C'est la première fois que des foyers de fièvre catarrhale du mouton se sont déclarés en Grèce continentale et en Bulgarie où la maladie s'est étendue bien au-delà de 40° de latitude nord, niveau considéré jusqu'à récemment comme la limite septentrionale de son extension en Europe.
Des foyers récents de fièvre catarrhale du mouton (FCM) et du virus du West Nile (virus du Nil occidental) font craindre que la menace que posent ces maladies aille en s'accroissant dans le bassin méditerranéen.
Entre juin et août 1999, des cas de FCM signalés à la frontière sud de la Bulgarie ont marqué le début d'une épidémie due au sérotype 9. D'autres cas recensés en Turquie et en Grèce ont bientôt indiqué que l'épidémie avait transcendé les frontières de ces trois pays. C'était la première fois que la maladie s'était déclarée en Grèce continentale, et en Bulgarie elle s'est étendue bien au-delà de 40° de latitude nord, niveau considéré comme la limite septentrionale de son extension en Europe. En Turquie et en Grèce, les foyers ont continué à s'étendre vers l'ouest jusqu'à la fin de l'année. Des foyers dans certaines îles grecques, près de la côte de Turquie, à Lesbos (après une absence de 20 ans) et dans les îles du Dodécanèse (infectées en 1998) avaient été attribués au sérotype 4 du virus de la FCM (et éventuellement au sérotype 16 ainsi qu'à d'autres), bien que l'on l'eût associé jusqu'ici au sérotype 9 dans le cas des îles du Dodécanèse. On s'est alors demandé si le virus responsable de ces foyers n'avait pas pour origine un vaccin contenant le sérotype 4 utilisé dans l'ouest de l'Anatolie en Turquie au mois d'août 1999. La Turquie a signalé de nouveaux foyers en août 2000. La Bulgarie et la France (Corse seulement) ont eu recours à la vaccination en mars et novembre 2000, respectivement.
Plus à l'ouest, une autre épidémie, associée cette fois au sérotype 2, a éclaté près de la frontière algérienne, avec des foyers signalés en Tunisie en décembre 1999 et janvier 2000. C'était la première fois que la maladie s'était déclarée en Afrique du Nord. Après une accalmie qui a duré tout l'hiver, les foyers ont repris en juin 2000, se répandant dans les zones côtières jusqu'en octobre. Simultanément, on a signalé l'éclosion de foyers dans des zones côtières contiguës en Algérie en juillet et août 2000. Il semble que ce soit à partir de là que des vecteurs infectés aient transporté la fièvre catarrhale en Europe. Des foyers se sont déclarés en Italie (Sardaigne en août, Calabre et Sicile en novembre), en France (Corse, en octobre, pour la première fois) et en Espagne (îles Baléares en octobre et novembre, infectées pour la dernière fois en 1960). La France et l'Espagne continentales restent officiellement indemnes. De même, le virus du West Nile ( une zoonose1 dont les vecteurs sont les moustiques des espèces Culex et Aedes sp.) s'est propagé non seulement aux Etats-Unis, touchés en août 1999 et où le virus sévit maintenant à l'état endémique, mais aussi en Israël, où des oies infectées ont été signalées en novembre 1999, et plus de 150 cas humains ont été notifiés à l'Organisation mondiale de la santé en 2000. Après une absence de plus de 30 ans, et apparemment sans relation avec l'incident israélien, le virus du West Nile est réapparu dans le sud de la France en août 2000, tuant des chevaux en Camargue (Languedoc-Roussillon). Au plan phylogénétique le virus identifié en septembre est semblable aux virus isolés chez certains chevaux au Maroc en 1996, en Italie en 1998 et chez des moustiques au Sénégal en 1993.
Quelles sont les causes de ces incursions de la maladie? A l'est, il est probable que des vecteurs infectés par le virus de la FCM (moucherons de l'espèce Culicoïdes sp.) aient été transportés par des vents soufflant des vallées du Tigre et de l'Euphrate; à l'ouest, il semble que des vecteurs de la FCM aient traversé le Sahara en provenance de zones d'infection endémique d'Afrique de l'Ouest. Dans le cas du virus du West Nile, les oiseaux migrateurs sont une source plus probable. Il faut s'attendre à une période d'accalmie dans l'évolution de ces maladies transmises par des vecteurs pendant la période hivernale où s'interrompt leur activité. Reste à savoir s'il y aura ou non une résurgence des foyers au courant de 2001. S'agit-il d'une tendance à long terme liée au réchauffement de la planète ? Seul le temps le dira. En attendant, il conviendra de poursuivre les études épidémiologiques et de renforcer la prévision des cas d'urgence pour les maladies transmises par des vecteurs dans cette région.
Il convient aussi de s'interroger sur le bien-fondé de l'emploi de vaccins à virus vivants produits à partir de souches trouvées dans des lieux éloignés, lorsque le sérotype ne reflète que l'expression d'une petite partie du génome viral segmenté et que la recombinaison a lieu promptement.
LA FIÈVRE CATARRHALE DU MOUTON ET LA FIÈVRE DU WEST NILE
EN EUROPE ET EN AFRIQUE DU NORD DEPUIS 1999

Sources: Informations de l'OIE sur les maladies (www.oie.int/eng/info/hebdo/a_info.htm) et rapport "Maladies transmissibles - surveillance et action" de l'OMS (www.who.int/disease-outbreak-news/index.html).
1 On trouvera de plus amples informations sur le virus du West Nile sur le site web du Centre de lutte contre les maladies : www.cdc.gov/ncidod/dvbid/westnile/