P. Kamatali
Université Nationale du Rwanda
B.P. 117 Butaré Rwanda
Introduction
Matériel et méthodes
Résultats et discussions
Conclusion
Résumé
Les résultats de deux essais d'engraissement des chevreaux de la race locale sont présentés. L'aliment de base est une culture fourragère utilisée comme haie de lutte anti-érosive au Rwanda; il est complémenté de concentrés dans le premier essai, et de plantes ligneuses dans le deuxième essai. Les lots recevant les compléments concentrés ont réalisés des GMQ comparables à ceux recevant seulement le fourrage. Les meilleurs taux d'incorporation des plantes ligneuses ont permis une bonne ingestion de MS et des GMQ supérieurs à ceux d'animaux nourris d'herbe seule.
Au Rwanda, différents arguments font opter pour l'amélioration de l'élevage du petit ruminant, "vache du pauvre". Pays surpeuplé, à économie nationale basée sur l'agriculture, secteur occupant 92,9 p.cent de la population active, tant de facteurs font que les pâturages deviennent de plus en plus rares. Les agriculteurs éleveurs vent alors obligés de limiter leur nombre de bovine à élever sur leurs exploitations agricoles familiales et de se tourner de plus en plus vers les petite ruminants.
C'est dans le but d'apporter notre contribution à l'amélioration de l'alimentation de la chèvre commune rwandaise (Small East African goat) que nous avons entrepris ces essais d'engraissement. Dans le premier essai, le Setaria sphacelata est complémenté de son de riz, dans le deuxième essai il est complémenté de plantes ligneuses comprenant Ficus thonningii, Leucaena leucocephala, et du mélange de Gliricidia maculata, Bambusa vulgaris, Vernonia amygdalina et Erythrina abyssinica. Les sous-produits agricoles et les plantes ligneuses constituent d'importantes sources d'éléments nutritifs, surtout en périodes de soudures telles que la saison sèche.
Les animaux utilisés dans les deux essais vent des chevreaux de la race commune rwandaise et l'aliment de base est constitué de Setaria sphacelata.
Les aliments complémentaires vent le son de riz, le maïs, le soja grillé et le tourteau de coton pour le premier essai et les plantes ligneuses pour le deuxième essai.
Les taux d'incorporation de chaque plante ligneuse vent de zéro et de 10, 30 et 50 p.cent dans la ration.
Les ingestions journalières de matière sèche et les gains moyens quotidiens (GMQ) furent mesurés.
ESSAI D'ENGRAISSEMENT DE CHEVREAUX DE LA RACE COMMUNE RWANDAISE A QUATRE TYPES DE RATION A BASE DE SETARIA SPHACELATA
Le fourrage distribué comme aliment de base est le Setaria sphacelata. Les quatre types de ration distribués sont:
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L1 |
Setaria sphacelata seul; |
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L2 |
Setaria sphacelata plus son de riz ad libitum; |
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L3 |
Setaria sphacelata plus son de riz ad libitum plus soja grillé; |
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L4 |
Setaria sphacelata plus un concentré composé de maïs, soja grillé et tourteau de coton. |
Les comparaisons de ces lots de chevreaux recevant ces différentes rations, sur base de leurs gains moyens quotidiens de la naissance à 11 semaines et de 12 à 20 semaines nous montrent que le lot ayant reçu le concentré équilibré a un GMQ 1,6 fois plus élevé que celui du lot recevant le Setaria sphacelata seul, ceci au cours de la première période d'engraissement. Les lots recevant les compléments farineux ont réalisé des GMQ comparables et non significativement différents de ceux réalisés par le lot recevant le fourrage seul (Tableau 1). Serait-il dû à l'adaptation de la chèvre rwandaise aux fourrages de faible valeur nutritive et que, au cours des années, elle aurait acquis une très bonne capacité d'utilisation digestive de protéines que le fourrage contient?
De même pour les rendements carcasses, on trouve que les chevreaux bénéficiant de concentrés ont de meilleurs rendements-carcasses, supérieurs de 25 p.cent comparés aux animaux nourris uniquement au Setaria sphacelata (50 p.cent contre 40 p.cent environ).
Ces résultats nous montrent nettement une mauvaise valorisation du concentré par la chèvre commune rwandaise et son faible potentiel génétique à produire de la viande.
Tableau 1. Gains moyens quotidiens de 0-11 et de 12-30 semaines d'engraissement (g/jour)
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Lots
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GMQ (0-11 semaines) |
GMQ (12-20 semaines) |
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|
|
e.t. |
|
e.t. |
|
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L1 |
24,03 |
10,44 |
30,18 |
5,59 |
|
L2 |
26,84 |
13,18 |
10,89 |
17,75 |
|
L3 |
26,51 |
13,00 |
- |
- |
|
L4 |
38,53 |
14,58 |
10,18 |
16,35 |
EXAMEN DE LA VALEUR FOURRAGERE DE DIX ESPECES DE PLANTES LIGNEUSES DU RWANDA
Les dix espèces de plantes ligneuses sont: Acacia seyal, Acanthus pubescens, Bambusa vulgaris, Calliandra sp., Erythrina abyssinica, Ficus thonningii, Gliricidia maculata, Leucaena leucocephala, Sesbania sesban et Vernonia amygdalina.
L'aliment de base témoin était le Setaria sphacelata auquel on a incorporé 10, 30 et 50 p.cent de matière sèche de chaque espèce de plante ligneuse, pour avoir les différentes rations des chevreaux.
L'incorporation de 50 p.cent de Ficus thonningii ou d'Acanthus pubescens à l'aliment de base a permis d'avoir de bonnes ingestions de matière sèche et de bons gains moyens quotidiens.
Avec le Leucaena leucocephala, le taux d'incorporation qui donne de bonnes ingestions de matière sèche et de bons GMQ est celui de 30 p.cent. Celui-ci est encore inférieur au seuil pouvant causer des risques de toxicité.
L'incorporation de 30 p.cent du mélange de Gliricidia maculata, Bambusa vulgaris, Erythrina abyssinica et Vernonia amygdalina dans la ration des chevreaux a permis de meilleures ingestions de matière sèche et de meilleurs GMQ comparativement à ceux des chevreaux nourris au Setaria sphacelata seul ou avec l'incorporation de 10 p.cent de ce mélange (Tableaux 2 et 3).
Tableau 2. Consommation de matière sèche (kg/tête/j) durant l'essai d'alimentation des chevreaux avec complément de ligneux
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Ration |
Acanthus pubescens |
Ficus thonningii |
Leucaena leucocephala |
Mélange |
||||
|
x ± e.t. |
x ± e.t. |
x ± e.t. |
x ± e.t. |
|||||
|
I |
0,331 |
0,066a |
0,353 |
0,024a |
0,381 |
0.007a |
0,389 |
0,005a |
|
II |
0,405 |
0,042a |
0,407 |
0,021b |
0,499 |
0,008b |
0,530 |
0,006b |
|
III |
0,312 |
0,056a |
0,423 |
0,023b |
0,556 |
0,190c |
0,562 |
0,017c |
|
IV |
0,459 |
0,009b |
0,538 |
0,021c |
- |
- |
- |
- |
Nota: Ration I: Setaria seul; II: Setaria 90 p.cent + 10 p.cent ligneux; III: Setaria 70 p.cent + 30 p.cent ligneux; IV: Setaria 50 p.cent + 50 p.cent ligneuxLes valeurs d'une même colonne portent des lettres différentes diffèrent significativement (P < 0,05)
Tableau 3. Comparaison des GMQ (g/j) réalisés par les chevreaux durant les essais d'alimentation aux différentes espèces de plantes ligneuses
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Ration |
Acanthus pubescens |
Ficus thonningii |
Leucaena leucocephala |
Mélange |
||||
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|||||
|
I |
15,0 |
2,0a |
14,8 |
1,5a |
16,0 |
2,3a |
14,2 |
2,87a |
|
II |
15,3 |
1,6a |
15,0 |
1,5b |
16,0 |
2,2a |
17,2 |
5,19a |
|
III |
19,2 |
1,6a |
22,4 |
3,2c |
27,4 |
2,2b |
30,0 |
7,48b |
|
IV |
25,0 |
2,5b |
29,1 |
1,8b |
- |
- |
- |
- |
Les valeurs d'une même colonne portent des lettres différentes diffèrent significativement (P < 0,05)
En comparant ces GMQ à ceux de l'Institut des Sciences Agronomiques du Rwanda/Station de Karama (54 g/j) et ceux retenus au projet agro-pastoral de Nyabisindu (50 g/j), les taux d'incorporation de plantes ligneuses dans la ration des chevreaux ont donné des GMQ inférieurs à la moyenne de ceux des chevreaux de la race locale.
Malgré les écarts de gains de poids que manifestent les petite ruminants alimentés au fourrage plus un complément, ces gains restent faibles et l'utilisation rentable des concentrés ne peut se justifier qu'après des analyses économiques précises.
Par contre, l'incorporation de sous produits agricoles dans l'alimentation des petite ruminants exige peu de dépenses du côté de l'agriculteur-éleveur, mais au contraire lui permet de rentabiliser les déchets des récoltes.
S'agissant des plantes ligneuses, elles constituent une source d'éléments nutritifs pour les petite ruminants. Il faudra donc en déterminer les meilleurs systèmes de culture, d'exploitation et les différents taux optima d'incorporation dans les rations.