Les systèmes de communication par satellite appliqués au SCS des pêches utilisent des satellites géostationnaires ou orbitaux. Dans un système géostationnaire, le satellite reste dans une position fixe par rapport à une localisation géographique donnée (le satellite est en fait sur une orbite fixe et bouge selon la même vitesse de rotation que la terre). Avec ce type de système, le satellite peut, à tout moment, recevoir et transmettre des messages à nimporte quel émetteur ou émetteur-récepteur qui se trouve dans la zone de couverture géographique délimitée à portée visuelle du satellite. Un système de communication basé sur des satellites géostationnaires doit disposer de plus dun seul satellite pour couvrir un pourcentage plus important de la surface terrestre.
Dans un système de communication orbital, le satellite se déplace sur une orbite de façon à passer sur une localisation géographique donnée à des intervalles de temps définis. Un tel système signifie que les émetteurs ou émetteurs-récepteurs installés à terre viennent à portée du satellite à ces intervalles de temps définis et ne transmettent ou reçoivent que lorsque le satellite passe à leur portée ou est «visible». Lémetteur peut stocker les messages en attendant que le satellite passe à sa portée. Quand les messages sont transmis au satellite, ils peuvent également être stockés dans le satellite jusquà ce que le satellite passe à la portée dune autre station terrestre réceptrice. Contrairement au système géostationnaire, un seul satellite est capable de couvrir la totalité de la surface terrestre. Cependant, il y aura des moments sans aucune couverture lorsque le satellite nest pas en vue des localisations géographiques données. Laccroissement du nombre de satellites augmentera la couverture du système en diminuant les intervalles de temps où le satellite nest pas en vue de la localisation donnée.
Dans ces deux types de système de communication un émetteur mobile ou fixe peut être utilisé. Un tel émetteur est monté sur un navire, un avion, un immeuble, etc., et utilise un signal radio pour transmettre un message au transpondeur monté sur le satellite. Le message peut être stocké dans le satellite pour être transmis sur le champ ou ultérieurement à un récepteur ou à un autre émetteur capable à son tour de transmettre des messages, monté sur un navire, un avion, un immeuble, etc. Dans certains cas, la station réceptrice sera une grande station fixe («station terrestre») qui sera reliée au système téléphonique normal installé à terre.
La performance dun système satellite est en premier lieu liée au type et à la puissance du signal radio utilisé entre lémetteur installé sur le navire et le satellite. La puissance disponible du satellite et létendue jusquà laquelle le satellite peut cibler une zone géographique sont étroitement liés et déterminent la taille et la puissance requises de lémetteur placé à bord du navire.
Le type de signal radio utilisé par les émetteurs adaptés au SCS des pêches est généralement émis en hyperfréquence, ce qui savère parfaitement fiable et de puissance relativement basse. Ce signal nest pas sérieusement affecté par les conditions atmosphériques.
Les systèmes de communication utilisés à des fins de SCS sont principalement Inmarsat, Argos et Euteltracs. Des descriptions détaillées de ces systèmes sont disponibles auprès des fournisseurs et ne seront pas développées ici, sinon de façon très générale.
Inmarsat est un système géostationnaire qui dispose de quatre satellites opérationnels. Lun est installé au-dessus du Pacifique, un autre de lOcéan Indien, et les deux derniers couvrent lOcéan Atlantique. Ce dispositif permet une couverture presque universelle dans la mesure où les satellites sont proches de léquateur et ont des régions de couverture qui, centrées le long de léquateur, se chevauchent autour de la terre. La couverture des régions polaires nest pas possible dans la mesure où la hauteur des satellites au-dessus de la terre fait en sorte que les régions polaires ne sont pas visibles. Laire de non-couverture est au sud de 75 degrés de latitude Sud et au nord de 75 degrés de latitude Nord.
Inmarsat offre une palette de formats de services utilisant tous les mêmes satellites. Les plus gros navires utiliseront Inmarsat A ou son successeur digital, Inmarsat B. Ces standards incluent la phonie, le fax et la transmission de données à haut débit à la fois en mode émission et réception. Inmarsat A ou B fournissent en fait un moyen de communication «bout à bout» ou en duplex, semblable à une liaison téléphonique où lémetteur et le destinataire sont en contact presque en temps réel.
Inmarsat M est un standard plus petit et plus lent mais offre les mêmes fonctionnalités que A et B. Inmarsat A et B nont pas de systèmes de positionnement automatique. Ils proposent léquivalent dune liaison téléphonique et par conséquent, un type de service «bout à bout» sur lequel il peut être possible de mettre en place un système de rapport de position. Un effort considérable serait nécessaire pour satisfaire aux exigences de sécurité du SCS, spécialement en matière dauthentification de lorigine de la position, de préservation de lintégrité du système de toute interférence de lopérateur et dexigences de fiabilité requises par les systèmes «bout à bout».
Inmarsat C est un standard substantiellement différent des autres. Ce nest pas un système de «bout à bout», mais plutôt de stockage et de retransmission où les données ne sont pas immédiatement expédiées en continu de lexpéditeur au destinataire. Le message est stocké dans des sites intermédiaires telles que les stations terrestres Inmarsat, avant dêtre adressé au destinataire final. De façon générale, le délai de transmission est denviron 5 minutes. Ceci est bien évidemment inapproprié pour des communications en phonie, mais bien adapté et moins onéreux pour les messages électroniques et les télex. Les messages de format libre sont expédiés selon un mode de rapports périodiques de messages. Inmarsat C va plus loin en offrant un mode de transmission très peu onéreux pour de très courts messages. On lappelle mode de rapports périodiques de données et il permet une transmission de messages de 16 bits.
Lorganisation Inmarsat a prévu que le standard Inmarsat C comprenne un système de rapport automatique conférant à ce système un grand intérêt car prêt à lemploi pour les systèmes de surveillance, tant terrestres que maritimes. Lémetteur-récepteur peut être programmé pour émettre la position selon une périodicité donnée. La programmation de cette périodicité peut être faite à distance depuis une station de surveillance via le réseau satellite. Lémetteur-récepteur est capable de recevoir et de traiter dautres consignes telles que lenvoi immédiat de la position actuelle dun navire. Le système de positionnement seffectue en couplant un GPS avec lémetteur-récepteur Inmarsat C.
Le système Argos est basé sur lusage de sous-systèmes dévolus aux communications et placés à bord des deux satellites de lAdministration océanique et atmosphérique nationale (NOAA, Etat-Unis) qui sont en orbite polaire. Argos met à disposition un nombre varié de transmetteurs pour des applications de suivi de mobiles. Le système ne fonctionne actuellement quen mode émission depuis le navire vers la terre. Le mode réception est prévu pour le début du 21ème siècle. Argos est un système de stockage et retransmission dont les messages envoyés par le transmetteur placé à bord du navire sont stockés dans le satellite jusquà ce quil soit en vue dune station terrestre Argos. Les messages sont également stockés dans les divers centres de traitement Argos pour leur distribution appropriée à travers le monde.
Argos est équipé dun GPS et possède un système automatique de rapport de position. Les différentes positions GPS, enregistrées selon une périodicité programmée, sont transmises lorsque le satellite apparaît. Le satellite est également capable de déterminer une position en utilisant leffet Doppler basé sur un signal émis par le transmetteur Argos placé à bord du navire.
Le système Euteltracs est basé sur lutilisation de deux satellites géostationnaires mis en uvre par lOrganisation européenne de télécommunications par satellite, Eutelsat. Les satellites offrent une couverture régionale de lEurope, du bassin méditerranéen et du Moyen Orient. Ce système a été conçu par Qualcomm, une compagnie américaine qui développe le réseau Omnitracs, un réseau satellite régional similaire couvrant lAmérique du Nord.
Les fonctionnalités du système sont comparables à celles dInmarsat C, offrant des communications bi-directionnelles selon un mode de stockage et retransmission des données. Euteltracs/Omnitracs présente toute une variété dapplications de suivi clé en main pour les industries du transport. Euteltracs a été utilisé, parmi dautres, dans lUnion européenne pour son système SSN. Lutilisation de la technologie Euteltracs/Omnitracs pour le SSN est restée relativement limitée mais pourrait sétendre dans la mesure où Qualcomm et ses partenaires feraient évoluer leur couverture du régional vers le mondial.
Bien que ces trois systèmes spécifiques et les trois types de systèmes quils induisent soient fondamentalement différents, dun point de vue de gestion des pêcheries, il ny a aucune raison pour quils ne puissent être utilisés conjointement pour autant que leurs données correspondent aux exigences du SSN et que chaque système se conforme aux exigences du gestionnaire en matière de couverture et de performance. Tel a été le cas en Europe, aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande où plusieurs systèmes ont été utilisés concomitamment pour une même pêcherie.
Linstallation des transmetteurs ou des émetteurs-récepteurs est relativement simple mais peut avantageusement être confiée à des installateurs qualifiés que lon trouve chez la plupart des fournisseurs de lindustrie maritime. Le fonctionnement du système est également relativement simple à comprendre pour le capitaine du navire avec laide de notices dutilisation et des explications des représentants des fournisseurs du matériel. La fonction de rapport de position ne nécessitera généralement pas dintervention de la part du capitaine du navire, à la différence du rapport de captures qui demandera une connaissance des exigences du système et une aide pour son utilisation. Des instructions particulières sont nécessaires si léquipement est également utilisé dans un but de sécurité, notamment au titre du Système mondial de détresse et de sécurité en mer (SMDSM).
Pour la station de contrôle, en bout de chaîne, le degré de convivialité sera déterminé par le choix de linterface offerte par le fournisseur du service satellite et les facilités dutilisation du logiciel installé au centre de surveillance. Lun et lautre tendent à devenir plus faciles à utiliser et sont dans les capacités de la plupart des centres de surveillance des pêches pour peu quils aient reçu quelques instructions de la part des fournisseurs.
Si les systèmes actuels évoluent tous, dans quelques années, il y aura pléthore de systèmes de communication par satellite, espérant pouvoir proposer leurs services aux professionnels de la pêche. Tous sont basés sur des constellations de satellites échelonnés sur une ou plus des trois types dorbites (à savoir, orbite basse moyenne ou elliptique). Si certains ne proposent que de la transmission dinformations la plupart sont des systèmes de téléphonie duplex.
Les systèmes dédiés uniquement à la transmission de données constitueront certainement une concurrence solide aux trois systèmes existants. Il reste à voir quel peut être lutilité dun système de téléphonie dans le cadre dun SSN. Alors que le monde de la pêche montre un certain intérêt pour les communications satellitaires à bas prix permettant la phonie, une question importante doit être posée.
Cette question est la suivante: le système est-il toujours capable de transmettre une position ou de subir une interrogation à distance (polling), alors que léquipage à bord du navire est en conversation téléphonique? Cela pourrait théoriquement être réalisable en utilisant un terminal équipé de deux canaux ou en utilisant le système du canal de signalisation pour lémission continue de rapports de position et le polling.
La solution technique employée na en elle-même que peu dimportance (si ce nest le coût irraisonnablement élevé du matériel et des communications quelle suppose dans le cas de lutilisation de deux canaux), mais il est certain que sil nest pas possible démettre un rapport de position régulièrement, notamment lorsque le système est utilisé pour une communication téléphonique, il serait difficile dintégrer un tel système dans larchitecture dun SSN.
Suite à une initiative de lOrganisation maritime internationale, une consultation internationale visant à établir un système didentification automatique des navires au niveau mondial est en cours. La motivation dune telle initiative est essentiellement détendre les performances des moyens de détresse et de sécurité requises par la convention SOLAS (sauvegarde de la vie humaine en mer) et le SMDSM.
De manière schématique, le système didentification automatique utiliserait les propres systèmes de navigation et de communication des navires pour calculer et transmettre leur position aux autorités locales de la zone dans laquelle ils se trouvent (état côtier). Chaque navire disposerait à son bord, dune «boîte noire» qui déterminerait, en fonction de sa position, vers quelles autorités il devrait émettre ses rapports et les moyens de transmission les plus appropriés à cet effet (VHF, HF, communications par satellite).
En dépit de son ancrage dans le domaine de la sécurité maritime, un consensus se dégage pour dire quun tel système, lorsquil sera opérationnel, pourrait être utilisé à dautres fins, par exemple pour la surveillance douanière des navires ou la protection des ressources halieutiques. On pourrait attendre dun tel système quil fournisse des données précieuses sur les mouvements internationaux des navires, particulièrement sur ceux qui - en raison dactivités peu avouables - pourraient être tentés déviter les pêcheries soumises à lusage du SSN.
Les navires de cette catégorie seraient ceux qui navigueraient sous pavillon de complaisance pour échapper à la réglementation de lEtat du pavillon. Dans cette acception, le système didentification automatique des navires serait un outil performant en matière de contrôle de laccord de la FAO sur le respect, par les navires de pêche en haute mer, des mesures internationales de conservation et de gestion (voir annexe 1). Les autres navires, dont les déplacements pourraient attirer lattention des autorités et dont les activités pourraient être suivies, au moins partiellement, par des systèmes didentification automatique, seraient ceux engagés dans des activités aujourdhui illégales, telle que la pêche aux filets maillants dérivants.
Malheureusement, à ce jour, il manque toujours un accord sur lapproche nécessaire, technologique ou normative afin de mettre en place un service didentification automatique des navires. Quand ces questions seront résolues, peut-être une base préalable à la coopération ou même lhomogénéisation entre le SSN et lidentification automatique des navires existera-t-elle, mais il est encore trop tôt pour laffirmer.