Résumé
Abstract
Introduction
Matériel et méthode
Résultats et discussion
Conclusion
Bibliographie
M. Ndiaye
ISRA, Laboratoire national d'élevage et de recherches vétérinaires
B.P. 2057, Dakar-Hann (Sénégal)
A l'issue de trois années d'observation et de prophylaxie à l'aide de vaccins contre la peste des petits ruminants et la pasteurellose chez les caprins et contre la pasteurellose chez les ovins, et à l'aide du tartrate de morantel chez les deux espèces, l'on a fait les constats suivants.
- les 0-3 mois sont la classe d'âge la plus vulnérable;
- ils sont affectés en priorité par le syndrome "chétivité";
- ils ont une hiérarchie des syndromes mortels relativement stable d'une stratégie prophylactique à l'autre;
- ceci quelle que soit l'espèce.
Ces constats laissent croire que la mortalité des jeunes de O à 3 mois répond à un déterminisme autre que celui contrôlé par les prophylaxies testées.
This paper reports observations over three years on flocks that received the following prophylaxis: vaccination against peste des petite ruminants and pasteurellosis in goats, vaccination against pasteurellosis in sheep, and treatment with Morantel tartrate in both species.
Mortality was greatest in the 0-3 month age class, which was primarily affected by unthriftiness. The ranking of the main causes of death were similar for all treatment groups and both species.
These observations indicate that mortality among 0-3 month old animals was caused by factors other than the diseases against which prophylaxis had been given.
The author proposes an aetiology for deaths due to unthriftiness, based on the characteristics of the farming system, biopathological data obtained from the literature and the clinical symptoms of unthriftiness.
Les enregistrements épidémiologiques obtenus par le programme Pathologie et productivité des petite ruminants en milieu traditionnel (PPR) de 1985 à 1987 permettent de décrire ['importance absolue et relative de la mortalité des petite ruminants dans la région de Kolda. Ce qui nous donne ['occasion de poser un regard critique sur le paramètre constitué par les taux de mortalité très usités en épidémiologie.
Les résultats rapportés ici ont été obtenus dans l'une des zones d'intervention du PPR, la région de Kolda, au sud du fleuve Casamance. Les précipitations y vent plus abondantes (950 mm par an), plus régulières et réparties sur une plus longue période que dans le reste du Sénégal.
Les petite ruminants exploités dans cette zone, vent des animaux de petite taille: ovins Djallonké et chèvres guinéennes.
L'on serait devant l'importance de la mortalité chez les ovins et les caprins de moins de 3 mois, de mettre en route des prophylaxies plus complètes ou tout au moins de rechercher les étiologies précises de la mortalité ainsi notée. Cependant, il nous paraît prudent avant pareille décision de procéder à l'évaluation de l'effet des prophylaxies sur la mortalité.
Pour chaque espèce, les troupeaux de cinq villages ont constitué le lot témoin, ceux de cinq villages ont été vermifugés par le tartrate de pyrimidine (lot vermifugé), ceux de cinq autres villages vaccinés contre la pasteurellose à P. multocide types 1 et D et contre la peste des petits ruminants (lot vacciné), et ceux de cinq autres villages vaccinés et vermifugés.
Le taux brut de mortalité est défini comme le nombre total de décès enregistrés au sein d'une population, divisé par le nombre d'individus dans cette population, mesure au cours de la période considérée (Putt et al., 1987). Il donne au pathologiste un paramètre chiffré à l'échelle de la population pour apprécier la gravité du phénomène mortalité. Par analogie à un taux de positivité à un test de diagnostic, il se calcule par rapport à une population exposée.
Lors d'études épidémiologiques ponctuelles sur de courtes périodes n'autorisant pas une refonte profonde de l'effectif présent en début d'observation, l'usage du taux se révèle très commode, surtout lorsque l'étude porte sur une population dont les individus ne sont pas identifiés ou lorsque l'on veut évaluer à postériori l'impact d'un épisode mortel.
La population ciblée est cependant sujette à des changements de taille et d'individus, fonctions du contexte de gestion démographique et des facteurs de productivité numérique propres à la population. Ces deux derniers éléments ont une influence d'autant plus marquée que la période d'observation est longue.
Lors d'études de longue durée portant sur la mortalité d'une enzootie ou lorsque l'on veut évaluer l'impact sur la démographie ou sur les productivités numériques d'une enzootie, le taux n'est plus approprié car il est influencé par la dynamique démographique de la population. La méthode des quotients de mortalité sur des cohortes d'animaux se révèle alors plus performante. Le suivi individuel du programme PPR permet de connaître précisément la composition des cohortes.
Le taux de mortalité annuel est calcule comme le rapport M, nombre de sujets morts dans une population donnée pendant une période de n mois, et P la somme des nombres de sujets recensés dans cette population à chaque passage mensuel durant ces mêmes mois, multiplié par 12. La mortalité relative peut ensuite être établie par classe d'âge ou en fonction des causes de mortalité.
Le taux de mortalité donc simplement une donnée énumérative (le nombre de morts) rapportée à une autre donnée énumérative qu'est l'effectif moyen de la population, et peut à ce titre être considéré comme une mesure caractéristique de la population et être statistiquement traité comme telle.
L'effet des prophylaxies sur la mortalité sera étudié en comparant les différentes mortalités annuelles des quatre lots par une analyse de variance sur le taux de mortalité (assimilé à une mesure). C'est à partir de ces valeurs que nous évaluons l'effet de la vaccination et de la vermifugation.
L'ensemble des causes de mort considérées dans cette analyse et relevées par le suivi sanitaire du PPR s'établit comme suit:
- trouble de croissance ou chétivité (TRC): mort d'un jeune faible sans signe clinique;
- pneumopathie (PNE): jetage, toux, dyspnée non associés à une diarrhée;
- diarrhée (DIA): non associée à des troubles respiratoires;
- peste (PES): association de pneumopathie et de diarrhée sans précision sur la contagiosité, sans confirmation virologique. C'est le syndrome et non la maladie;
- maladies cutanées (CUT): tout ectoparasitisme;
- autres (AUT): symptômes avérés ne se rapprochant pas des rubriques précédentes (boiterie, conjonctivite, etc.).
La rubrique divers (DIV) regroupe les causes de morts inconnues, non identifiées et celles dont la venue nous parait être liée à des facteurs extrinsèques occasionnels.
Pour étudier l'effet des prophylaxies sur l'ordre d'importance des causes de mort, on comparera un à un les rangs de chaque cause de mort dans les deux groupes de lots respectivement pour la vaccination puis la vermifugation dans chaque espèce sans tenir compte du sexe. Pour ce faire, nous appliquerons la formule de Spearman entre les groupes vermifugés et non vermifuges puis entre les vaccinés et les non vaccinés pour avoir un élément d'appréciation: le coefficient de corrélation d'ordre (Murray, 1975):
ou
d = différences entre les rangs des x et y correspondants
n = nombre de paires de valeurs (x, y) dans les données.
Mortalité
Chez les ovins et les caprins, en taux de mortalité par sous-classe d'âge, la sous-classe d'âge la plus affectée et quel que soit le lot prophylactique, reste la sous-classe O 3 mois, sauf chez les caprins vaccinés où les 4 6 mois sont légèrement plus affectés (tableaux 1 et 2).
Tableau 1. Taux annuel de mortalité des ovins par classe d'âge en pourcentage (Kolda, 1985-1987), et mortalité relative par classe d'âge
|
Lot |
Classe d'âge (en mois) |
Nombre de morts de 1985 à 1987 |
Cumul des présents/mois |
Taux de mortalité |
|
Témoin
|
0 - 3 |
37 (49%) |
904 |
49 |
|
4 - 6 |
23 (31 %) |
806 |
34 |
|
|
7 - 9 |
11 (15%) |
662 |
20 |
|
|
10 - 12 |
4 (5%) |
553 |
9 |
|
|
Vacciné
|
0 - 3 |
73 (47%) |
1275 |
69 |
|
4 - 6 |
41 (26%) |
1115 |
44 |
|
|
7 - 9 |
22 (14%) |
971 |
27 |
|
|
10 - 12 |
20 (13%) |
780 |
31 |
|
|
Vermifugé
|
0 - 3 |
59 (55%) |
1736 |
41 |
|
4 - 6 |
28 (26%) |
1505 |
22 |
|
|
7 - 9 |
12 (11%) |
1254 |
11 |
|
|
10 - 12 |
9 (8%) |
870 |
12 |
|
|
Vacciné et vermifugé
|
0 - 3 |
30 (43%) |
1495 |
24 |
|
4 - 6 |
19 (27%) |
1301 |
18 |
|
|
7 - 9 |
15 (21,1%) |
1109 |
16 |
|
|
10 - 12 |
7 (10%) |
875 |
10 |
En mortalité par sous-classe d'âge ce constat se trouve conforté par le fait que plus de 40% des morts de 0 à 12 mois intéressent les moins de 3 mois et ceci dans chaque lot chez les espèces étudiées. NOUS notons enfin que les troubles de croissance viennent en tête des causes de mort quel que soit le lot prophylactique (tableau 3).
La vaccination n'induit pas chez les béliers de différence significative, alors que la vermifugation engendre une baisse significative de la mortalité (P<0,05). Aucune différence n'est induite chez les brebis, les chèvres et les boucs, par aucun traitement (tableaux 4, 5, 6, 7).
Tableau 2. Taux annuel de mortalité des caprins par classe d'âge en pourcentage, et mortalité relative par classe d'âge (Kolda 1985-1987)
|
Lot |
Sous-classe d'âge |
Nombre de morts de 1985 à 1987 |
Cumul des présents/mois |
Taux de mortalité |
|
Témoin
|
0 - 3 |
52 (44%) |
1154 |
54 |
|
4 - 6 |
36 (31%) |
1018 |
42 |
|
|
7 - 9 |
20 (17%) |
720 |
33 |
|
|
10 - 12 |
9 (5%) |
556 |
19 |
|
|
Vacciné
|
0 - 3 |
69 (43%) |
1609 |
51 |
|
4 - 6 |
60 (37%) |
1352 |
53 |
|
|
7 - 9 |
24 (15%) |
974 |
30 |
|
|
10 - 2 |
9 (5%) |
574 |
19 |
|
|
Vermifugé
|
0 - 3 |
84 (55%) |
1777 |
57 |
|
4 - 6 |
42 (27%) |
1463 |
34 |
|
|
7 - 9 |
17 (11%) |
993 |
21 |
|
|
10 - 12 |
10 (7%) |
659 |
18 |
|
|
Vacciné et vermifugé |
0 - 3 |
56 (75%) |
1476 |
46 |
|
4 - 6 |
12 (16%) |
1252 |
12 |
|
|
7 - 9 |
2 (3%) |
970 |
2 |
|
|
10 - 12 |
5 (6%) |
654 |
9 |
Tableau 3. Mortalité relative par cause chez les caprins (C) et les ovins (O) de moins de 3 mois (en pourcentage), Kolda 1985-1987
|
Cause de mort(1) |
Vacciné |
Témoin |
Vermifugé |
Vacciné et Vermifugé |
||||
|
O |
C |
O |
C |
O |
C |
O |
C |
|
|
DIV |
38 |
32 |
26 |
31 |
42 |
36 |
37 |
39 |
|
TRC |
40 |
56 |
37 |
31 |
52 |
43 |
37 |
54 |
|
PES |
0 |
0 |
0 |
1 |
0 |
13 |
0 |
0 |
|
PNE |
3 |
4 |
11 |
10 |
0 |
1 |
10 |
2 |
|
DIA |
14 |
2 |
22 |
26 |
0 |
6 |
13 |
0 |
|
AUT |
0 |
4 |
1 |
1 |
3 |
0 |
0 |
5 |
|
CUT |
5 |
2 |
3 |
0 |
3 |
1 |
3 |
0 |
|
TOTAL |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
(1) Voir texte pour la signification des symboles
Tableau 4. Effet de la vaccination chez les ovins.
|
Cause |
Groupe vacciné |
Groupe non vacciné |
|||
|
Nombre de morts |
Rang |
Nombre de morts |
Rang |
Différence de rang |
|
|
DIV |
30 |
2 |
39 |
2 |
0 |
|
TRC |
38 |
1 |
46 |
1 |
0 |
|
PES |
0 |
7 |
0 |
7 |
0 |
|
PNE |
11 |
4 |
1 |
6 |
2 |
|
DIA |
20 |
3 |
5 |
3 |
0 |
|
AUT |
1 |
6 |
2 |
5 |
1 |
|
CUT |
3 |
5 |
4 |
4 |
1 |
r = 0,99
Tableau 5. Effet de la vermifugation chez les ovins.
|
Cause |
Groupe vermifugé |
Groupe non vermifugé |
|||
|
Nombre de morts |
Rang |
Nombre de morts |
Rang |
Différence de rang |
|
|
DIV |
36 |
2 |
33 |
2 |
0 |
|
TRC |
42 |
1 |
42 |
1 |
0 |
|
PES |
0 |
7 |
0 |
7 |
0 |
|
PNE |
3 |
4,5 |
9 |
4 |
0,5 |
|
DIA |
4 |
3 |
21 |
3 |
0 |
|
AUT |
2 |
6 |
1 |
6 |
0 |
|
CUT |
3 |
4,5 |
4 |
5 |
0,5 |
r = 0,99
Tableau 6. Effet de la vaccination chez les caprins
|
Cause |
Groupe vacciné |
Groupe non vacciné |
|||
|
Nombre de morts |
Rang |
Nombre de morts |
Rang |
Différence de rang |
|
|
DIV |
44 |
2 |
47 |
2 |
0 |
|
TRC |
52 |
1 |
65 |
1 |
0 |
|
PES |
1 |
6 |
11 |
3 |
3 |
|
PNE |
8 |
4 |
3 |
5 |
1 |
|
DIA |
16 |
3 |
6 |
4 |
1 |
|
AUT |
4 |
5 |
2 |
6,7 |
1,5 |
|
CUT |
O |
7 |
2 |
6,7 |
0,5 |
r = 0,95
Tableau 7. Effet de la vermifugation chez les caprins
|
Cause |
Groupe vermifugé |
Groupe non vermifugé |
|||
|
Nombre de morts |
Rang |
Nombre de morts |
Rang |
Différence de rang |
|
|
DIV |
52 |
2 |
39 |
2 |
0 |
|
TRC |
66 |
1 |
51 |
1 |
0 |
|
PES |
11 |
3 |
1 |
6 |
3 |
|
PNE |
2 |
6 |
9 |
4 |
2 |
|
DIA |
5 |
4 |
17 |
3 |
1 |
|
AUT |
3 |
5 |
3 |
5 |
0 |
|
CUT |
1 |
7 |
1 |
6 |
1 |
r = 0,95
Analyse des causes de la mortalité
Les coefficients de corrélation d'ordre déterminés ci-dessus sont tous positifs et proches de 1. L'on en déduit que les rangs de chaque cause de mort sont très semblables à travers les groupes comparés dans chaque espèce, ce qui permet de conclure à un manque d'effet des diverses prophylaxies mises en oeuvre sur la hiérarchie des causes de mort.
Le PPR a mis à l'essai dès son démarrage différents scénarios prophylactiques pour éprouver en milieu réel l'efficacité des vaccinations antipestiques et antipasteurelliques et des vermifugations. Ces actions prophylactiques ont l'avantage d'être de vrais programmes minimaux d'intervention vétérinaire en élevage traditionnel extensifs qui ciblent des agents pathogènes réputés très limitant pour la productivité globale des troupeaux. Elles ont aussi l'avantage, du fait de leurs effets relativement spécifiques, de constituer pour l'épidémiologiste ce qu'un diagnostic thérapeutique représente pour un clinicien. L'étude du PPR rapporte les mortalités à des causes qui recouvrent la forme de syndrome et non d'agents ou de facteur causal, démarche conforme à la pratique de l'épidémiologie clinique.
En résumé, la mortalité chez les 0-3 mois est abaissée par le déparasitage significativement chez les ovins mâles seuls.
Par contre, les vaccinations sont sans effet sur les taux de mortalité globale aussi bien chez les ovins que chez les caprins de moins de 3 mois. Ce qui peut s'expliquer par la protection immunitaire passive (non spécifique) dont ces jeunes bénéficient dans tous les cas.
Ces résultats sont conformes à ceux du PPR obtenus par la méthode des quotients sur des cohortes d'animaux de même classe d'âge (PPR, 1988).
Enfin, il importe de retenir que la hiérarchie des causes de mort dans la sousclasse d'âge des 0-3 mois est relativement stable à travers les groupes de lots prophylactiques.
Ces constatations portent à croire que la mortalité des jeunes de 0 à 3 mois d'âge constitue une entité épidémiologique répondant à un déterminisme faisant intervenir en sus des facteurs et des agents parasitaires ou infectieux autres que ceux ciblés par les essais prophylactiques.
Murray R S. 1975. Probabilité et statistique. Editions McGraw Hill, Paris (France).
PPR (programme Pathologie et productivité des petits ruminants en milieu traditionnel). 1988. L'élevage traditionnel des petits ruminants dans la zone de Kolda (Haute Casamance). Réf. N° 018/Viro. ISRA/IEMVT/CIRAD/SENEGAL.
Putt S.N.H., Shaw A.P.M., Woods A.J., Tyler L. et James A.D. 1987. Epidémiologie et économie vétérinaires en Afrique. Manuel du CIPEA n° 3. CIPEA, Addis-Abeba (Ethiopie).
Annexe 1. Taux de mortalité annuel de 0 à 3 mois
|
|
Lot |
||||
|
Année |
Témoin |
Vermifugé |
Vacciné |
Vermifugé et vacciné |
|
|
Ovins mâles |
1985 |
61 |
56 |
49 |
5 |
|
1986 |
56 |
45 |
69 |
37 |
|
|
1987 |
52 |
35 |
58 |
23 |
|
|
Ovins femelles |
1985 |
53 |
31 |
43 |
30 |
|
1986 |
16 |
36 |
54 |
15 |
|
|
1987 |
53 |
40 |
157 |
29 |
|
|
Caprins mâles |
1985 |
76 |
66 |
73 |
53 |
|
1986 |
54 |
85 |
24 |
25 |
|
|
1987 |
48 |
27 |
71 |
36 |
|
|
Caprins femelles |
1985 |
35 |
56 |
45 |
76 |
|
1986 |
53 |
70 |
32 |
28 |
|
|
1987 |
48 |
23 |
79 |
60 |
|