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Causes de mortalité avant le sevrage chez les ovins et caprins du système agropastoral du Mali central

A. Traoré

Programme des Zones Aride et Semi-aride
Centre International pour l'Elevage en Afrique
B.P. 60 Bamako Mali


Résume
Introduction
Matériel et méthodes
Résultats et discussions
Conclusion

Résume

Au niveau de troupeaux d'ovins et de caprins de six localités appartenant au système agropastoral de la zone du Mali central et totalisant un effectif d'environ 1500 têtes, une enquête sur la base d'observations cliniques et d'examen post mortem fut menée de janvier à décembre 1983, afin d'identifier les causes de mortalité avant sevrage les plus courantes chez les agneaux et chevreaux. Les principales causes recensées furent la subvitalité à la naissance, la malnutrition, les pneumopathies, l'entérite, la pasteurellose, la peste des petits ruminants et la clavelée. Le pourcentage des causes inconnues ou indéfinissables est relativement important (18 à 20 p.cent). Des réflexions sont faites sur les possibilités de réduction de la mortalité avant sevrage chez les petits ruminants.

Introduction

Espèces très prolifiques, les petite ruminants pourraient encore contribuer d'avantage au mieux-être des éleveurs, s'ils ne payaient un lourd tribut à la pathologie.

La classe d'âge des jeunes avant le sevrage est particulièrement touchée.

L'étude de l'âge des animaux morts (toutes espèces confondues) montre que plus de 60 p.cent des mortalités se situent chez les jeunes avant sevrage avec 26,6 p.cent de morti-natalité et de mortalité au premier jour, 14,5 p.cent de un à sept jours, 8,2 p.cent de huit à trente jours, 22,8 p.cent entre un et trots mois et 16,4 entre trots et quatre mois (Wilson, de Leeuw & de Haan, 1983). Des études récentes confirment en général les niveaux de mortalité constatés (Traoré, 1983; 1984).

De ce fait, si les niveaux de mortalité vent assez bien connus à présent, les causes de mortalité, particulièrement celles intervenant avant le sevrage, restent à identifier.

L'objet de la présente étude est donc de déterminer, en partant d'observations cliniques faites tout au long de l'année 1983 au niveau des troupeaux de petite ruminants suivis par le CIPEA, les causes de mortalité avant sevrage les plus connues, afin de pouvoir entreprendre au niveau des mêmes troupeaux des essais visant à leur réduction.

Matériel et méthodes

L'étude s'est déroulée au niveau de troupeaux ovins et caprins (1500 têtes environ dont les deux tiers de caprins) suivis depuis 1977 par le CIPEA et répartis entre six localités appartenant aux sous-systèmes agropastoraux du mil et du riz.

Le mode d'élevage est traditionnel et de type sédentaire. Les pâturages constituent l'essentiel de l'alimentation. Les jeunes vent gardés à la naissance dans des enclos séparés. D'abord en divagation dans les alentours immédiats du pare après le départ du troupeau au pâturage, ils suivent les adultes au pâturage à partir de trots mois. Le sevrage intervient vers cinq mois, le plus souvent à la faveur d'une nouvelle gestation. Les interventions vétérinaires vent occasionnelles.

Sauf à Dalonguébougou où une visite mensuelle fut effectuée compte tenu de l'éloignement, tous les troupeaux ont fait l'objet de visites médicales bihebdomadaires avec souvent des visites intermédiaires (pesées et contrôle) ou sur sollicitation des propriétaires d'animaux. Il convient de signaler que tous les animaux vent identifiés par des bagues numérotées à l'oreille.

Les cas de morbidité et de mortalité vent recensés. Le mois et la saison de mortalité ainsi que le type de naissance vent notés. Les antécédents sanitaires aussi bien du petit que de la mère vent enregistrés. Des examens post-mortem furent menés quand ceci était possible et des échantillons ont été envoyés au laboratoire pour examen microbiologique.

Les diagnostics posés ici vent le plus souvent basés sur des observations cliniques; ils vent de ce fait plus symptomatiques qu'étiologiques. Là où il y a manque de présomption sérieuse, la cause de mortalité est désignée comme inconnue.

L'analyse des données n'a concerné que les cas de mortalité avant sevrage intervenus entre janvier et décembre 1983 chez les sujets né-vivants âgés de un jour à cinq mois (la date de naissance pouvant être antérieure à janvier 1983). Les causes de mortalité vent étudiées selon l'espèce, l'âge, la saison et les troupeaux.

Résultats et discussions

CAUSES DE MORTALITE AVANT SEVRAGE CHEZ LES CAPRINS

Les principales causes de mortalité chez les chevreaux de la naissance jusqu'à cinq mois vent présentées au tableau 1. Les pneumopathies et les affections à composante pulmonaire telles la peste des petite ruminants et la pasteurellose, constituent à elles seules plus de 50 p.cent des causes de mortalité. Celles-ci vent suivies des causes de mortalité d'origine non infectieuse (18 p.cent), caractérisées essentiellement par la subvitalité des chevreaux à la naissance mourant le plus souvent d'inanition dès les premiers jours ou succombant un peu plus tard à la première infection banale (non consommation du colostrum!). On peut noter ici que les naissances multiples (jumeaux, triplets) constituent des facteurs favorisants, dans la mesure où les causes de mortalité précitées y vent plus fréquemment rencontrées.

La répartition par classe d'âge des causes de mortalité (figure 1) montre deux périodes de "crise" pathologique: la période de huit à trente jours d'âge et celle de trots à cinq mois d'âge.

La première période (8-30 j) est caractérisée par des affections à étiologie non précisée et par un pourcentage relativement important de causes inconnues. Chez les chevreaux de trots à cinq mois, l'apparition d'affection à étiologie spécifique (pasteurellose, peste des petite ruminants) laisse percevoir des possibilités d'intervention plus concrètes (vaccination).

Tableau 1 Causes de mortalité avant sevrage chez les caprins (Pourcentage basé sur 60 mortalités)

Causes de mortalité

Prévalence (%)

Facteurs prédisposants

Immaturité/Subvitalité
Lésion ou malformation génétique/Inanition
Malnutrition

18,33

Naissance multiple; maladie antépartum de la mère (Pasteurellose/Brucellose); mammite; mortalité de la mère

Entérite

11,67

-

Pneumopathie (non identifiée)

26,67

Saison froide

Septicemie/Pasteurellose.

13,33

Saison froide

Peste des petite ruminants

11,67

-

Inconnues

18,33

-

Figure 1. Répartition selon certaines variables des causes de mortalité avant sevrage chez les caprins au Mali central

La figure 1 montre également que l'essentiel des problèmes pathologiques chez les chevreaux s'observe en saison sèche. Les pneumopathies et la pasteurellose dominent entièrement le tableau pathologique en saison froide, cette saison étant la plus meurtrière. A cette période, la pasteurellose est redoutée des éleveurs chez lesquels une réelle psychose de la maladie règnera jusqu'au mois de Mars-Avril. En saison sèche chaude à côté de la peste des petite ruminants, on note une prépondérance des problèmes d'ordre nutritionnel (naissances des chevreaux subvitaux).

L'analyse des causes de mortalité à l'échelle du troupeaux ou de la localité (figure 1) montre le caractère localisé de certains problèmes de santé. C'est ainsi que le Ranch/Niono, Kanabougou, Minimana et N'Tila se présentent comme des zones d'enzootie de pasteurellose et de peste des petite ruminants. B 10, Siraouma et Dalonguébougou, plus isolés et situés à des distances plus éloignées des premiers en ont été épargnés. Par contre, les affections à étiologie non spécifique telles les pneumopathies et l'entérite, les problèmes de naissances de chevreaux subvitaux, la malnutrition, vent présents à des degrés divers au niveau de tous les troupeaux visités.

CAUSES DE MORTALITE AVANT SEVRAGE CHEZ LES OVINS

Les causes de mortalité avant sevrage recencées chez les agneaux morts pendant la période de l'étude vent présentées au tableau 2. La clavelée et ses suites (malnutrition des agneaux) ont été à la base d'une grande partie des mortalités constatées. Elles vent suivies par ordre d'importance par les causes de mortalité inconnues. Les pneumopathies et la pasteurellose ont été beaucoup moins fréquentes que chez les chevreaux mais les cas d'indigestion et de diarrhée ont été sensiblement de même importance. Chez les agneaux également, les antécédants sanitaires de la mère influencent nettement les taux de survie du petit. Compte tenu du nombre plus limité des naissances multiples chez les ovins il n'a pas été possible d'étudier leur influence sur les causes de mortalité.

La figure 2 montre de façon nette l'existence des deux périodes de "crise pathologique" précédemment constatées chez les chevreaux: la classe d'âge de huit à trente jours et celle de trots à cinq mois. Les pneumopathies et l'effet indirect de la clavelée ont été essentiellement à la base des pertes au niveau de la classe d'âge de huit à trente jours alors que celles de trots à cinq mois ont surtout fait l'objet de perte directe de cette maladie. Les mortalités entre un à sept jours d'âge vent le plus souvent dues à l'immaturité et la subvitalité des agneaux à la naissance.

Tableau 2. Causes de mortalité avant sevrage chez les ovins (Pourcentage relatif à 60 cas de mortalité)

Causes de mortalité

Prévalence (%)

Facteurs prédisposants

Immaturité/Subvitalité
Inanition/Malnutrition

23,33

Maladies antépartum (Pasteurellose? Brucellose?)

Accident/Traumatisme

1,67

-

Indigestion/Diarrhée

8,33

Début saison des pluies

Pneumopathie/Pasteurellose?

10,00

Saison froide

Clavelée (perte directe)

23,33

-

Clavelée de la mère (malnutrition de l'agneau)

13,33

-

Inconnues

20,00

-

Figure 2. Répartition selon certaines variables des causes de mortalité avant sevrage chez les ovins au Mali central

Chez les ovins également, les saisons sèche froide et sèche chaude constituent des périodes de crise. Elles vent caractérisées par l'évolution des pneumopathies, de la clavelée et de la malnutrition. Les diarrhées et indigestions plus fréquentes chez les agneaux de trots à cinq mois dominent en saison pluvieuse du fait de l'abondance d'herbes très jeunes et pauvres en cellulose (tympanie/diarrhée). Les examens coprologiques ont permis de constater que certains agneaux étaient infestés de coccidies et de strongles. Partant de l'étude par troupeau ou localité, on remarque ici également une grande disparité dans les fréquences de causes de mortalité.

En se reférant aux observations faites chez les deux espèces (figures 1 et 2), on constate que sauf au Ranch/Niono où les problèmes de santé semblent être aussi aigus chez les chevreaux que chez les agneaux, les autres localités présentent des situations pathologiques très différentes d'une espèce à l'autre. Ceci s'explique en partie par la réceptivité sélective aux agents pathogènes: la peste des petite ruminants constatée était adaptée à l'espèce caprine et la clavelée n'est pathogène que pour l'espèce ovine. Par ailleurs, les pneumopathies et la pasteurellose semblaient causer d'avantage de mortalités chez les caprins que chez les ovine.

POSSIBILITES DE REDUCTION DES TAUX DE MORTALITE AVANT SEVRAGE

Tout en ayant permis une certaine stratification des grandes composantes pathologiques responsables des mortalités de la zone, les résultats de cette étude manquent encore d'éléments d'appréciation définitive; au delà des symptômes et qualifications cliniques l'objectif final serait une identification des pathogènes en cause. Par ailleurs, la situation rencontrée entre années, peut n'avoir pas été celle ayant prévalu plus tôt; par exemple, la clavelée qui a causé de sérieux dégâts à Dalonguébougou n'avait jamais été connue des villageois. Les résultats de cette étude demandent à être confirmés et approfondis (diagnostic microbiologique).

Mais il apparaît certain, compte tenu de la complexité des causes recensées, que toute tentative de réduction des taux de mortalité par des mesures isolées sera vouée à l'échec. Le problème doit être examiné dans sa globalité et sa résolution nécessitera une approche intégrant des actions telles que:

- l'amélioration de la gestion des troupeaux;

- le relèvement des niveaux alimentaires en saison sèche chez des catégories-cibles (gestantes, femelles suitées) et de façon prioritaire chez les ovine;

- un programme de prophylaxie adapté à la situation épidémiologique et aux possibilités financières des propriétaires d'animaux.

S'agissant de la composante sanitaire elle devrait viser l'élimination progressive des affections à étiologie spécifique telles la peste des petite ruminants, la pasteurellose et la clavelée dans les zones d'enzootie. Les maladies à étiologie complexe et moins spécifique (les pneumopathies, les entérites), les causes de mortalité d'origine non infectieuse (subvitalité et malnutrition) ainsi que les pertes "inconnues" ou dues aux prédateurs, pourraient être combattues de façon satisfaisante par l'amélioration des niveaux nutritionnels et de la gestion des troupeaux.

En ce qui concerne la gestion des troupeaux, il est souvent avancé l'idée d'un contrôle des périodes de monte afin d'orienter les mises-bas vers des périodes favorable s. Les observations faites quant à l'effet des péri odes et intervalles de mise-bas sur la mortalité avant sevrage (Wilson, de Leeuw & de Haan, 1983) montrent qu'un tel contrôle pourrait présenter des avantages en matière de santé animale; mais il convient de vérifier dans queue mesure il ne conduirait pas à une perte pour l'éleveur en considérant l'indice de productivité annuelle par unité de reproductrice exprimé en kg de poids vif sevré par femelle. Il reste entendu qu'un tel contrôle serait peu profitable pour les éleveurs vivant en "symbiose complète" avec leur troupeau, compte tenu de la contribution quotidienne de celui-ci en fait. Ceci est rarement le cas chez les paysans-éleveurs des sous-systèmes agropastoraux de notre zone d'étude, plus portés sur la reproduction et l'exploitation numérique de leur cheptel.

Conclusion

Les taux de mortalité avant sevrage vent très élevés et appellent la prise de mesures visant à leur réduction. L'importance des mortalités à causes inconnues nous exhorte à intensifier les investigations de diagnostic. Certaines des causes connues laissent espérer une possible réduction des taux de mortalité enregistrée. Il s'agit d'une part des causes relatives à des problèmes de gestion (pertes, prédateurs, malnutrition) et d'autre part de celles consécutives à des maladies à caractère spécifique et contre lesquelles on dispose actuellement de possibilité de lutte par vaccination (pasteurellose, peste des petite ruminants, clavelée ou variole caprine).


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