Previous Page Table of Contents Next Page


Les petits ruminants en République du Niger

O. Zakara

Centre d'Elevage Caprins du Maradi
B.P. 379 Maradi Niger


Introduction
Importance économique et sociale des petits ruminants
Obstacles nutritionnels à la productivité
Facteurs affectant la croissance
Problèmes de santé et leur impact sur la production
Mortalités chez les petits ruminants
La production chez les petits ruminants
La chèvre rousse de Maradi

Résumé

Les races ovine et caprine les plus importantes présentes au Niger et la situation de l'élevage dans l'économie nationale sont décrites. Globalement, les petits ruminants produisent 48,8 p.cent de la viande du pays, 200 000 hl de lait et ont un rôle socio-économique important. Les contraintes à la productivité sont citées avec, en premier lieu, les difficultés d'ordre nutritionnel et sanitaire. Les performances de reproduction de la chèvre rousse de Maradi sont rapportées à la fin de cette communication avec quelques recommandations concernant la diffusion de cette race en milieu villageois.

Introduction

La République du Niger, d'une superficie de 1 180 000 km² est un pays où l'élevage constitue l'un des principaux piliers de l'économie. A côté de l'élevage des bovins (3 472 553 têtes en 1982), l'élevage des petits ruminants occupe une place importante (7 295 160 caprins et 3 315 452 ovins, aussi en 1982).

Cet élevage se situe dans toutes les zones climatiques, depuis la zone soudanienne jusqu'aux oasis de Ténéré et occupe toute la population aussi bien sédentaire que nomade. Cet aspect de l'élevage nigérien fait apparaître un élevage extensif caractérisé par une transhumance de grande amplitude à côté duquel se situe un noyau de sédentaire sous forme d'embouche uniquement en zone agricole.

Les troupeaux de petits ruminants sont constitués de deux espèces. Pour les ovins, on distingue les moutons peurs qui comprennent deux variétés (le bali-bali et le Ouda) et le mouton touareg (ara-ara). En plus, il y a les métis issus du croisement de ces races. L'aire de dispersion correspond pour le mouton touareg à la zone sahélienne et sub-saharienne, le mouton peul occupe la même aire de dispersion que le zébu peur, c'est-à-dire la zone agro-pastorale.

Les caprins sont représentés par deux races principales: la chèvre du Sahel et la chèvre rousse de Maradi. Les caprins sont très mélangés, surtout la chèvre du Sahel dite bariolée (par opposition à la chèvre rousse). On la rencontre dans toutes les contrées du Niger. Parmi les caprins nigériens, une race attire l'attention des zootechniciens, des tanneurs et maroquiniers; la chèvre rousse de Maradi dont l'aire géographique se limite au département de Maradi et au sud-ouest de Zinder. On en trouve aussi dans le nord-ouest du Nigéria (Red Sokoto goat).

Importance économique et sociale des petits ruminants

Les petits ruminants contribuent pour une large part à l'économie nationale. Le capital bétail apporté par les petits ruminants en 1982 était de l'ordre de six milliards de Francs CFA pour les caprins et 3 450 000 000 FCFA pour les ovins pour un capital bétail global de 50 milliards de FCFA. L'exploitation des chèvres et moutons pour la même année nous a apporté 37 487 000 FCFA pour les exportations et consommations locales (animaux sur pied) et 1 907 000 000 FCFA des peaux de moutons et chèvres.

La production laitière tient aussi une place non négligeable dans cette économie. Avec une production annuelle de 209 365 000 litres de lait les petits ruminants contribuent pour une valeur de 18 424 120 000 FCFA. La production de viande demeure un secteur important. Sur un total de 76 978 tonnes de viande produite, la part des petits ruminants est de 37 578 tonnes soit 48,8 p.cent.

En milieu rural, l'animal est au centre de la vie sociale du paysan. Les petits ruminants constituent un capital de départ pour la constitution de troupeaux bovins. C'est un trésor important qui contribue à la renommée des familles En société pastorale, la chèvre occupe une place privilégiée. Son endurance au climat, sa sobriété par rapport aux moutons et bovins, sa prolificité, son aptitude aux longues marches lui confèrent l'estime de l'homme Touareg qui en fait un animal de choix.

Les petits ruminants en somme sont une source d'économies à laquelle on fait appel en beaucoup de circonstances: achat de vivres et besoins familiaux; manifestations religieuses; cérémonies de baptême et de mariage; et réception d'hôtes de marque.

Obstacles nutritionnels à la productivité

L'alimentation des animaux pose des problèmes au Niger où la sécheresse sévit depuis plusieurs années. Les animaux sont donc confrontés à une sous-alimentation chronique, affectant toutes les productions. Les petits ruminants, surtout les ovins, en meurent par troupeau. Les chèvres résistent mieux car elles profitent des pâturages aériens et se contentent de débris végétaux lignifiés. Les jeunes en croissance, les animaux âgés et les femelles gestantes sont les plus vulnérables. On assiste alors à des avortements, des mortalités prénatales et des dystocies maternelles par épuisement.

Pour pallier à ce phénomène, des aliments complémentaires sous forme de graines de coton et son de blé sont distribués pendant la période de soudure. Cette mesure malheureusement ne peut toucher qu'une minorité d'animaux car tous les besoins ne peuvent pas être couverts avec ces seuls aliments.

Facteurs affectant la croissance

La croissance est liée à l'alimentation. Celle-ci étant insuffisante, on assiste à des baisses de poids à certaines périodes, surtout pendant les périodes de soudure, et à une légère hausse en hivernage; ce qui présente une courbe en dent de scie. Les jeunes à la mamelle sont surtout les plus touchés. Il arrive que les mères refusent leurs petits car, épuisées par l'exportation de toutes les réserves alimentaires au cours de la gestation, elles se trouvent incapables de les nourrir.

Problèmes de santé et leur impact sur la production

La santé est le facteur favorable à toute production, or elle fait défaut assez souvent dans nos troupeaux nous contraignant à des interventions sanitaires perpétuelles. Cette santé est perturbée par plusieurs maladies. Les plus importantes fréquemment relevées au niveau des petits ruminants sont les parasitismes gastro-intestinaux et pulmonaires, les coccidioses, les affections respiratoires sous forme de pneumonie, les affections digestives se traduisant par des entérites diarrhéiques consécutives à un déséquilibre alimentaire, des foyers isolés de Peste des Petits Ruminants, des pasteurelloses et de l'ecthyma.

Parmi toutes ces maladies, les parasitoses sont les plus constantes et les petits ruminants lui paient un lourd tribu. Elles contribuent avec la sous-alimentation à la baisse de production et demeurent les facteurs prédisposant à certaines maladies infectieuses par affaiblissement de l'organisme.

Tout comme l'alimentation, des déparasitages collectifs sont menés tous les jours, touchant la majeure partie des effectifs contrôlables.

Mortalités chez les petits ruminants

Les mortalités sont consécutives aux maladies surtout parasitaires, aux affections respiratoires en périodes fraîches pendant lesquelles les animaux sont exposés au froid et à la pluie mais aussi à la sous-alimentation devenue un handicap important ces dernières années. On se souvient encore des hécatombes enregistrées en zones sahéliennes en 1973 et tout récemment en 1984-1985 où des milliers d'animaux sont morts par inanition. Parmi les petits ruminants, les ovins sont les premières victimes car ils sont moins résistants et plus fragiles que les caprins.

La production chez les petits ruminants

Les petits ruminants sont prolifiques et féconds. Ils se reproduisent facilement donnant souvent deux et parfois trois et même quatre petits par portée. La première mise-bas a lieu généralement vers la fin de la première année de vie pour les races précoces, vers 12 à 15 mois pour les autres. L'intervalle entre les mises-bas est de l'ordre de cinq à six mois pour les premières et jusqu'à huit à neuf mois pour les secondes. De tout cela, les conditions sanitaires et alimentaires doivent être réunies pour arriver à de bons résultats.

La chèvre rousse de Maradi

Parmi les caprins nigériens, la chèvre rousse de Maradi se distingue par ses aptitudes économiques. C'est un animal sédentaire dont l'aire de dispersion se limite au département de Maradi et dans le sud-ouest à celui de Zinder, ce qui justifie la création d'un centre d'élevage caprin à Maradi.

CARACTERES ETHNIQUES

La chèvre rousse de Maradi a des traits communs avec la race naine guinéenne du Fouta Djallon, mais son individualité bien marquée permet de la considérer comme une variété fixée. Le poids des mâles adultes se situe entre 25 et 30 kg, celui de la femelle entre 23 et 28 kg. En station, le poids moyen à la naissance est de 2,0 kg; à un mois il est de 3,9 kg; à trois mois de 8,1 kg et à cinq mois de 12,1 kg.

Du point de vue du phénotype, la chèvre rousse de Maradi est harmonieuse, assez élancée, de type médioligne, eumétrique. La robe est homogène, brillante à reflet acajou, le poil est ras, dense, sur une peau souple. Tout allongement accompagné d'un éclaircissement du pelage, de l'apparition de teintes délavées et surtout de poils blancs, marque un signe rédibitoire dans la pureté du type. Le mâle présente constamment une teinte plus foncée allant jusqu'à l'apparition d'une raie dorsale noire, les muqueuses visibles sont noires; la tête est fine, le front bombé, couvert de poils longs plus foncés chez le mâle que chez la femelle. Les oreilles sont longues, horizontales ou tombantes, le chanfrein est rectiligne, parfois subconcave. Le cornage est moyennement développé et les cornes sont peu épaisses, toujours présentes, aplaties d'avant en arrière et à insertion rapprochée offrant un léger mouvement de torsion et divagent à leur extrémité. L'encolure est courte, la poitrine ample, le garrot noyé, le dos rectiligne, le gigot, l'épaule et la croupe sont bien muselés, reposant sur quatres rayons aux articulations fines à aplomb ramassé. La mamelle est bien développée gênant l'animal en déplacement. La queue aux poils plus touffus et souvent noirs est courte et relevée à son extrémité.

PERFORMANCES DE PRODUCTION

La femelle atteint la puberté vers cinq à six mois. La durée de gestation est comprise entre 145 et 155 jours. La première mise-bas intervient entre 10 et 14 mois avec des variations selon les conditions d'élevage et du milieu. Les enquêtes menées par des chercheurs ont révélé en effet que 93 p.cent des premières naissances ont lieu avant l'âge de 12 mois. La répartition des chaleurs semble assez irrégulière, de 15 à 30 jours en moyenne en l'absence de cause pathologique décelable.

L'intervalle entre deux gestations successives menées à terme est généralement variable. A la station de Maradi, 20 p.cent des intervalles étaient de 5-6 mois, 25 p.cent de 6-7 mois, 35 p.cent de 7-8 mois, 15 p.cent de 9-11 mois et 5 p.cent au delà de 11 mois.

Les naissances gémellaires et bisannuelles sont fréquentes et se poursuit pour une bonne femelle pendant cinq à six ans. La fréquence de mises-bas doubles, triples ou quadruples augmente à partir de la première mise-bas (généralement unique) et se poursuivent jusqu'en fin de carrière. Ce caractère tient absolument à la pureté de la race. Les portées uniques constituent 60 p.cent de toutes les parturitions, les doubles 36 p.cent et les triples 4 p.cent.

Les taux de fertilité des femelles en station de Maradi se situent entre 95,5 et 98,7 p.cent; le taux de fécondité de 122,2 p.cent; le taux de prolificité de 127,9 p.cent et le taux d'avortement de 5,3 p.cent.

La chèvre rousse de Maradi, par ses qualités économiques, est un animal à retenir pour les diffusions et la constitution des troupeaux caprins familiaux. Mais cette diffusion malheureusement ne peut s'effectuer qu'en zone agricole pure, car la race pure ne peut effectuer de longues marches et nécessite un appoint alimentaire pour extérioriser ses performances. Elle ne peut en aucun cas se substituer à la race sahélienne apte à la marche et résistante aux privations.


Previous Page Top of Page Next Page