Facteurs influençant le secteur forestier ou les moteurs de changements
Dans une économie où les sources d'énergie domestique sont limitées à l'utilisation de la biomasse, l'augmentation de la demande consécutive à la croissance démographique et au développement du mode de vie urbain, signifie des prélèvements massifs sur les espaces forestiers naturels. Cependant, très peu de données fiables permettent de mesurer la consommation actuelle afin d'estimer la demande future. Dans la revue du secteur une étude faite sur la ville de Lomé, permet de faire une idée sur les quantités consommées et sur l'évolution de la demande.
L'étude fait observer que pour la ville de Lomé, 88% des ménages utilisent l'énergie d'origine ligneuse et que la consommation de bois-énergie a diminué de 1971 à 1987, passant de 130 kg/ht/an à 18-24 kg/ht/an tandis que la consommation du charbon de bois a augmenté, passant de 60,7 kg/ht/an à 157-180 kg/ht/an pour la même période.
Sachant par ailleurs, qu'un hectare de végétation naturelle produit l'équivalent de 140 kg de charbon de bois signifie que 9/10 des habitants de Lomé, détruit environ 1,5 ha de boisement naturel, par an, par le biais de sa consommation. C'est un taux en effet alarmant et une pénurie est prévue aux environs des années de 1995-2000. En fait, certaines régions comme la zone maritime et le pays kabyè aux fortes densités de populations connaissent déjà cette pénurie et sont obligées d'importer d'autres régions, du bois ou d'utiliser des déchets agricoles, comme substituts.
En effet des initiatives comme "intensification et extension des foyers améliorés en terre et métalliques et installation de gazogène sont cours en vue d'économiser le bois et d'utiliser d'autres sources d'énergie."
Développement du secteur agricole
La politique de développement agricole dont la déclaration a été faite en 1996 s'est fixée comme finalité l'amélioration des conditions de vie des populations rurales. Dans ce contexte trois objectifs principaux ont été définis :
Intensifier et diversifier la production agricole ;
Lutter contre la pauvreté ;
Assurer une croissance de l'agriculture supportable par l'environnement.
En effet, ces faits nouveaux devaient inévitablement conduire à l'augmentation des surfaces cultivables et par conséquent à la diminution considérable des espaces forestiers. Néanmoins la promotion de ce développement durable pour la sécurité alimentaire se fera avec des technologies agro-sylvo-pastorales et écologiquement viables qui comportent :
Le soutien et l'appui au développement agricole favorable à la conservation des ressources forestières ;
La promotion de technologie garantissant l'exploitation durable des écosystèmes fragiles ;
L’intensification et la diversification à travers l'utilisation accrue, appropriée et contrôlée des intrants ;
L’introduction des cultures permettant de reconstituer la fertilité des sols.
Les forêts demeurent pour chaque pays un domaine hautement public en ce qui concerne la préservation des avantages écologiques, sociaux et économiques fondamentaux qu'elles assurent aux populations. Les ressources forestières sont encore considérées dans nos pays comme une réserve minière, un don gratuit et inépuisable de la nature à utiliser sans précaution ni discernement. L'ignorance étroitement associée à la pauvreté est partout relevée comme l'une des causes fondamentales de destruction des forêts. De plus, les forêts malgré leurs rôles économiques, sociaux, culturels et écologiques reconnus, sont un secteur de production à long terme facilement marginalisé à tous les niveaux de prises de décisions et de comportement. Pour ces diverses raisons, tout en ce perdant pas de vue, l'option résolument prise pour le désengagement progressif de l'Etat et la responsabilisation des populations bénéficiaires dans les activités de production, celui-ci (Etat) devra continuer à jouer, pour ce qui du secteur forestier, un rôle clé de chef d'orchestre, d'organisateur, de sensibilisateur, d'informateur, de formateur, d'éducateur, de contrôleur, d'incitateur, compétente bien structurée responsable des moyens nécessaires.
Les programmes et les actions forestiers seront néanmoins décentralisés avec une forte implication et une pleine participation responsable des populations bénéficiaires à travers les ONG, les associations et les groupes organisés.
Ainsi, la politique forestière vise-t-elle à rétablir les équilibres socio-économiques et écologiques en poursuivant les objectifs globaux suivants :
Contribuer à l'amélioration des conditions de vie des populations en assurant de façon durable leurs besoins fondamentaux en produits et sous-produits forestiers ;
Préserver les capitaux fonciers, biologiques et reconstituer leurs potentiels productifs ;
Contribuer à la production alimentaire par le biais d'une interaction efficace entre les techniques forestières et agricoles.
Environ 3 000 à 4 000 touristes visitent annuellement les réserves et parcs au Togo. Malheureusement ces statistiques sont en baisse constante suite à la crise socio-politique que le pays a connu depuis 1990. Un vaste programme de réhabilitation des aires protégées en cours permettra de redynamiser le secteur.
De par sa fonction de protection des sols, des bassins versants et fertilisants des sols, la forêt contribue à la productivité agricole sans pour autant recevoir de compensation. Elle contribue aussi gratuitement à la productivité de l'industrie en tant que puits de CO2 et autres pollutions industrielles et de la pèche continentale (surtout pour son action bénéfique sur les cours d'eau).
Les effets son encore plus bénéfiques au niveau des produits végétaux non ligneux et animaux.
Technologies forestières et secteurs connexes
Le Togo ne dispose pas d'une institution de recherche organisée. Ce sont les services forestiers qui entreprennent des recherches d'accompagnement en rapport avec leurs activités. Un programme de coopération financière et technique entre l'ODEF et le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI) de 1990 à 1994 a également permis d'entreprendre quelques essais sylvicoles portant sur les tests de germination, des essais d'écartement, de provenance et d'éclaircie de certaines espèces comme Anogeissus léiocarpus, Tectona grandis et Gmelina arborea. Dans ses activités, le Centre National de Semences Forestières vient d'entreprendre quelques essais sur l'Iroko (Milicia excelsa) et les acajous (Khaya senegalensis et Khaya grandifoliola).
Pour une meilleure organisation de la recherche forestière au Togo, le PAFN préconise, la création d'une cellule de recherche au sein du département forestier.
Investissement dans le secteur forestier
Depuis l’indépendance du Togo en 1960, la première grande action pertinente de coopération internationale dans le secteur forestier fut le projet Fonds SPECIAL/NU/TOG 68/510 de développement des Ressources Forestières financé par le Fonds Spécial des Nations Unis (PNUD d’antan) et exécuté avec la FAO de 1970 à 1974. D’un montant global de 1 774 975 dollars US, ce projet a permis un inventaire ciblé et plusieurs essais sylvicoles, a posé les bases du développement forestier au Togo et a défini les premières orientations de la politique forestière nationale, surtout en matière de reboisement. Ainsi, d’autres projets PNUD/FAO ont suivi jusqu’en 1992 consistant surtout en des réalisations pilotes de plantations forestières dans certaines Zones écologiques du pays (Kara-Savanes) et dans l’élaboration du PAFT-TOGO.
Parallèlement, le Togo a eu à bénéficier dans la décennie 81-90 pour un montant global de 7 milliards de F.CFA (environ 28 millions de dollar EU) de l’assistance financière et technique principalement de :
la France à travers la Caisse française de développement et le FAC, (2 446 millions F.CFA) ;
la CEE à travers le FED pour les reboisements villageois, (188,5 millions F.CFA) ;
la République Fédérale d’Allemagne à travers la GTZ, (3 800 millions F.CFA) etc.
sans oublier le financement non négligeable des ONG et dont les valeurs sont difficilement saisissables.
Toutes ces assistances à par celles de certaines ONG ont été arrêtées entre 1992 et 1995. Seule l’OIBT a assisté financièrement le Togo dans :
L’étude de faisabilité de 2 500 ha de reboisement de bois d’œuvre, à travers le projet ODEF/OIBT/PPD/204/91 Rev.1 (F) pour un montant de 374 301 dollars EU ;
L’étude de faisabilité d’aménagement des teckeraies à travers un projet ODEF/OIBT pour un montant de 40 000 dollars E U entre 1996 et 1997.
A partir de 1996 d’autres formes de coopérations ont repris où :
Le Togo a connu le financement de l’Union Européenne pour le programme d’Assistance Technique à la Communication et à l’information sur la Protection de l'environnement pour un montant de plus de 1 200 000 dollars EU ;
Le financement d’étude pour le plan de gestion de deux (2) zones (Parcs Nationaux et Réserves de Chasse de la Kéran et Réserve de Faune de Togodo) pour un montant de 40 000 F Suisse de Ramsar ;
Le financement d’étude pour le plan de gestion de la Lagune du sud-est du Togo pour un montant 39 000 F Suisse de Ramsar ;
Le financement de 10 000 FF et des équipements matériels pour le dénombrement des oiseaux et l'identification des zones humides de OMPO ;
Le financement du code forestier et l’étude économique du secteur forestier avec l’assistance du PNUD/FAO pour montant de 24 430 dollars EU pour le premier et de 18 750 dollars EU et pour le second ;
La relance du Programme National d’Action pour Environnement par la Banque Mondiale pour un montant de 400 000 dollars UE, le PNUD pour 40 000 dollars EU, l’Union Européenne 216 000 dollars EU, la Banque Ouest Africaine de Développement pour 2 000 dollars EU.
Il ressort de la situation ci-dessus présentée de l'amenuisement des investissements et de la réticence du privé à investir dans le secteur forestier.
Une population en croissance rapide
L'estimation de la population togolaise est de 4 402 500 habitants en 1996, avec un taux annuel d'accroissement de 2,6%, ce qui implique le dédoublement de la population en 2020 ;
67,4% de la population vit en zone rurale et la population urbaine s'accroît de près de 4,4% par an.
Des indicateurs sociaux préoccupants
Au niveau du développement des ressources humaines, le Togo vient au 143ème rang sur 174 pays ;
Le taux d'alphabétisme chez les adultes est de 45,5% (1997). En revanche, le taux brut de scolarisation primaire se situait à 119,6% en 1996, dont 99,4% pour les filles ;
L'espérance de vie est de 49,4 ans ; le taux de mortalité infantile est élevé : 79,3 pour
1 000 naissances vivantes en 1998 ; un faible encadrement sanitaire avec 6 médecins et 31 infirmières pour 100 000 habitants entre 1990-96 ;
L'indice de pauvreté est de 72,6% au niveau national et 78,8% en milieu rural en 1995, année où les statistiques sont disponibles ;
Le seuil de pauvreté est de 90 000 F.CFA à Lomé et 70 000 F.CFA dans les villes secondaires en 1995 sur la base des dépenses alimentaires par tête ;
Le taux de présence du SIDA chez les adultes de 15 à 49 ans est de 8,5%. Ce taux est de 16,5% chez des femmes en consultation prénatale, 80% chez les prostituées et de 33% chez les transporteurs.
A l'échelle du continent africain, le Togo avec ses avantages relatifs aux plans démographique, pluvio-hydrologique, minier et géo-économique ne devrait pas connaître des déséquilibres macro-économiques nécessitant le recours démesuré à l'endettement extérieur puis aux mesures correctives de types "Programme de stabilisation Financière et/ou d'Ajustement Structurel de son économie" sous l'égide des institutions Internationales comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI)
Confronté à des difficultés dans son processus de développement économique, le Gouvernement togolais a décidé à partir de 1982 de mettre en œuvre une politique rigoureuse d'assainissement des finances publiques et d'ajustement structurel. Cette décision s'est traduite au cours de la période 1983-1990 par :
La signature des accords de confirmation de l'application de mesure de stabilisation financière avec l'appui du Fonds Monétaire International (FMI).
L'exécution de quatre programmes successifs d'ajustement structurel soutenus par une assistance financière et technique de la Banque Mondiale et d'autres donateurs multilatéraux et bilatéraux.
En dépit des mesures prises dans le cadre de la politique d'ajustement depuis 1983, les capacités de gestion de l'administration sont encore insuffisantes pour élaborer avec efficacité des politiques et rassurer une mise en œuvre efficace. Aussi, il est nécessaire de poursuivre le renforcement institutionnel de l'administration centrale et locale.
D'une façon générale, le cadre de gestion des ressources naturelles au Togo, est caractérisé par des lacunes législatives et réglementaires, certaines faiblesses institutionnelles, des lacunes de politiques sectorielles ainsi que l'insuffisance ou l'inexistence de quelques instruments de gestion des ressources donc :
Un cadre législatif et réglementaire insuffisant et non opérationnel ;
Un cadre institutionnel peu performant.
Cependant, la politique de l'environnement adoptée en décembre 1998 prenant en compte la politique forestière comble vide. Cette politique sera renforcée par le projet de code forestier et la restructuration du Ministère de l'Environnement et de la Protection Forestière en cours d'élaboration. Il est prévu également la révision du code de l'Environnement et la mise en place d'un fond de l'Environnement à guichet multiple (forêt, eau, mine, etc.)
On note aussi que :
Les organisations non gouvernementales se mobilisent pour un développement décentralisé et participatif.
L'ensemble du territoire national est organisé en collectivités territoriales ; un cadre de coordination ou de concertation s'est mis en place
Le secteur industriel dans son développement connaît :
Une multiplication des usines d'égrenages nécessitant l'augmentation de la production par conséquent l'augmentation des surfaces cultivables ;
Une extension des aires de production de phosphate aggravant la situation des zones d'exploitation habituellement dégradées laissant des sols impropres à toute activité humaine, soumettant certaines familles dépossédées à de véritables problèmes sociaux de subsistance ;
Une faible attention à l'environnement industriel ;
Une main d'œuvre coûteuse et rare pour la foresterie dans les zones de localisation des industries.
Infrastructures et communications
Les problèmes de l'insuffisance de financement tant intérieur qu'extérieur pour la réhabilitation des infrastructures routières et portuaires fortement dégradées et pour le renouvellement des équipements roulants et de manutention constituent un grand handicap du secteur des transports et peuvent par-là influencer le secteur forestier.
La libéralisation du commerce et en particulier des prix des produits en général et en particulier ceux des produits agricoles et forestiers, la libre concurrence en matière de commerce des produits forestiers et l'institution de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 18% sont autant de facteurs qui ont certes eu des incidences sur l'offre et la demande des produits ligneux.
Autres facteurs de changements
Pour lever les contraintes qui entravent le développement du pays, le gouvernement a élaboré un programme dont l'objectif principal est la réduction de la pauvreté et la promotion de la bonne gouvernance. Ce programme vise, notamment : (i) la poursuite de la consolidation des finances publiques, (ii) la redéfinition du rôle de l'Etat en concertation avec la société civile, ce qui implique une réforme de l'administration publique et de la fonction publique ; un renforcement des capacités de gestion et de développement d'institutions et de procédures permettant d'assurer une meilleure gouvernance, (iii) l'amélioration du cadre réglementaire et judiciaire pour appuyer les actions de promotion du secteur privé (iv) l'amélioration des services sociaux de base dans le cadre de la politique de réduction de la pauvreté et le développement sectoriel. Aussi, les actions visent à améliorer l'environnement macro-économique par l'adoption des mesures énergiques pour instaurer les conditions d'une croissance durable par, entre autres, le renforcement de la confiance du secteur privé national et des partenaires extérieurs du Togo.
L'Aménagement du territoire constitue l'un des grands enjeux du Togo qui cherche à promouvoir un développement équitable avec la participation de toutes les couches sociales du pays et assurer aux générations présentes et futures le mieux-être nécessaire. Pour ce faire, une approche de planification du développement axée sur la participation des collectivités locales et des populations a été initiée et appliquée depuis 1975. L'objectif général de la politique d'aménagement du territoire vise à promouvoir une gestion globale et rationnelle de l'espace en vue d'améliorer le cadre et les conditions de vie des populations dans la perspective d'un développement socio-économique équilibré et durable du pays sur la base des principes de responsabilisation, de concertation, de participation, d'intégration et de coordination aux niveaux locale, régional et national. Parmi les principaux outils de cette politique, il convient de mentionner la décentralisation et le développement local.