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Intensification de la production des petite ruminants: pièges et promesses - Which intensification process for small ruminant production in Africa?


Résumé
Abstract
Introduction
La production marchande de viande d'herbivores: un sous-produit
Consommation de masse de viandes: production à base de céréales
Les différents types d'élevage ovin-caprin
Supériorités et faiblesses de l'atelier intensif
Intensif/extensif: une notion macro-économique
Vers des modèles intermédiaires
Place du cheptel ovin-caprin africain dans le cheptel mondial
Bibliographie

J.P. Boutonnet
Institut national de la recherche agronomique
Station économie et sociologie rurales, 34060 Montpellier Cedex 1 (FRANCE)

Résumé

L'élevage ovin-caprin africain peut apporter plus de viande sur les marches locaux 3 condition que cette intensification porte essentiellement sur le travail paysan. Les apports d'alimentation cultivée doivent rester limités a un niveau compatible avec les prix de marché. Les ateliers intensifs spécialisés, concurrences par la production avicole, et dépendants des disponibilités en céréales, ne peuvent pas connaître un développement significatif.

Abstract

Sheep and goat husbandry in Africa can produce more meat for local markets, only with more labour-intensive systems in small farms. Feedstuffs must be very limited, in relation with market prices. Intensive production systems based on cereals compete with poultry production and are unlikely to develop significantly.

Introduction

L'élevage des petite ruminants présente au niveau mondial, une quadruple spécificité: il est mené dans des conditions techniques extrêmement diverges selon les situations agro-économiques dans lesquelles il s'insère, ce que reflète la diversité des prix de sa viande dans le monde;

· il n'a connu nulle part l'évolution vers le type de production intensive de masse qu'ont connue les autres grandes productions animales (volaille, porc, lait de vache);

· c'est un élevage à triple fin: viande, laine, lait dans des proportions très variables selon les situations;

· enfin, le petit format de ces herbivores domestiques exclut leur utilisation en animaux de trait; en revanche, il les rend faciles à manipuler par leur détenteur, mais plus sensibles aux prédateurs que le gros bétail, d'où la nécessité de leur protection.

La production marchande de viande d'herbivores: un sous-produit

De tout temps et dans le monde entier (sauf dans les pays riches depuis quelques dizaines d'années), la consommation de viande est très réduite, réservée aux fêtes ou aux élites, l'alimentation de base étant constituée de féculents (céréales, tubercules) accompagnés de protéines végétales (légumineuses). La viande la plus consommée est issue d'un élevage ayant d'autres fins: laine (ovins); lait; cuir (bovins, caprins, ovins); travail (bovins, équins, camelins); fumier (ovins en zone méditerranéenne). Les viandes de granivores (oiseaux, porcins), qui ne produisent rien d'autre que de la viande, sont un très grand luxe réservé à une élite, ou tout simplement interdites (interdiction du porc par l'islam). Dans cette situation, on peut donc dire qu'il n'y a pas d'animaux élevés spécialement pour la production de viande, si ce n'est quelques unités élevées, en basse-cour, à partir de résidus de culture ou de déchets domestiques, à seule fin d'autoconsommation familiale. Dans tous les cas, la consommation de viande est occasionnelle.

De plus, les animaux dont on mange la viande sont des herbivores. Ainsi, dans l'occupation de l'espace disponible, l'homme ne travaille que les terres consacrées à la production de végétaux destinés à l'alimentation humaine. Les animaux se nourrissent sur les espaces non cultivés. Ils sont d'autant moins abondants que ces espaces sont plus réduits, notamment en cas de pression démographique.

Consommation de masse de viandes: production à base de céréales

En Amérique du Nord, puis en Europe, la croissance démographique urbaine et l'augmentation des revenus ont créé depuis quelques décennies les conditions d'une forte croissance de la demande en viande. Dans le même temps apparaissent des substituts industriels à certaines des productions des herbivores élevés sur de grands espaces (le coton puis les textiles artificiels remplacent la laine, le caoutchouc et le PVC remplacent les cuirs, la motorisation remplace les chevaux et les boeufs de trait, les engrais chimiques le fumier). Les grands troupeaux d'herbivores sur pâturages spontanés, dont le marché des produits autres que la viande se déprime, ne peuvent pas répondre à l'augmentation très forte de la demande en viande.

En revanche, les progrès techniques importants dans la culture céréalière permettent de consacrer une part de plus en plus importante des terres cultivées à la production d'alimentation animale.

L'élevage intensif de masse, à seule fin de production de viande (volaille, porc), se développe alors dans ce contexte particulier. Il est fondé sur une utilisation massive de céréales ou de fourrages cultivés. Dans les deux cas, il s'agit de cultures impliquant labour, fertilisation, semence, par opposition à l'exploitation de territoires à végétation poussant sans intervention humaine directe.

Les herbivores sont moins efficaces que les granivores pour la transformation des céréales en viande. Le développement d'un élevage d'herbivores à viande exige donc qu'une partie de leur alimentation reste assurée par le pâturage d'herbe spontanée. Si la demande en viande d'herbivores leur attribue un prix plus élevé qu'à celle de granivores, la proportion des céréales dans leur alimentation pourra être d'autant plus imposante.

Le développement des élevages marchands d'herbivores pour la viande se fait donc toujours sur la base d'une utilisation combinée de céréales ou de cultures semblables (au moins la phase finale), et de pâturages spontanés. C'est pourquoi, du point de vue du développement de l'élevage et de la gestion de l'espace, ce qui distingue les différentes modalités techniques n'est pas la proportion fourrages concentrés/fourrages grossiers, mais la proportion fourrages cultivés/fourrages spontanés.

Aujourd'hui encore, la majeure partie de la viande d'herbivores consommée dans le monde provient d'élevages conduits à d'autres fins (bovins-lait, ovins-laine) et l'essentiel de la croissance de la consommation de viande des dernières décennies provient d'une production de viande à base de céréales (volaille, porc).

Cette logique de la production de viande, comme produit principal ou sous-produit, et selon l'utilisation d'herbe, est reflétée par les quantités et les prix sur le marché international (tableau 1). Les viandes de granivores s'échangent beaucoup moins (5% de la production mondiale) sur le marché mondial car, fabriquées à base exclusive de céréales, ce sont les céréales qui s'échangent et il n'y a pas d'avantage comparatif à une localisation proche des zones de production. En revanche, les viandes d'herbivores, selon les disponibilités en ressources spontanées et leur statut de sous-produits, peuvent avoir des prix de marché très différents. L'essentiel des exportations mondiales sont le fait de pays à faible densité de population et à climat tempéré (hémisphère Sud), où, de plus, l'élevage est essentiellement orienté vers la laine. C'est pourquoi, la viande ovine est moins chère sur ce marché que la viande bovine qui est dans ces pays la principale fin de l'élevage bovin.

Tableau 1. Production mondiale et commerce international des viandes monde 1988


Production totale milliers de t

Importations totales milliers de t

Importations en % de la production

Prix moyen des exportations en dollars E.-U. par kg

Ovine et

9 000

1 200

13

1,8

Bovine

50 200

6 000

12

2,9

Porcine

64 400

3 700

6

2,2

Volaille

36 900

2 000

5

1,4

Source: FAO, (1989).

Les différents types d'élevage ovin-caprin

Toutes les formes d'élevage ressortent de deux grands types, que l'on retrouve dans l'histoire, avec des modifications particulières liées aux systèmes agraires dans lesquels cet élevage est pratiqué:

· grands élevages spécialisés extensifs: il s'agit de troupeaux de grandes dimensions, gérés comme un capital, exploités par des éleveurs spécialisés utilisant de très grands espaces, avec peu de travail par unité produite;

· élevages paysans: il s'agit des troupeaux de petites dimensions de paysans dont la production est diversifiée. Les ovins, caprins sont l'une des diverses productions mises en jeu pour assurer l'entretien et le renouvellement de la famille.

Les élevages spécialisés extensifs sont de deux types

Les plus anciens sont ceux des pasteurs des régions steppiques. Les populations qui les pratiquent vivent sur des territoires où les cultures sont difficiles, voire impossibles. Les animaux constituent donc leur seul moyen de survie. Le lait (et parfois le sang) est le principal produit, pour l'autoconsommation. Les seuls animaux abattus sont les animaux malades ou réformés, ou ceux que l'on vend en cas de sécheresse ou pour se procurer du grain.

Dans les zones plus arrosées, c'est le pouvoir politique, appuyé éventuellement sur la force militaire, qui impose l'affectation, au détriment des cultures, de grandes parties du territoire à l'élevage du bétail, dans le but d'assurer une base d'approvisionnement dans le produit de cet élevage (laine, cuirs, chevaux, etc.) quand celui-ci est l'objet d'un enjeu économique stratégique: c'est le cas des grands élevages actuels de l'hémisphère Sud et d'Amérique du Nord. Ce fut le cas dans le passé en Europe et en Asie du Sud-Ouest pour la fourniture de laine et de chevaux de guerre.

Les deux types d'élevage extensif, qui ont besoin de vastes espaces à rente foncière faible, ne sont mis en oeuvre que si la densité de population agricole est très faible, soit en raison de contraintes pédo-climatiques, soit comme résultat d'un processus historique (colonisation, exode rural, etc.). Seule une évolution des structures agraires peut les faire apparaître ou régresser. L'élévation du prix de marché des produits, qui augmente les revenus, ne peut faire croître leurs effectifs que dans des limites très étroites. Toute intensification significative amènerait en effet, une augmentation excessive des besoins on travail; ce surcroît de travail serait mieux valorisé par d'autres productions ou simplement ne peut pas être assuré. Très sensibles aux aléas bioclimatiques, ces élevages connaissent de très amples fluctuations de leurs effectifs, de leurs performances, et des prix de marché. Les variations de valeurs de leur cheptel peuvent être beaucoup plus importantes que le produit qui en est issu. Les éleveurs sont donc souvent à juste titre, plus attentifs au négoce de bétail qu'à une intensification, dans tous les cas coûteuse.

Les éleveurs paysans

Dans les exploitations familiales de petites dimensions et disposant de peu de capitaux, le principal facteur pour assurer les besoins familiaux est l'utilisation du travail. On observe la réalisation d'un ensemble de productions dont l'association permet un renouvellement à moindre coût du potentiel de l'exploitation, et à tout moment une adaptation souple au travail disponible, aux opportunités du marché, aux variations climatiques. Le petit troupeau ovin/caprin joue ici un rôle important pour l'autoconsommation, mais certains des produits sont mis en marché. Dans la palette des différentes productions commercialisables, cet élevage constitue souvent une garantie contraléatoire. La littérature décrit abondamment son rôle de caisse d'épargne. Mais surtout il contribue à la diversité des sources possibles de revenu ou de nourriture. Cette production plus aisément fractionnable que l'élevage bovin, valorise principalement le travail familial, et les ressources fourragères qui n'auraient pas d'autres destinations (jachères, résidus de culture, landes). Les achats sont toujours très limités, et les investissements pratiquement absents.

Comme les types extensifs, ces types d'élevage ovin/caprin peuvent fournir des produits au marché à des coûts peu élevés, mais ils ont peu de capacité de croissance interne des effectifs, même dans le cas d'augmentation du prix perçu.

Ces élevages, dont la rationalité est le produit, et non la rentabilité du capital, et qui sont en outre peu sensibles aux aléas climatiques puisqu'utilisant rarement la totalité des ressources fourragères disponibles, ont souvent des performances zootechniques élevées rendement laitier). Ils peuvent en outre jouer sur le marché un rôle régulateur (Mounier, 1989), vendant en période de hausse des cours, et accroissant leur autoconsommation ou conservant les animaux en période de cours bas.

Les ateliers intensifs

Dans certains cas bien particuliers se sont développées en Europe, des formes d'élevages intensifs sur un modèle ressemblant à celui de l'aviculture et de la production porcine:

· spécialisation des troupeaux vers la viande ou le lait accompagnée de l'organisation collective de l'amélioration génétique;

· intensification fourragère et moyens de gérer l'exploitation de l'herbe et de contrôler l'alimentation des animaux;

· moyens de contrôle de la reproduction et de l'état sanitaire des brebis;

· équipements, aménagements de locaux améliorant l'efficacité du travail;

· forte liaison, souvent contractuelle, avec l'agro-industrie pour la fourniture de facteurs de production et l'écoulement du produit.

Tous ces moyens ont pour objet d'augmenter la production sans utiliser plus de surface, mais en augmentant la consommation de biens et de services achetés qui permettent une intensification du travail et une diminution de la dépendance des aléas biologiques et agro-climatiques. Ce type d'élevage n'a pu se développer que ponctuellement, dans les cas où le prix du produit (viande ou lait) était élevé grâce à une demande spécifique (fromage de Roquefort, agneau de lait) non concurrencée par les productions plus performantes, et à une protection absolue du marché mondial. Ces élevages sont actuellement en crise en Europe du fait de l'ouverture des marchés et de la baisse des soutiens publics.

Fortement tourné vers le marché, ce type d'élevage est cependant le seul qui puisse, au niveau d'un pays ou d'une zone, répondre à une augmentation du prix des produits par une croissance de la production dont la limite est seulement fonction du prix.

Supériorités et faiblesses de l'atelier intensif

Développé sur une large échelle et aux conditions que l'on a exposées plus haut, le modèle "atelier intensif" offre trois types d'avantages:

· il permet une croissance très importante de la production;
· il fournit des emplois à la population rurale;
· il est moins sensible que l'élevage extensif aux aléas bioclimatiques.

En revanche, il comporte de nombreux dangers.

Manque de souplesse

Même si le revenu global de l'éleveur peut être supérieur à celui de l'élevage paysan, en raison du volume accru, le revenu par unité produite est relativement faible (figure 1) et toute baisse des prix met en cause la survie de l'éleveur, d'autant plus que cet élevage est devenu sa principale source de revenu.

Elément perturbateur du marché

Son succès même accroît les quantités offertes d'une façon telle que le marché connaît une tendance à la baisse des prix. Le produit risque alors de diminuer fortement, engendrant une hausse des prix etc. Ce type de production est générateur d'évolutions cycliques du marché. Pour les deux raisons précédentes, son développement nécessite une stabilité des prix: gestion publique puissante du marché, ou contractualisation des rapports avec l'acheteur garantissant l'écoulement et le prix. En outre, si dans le même espace commercial existe un élevage extensif de grande échelle, celui-ci va être incité à augmenter ses effectifs, aggravant le surpâturage, et accentuant les fluctuations du marché. Cette production intensifiée constitue souvent l'essentiel du revenu des paysans qui s'y adonnent. Les fluctuations du marché provoquent souvent leur ruine, puisque leur marge brute, forte par le volume produit, est faible à l'unité de produit (figure 2). Alors que pour l'élevage paysan cette production représente une faible part de ses ressources, il peut la retenir (stockage "on field") en cas de conjoncture basse, et revendre en cas de conjoncture élevée,, d'autant que son système de conduite le lui permet mieux que l'atelier spécialisé, qui doit vendre les animaux dès qu'ils sont prêts.

Productivité du travail inférieure à celle de l'élevage extensif

Comme toute production intensive, c'est-à-dire qui permet d'augmenter le volume produit sur une surface donnée, il est exigeant en travail. Ce modèle ne peut donc être envisagé que si la pression démographique est importante, et que des élevages extensifs, disposant de grandes surfaces, n'ont pas accès au même marché. Il ne peut donc se développer que si les capacités de travail ne sont pas saturées.

Intensif/extensif: une notion macro-économique

Les conditions de l'intensification doivent être examinées non seulement au niveau de l'unité de production, mais également au niveau d'un espace-marché (pays). La différence des prix de la viande ovine (tableau 2) entre la CEE, l'Australie, l'Algérie ne peut s'expliquer complètement qu'au vu des conditions de productivité du travail et de la terre que connaissent ces différents espaces.

Figure 1. Structure des coûts et taille du troupeau selon différents types d'élevages ovins (UTA: Unité Travail Agricole).

Figure 2. Revenu de l'élevage ovin selon différents types d'élevage

Tableau 2. Prix de marché du kg de viande ovine dans quelques pays -1988


En dollars des E.-U.

En kg d'orge

Heure de salaire

Australie

1

8

0,2

Europe (CEE)

5

25

1

Algerie

70

10

10

Pour l'ensemble de la production agricole, la productivité du travail diminue quand celle de la terre augmente. Les pays densément peuplés (Algérie) ou ayant opté pour être agro-exportateurs (France) sont condamnés à une forte productivité de la terre, à une faible productivité du travail agricole, et, si la demande existe, à une production ovine chère et intensive (tableau 3).

Tableau 3. Comparaison internationale de critères d'intensivité


France

Grande-Bretagne

Australie

Algérie

SAU/Population totale (ha/hab)

0,56

0,33

30,6

1,25

SAU/Population active agricole

19

30

1 151

1,1

Autosuffisance alimentaire (%)

117

57

308

30

Nombre d'humains nourris/ha

2,08

1,72

0,10

0,24

Nombre d'humains nourris par UTA

40

52

115

0,26

Ovins-caprins/ha SAU

0,38

1,35

0,33

0,45

En revanche, les pays peu densément peuplés (Australie) ou ayant opté pour être agro-importeurs (Grande-Bretagne) peuvent avoir une productivité du travail agricole élevée, une productivité de la terre plus faible, et éventuellement un élevage ovin extensif et de grande dimension, fournissant des produits bon marché.

Dans le cas de l'Algérie, l'élevage ovin, autrefois extensif et steppique, est devenu un élevage intensif fondé sur l'utilisation massive de céréales, grâce à une demande soutenue et la fermeture quasi absolue des frontières au marché mondial de la viande ovine. C'est ainsi que la production agricole totale du pays (tableau 4) a connu une intensification remarquable (±32% entre 1970 et 1987) malgré la stagnation des rendements en céréales, grâce à l'augmentation de la production de viandes rouges et de lait. La productivité pondérale des brebis (tableau 5) y a chuté de 25%.

Tableau 4. Production totale de la sole labourable en Algérie (en milliers de t d'équivalents-grain)


1970

1987

Indice 1987 (1970 = 100)

Grain

1 740

36%

1 620

25%

93

Viande ovine

1 850


2 940


159

viande bovine

320

64%

610

75%

191

Lait

880


1 200


136

Total

4 790

100%

6 370

100%

133

Tableau 5. Algérie: Performances techniques du troupeau ovin


1964/69

1982/87

Nombre total de brebis (millions)

3,9

9,8

Production de viande ovine (milliers de t)

44

83

Agneau/produits/brebis

0,85

0,56

Poids moyen des carcasses (kg)

13,1

15,2

Poids de carcasse produit par brebis (kg)

11,2

8,5

Vers des modèles intermédiaires

Les modèles à proposer et les améliorations techniques à rechercher sont donc extrêmement dépendants:

a) Des conditions agro-économiques dans lesquelles s'insèrent les élevages, exposées ci-dessus;

b) Des types d'éleveurs, de leurs différentes productions, et de leurs objectifs économiques: autoconsommation; vente sur un marché (dans ce cas valorisation du facteur non saturé: terre, main-d'oeuvre); spéculation sur le cheptel;

En effet, s'agissant de viande, le même animal est en permanence à double statut: animal de boucherie et appareil de production. Il en résulte que dans le cas d'un élevage dépendant des aléas climatiques les cours des animaux sont très fluctuants avec les conditions météorologiques. Les fluctuations de la valeur du cheptel détenu peuvent être, dans une année, beaucoup plus importantes que la valeur de la production finale. Les améliorations zootechniques proposées ne "passeront" que si leur mise en oeuvre ne perturbe pas la faculté d'adaptation de l'éleveur aux aléas du marché et du climat.

c) Des objectifs l'action d'amélioration: accroissement de l'offre sur le marché et/ou accroissement du revenu des éleveurs.

Le développement massif d'ateliers intensifs peut par exemple recourir à des importations d'aliments du bétail à bas prix, assurant la stabilité de ces ateliers mais provoquant une baisse des prix qui condamne les producteurs paysans locaux.

Ces conditions conduisent à proposer des améliorations techniques en douceur, qui ne perturbent pas les modes d'organisation existants. On peut citer l'exemple de l'Algérie, où au cours des 20 dernières années, la production de viande ovine a doublé, avec une baisse sensible de la productivité numérique des brebis et une augmentation légère du poids des carcasses. Dans la situation actuelle, il est probable que tout effort visant à augmenter la productivité des brebis serait vain, tant que les fluctuations aléatoires des prix du bétail ne sont pas stabilisées. En revanche, on peut dans ce pays rechercher les moyens:

· de stabiliser les ressources alimentaires par l'intensification fourragère;
· d'augmenter encore le poids des carcasses (amélioration génétique, nutrition);
· d'améliorer les indices de consommation de céréales (mode de conduite, action sur le marché).

Dans les pays d'agriculture paysanne dominante, où la majeure partie de la production est autoconsommée, des améliorations douces peuvent accroître notablement les quantités mises en marché sans accroître démesurément la production totale, si elles sont mises en oeuvre par l'ensemble des paysans et si, dans le même temps, les circuits commerciaux s'organisent.

Place du cheptel ovin-caprin africain dans le cheptel mondial

En Afrique, il semble, vu la pénurie généralisée en denrées alimentaires, que la principale viande consommée soit de la viande d'herbivore, et en faible quantité. Le cheptel des ruminants ramené à la population humaine (tableau 6) y est d'ailleurs légèrement plus élevé que la moyenne mondiale, et même que la moyenne européenne. Cinq pays africains figurent parmi les 15 plus gros pays en termes de petits ruminants (tableau 7). Les petits ruminants y sont proportionnellement plus importants qu'ailleurs puisqu'ils représentent 21% du total des ruminants contre 15% en moyenne mondiale. Dans toute une partie du continent, en gros autour du Sahara, la production laitière est conséquente (40% à 65% du lait produit), s'apparentant en cela, à l'élevage du bassin méditerranéen oriental (tableau 8). Ailleurs, sa production principale est la viande, sauf en Afrique du Sud (laine).

Tableau 6. Effectifs des ruminants - monde 1988


Bovins 106

Ovins 106

Caprins 106

Total unités ovins 106

Dont ovins caprins %

Total par habitant

dont ovins caprins

Population humaine totale

Afrique

198

200

167

1 753

21%

2,9

0,6

610

Amérique

421

124

37

3 108

5%

4.4

0,2

702

Asie

522

332

296

4 282

15%

1,4

0,2

2 994

Europe

125

142

12

1 029

15%

2,1

0,3

497

Océanie

32

229

2

455

51%

17,5

8,9

26

URSS

121

141

6

994

15%

3,5

0,5

286

Monde

1 419

1 168

520

11621

15%

2,3

0,3

5 115

Source: FAO, (1989).

Tableau 7. Effectifs des petits ruminants (15 principaux pays - 1988)


Ovins 106

Caprins 106

Total 106

Ovins-caprins total ruminants (% unités-ovins)

Ovins-caprins par habitant

Brésil

20

11

31

3%

0,2

Chine

102

78

180

21%

0,2

Inde

52

105

157

8%

0,2

Nigeria

13

26

39

32%

0,4

Pakistan

27

33

60

21 %

0,5

URSS

141

6

147

15%

0,5

Iran

35

14

49

47%

0,9

Turquie

40

13

53

39%

1,0

Ethiopie

23

17

40

15%

0,9

Soudan

19

14

33

16%

1,4

Somalie

13

20

33

28%

4,7

Argentine

29

3

32

8%

1,0

Afrique du Sud

30

6

36

30 %

1,1

Australie

164

1

165

50 %

10,4

Nouvelle-Zélande

65

1

66

54 %

20,0

Total 15 pays

773 -

348

1 121

16 %

0,4

% du total monde

66

67

66

///

///

Source: FAO, (1989).

Tableau 8. Production de lait - monde et principaux pays - 1988 (millions t)


Vache et bufflone

Brebis

Chèvre

Total

% petits ruminants

Afrique

14

1,5

2,0

18

20

dont






Algérie

0,6

0,2

0,2

1,0

40

Niger

0,1

-

0,1

0,2

50

Somalie

0,6

0,5

0,6

1,7

65

Soudan

1,8

0,6

0,5

2,9

38

Amérique

114

-

0,5

115

0,4

Asie

85

3,7

3,8

93

8

dont






Iran

1,7

0,7

0,2

2,6

35

Syrie

0,7

0,5

-

1,2

42

Turquie

3,2

1,2

0,5

4,9

35

Europe

173

3,7

1,7

178

3

dont






France

28

1,1

0,4

30

5

Grèce

0,6

0,6

0,5

1,7

65

Italie

11

0,6

0,1

12

6

Roumanie

4,3

0,5

-

4,8

10

URSS

106

-

0,4

106

0,4

Océanie

14

-

-

14

-

Monde

506

9,0

8,3

523

3

Source: FAO, (1989).

L'Afrique participe peu aux échanges intercontinentaux des produits de l'élevage ovin (ceux de l'élevage caprin sont pratiquement inexistants, hormis les échanges frontaliers): en animaux vivants (tableau 9), à part les échanges entre Etats voisins du Sahel vers la côte, on doit noter le courant de la corne de l'Afrique vers la péninsule arabique; en viande, un petit courant d'importation de l'Afrique du Nord en provenance d'Océanie. L'essentiel du commerce mondial de viande ovine (tableau 10) provient en effet d'Océanie et va en direction de l'Europe de l'Ouest, du Moyen-Orient, et de l'Asie du Sud-Est.

Tableau 9 . Commerce international d'ovins-caprins vivants - 1988



(milliers de têtes)


Principaux importateurs

Principaux exportateurs

Algérie

600

Ethiopie

200

Côte d'Ivoire

300

Mali

400

Madagascar

1800

Mauritanie

400

Nigeria

300

Namibie

600

Afrique du Sud

600

Somalie

700

 

Soudan

200

Total 5 pays africains ci-dessus

3 600

6 pays africains ci-dessus

2 500

Asie du Sud-Ouest

12 000

Syrie

300

Europe de l'Ouest

1 900

Turquie

3 200

Autres

3500

Europe de l'Est

4 400


Australie

6 300


Nouvelle-Zélande

800

 

Autres

3 500

Total

21000

Total

21000

Tableau 10. Commerce international de viande ovine et d'ovins vivants 1988 (milliers de t équiv. carcasse)

Principaux importateurs

Principaux exportateurs

Afrique du Nord

30

Ethiopie-Somalie- Soudan

20

Asie du Sud-Ouest

400

Syrie-Turquie

50

Europe de l'Ouest

230

Europe de l'Est

90

Amérique du Nord

40

Australie-N.Zélande

710

Asie du Sud-Est (Chine incluse)

80



Japon

80



Autres

170

Autres

160

Total

1030

Total

- 1030

Contrairement à beaucoup d'autres produits, dont le lait, les céréales, et plus récemment les viandes bovines et de volaille, dont les exportations sont subventionnées (Sarniguet, 1 989), les marchés africains des produits de l'élevage ovin-caprin ne sont pas perturbés par les importations et devraient pouvoir connaître un certain développement (d'autant que selon divers auteurs, dont Landais (1985), ils exploitent mieux le milieu que les bovins). Pour cela il faut trois conditions simultanées:

· que l'augmentation de la production soit possible (intensification);

· que la demande spécifique soit suffisante, parmi les non-producteurs, pour offrir des prix attractifs;

· que l'écoulement des produits entre des zones éloignées soit possible et efficace (fonctions commerciales: collecte, transport, allotement, tri, ajustement de l'offre et de la demande dans le temps, l'espace et en qualité).

Bibliographie

Boutonnet J.P.1989. La spéculation ovine en Algérie: un produit-clé de la céréaliculture. Série Notes et documents n 90. INRA/ESR, Montpellier (France).

Djariri B. 1989. Importations alimentaires et production locale en Afrique au Sud du Sahara: le cas du lait et des produits laitiers au Niger. Institut agronomique méditerranéen, Montpellier (France). Mémoire MSc.

FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture).1989. Annuaire mondial de la production 1988. FAO, Rome (Italie).

Landais E. 1985. Problèmes liés au développement de l'élevage des petits ruminants (ovins et caprins) en Afrique. VIe Conférence de la Commission régionale de l'OIE pour l'Afrique tenue à Harare (Zimbabwe), 22-25 janvier 1985. Office international des épizooties, Paris (France). 33 p.

Mounier A. 1989. Place, rôle et fonction de l'élevage dans les pays industrialisés. Voies de développement pour les pays du Sud. In: Pâturages et alimentation des ruminants en zone tropicale humide. Actes de la conférence tenue à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), 26 juin 1987. Institut national de la recherche agronomique, Paris (France). p. 481 à 499.

Sarniguet J. 1989. Effets de la concurrence des viandes extra-africaines sur les filières nationales des viandes en Afrique de l'Ouest et du Centre. In: Economie des filières en régions chaudes. Actes du Xe séminaire d'économie et de sociologie, CIRAD, 11-15 septembre 1989, Montpellier (France)


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