Résumé
Abstract
Introduction
Matériel et méthodes
Résultats et discussion
Conclusion
Remerciements
A. Batalou-Mbetanie
Direction générale de la recherche scientifique et technique
B.P. 2499, Brazzaville (Congo)
La productivité zootechnique des ovins en élevage traditionnel dans la région de forêt subéquatoriale du Mayombe au Congo a été étudiée pendant trois années, de 1988 à 1990 dans un village à partir d'un échantillon de 104 animaux. Les résultats ont permis d'évaluer le quotient de fertilité apparent, le taux de prolificité, les quotients de fécondité, de productivité numérique, et de mortalité chez les jeunes. L'étude a aussi évalué /'âge à la première mise-bas, l'intervalle entre mises-bas et les poids à la naissance. Cette productivité est assez faible en raison de la forte mortalité des jeunes. Le mode d'élevage basé sur le vagabondage ne favorise pas une bonne productivité, en dépit du taux de fertilité moyennement satisfaisant et des conditions écologiques assez favorables.
The productivity of sheep under traditional management in the subequatorial forest area of Mayombe, Congo, has been evaluated over a 3-year period from 1988 till 1990. Data was collected in one village on a sample of 104 animals. Fertility, prolificacy, fecundity, reproductive efficiency and mortality of the young were calculated. Age at first parturition, parturition intervals and weights at birth were also recorded. Productivity is relatively low due to high mortality rates in the young. A management system which is based on free-roaming does not promote productivity in spite of satisfactory fertility rates and fairly good environmental conditions.
La région du Mayombe est une zone montagneuse de forêt sempervirente subéquatoriale à climat fortement pluvieux (1 800-2 200 mm/an). Depuis 1988, une Réserve de la biosphère y a été créée, contraignant les populations à limiter l'activité cynégétique et à diversifier leurs sources d'approvisionnement en produits carnés. Le petit élevage familial est donc encouragé dans le cadre d'un système de production agricole où les petits ruminants pourraient jouer un rôle socio-économique important.
Une étude réalisée en 1987-1988 sur la connaissance du système agroforestier traditionnel du Mayombe a permis d'y situer l'importance de l'élevage. Celui-ci est une activité de cueillette portant sur les races dites locales d'ovins, de caprins, de porcins et de volaille. Son rôle économique est par conséquent très marginal, bien que ces animaux pourraient trouver ici un environnement propice pour une contribution efficace au revenu monétaire de l'exploitant. Le gibier est la principale source de protéines animales et la chasse une activité économique très importante, occasionnant une forte pression sur la faune sauvage. Cette étude a également conclu que les principales contraintes à cette spéculation sont liées au manque de tradition pastorale et à l'abondance du gibier. Ce manque de tradition ne signifie cependant pas un manque d'intérêt pour cette activité, comme le montrent les conseils sollicités auprès des agents techniques.
L'assistance aux populations est aussi fortement handicapée par l'inexistence de références sur la productivité des animaux ainsi que sur les méthodes appropriées de conduite des troupeaux dans cet écosystème. C'est dans cette perspective qu'un suivi de troupeaux paysans a été mis en place en 1988 pour évaluer la productivité des moutons Djallonké, dont nous rapportons ici quelques résultats relevés sur trois années.
L'étude s'est, pour des raisons matérielles, limitée aux ovins dans le seul village de Makaba, qui compte 68 familles dont 83% possèdent au moins un ovin. Chez tous ces éleveurs, chaque femelle a été identifiée par une boucle d'oreille, dont le numéro a été reporté sur une fiche individuelle de suivi construite de manière à enregistrer les évènements de reproduction (les dates des mises-bas ultérieures, le nombre de produits à chaque mise-bas, le sexe des produits); l'évolution pondérale de tous les produits nés; les causes éventuelles de sorties des mères et des produits du troupeau. Tous les mâles au temps initial n'ont pas été pris en compte et sont restés en dehors de nos effectifs jusqu'à la fin du suivi.
Les évènements qui se produisent au sein du troupeau sont régulièrement enregistrés par un jeune paysan lettré du village. Des enclos ont été construits pour faciliter les opérations de marquage et de pesée; les animaux y sont parqués la veille de chaque visite mensuelle du technicien chargé du suivi.
Les données enregistrées ont permis de calculer chaque année les indices de productivité suivants: quotient de fertilité (100 x nombre de mises-bas/nombre de femelles à la lutte); taux de prolificité (100 x nombre de produits/nombre de mises-bas); quotient de fécondité (100 x nombre de produits/nombre de femelles à la lutter; quotient de productivité numérique (100 x nombre de produits vendus, conservés ou consommés/nombre de brebis à la lutte); taux de mortalité des agneaux (100 x nombre d'agneaux morts/nombre total de produits nés).
Au début du suivi, 104 femelles ont été enregistrées, réparties entre 48 brebis, 23 antenaises, et 23 agnelles. Le tableau 1 présente le nombre de femelles sorties en cours d'année, le nombre de naissance simples et gémellaires, le nombre de produits par sexe et ceux morts ou sortis pour d'autres causes pendant l'année. On note en particulier un taux de mortalité des agneaux très élevé (plus de 50%). Ces morts sont occasionnées en grande partie par des accidents de tout genre comme les noyades, les empoisonnements, les écrasements par véhicules. Les causes pathologiques se limitent aux parasitoses gastro-intestinales et aux gales. Les grandes épizooties sont pour l'instant inexistantes dans la région. Le tableau 2 présente les indices calculas annuellement à partir des informations recueillies.
L'âge à la première mise-bas a été calculé à partir d'un échantillon de 56 antenaises (tableau 3). L'intervalle entre mises-bas (tableau 4) a été calculé pour deux échantillons de femelles: le premier est un groupe de 100 femelles dont les agneaux de la première mise-bas sont morts avant l'âge de 1 mois, et le second un groupe de 100 femelles dont les agneaux étaient vivants au sevrage. Le mode d'élevage, qui est essentiellement sous forme de vagabondage, prédispose à la monte libre' provoquant la précocité des mises-bas et la réduction des intervalles entre mises-bas.
Tableau 1. Evolution démographique du cheptel
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|
Femelles mises à la lutte
|
Femelles sorties
|
Agneaux nés |
Agneaux morts |
Total mises-bas |
|||
|
F |
M |
F |
M |
Simples |
Doubles |
|||
|
Année |
1 104 |
11 |
70 |
59 |
38 |
37 |
115 |
7 |
|
Année |
2 125 |
19 |
73 |
66 |
47 |
32 |
131 |
4 |
|
Année |
3 132 |
28 |
88 |
73 |
53 |
30 |
145 |
8 |
Tableau 2. Indicateurs de productivité des Djallonké au Mayombe
|
|
Année 1 |
Année 2 |
Année 3 |
|
Quotient de fertilité apparente |
117,3 |
108,0 |
115,9 |
|
Taux de prolificité |
105,7 |
102,9 |
105,5 |
|
Quotient de fécondité |
124,0 |
111,2 |
121,9 |
|
Quotient de productivité numérique |
51,9 |
48,0 |
59,0 |
|
Quotient de mortalité des agneaux |
58,0 |
56,8 |
51,5 |
Tableau 3. Répartition de l'âge à la première mise-bas de 56 antenaises.
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Antenaises mises à la lutte |
Age à la première mise-bas (mois) |
|||
|
8 |
9 |
10 |
11 |
|
|
N |
4 |
17 |
20 |
15 |
|
% |
7,2 |
30,3 |
36,7 |
26,8 |
Tableau 4. Répartition de 100 intervalles entre mises-bas selon la survie des agneaux un mois
|
IMB (mois) |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
11 |
12 |
n= |
|
Agneaux morts avant l'âge de 1 mois |
12 |
33 |
21 |
14 |
8 |
8 |
4 |
100 |
|
Agneaux vivants au |
- |
2 |
20 |
35 |
22 |
16 |
15 |
100 |
Le poids moyen à la naissance des agneaux a été évalué sur un échantillon de 35 mises-bas simples pour plusieurs rangs de mises-bas (tableau 5) Les faibles poids à la naissance chez les primipares amenuisent les chances de survie des jeunes agneaux qui naissent pour la plupart avec des poids inférieurs à 1,5 kg.
Tableau 5. Réparation à la naissance en fonction du rang de mise-bas
|
Poids (kg) |
Mise-bas 1 |
Mise-bas 2 |
Mise-bas 3 |
Mise-bas 4 |
||||
|
N |
% |
N |
% |
N |
% |
N |
% |
|
|
P<1kg |
2 |
5,7 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
|
1 < P < 1,2 |
8 |
22,8 |
3 |
8,6 |
1 |
3 |
- |
- |
|
1,2<P<1,4 |
15 |
42,8 |
7 |
20 |
3 |
8,5 |
2 |
5,7 |
|
1,4<P<1,6 |
6 |
17 |
13 |
37 |
17 |
48,6 |
20 |
57 |
|
1,6 < P < 1,8 |
4 |
11,4 |
8 |
22,8 |
10 |
28,5 |
10 |
28,5 |
|
1,8<P<2 |
- |
- |
1 |
3 |
3 |
8,5 |
1 |
3 |
|
P>2 |
- |
- |
3 |
8,5 |
1 |
3 |
2 |
5,7 |
Ces données préliminaires sur un échantillon réduit permettent néanmoins d'avoir une première estimation de la productivité des Djallonké en milieu forestier au Mayombe. II apparaît en particulier que la forte mortalité des jeunes est la cause majeure de la faible productivité des ovins Mayombe, elle-même conséquence du mode d'élevage.
Toute tentative d'amélioration de la productivité de cette spéculation paraît difficile dans les conditions d'élevage actuelles. L'instauration de bergeries permettrait de procéder à un meilleur suivi des animaux. Ceci n'est cependant envisageable que pour un troupeau familial de taille optimale pour que les conditions alimentaires et hygiéniques minimales soient assurées en enclos, sans que les autres activités paysannes ne soient perturbées. En effet, les paysans trop sollicités par les travaux agricoles ne disposent pas d'assez de temps à consacrer au suivi des animaux et préfèrent les abandonner à la divagation pour s'alimenter. La mise en enclos des animaux s'accompagne d'une alimentation à l'auge par apport de fourrages verts et de déchets de cuisine, qui n'est possible qu'avec des troupeaux de taille suffisante.. En fixant la taille d'un troupeau familial, l'éleveur évite de garder inutilement des têtes supplémentaires qu'il vend régulièrement pour se procurer des revenus monétaires. Les prochaines études s'orienteront donc vers la proposition de meilleures méthodes de gestion des ovins Djallonké.
Cette étude a été réalisée grâce au concours du CIPEA à qui nous présentons nos sincères remerciements et nous souhaitons que cette assistance se poursuive dans le cadre de notre réseau. Nous exprimons notre profonde gratitude au docteur Daniel Bourzat pour l'encadrement efficace sur le terrain.