérant pouvoir proposer leurs services aux professionnels de la pêche. Tous sont basés sur des constellations de satellites échelonnés sur une ou plus des trois types d’orbites (à savoir, orbite basse moyenne ou elliptique). Si certains ne proposent que de la transmission d’informations la plupart sont des systèmes de téléphonie duplex.

Les systèmes dédiés uniquement à la transmission de données constitueront certainement une concurrence solide aux trois systèmes existants. Il reste à voir quel peut être l’utilité d’un système de téléphonie dans le cadre d’un SSN. Alors que le monde de la pêche montre un certain intérêt pour les communications satellitaires à bas prix permettant la phonie, une question importante doit être posée.

Cette question est la suivante: le système est-il toujours capable de transmettre une position ou de subir une interrogation à distance (polling), alors que l’équipage à bord du navire est en conversation téléphonique? Cela pourrait théoriquement être réalisable en utilisant un terminal équipé de deux canaux ou en utilisant le système du canal de signalisation pour l’émission continue de rapports de position et le polling.

La solution technique employée n’a en elle-même que peu d’importance (si ce n’est le coût irraisonnablement élevé du matériel et des communications qu’elle suppose dans le cas de l’utilisation de deux canaux), mais il est certain que s’il n’est pas possible d’émettre un rapport de position régulièrement, notamment lorsque le système est utilisé pour une communication téléphonique, il serait difficile d’intégrer un tel système dans l’architecture d’un SSN.

5.7 Les systèmes d’identification automatique des navires

Suite à une initiative de l’Organisation maritime internationale, une consultation internationale visant à établir un système d’identification automatique des navires au niveau mondial est en cours. La motivation d’une telle initiative est essentiellement d’étendre les performances des moyens de détresse et de sécurité requises par la convention SOLAS (sauvegarde de la vie humaine en mer) et le SMDSM.

De manière schématique, le système d’identification automatique utiliserait les propres systèmes de navigation et de communication des navires pour calculer et transmettre leur position aux autorités locales de la zone dans laquelle ils se trouvent (état côtier). Chaque navire disposerait à son bord, d’une «boîte noire» qui déterminerait, en fonction de sa position, vers quelles autorités il devrait émettre ses rapports et les moyens de transmission les plus appropriés à cet effet (VHF, HF, communications par satellite).

En dépit de son ancrage dans le domaine de la sécurité maritime, un consensus se dégage pour dire qu’un tel système, lorsqu’il sera opérationnel, pourrait être utilisé à d’autres fins, par exemple pour la surveillance douanière des navires ou la protection des ressources halieutiques. On pourrait attendre d’un tel système qu’il fournisse des données précieuses sur les mouvements internationaux des navires, particulièrement sur ceux qui - en raison d’activités peu avouables - pourraient être tentés d’éviter les pêcheries soumises à l’usage du SSN.

Les navires de cette catégorie seraient ceux qui navigueraient sous pavillon de complaisance pour échapper à la réglementation de l’Etat du pavillon. Dans cette acception, le système d’identification automatique des navires serait un outil performant en matière de contrôle de l’accord de la FAO sur le respect, par les navires de pêche en haute mer, des mesures internationales de conservation et de gestion (voir annexe 1). Les autres navires, dont les déplacements pourraient attirer l’attention des autorités et dont les activités pourraient être suivies, au moins partiellement, par des systèmes d’identification automatique, seraient ceux engagés dans des activités aujourd’hui illégales, telle que la pêche aux filets maillants dérivants.

Malheureusement, à ce jour, il manque toujours un accord sur l’approche nécessaire, technologique ou normative afin de mettre en place un service d’identification automatique des navires. Quand ces questions seront résolues, peut-être une base préalable à la coopération ou même l’homogénéisation entre le SSN et l’identification automatique des navires existera-t-elle, mais il est encore trop tôt pour l’affirmer.


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