Résumé
Abstract
Introduction
Schéma de contrôle des béliers au Maroc
Matériel et méthodes
Résultats
Discussion
Conclusion
Bibliographie
A. Mazouz, F. Toe, A. Lahlou-Kassi et L. Derquaoui
Institut agronomique et vétérinaire Hassan II
Rabat (Maroc)
Le contrôle des béliers dans la gestion de la reproduction ovine au Maroc nécessite une uniformisation des techniques de l'examen, une programmation dans le temps des interventions et une coordination entre les différents acteurs. Un tel schéma de contrôle des géniteurs est présenté par les auteurs, suivi des résultats préliminaires de l'examen de 741 béliers en système d'élevage intensif et extensif.
The control of rams in sheep-breeding management in Morocco requires the standardisation of research techniques, scheduling of interventions and coordination among the people involved. The authors present preliminary results of a ram-testing programme that involved 741 rams in extensive and intensive production systems.
Au Maroc, le cheptel ovin est estimé à 16 millions de têtes (MARA, 1990). Les taux de reproduction y restent généralement bas chez les races locales, malgré leur potentialité intrinsèque élevée de reproduction et des actions entreprises dans le sens de l'amélioration des conduites d'élevage des troupeaux aussi bien en élevage intensif qu'en élevage extensif.
La recherche des solutions à ce problème a abouti à toute une série d'investigations sur la reproduction des ovins. Mais les études entreprises au niveau de ces races ont beaucoup plus intéressé les femelles, et ce n'est qu'à partir de ces dernières années que des recherches ont été consacrées au mâle.
Les premières investigations ayant montré la présence d'un fort pourcentage d'infertilité chez les béliers, environ 30%, il s'est alors révélé nécessaire de procéder à un dépistage systématique de l'infertilité et au contrôle des béliers dans les élevages au Maroc.
Ce document présente une approche réaliste et adaptée aux conditions marocaines développée pour le dépistage de l'infertilité et le contrôle des géniteurs, tout en respectant les normes standards dans ce domaine, suivie de résultats préliminaires qui semblent prouver qu'une grande partie des géniteurs jusque-là utilisés dans les troupeaux marocains sont infertiles.
Importance du contrôle des béliers
L'examen des mâles permet de détecter ceux qui sont impropres à la lutte ou à l'insémination artificielle et ceux à très haute fertilité. Des problèmes d'infertilité chez les béliers dominants du troupeau peuvent: entraîner des pertes considérables en reproduction qui risquent de passer inaperçues pendant un certain temps, surtout si un bon niveau de libido est maintenu chez ces béliers.
II permet d'éviter la propagation de certaines pathologies infectieuses ou héréditaires telles que des tares congénitales des agneaux (agénésies), la brucellose, les infections à Actinobacillus seminis, Salmonella abortus ovis, dont la transmission est assurée par le bélier.
Les grands traits de l'examen des béliers au Maroc
Le contrôle des béliers est réalisé au Maroc grâce à l'examen andrologique, qui a été standardisé dans le but de sa vulgarisation. L'historique individuel et collectif (âge, origine, gestion du troupeau, gestion de la reproduction en particulier, etc.) permet une meilleure interprétation des résultats de l'examen andrologique. Les objectifs des éleveurs, à court et à long terme, sont aussi à prendre en considération.
L'examen clinique des béliers comporte deux phases:
· un examen général pour apprécier les aptitudes physiologiques, l'état des réserves corporelles (par palpation lombaire), la conformation, avec une attention particulière à la posture du bélier et aux problèmes de l'appareil locomoteur postérieur, et l'aspect de la laine; :· un examen de l'appareil génital qui se limite à l'inspection et à la palpation des parties externes et facilement accessibles du tractus génital.
Une notation des testicules et épididymes permet d'apprécier leur état sanitaire et fonctionnel. A la palpation, la fermeté et la souplesse des testicules sont chacune notées de 1 à 5 (de très fermes à très moux, et de très souples à très flasques). La taille, la fermeté et la souplesse des épididymes sont notées de 1 à 3. Le prépuce et le pénis sont également examinés (état des muqueuses, mobilité etc.).
Pour s'assurer de la quantité et de la qualité de la semence produite par les béliers, l'examen du sperme des béliers, obtenu par électro-éjaculation, se limite à l'estimation des paramètres suivants:
· le volume et la consistance de l'éjaculat;· la mobilité massale et individuelle, lue immédiatement après la récolte sous microscope à faible grossissement. La motilité en avant des gamètes est notée en termes de pourcentage. Une mobilité de 70% est exigée pour un sperme de bonne qualité;
· la concentration du sperme est déterminée par comptage à l'hématimètre;
· après coloration des frottis de sperme à l'éosine-nigrosine, la détermination des pourcentages de spermatozoïdes morts et des spermatozoïdes de formes anormales est réalisée sous microscope (Blom, 1950). Le microscope à contraste de phase est utilisé pour une meilleure visualisation de la morphologie des gamètes.
Organisation du contrôle des béliers
Formation et sensibilisation
Les directions provinciales de l'agriculture (DPA) constituent les organes de sensibilisation générale à travers la formation d'un personnel compétent et l'allocation des ressources nécessaires à la vulgarisation et à l'encadrement des éleveurs. Les instituts et les écoles supérieures, tels que l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, sont chargés de la formation des cadres de l'élevage. Ces cadres supérieurs, en particulier les vétérinaires, doivent alors prendre en charge la formation continue de techniciens et de vulgarisateurs et tout l'encadrement technique et scientifique du contrôle des béliers dans le pays.
La sensibilisation des éleveurs pour le contrôle de leurs béliers doit être faite à travers les organisations d'éleveurs telles que l'Association nationale ovine et caprine (ANOC) ou les regroupements d'éleveurs tels que les coopératives, et par les médias.
Organisation contrôle des béliers
Les éleveurs adressent des demandes d'examen des animaux en fonction de leurs besoins en géniteurs; ils font alors appel aux techniciens formés à cet effet pour la réalisation pratique de l'examen. Les vétérinaires sont responsables du contrôle du travail, de l'encadrement des opérations, de l'Interprétation et de la communication des résultats aux éleveurs. Ils saisissent les laboratoires de l'institut agronomique et vétérinaire (IAV) Hassan II pour la réalisation de tests complets ou spéciaux, et d'expertises en cas de besoin.
Le traitement de l'ensemble des données se fait à l'IAV qui soumet des rapports à la Direction de l'élevage au Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire, chargée de la coordination de l'ensemble du système.
Programmes d'intervention sur le terrain
En général les schémas d'intervention seront centrés sur les périodes de lutte. Le schéma type est celui de la figure 1 correspondant au système extensif qui inclut la majorité des élevages ovins au Maroc. II devrait être adapté au système intensif où la frequence de lutte est différente.
En système extensif, le contrôle de tous les béliers se fera un à deux mois avant la lutte, avec appréciation de la conformation des animaux, examen de l'appareil génital, et spermiologie. Les animaux douteux seront alors identifiés et réexaminés juste avant le début de la lutte. Au cours de la période de lutte, les éleveurs qui le désirent pourront demander des contrôles en cas de besoin.
Figure 1. Schéma d'un programme de contrôle des béliers dans les élevages extensifs
Nous rapportons ici l'examen de 633 béliers race Timahdite effectué avant la période de lutte en élevage extensif dans le Moyen-Atlas de 1987 à 1989 (63, 66 et 504 têtes respectivement) (tableau 1). En 1988, 108 béliers de 6 races à viande (Ile-de-France et Causses du Lot principalement) en élevage intensif dans la région de Casablanca ont également été examinés.
Les élevages visités en système extensif en 1987 et 1988 sont tous encadrés par l'Association nationale ovine et caprine (ANOC) alors que tous ceux visitas en 1989 appartiennent à des particuliers non membres de l'ANOC.
Tableau 1. Classement des béliers examinés en système extensif
|
Dentition
|
Elevages encadrés par l'ANOC 1989 (%) N = 504 |
Elevages non encadrés par l'ANOC |
Effectif total examiné (%) N = 633 |
|||||
|
1987 % N = 63 |
1988 % N = 66 |
|||||||
|
0 |
106 |
(21,0) |
11 |
(17,8) |
3 |
(4,5) |
120 |
(19,0) |
|
2 |
74 |
(14,7) |
3 |
(4,8) |
8 |
(12,1) |
85 |
(13,4) |
|
4 |
91 |
(18,1) |
5 |
(7,9) |
10 |
(15,2) |
106 |
(16,7) |
|
6 |
76 |
(15,1) |
30 |
(47,6) |
19 |
(28,8) |
125 |
(19,7) |
|
8 |
157 |
(31,2) |
14 |
(22,2) |
26 |
(39,4) |
197 |
(31,1) |
Conformation, état général et causes de réforme après examen général des animaux
A l'examen général les béliers ont été classés selon leur conformation, leur état général, la qualité de leur laine et leur âge. En système extensif, l'examen général révèle que 11,6% des animaux sont à réformer au niveau des élevages encadrés par l'ANOC contre 24,4% au niveau des élevages non encadrés (tableaux 2 et 3) et 20,4% en système intensif (tableau 4).
35,7% des béliers n'ayant pas encore de dents de remplacement (DR) présentent à ce niveau de l'examen de nombreux défauts dans les élevages encadrés par l'ANOC alors que ce taux est de 11,3% dans ceux non encadrés.
Tableau 2. Classement des béliers après examen général dans les élevages encadrés par l'ANOC
|
Dentition |
Bon (%) |
Acceptable (%) |
Mauvais (%) |
Nombre total |
|
0 |
57,1 |
7,1 |
35,7 |
14 |
|
2 |
90,9 |
- |
9,1 |
11 |
|
4 |
93,3 |
6,7 |
- |
15 |
|
6 |
65,3 |
20,4 |
14,3 |
49 |
|
8 |
85 |
10 |
5 |
40 |
|
Total (%) |
76 |
12,4 |
11,6 |
129 |
Tableau 3. Classement des béliers après examen général dans les élevages non encadrés par l'ANOC
|
Dentition |
Bon (%) |
Acceptable (%) |
Mauvais (%) |
Nombre total |
|
0 |
80,2 |
8,5 |
11,3 |
106 |
|
2 |
55,4 |
23 |
21,6 |
74 |
|
4 |
46,1- |
20,9 |
33 |
91 |
|
6 |
51,3 |
22,4 |
26,3 |
76 |
|
8 |
50,3 |
21 |
28,7 |
157 |
|
Total (%) |
56,7 |
18,9 |
24,4 |
504 |
N = 504,
Tableau 4. Classement des béliers utilisés en élevage intensif après examen général
|
Dentition |
Bon (%) |
Acceptable (%) |
Mauvais (%) |
Total |
|
2 |
96,4 |
- |
3,6 |
28 |
|
4 |
75 |
- |
25 |
4 |
|
6 |
100 |
- |
- |
12 |
|
8 |
68,7 |
- |
31,3 |
64 |
|
Total (%) |
79,6 |
- |
20,4 |
108 |
L'inverse est constaté pour les géniteurs ayant toutes leurs DR: 5% dans les élevages encadrés contre 28,7% dans les élevages non encadrés.
En système intensif nous constatons que 31,3% des béliers ayant 8 DR sont à réformer au niveau de l'examen général contre seulement 3,6% pour les animaux ayant 2 DR (tableau 4). Nous constatons globalement qu'après l'examen le pourcentage de géniteurs impropres à la lutte reste plus élevé] en système extensif (21,8%) qu'en système intensif (20,4%).
Les principales causes de réforme relevées au cours de l'examen général des géniteurs sont rapportées aux tableaux 5 et 6 respectivement pour les béliers utilisés en système extensif et en système intensif.
Tableau 5. Causes de réforme des béliers utilisés en système extensif après examen général
|
Causes de réforme |
Elevages encadres par l'ANOC N = 129 (%) |
Elevages non encadrés par l'ANOC N = 504 (%) |
Total (%) N = 633 |
|
Conformation |
2,3 |
21,8 |
17,9 |
|
Laine |
4,6 |
16,3 |
13,9 |
|
Age |
3,9 |
5 |
4,7 |
|
Maladie |
0,8 |
0,2 |
0,3 |
Tableau 6. Causes de réforme des béliers utilisés en système intensif après examen généra/
|
Causes de réforme |
Nombre de cas relevés |
Fréquence relative (N=22) |
Total (%) N=108 |
|
Conformation |
3 |
13,6 |
2,8 |
|
Boiterie |
12 |
54,5 |
11,1 |
|
Appareil respiratoire |
5 |
22,7 |
4,6 |
|
Autres pathologies |
4 |
18,1 |
3,7 |
N.B.: Certains béliers présentent des pathologies associées et sont ici comptés à chaque fois au niveau des cas.
Dans le système extensif, les défauts de conformation sont la principale cause de réforme (17,9% des animaux examinés) suivis par la mauvaise qualité de la laine, notamment la présence de jarres (13,9%), alors qu'en système intensif la pathologie proprement dite est dominante (1 7,6% des animaux examinés). Nous relevons cependant que dans les élevages encadrés par l'ANOC, les fréquences de réformes dues à la mauvaise conformation et à la mauvaise qualité de la laine représentent respectivement 2,3% et 4,6%, contre 21,8% et 16,3% dans les élevages non encadrés.
Causes de réforme et leurs fréquences après examen spécial de l'appareil génital
Dans le système extensif (tableau 7), 10,1 1% des géniteurs utilisés sont à réformer pour taille testiculaire insuffisante (circonférence scrotale <28 cm), bien que les testicules soient sains. Cependant nous n'avons pas noté de circonférences scrotales (CS) inférieures à 28 cm au niveau des élevages encadrés par l'ANOC, alors que le pourcentage de géniteurs à éliminer pour CS <28 cm est de 12,7% dans les autres élevages
Tableau 7. Causes de réforme des béliers utilisés en système extensif après examen de l'appareil génital
|
Causes de réforme |
Elevages encadrés par l'ANOC N = 129 (%) |
Elevages non encadrés par l'ANOC N = 504 (%) |
Total (%) N = 633 |
|
Balanoposthite |
5,4 |
3,6 |
3,9 |
|
Epididymite |
6,9 |
5,2 |
5,5 |
|
Orchite |
3,9 |
7,1 |
6,4 |
|
Monorchidie |
0,8 |
1,2 |
1,1 |
|
Atroph./ Hypopl. testiculaires |
9,3 |
5 |
5,8 |
|
Abcès/Tumeurs testiculaires |
0,8 |
1,6 |
1,4 |
|
CS insuffisante |
- |
12,7 |
10,1 |
|
Toutes causes |
27,1 |
36,3 |
34,2 |
Dans les élevages encadrés par l'ANOC, la pathologie "vraie" de l'appareil génital constitue la principale cause de réforme à l'examen spécial du tractus génital, avec une fréquence de 27,1% contre 23,6% dans les élevages non encadrés.
En système intensif (tableau 8), 40,7% des géniteurs en service ont présenté une pathologie au niveau du tractus génital. Les orchites, les balanoposthites et les épididymites avec respectivement des fréquences relatives de 40,9%, 34,1% et 40,9% représentent les trois pathologies les plus importantes chez les béliers examinés de races importées au Maroc. Elles constituent également pour l'ensemble des béliers examinés les dominantes pathologiques, avec des fréquences de 6,4%, 5,5%, et 3,90% en système extensif et de 16,6%, 13,6% et 16,6% en système intensif.
Tableau 8. Causes de réforme des béliers utilisés en système intensif après examen de l'appareil génital
|
Causes de réforme |
Nombre de cas observés |
Fréquence relative (N=44) |
Total (%) N = 108 |
|
Balanoposthite |
18 |
40,9 |
16,6 |
|
Epididymite |
15 |
34,1 |
13,9 |
|
Orchite |
18 |
40,9 |
16,6 |
|
Monorchidie |
2 |
4,5 |
1,9 |
|
Atroph./Hypopl. Testiculaires |
6 |
13,6 |
5,6 |
|
Abcès/Tumeurs testiculaires |
1 |
2,2 |
0,9 |
N.B.: Certains béliers présentent des pathologies associées et sont ici comptés à chaque fois au niveau des cas.
Qualité du sperme
La spermiologie réalisée chez tous les béliers utilisés en système intensif (N = 108) et chez 20% des béliers utilisés en système extensif (N = 125) montre que 20% des béliers sains cliniquement présentent des anomalies au niveau de leur spermiogramme. En effet, 21% des éjaculats obtenus avaient un volume inférieur à 0,5 ml, 71,4% avaient une mobilité inférieure à 80%, 64,3% présentaient plus de 20% de spermatozoïdes de forme anormale et 35,7% avaient une concentration inférieure à 0,8 million par millimètre cube.
Conformation et état général
En élevage extensif les causes majeures de réforme après examen général sont la mauvaise conformation et la mauvaise qualité de la laine, avec respectivement des fréquences de 17,9% et 13,9% contre 2,8% et 0% en élevage intensif. Ces chiffres montrent bien l'intensité de la sélection au niveau des béliers de races importées où la conformation bouchère des animaux est le critère zootechnique le plus important de choix de la race pour la production d'agneaux de boucherie.
Cette sélection se fait déjà sentir au niveau des élevages encadrés par l'ANOC. En effet, 2,3% seulement des béliers présentent une mauvaise conformation contre 21,8% dans les élevages non encadrés, et 4,6% présentent une mauvaise laine contre 16,3% dans les élevages non encadrés. Par ailleurs, les taux de réforme après examen général des géniteurs, qui sont de 11,6% et de 24,4% respectivement pour l'ANOC et les élevages non encadrés, montrent bien l'importance de la conduite du troupeau. En effet, les élevages encadrés, suivant les conseils de l'ANOC, ont une meilleure gestion du troupeau en matière d'hygiène et d'alimentation.
Les taux de réforme élevés (17,6%) liés à la pathologie chez les animaux, après examen général en système intensif, pourraient s'expliquer par une moindre rusticité des races importées par rapport aux races locales d'une part, et d'autre part par leur utilisation très intensive pour la lutte.
Causes de réforme liées à l'état de l'appareil génital
Les géniteurs utilisés dans le système de l'ANOC ont tous une circonférence scrotale supérieure à 28 cm, alors que 1 2,7% de ceux utilisés dans les élevages non encadrés sont à réformer pour taille des testicules insuffisante. Ceci montre bien que de meilleures conditions d'élevage, notamment un meilleur apport alimentaire, ont un effet sur l'appareil génital. Les béliers ayant des testicules de taille insuffisante ne sont pas agréés par l'ANOC comme géniteurs. Cependant, la pathologie "vraie" de l'appareil constitue la principale cause de réforme des béliers (27,1 %) dans les troupeaux encadrés par l'ANOC. Ceci démontre bien la nécessité d'intégrer au sein de toutes les commissions de sélection ovine des spécialistes en reproduction.
Au niveau des élevages en système intensif, 40,7% des béliers souffrent de pathologie au niveau de leur tractus génital contre 34,2% en système extensif. En effet, l'utilisation des béliers est plus intensive dans les élevages industriels que dans les élevages extensifs, et leur remplacement par des jeunes est très souvent tardif. Galloway (1982) affirme que les maladies générales et le surmenage se répercutent au niveau de l'appareil génital, notamment au niveau des testicules qui dégénèrent. C'est dans le lot des animaux âgés que l'on trouve une fréquence élevée de pathologie de l'appareil génital. En effet, ce taux peut atteindre 46,9% pour les géniteurs ayant leur 8 DR dans les élevages intensifs selon Toe (1989). Les béliers âgés (plus de 5 ans) doivent être réformés car avec l'âge et l'intensité d'utilisation la condition physique diminue et les pathologies de l'appareil génital apparaissent.
Nos résultats confirment, même si les fréquences trouvées ici restent relativement en dessous de celles déjà rapportées par Tibary et al. (1988) et Toe (1989), que les orchites, les épididymites et les balanoposthites sont les dominantes pathologiques de l'appareil génital des béliers au Maroc. Nous trouvons des fréquences de 9,3%, 7,9% et 6,8% respectivement pour les orchites, les épididymites et les balanoposthites contre 12,8%,12,3% et 10,6% rapportés par Toe (1989).
La production et la qualité du sperme des béliers diminuent considérablement dans les épididymites et les orchites, en particulier celles dues aux infections (épididymite contagieuse du bélier). résultats montrent que 20% des béliers présentent des anomalies au niveau du spermiogramme; ceci pose le problème de la saisonnalité des béliers, notamment chez les races importées, et des pathologies infracliniques pouvant échapper à l'examen clinique.
S'il est vrai que la gestion de la reproduction chez le bélier doit tenir compte de toutes les variations de la fonction sexuelle mâle, le contrôle des géniteurs permet de garder pour la lutte ou pour l'insémination artificielle les plus performants et de les rentabiliser par l'utilisation d'un ratio mâles/femelles le plus faible possible, vu les prix sans cesse croissants des bons géniteurs. II permet également d'obtenir de meilleurs taux de fécondité surtout lorsque parallèlement toutes les femelles infertiles sont écartées de la reproduction.
La pathologie de l'appareil génital, avec essentiellement les orchites, les épididymites et les balanoposthites, est l'une des principales causes de réforme des béliers au Maroc, à côté de l'aspect zootechnique (conformation et laine). Cependant, la recherche de toutes les causes de réforme, surtout à l'échelle de tout le pays, nécessite une standardisation de la technique de l'examen des béliers. La clinique et la spermiologie constituent alors les deux éléments clés de cet examen. Mais un bélier jugé insatisfaisant au niveau de l'examen n'est pas nécessairement infertile (monorchidie).
Enfin, seuls des programmes d'intervention cohérents tenant compte des besoins des éleveurs dans les différents systèmes d'élevage, la sensibilisation des éleveurs aux problèmes de l'infertilité chez les mâles et la formation d'un personnel qualifié en nombre suffisant permettront de couvrir l'ensemble des élevages au Maroc.
Blom E. 1950. A simple rapid staining method for differenciation between live and dead sperm cells by means of eosin and nigrosin Nordisk Veteringer medicin 2: 58 61.
Galloway D. B. 1982. Reproduction in the rams Australian Veterinary Journal 67: 163-195. MARA (Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire). 1990. L'élevage au Maroc. In: L'élevage dans les systèmes céréaliers méditerranéens. Actes de la conférence internationale. Rabat (Maroc).
Tibary A., Boukliq R., Adnani M. et Toe F. 1988. Importance de l'examen du bélier en gestion de la reproduction ovine: variations physiologiques de la qualité du sperme et dominantes pathologiques. XVIIIe Journées de l'Association nationale pour la production animale, 10 et 11 mars 1988, Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, Rabat (Maroc).
Toe F. 1989. Vulgarisation de l'examen des béliers: causes d'élimination des béliers de la lune. Thèse de doctorat vétérinaire, Institut agronomique et vétérinaire Hassan il, Rabat (Maroc).