Page précédenteTable des matièresPage suivante


LA FIÈVRE APHTEUSE


Faits récents

L'épidémie au Royaume-Uni

Un mois après la confirmation des premiers cas de fièvre aphteuse (FA) le 19 février 2001, le foyer le plus important et dévastateur du Royaume-Uni depuis 1967 s'est propagé à travers tout le pays.


Troupeau de moutons au Royaume-Uni
PHOTO FOURNIE PAR PETER RODER, EMPRES

La France et les Pays-Bas sont les seuls pays européens qui ont été touchés, dans une mesure limitée, par la maladie qui a été causée par des animaux originaires du Royaume-Uni. Deux cas confirmés seulement ont été détectés en France jusqu'ici, alors qu'aux Pays-Bas, au 22 avril 2001, 26 cas avaient été déclarés par le Ministère de l'agriculture.

Les modèles épidémiologiques prévoyaient que l'épidémie atteindrait son niveau le plus élevé début mai et persisterait jusqu'en août. Ce fait, ainsi que d'autres considérations, ont conseillé la révision de la stratégie et de la logistique relatives à l'abattage et à la destruction des carcasses. Selon la politique adoptée, les animaux infectés devaient être abattus dans les 24 heures suivant le diagnostic, et les animaux à risque dans les 48 heures. D'après les derniers chiffres, les foyers détectés se sont élevés à 1 448 (jusqu'au 23 avril), et l'épidémie qui avait atteint son pic était en train de régresser.

Embargo sur les importations

Suite à la confirmation des cas en France, les importations de bétail, de viande et de produits laitiers en provenance des 15 pays de l'Union européenne ont été interdites dans quelque 90 pays. D'autres pays sont même allés plus loin et ont frappé d'interdiction les importations de produits agricoles européens tels que les céréales. L'Union européenne a condamné cette décision qu'elle a jugée excessive et inutile et a laissé entendre qu'elle ferait appel à l'Organisation mondiale du commerce pour faire lever les restrictions. La presse a mentionné la possibilité d'un élargissement des différends commerciaux émanant de la crise agricole.

La situation de la fièvre aphteuse s'aggrave dans le monde entier

Ce foyer dévastateur de fièvre aphteuse au Royaume-Uni fait suite à une période de plusieurs années où la diffusion de cette maladie animale extrêmement contagieuse a été en s'accroissant à l'échelon mondial. Plusieurs pays depuis longtemps indemnes ont vu éclore des foyers, à savoir le Japon (indemne depuis 1908), la République de Corée (depuis 1934), la Mongolie (depuis 1973) et l'Afrique du Sud (le dernier foyer en zone indemne date de 1957). D'autres pays devenus indemnes plus récemment au prix de très gros efforts, dont l'Uruguay (1990), la Namibie (1994), la Fédération de Russie (1995) et l'Etat de Rio Grande do Sul au Brésil (1993), ont connu de nouveaux foyers de la maladie (voir Bulletin EMPRES n° 14/2-2000 disponible sur le site web d'EMPRES à l'adresse suivante :www.fao.org/DOCREP/003/X8491E/X8491E00.HTM

Après les alertes de FA en août 2000 (voir Bulletin EMPRES n° 14/2-2000), l'Argentine a signalé la présence de cas confirmés de la maladie en mars 2001 dans plusieurs de ses provinces.

Il est important de souligner que ces foyers sont dus au sérotype A, qui diffère de celui responsable de l'épidémie au Royaume-Uni. Le 14 avril 2001, 291 foyers avaient été recensés et leur origine fait encore l'objet de recherches.

La nouvelle souche du virus parcourt de longues distances

Il existe sept sérotypes de la FA et la période d'incubation de la maladie dure de trois à quinze jours. La souche panasiatique, qui appartient au topotype Proche-Orient-Asie du Sud du virus du type O - le virus responsable de l'épizootie au Royaume-Uni -, est particulièrement virulente et a fait son apparition en Inde en 1990. Elle s'est ensuite répandue vers l'ouest jusqu'en Grèce et en Bulgarie en 1996, vers l'est jusqu'à Taiwan, province de Chine, en 1997, et en République de Corée, en Mongolie, dans la Fédération de Russie, au Japon et en Afrique du Sud en 2000. Du fait de la rapidité et de l'étendue de sa diffusion géographique, notamment à travers l'Asie, elle a pris l'allure d'une pandémie - d'où son nom de panasiatique. La diffusion supposée de cette souche a été exposée dans le Bulletin EMPRES n°. 14/2 - 2000 et figure dans la carte ci-dessous.

L'une des caractéristiques de cette souche est l'absence ou le caractère bénin des symptômes cliniques observés chez les ovins adultes qui explique le retard avec lequel la maladie a été détectée au Royaume-Uni.

Une analyse du risque menée récemment par la Commission européenne de lutte contre la fièvre aphteuse (voir encadré) hébergée par la FAO a montré que le risque de propagation de la fièvre aphteuse en Europe dépendait à 50% des trois modes suivants d'introduction :

DIFFUSION SUPPOSÉE DE LA LIGNÉE PANASIATIQUE DU TOPOTYPE
PROCHE-ORIENT-ASIE DU SUD DU VIRUS DE LA FA DU TYPE O

Bien que l'origine du foyer au Royaume-Uni ne soit pas claire à ce jour, on suppose que le virus s'est introduit dans le pays grâce à une viande importée illégalement et entrant dans la composition des eaux grasses données aux cochons. Son pays d'origine reste inconnu.

COMMISSION EUROPÉENNE DE LUTTE CONTRE LA FIÈVRE APHTEUSE

La Commission européenne de lutte contre la fièvre aphteuse a été créée en 1954 sous l'égide de la FAO, alors que cette maladie était présente à l'état endémique en Europe. Ses objectifs initiaux étaient les suivants:

  • combattre et éradiquer la FA en Europe;
  • coordonner les programmes de lutte nationaux.
  • La fièvre aphteuse a été éradiquée en Europe dans les années 1980.

La Commission vise actuellement à :

  • empêcher la réintroduction du virus de la FA en Europe;
  • limiter le risque d'introduction à partir de pays voisins de l'Europe.

Activités normatives

  • Diffuser l'information sur tous les aspects de la FA aux pays membres.
  • Conseiller les pays membres sur les mesures de prévention et de lutte à adopter.
  • Organiser des ateliers techniques.
  • Elaborer des directives concernant :
    • - les mesures de sécurité à prendre dans les laboratoires de FA;
      - les dispositifs d'intervention en cas d'urgence;
      - la destruction des carcasses en cas d'abattage sanitaire;
      - la normalisation des tests de laboratoire sur la FA et des réactifs;
      - la révision de la monographie sur la FA de la pharmacopée européenne.

Activités opérationnelles

  • Coordonner les mesures de lutte si la maladie se déclare.
  • Organiser des campagnes de vaccination dans les régions à risque.
  • Combattre la maladie et créer des zones tampons.
  • Participer aux actions de surveillance en matière de FA.

Activités récentes entreprises conjointement avec la Communauté européenne

  • Maîtrise de l'épidémie en Albanie et dans l'ex-République yougoslave de Macédoine en 1996.
  • Vaccination contre le nouveau virus du type A en Thrace, Turquie, en 1998.
  • Création d'une zone tampon dans le Caucase en 1999 et 2000.
  • Avis donnés sur les actions de lutte et de surveillance lors du foyer en Afrique du Nord en 1999.
  • Coordination d'un projet FAO de coopération technique en République islamique d'Iran et en Turquie pour renforcer les capacités des services vétérinaires de faire face à la menace de FA

la mondialisation entraîne la diffusion mondiale des maladies

Par mondialisation - des marchés notamment - on entend aussi la propagation à l'échelle mondiale de maladies qui étaient limitées auparavant à des régions spécifiques. La diffusion rapide de la souche panasiatique en est la preuve. La propagation en France et aux Pays-Bas du foyer britannique démontre que la fièvre aphteuse est une menace mondiale et que la seule vraie solution consiste à l'attaquer à sa source, en accroissant l'aide fournie aux pays en développement pour combattre la maladie dans les zones endémiques d'Afrique, du Proche-Orient, d'Asie et d'Amérique du Sud.

L'abattage sanitaire ou la vaccination?

Le Royaume-Uni, conformément à la politique de l'Union européenne, tente actuellement d'éliminer la maladie en abattant tous les animaux infectés et les animaux à risque, c'est-à-dire tous les animaux réceptifs qui ont été en contact avec le bétail infecté. La situation s'étant aggravée au Royaume-Uni, un abattage préventif de masse a été annoncé, incluant les animaux apparemment en bonne santé présents dans un rayon de 3 km autour des zones contaminées dans les régions les plus touchées.

On estime que la vaccination est la solution du dernier recours car elle est à l'origine d'autres complications. Les animaux vaccinés ne sont pas à 100 pour cent résistants à la fièvre aphteuse et peuvent excréter le virus. Une vaccination régulière est aussi nécessaire. Il est impossible, à l'heure actuelle, de faire la distinction entre les animaux vaccinés et les animaux qui ont contracté la fièvre aphteuse. Cela signifie qu'on ne peut certifier que les pays qui vaccinent leur bétail soient indemnes de la maladie et ils pourraient faire l'objet d'embargos commerciaux.

Cependant, la vaccination en anneau peut faire partie du processus d'éradication, comme en Afrique du Sud et en Argentine, en particulier quand le nombre d'animaux infectés est si élevé que l'abattage sanitaire pose des problèmes pratiques et peut provoquer la réaction du public.


La vaccination reste importante pour combattre certaines maladies
transfrontières graves dans les pays en développement

M. GRIFFIN/FAO/18039

Le Code international de la santé animale de l'OIE établit comment la vaccination modifie le statut indemne de fièvre aphteuse d'un pays. La vaccination d'urgence dans des zones limitées, associée à l'abattage sanitaire, entraîne la perte de ce statut et, partant, des possibilités d'échanges avec d'autres pays indemnes pendant les trois mois qui suivent l'abattage du dernier animal vacciné.

Par ailleurs, la vaccination de masse sans abattage des animaux vaccinés fait perdre au pays le statut indemne de FA pendant les deux ans qui suivent le dernier cas, à condition qu'une surveillance efficace ait été pratiquée.

(Code international de la santé animale de l'OIE- Chapitre 2.1.1- Fièvre aphteuse).

Les nouveaux tests pourraient rendre plus acceptable la vaccination

Les recherches se poursuivent pour mettre au point un test permettant de faire la distinction entre animaux vaccinés et animaux infectés. Lorsque le virus de la fièvre aphteuse provoque une infection, des anticorps dirigés contre les protéines structurelles et non structurelles se produisent chez l'animal, alors que la vaccination n'induit généralement que des anticorps dirigés contre les protéines structurelles. Les résultats des recherches ont montré que la détection des anticorps dirigés contre les protéines non-structurelles connus comme 3ABC permettent de diagnostiquer efficacement le virus de la fièvre aphteuse et de faire la distinction entre les animaux infectés et les animaux vaccinés.

Un test similaire, mis au point par l'Istituto zooprofilattico sperimentale della Lombardia e dell'Emilia (IZSLE) à Brescia en Italie, a déjà été utilisé avec succès pour l'analyse de sérums provenant de l'Albanie, de l'ex-République yougoslave de Macédoine et du Caucase. Il a aussi été employé en Argentine pour démontrer l'absence de circulation du virus et, plus récemment, pendant le foyer éclos en Afrique du Sud.

Il est probable que ce test, connu sous le nom d'ELISA 3ABC, deviendra un important instrument de surveillance de la fièvre aphteuse. Au titre de la nouvelle législation relative à la FA de la Communauté européenne en cours de préparation, si la vaccination en anneau est pratiquée pour maîtriser un foyer, tous les animaux vaccinés devront être soumis au test 3ABC.

Importance de la préparation à l'urgence : le programme GEMP (bonnes pratiques de gestion des urgences)

Les plans d'interventions d'urgences dans le cas de flambées épidémiques de maladies animales, comme la fièvre aphteuse au Royaume-Uni, sont indispensables pour une gestion efficace des épizooties potentiellement dévastatrices.

EMPRES a élaboré un programme multimédia visant à aider les pays à établir des plans d'intervention d'urgence basés sur :

Le programme GEMP fait partie du Système de prévention et de réponse rapide contre les ravageurs et les maladies transfrontières des animaux et des plantes (EMPRES). Il propose des mesures de lutte normalisées à adopter lors de situations d'urgence, depuis la première suspicion de la maladie jusqu'à son éradication. Le programme GEMP fournit aussi des informations sur les techniques de laboratoire servant à la détection des maladies, y compris une ample photothèque illustrant les symptômes des maladies pour faciliter le diagnostic. Le programme comprend aussi des supports pédagogiques, des vidéoclips et des liaisons avec des laboratoires et organisations oeuvrant à l'échelon mondial dans le domaine de la gestion des urgences.

Epidémiologie et biologie moléculaire : dépistage du virus

La biologie moléculaire joue un rôle clé dans la lutte contre les maladies animales comme la fièvre aphteuse. A l'aide de la caractérisation génétique, on peut définir la philogénie d'un virus et déceler avec précision l'origine et le déplacement d'un foyer de fièvre aphteuse. La caractérisation exacte de la souche virale est particulièrement importante dans le cas de la fièvre aphteuse qui, sous l'angle épidémiologique, comprend plus d'une maladie.

Le sérotypage au niveau national (appuyé par la Division mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l'alimentation et l'agriculture) et l'analyse antigénique et moléculaire entreprise au Laboratoire mondial de référence FAO/OIE pour la fièvre aphteuse auprès de l'Institut de la santé animale de Pirbright, Royaume-Uni, sont tous les deux nécessaires pour une caractérisation complète d'un virus.


Séquençage génétique pour la caractérisation
des souches de FA au Laboratoire mondial de
référence FAO/OIE pour la fièvre aphteuse

PHOTO FOURNIE PAR L'INSTITUT DE LA SANTÉ
ANIMALE DE PIRBRIGHT, ROYAUME-UNI

La déclaration de la maladie sur la base du diagnostic clinique ne suffit pas, à elle seule, pour bien connaître l'épidémiologie de la fièvre aphteuse, ou pour choisir les vaccins susceptibles de lutter efficacement contre la maladie. Tous les pays devraient pratiquer des prélèvements et analyses de routine d'échantillons provenant de tous les foyers de fièvre aphteuse - aux niveaux national et international - en tant que composante de leurs programmes de lutte nationaux. A l'heure actuelle, ces mesures ne sont pas appliquées et les connaissances laissent, de ce fait, sérieusement à désirer.

Au niveau national, grâce aux études épidémiologiques, on peut identifier les zones de persistance endémique de la maladie ainsi que les schémas de transmission. Elles peuvent aussi montrer comment les techniques et traditions d'élevage locales influencent l'évolution de la maladie.

Dans la vallée du Mékong en Asie du Sud-Est, par exemple, les crues périodiques du fleuve créent les conditions idéales pour la transmission de la fièvre aphteuse. Lors de ces crues, le bétail est vendu ou parqué dans les zones d'altitude. Au bout d'un mois environ, au moment de la décrue, les animaux retournent dans leurs villages et propagent la maladie parmi la population.

Une bonne connaissance des schémas et des modes de transmission, associée à une caractérisation précise du virus, permettent de prendre des mesures de lutte et d'éradication ciblées et intensives qui sont plus efficaces et moins coûteuses que les stratégies de quadrillage.

Conférence internationale FAO/OIE

Conférence scientifique internationale FAO/OIE sur la fièvre aphteuse, 17-18 avril 2001, OIE, Paris

Les travaux de la Conférence scientifique internationale FAO/OIE sur la fièvre aphteuse, qui s'est tenue à Paris les 17 et 18 avril 2001, ont bénéficié des contributions de chercheurs de renommée mondiale et de représentants des cinq commissions régionales de l'OIE, qui interviennent au nom des 157 pays membres de l'OIE appartenant aux cinq continents.

Cette conférence a été organisée conjointement avec la FAO dans le cadre du mandat de l'Organisation concernant la lutte mondiale contre les maladies animales, notamment au profit des pays en développement.

A la lumière des connaissances scientifiques actuelles sur la maladie et des méthodes de lutte utilisées, la conférence a étudié la possibilité d'établir des règlements internationaux pour régir les mesures de lutte et de précaution relatives au commerce international des animaux et des produits dérivés.

Les résolutions de la conférence s'adressent principalement aux commissions spécialisées de l'OIE qui devront les transformer en normes et les soumettre éventuellement au Comité international (l'Assemblée générale des pays membres de l'OIE) à la fin du mois de mai. Elles sont aussi destinées à la FAO et aux organisations internationales d'aide pour leur permettre d'orienter leur appui à la lutte contre les maladies animales et à leur éradication.

Les gouvernements seront aussi intéressés par ces résolutions. Il est essentiel qu'ils reconnaissent l'importance de la maîtrise et de l'éradication des principales maladies animales pour réduire la pauvreté et favoriser le développement économique, tout en protégeant la communauté internationale contre les dangers de ces maladies.

Les résolutions, qui seront bientôt disponibles sur les sites web de l'OIE et de la FAO, couvrent les domaines suivants :

De plus, ces résolutions seront communiquées aux organisations internationales d'aide et de développement qui pourront établir des programmes de lutte et d'éradication, avec l'appui de la FAO et de l'OIE.


Page précédenteTable des matièresPage suivante