95. Le débat sur les solutions possibles ou partielles aux problèmes d'ordre politique a surtout porté sur la nécessité de déterminer la manière d'intégrer le problème de la surcapacité à certains objectifs et processus politiques sans pour autant trop solliciter les élus (Tableau 9).
96. Le premier stade du cadre décisionnel consiste à définir les rôles et responsabilités de chaque intervenant, notamment en ce qui concerne la conception et la mise en uvre d'un programme de réduction de la capacité. Ce processus peut supposer la mise en place de services de gestion de la pêche au niveau régional ou à un échelon inférieur ou d'une structure qui permette au secteur de s'autoréguler, en totalité ou en partie.
97. De même, un élément essentiel de la définition du processus décisionnel est d'identifier les bénéficiaires des programmes de réduction de la capacité: société civile, pêcheurs et autres utilisateurs de l'environnement marin, et de les faire participer aux processus de décision. Une solution éventuelle susceptible d'être intégrée au mécanisme de décision consiste à prévoir une aide, notamment financière, au cours de la période de transition pour les personnes directement touchées. Il importe également lorsqu'on conçoit un programme de réduction de la capacité de prévoir des moyens éventuels de résoudre le problème d'emploi qui peut se poser.
98. Si le secteur et d'autres catégories sont favorables au principe d'un programme de réduction de la capacité, leur appui devrait contribuer à apaiser les craintes que peuvent avoir les hommes politiques de ne pas accomplir leurs objectifs et leurs mandats. Dans certains cas, il peut être plus efficace de gagner le secteur de la pêche à la cause du projet et de l'informer plutôt que d'intervenir au niveau politique. Dans d'autres cas au contraire le milieu politique est plus influent et peut donc tenir tête aux groupes de pression.
99. Les différents coûts de la surcapacité - pour la société en général, pour les pêcheurs ou pour les générations à venir - de même que le coût immédiat du programme pour le secteur de la pêche, les consommateurs et d'autres catégories doivent être expliqués de façon claire dans le cadre de l'action menée pour reconnaître les craintes qu'engendrent à l'échelon politique les programmes de réduction de la capacité et les apaiser.
100. Les hommes politiques parviendront à mieux connaître et comprendre la complexité des programmes de réduction de la capacité si le coût du maintien du statu quo de même que les composantes et les coûts à long terme des problèmes de surcapacité leur sont clairement indiqués. Le processus consiste notamment à expliquer l'ensemble des différents aspects des programmes de réduction de la capacité, c'est-à-dire notamment à désigner les gagnants et les perdants et à préciser quel sera leur sort.
Tableau 9: Moyens de traiter les problèmes d'ordre politique que pose la conception d'un programme de réduction de la capacité
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Cadre décisionnel |
Définition du cadre et du processus décisionnel |
Objectifs et mandats politiques des élus |
Recensement les différents coûts |
Information et prise de conscience |
Mécanismes de décision |
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conseils pour la gestion des pêches |
recenser les bénéficiaires |
obtenir l'adhésion du secteur de la pêche (voir information/éducation) |
catégories du secteur de la pêche |
exposer le problème existant à long terme |
prévoir des ressources pour assurer la transition |
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définir les responsabilités des parties prenantes |
faire participer les bénéficiaires au processus de décision |
proposer des solutions au problème du chômage |
consommateurs |
insister sur le coût économique et social du MAINTIEN du statu quo |
utiliser les mécanismes du marché et le pouvoir des consommateurs |
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faire preuve de transparence dans la répartition des droits de pêche |
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établir des liens entre les programmes de réduction de la capacité et les autres programmes |
autres secteurs |
lancer des campagnes de sensibilisation pour que les hommes politiques soient pleinement informés |
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cadre d'autorégulation du secteur |
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donner aux différents protagonistes des moyens de faire valoir leur point de vue |
autres groupes |
faire participer les hommes politiques par le dialogue |
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définir les mécanismes de décision officiels et non officiels |
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convaincre des hommes politiques d'appuyer les programmes de réduction de la capacité en constituant des groupes de pression le cas échéant |
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informer les décideurs des avantages et des coûts |
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conseils régionaux pour la gestion des pêches |
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créer des liens avec d'autres catégories en dehors du secteur de la pêche |
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convaincre les hommes politiques et les décideurs des avantages et des retombées des programmes de réduction de la capacité |
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définition d'un processus fondé sur les principes de la subsidiarité (moindre coût) |
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réaliser un consensus en faisant pression sur les personnalités influentes |
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informer et éduquer en organisant des campagnes de sensibilisation structurées |
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101. A de nombreux égards, les problèmes de gestion recensés par les experts traduisent les mutations considérables intervenues dans la gestion des pêches. En effet, non seulement les besoins d'information et d'analyse sont très supérieurs à ce qui était nécessaire antérieurement pour gérer les pêches mais en outre les aspects liés aux institutions, aux politiques et à la gestion évoluent rapidement.
102. Le tableau 10 donne un aperçu des problèmes de gestion que les experts ont défini comme des obstacles à l'introduction et à l'application de programmes de réduction de la capacité. Ces problèmes sont en particulier les suivants:
102.1. Besoins d'informations et d'analyses - il est de plus en plus nécessaire de disposer d'informations et d'analyses à l'appui de la gestion des pêches, d'autant que les incitations qui motivent le comportement des parties prenantes ne sont pas intuitives, à l'inverse des incitations en faveur de l'agriculture ou d'autres secteurs de l'économie.
102.2. Obstacles d'ordre institutionnel - Les rôles des différentes parties prenantes dans la gestion des pêches évoluent sans cesse. Le rôle du secteur dans le processus de gestion change dans la mesure où les responsables de la gestion des pêches tentent de déterminer à qui appartient le pouvoir de gérer et pour quel type de décision. Le nombre croissant d'administrations assumant différents types de compétences sur l'environnement marin et sur l'utilisation qui en est faite peut lui-même constituer un obstacle à l'introduction et à l'application de programmes de réduction de la capacité.
102.3. Obstacles d'ordre juridique - Comme indiqué dans la précédente section, les obstacles juridiques peuvent permettre ou au contraire empêcher l'utilisation de certaines stratégies de gestion, au point de rendre difficile l'adoption de certaines options en matière de gestion.
102.4. Méconnaissance des problèmes chez les gestionnaires et les décideurs - Comme dans toute discipline, le changement constitue un défi et suppose des remises à jour constantes. Des gestionnaires et décideurs non informés peuvent donc représenter un obstacle important à l'introduction de moyens relativement nouveaux d'aborder la question de la surcapacité. De même, les administrateurs peuvent ne pas être informés des réalités du marché et des incitations qui conditionnent la vie quotidienne des marins.
102.5. Respect des textes - Les carences en matière d'application de la réglementation ou du manque de moyens existant dans ce domaine peut constituer d'importants obstacles à l'application de programmes de réduction de la capacité, notamment si ces programmes s'appuient sur des mesures de suppression des incitations et n'encouragent pas les parties prenantes à faire appliquer elles-mêmes la réglementation. Le principe du recouvrement des frais en matière de gestion est un concept relativement nouveau qui n'est pas appliqué dans beaucoup de pêches et qui contraint aussi les gestionnaires à adapter les systèmes de contrôle aux réalités budgétaires.
102.6. Réticence à faire participer les parties prenantes - De nombreuses administrations chargées de la gestion s'efforcent encore de déterminer le niveau souhaitable de participation du public au processus de gestion des pêches. La participation des utilisateurs, leur rôle et leurs responsabilités demeurent encore mal définis.
102.7. Préjugés bien ancrés - Il existe des tendances à accorder trop d'importance au facteur humain ou aux aspects purement mécaniques, qui risquent de faire obstacle à la gestion des pêches. Des préjugés personnels, des partis pris, des intérêts immédiats et une perception incomplète des possibilités existantes peuvent compromettre l'application de méthodes de gestion novatrices pour résoudre les problèmes de surcapacité. De surcroît, le manque de gestionnaires possédant des compétences en sciences sociales ou aptes à gérer des êtres humains peut limiter considérablement la capacité des organismes compétents à gérer les pêcheurs, c'est-à-dire ceux qui pratiquent la pêche. De la même façon, la conviction que les règles et les réglementations peuvent être appliquées sans faire intervenir les aspects humains peut limiter les possibilités de réduire la capacité. L'idée selon laquelle gérer la pêche revient à gérer des êtres humains et non pas des poissons est une idée relativement nouvelle qui n'est pas forcément bien acceptée par les gestionnaires à travers le monde et qui peut donc faire obstacle au traitement du problème de la surcapacité sous son aspect humain.
102.8. Effets redistributifs - Les effets redistributifs - réels et perçus - de la surcapacité et des programmes de réduction de la capacité peuvent représenter d'importants obstacles pour l'introduction et l'application desdits programmes.
102.9. Objectifs de gestion multiples - Des objectifs de gestion multiples, et donc généralement contradictoires, sont souvent énoncés dans les textes de loi sur la pêche et dans les politiques des gestionnaires. Ce type d'obstacle à l'introduction et à l'application de programmes de réduction de la capacité est rendu plus problématique encore par la nécessité et la volonté d'adopter des décisions difficiles concernant les pêcheurs et leurs activités.
Tableau 10: Problèmes de gestion liés aux programmes de réduction de la capacité
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Besoins d'informations et d'analyses |
Obstacles d'ordre institutionnel |
Obstacles d'ordre juridique |
Mécon-naissance des problèmes chez les gestionnaires et les décideurs |
Respect des textes |
Réticence à faire participer les parties prenantes |
Préjugés bien ancrés |
Effets redistributifs |
Objectifs de gestion multiples |
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A. |
B. |
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informations disponibles en matière de recherche |
nombreuses administrations aux compétences diverses |
qu'autorise la législation? |
les approches nouvelles ou différentes sont mal comprises |
lacunes dans l'application de la réglementation |
système de gestion (permet-il ou favorise-t-il les interventions du public) |
mauvaise perception des effets de la surcapacité |
conviction que les règles et réglementations résoudront le problème |
répartition initiale des droits d'accès |
conflit avec les objectifs politiques |
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analyses requises pour faciliter la gestion |
rôle du secteur dans le processus de gestion |
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inertie faisant obstacle au changement |
absence d'effort pour contrôler la capacité |
rôle du secteur dans le processus de gestion |
préjugés des gestionnaires |
règles ou régimes de gestion actuels |
conditions nécessaires à une répartition efficace en fonction de la capacité |
objectifs des gestionnaires |
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les pêches ne se gèrent pas de façon intuitive |
qui détient le pouvoir de gestion? |
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conseil régional pour la gestion des pêches contestation des ITQ |
contrôle, suivi et surveillance |
participation des utilisateurs |
intérêts personnels des gestionnaires |
système de contrôle et de direction |
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buts et objectifs peuvent être contradictoires |
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manque de données scientifiques |
nombre d'administrations ou d'organismes requis |
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les incitations commerciales peuvent être mal comprises des gestionnaires |
renforcement des mécanismes destinés à faire appliquer la réglementation |
récupération des frais de gestion (degré de participation) |
expérience antérieure des gestionnaires |
le total autorisé des captures et les quotas de pêche annuels représentent des obstacles |
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volonté de maintenir un niveau d'emploi élevé dans le secteur de la pêche |
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mauvaise perception des effets de la surcapacité |
position hiérarchique dans l'organisme de gestion |
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éducation des gestionnaires |
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il s'agit de gérer les pêcheurs pas le poisson |
incitations dans la réglementation à accroître la surcapacité |
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volonté de prendre des décisions difficiles |
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absence de connaissances en sciences sociales |
tendance de certaines technologies à accroître l'excès de capacité et la surcapacité |
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forte opposition aux ITQ |
exonérations fiscales pour la pêche et les pêcheurs |
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103. Mettant de côté l'examen des différents types de méthodes de gestion fondées sur la suppression des incitations et sur la modification des incitations propres à traiter le problème de surcapacité, les experts ont énuméré toute une série de solutions possibles (Tableau 11) destinées à faciliter la résolution de certains des problèmes de gestion énumérés au tableau 10.
104. Pour répondre aux besoins d'informations et d'analyses, il importe de disposer de programmes de recherche structurés aux priorités bien définies qui permettent de communiquer des données et des informations de façon libre et transparente. En outre, il est de plus en plus nécessaire de faire appel à des modèles sociobioéconomiques traduisant les réalités complexes et les dimensions humaines des programmes de réduction de la capacité.
105. En matière de respect des textes, il convient de limiter les incitations qui encouragent actuellement la surcapitalisation. De surcroît, le recours à des mécanismes normalisés de résolution des conflits et aux technologies modernes pour faire appliquer la réglementation peut contribuer à atténuer les problèmes de gestion.
106. Pour surmonter les obstacles juridiques, il peut être nécessaire d'adopter une législation et une réglementation qui imposent aux gestionnaires d'éliminer la surcapacité dans le secteur de la pêche. Il suffit parfois d'apporter des modifications ou des améliorations d'ordre mineur aux cadres législatifs ou réglementaires existants. A l'inverse, des interventions de plus grande envergure au niveau politique peuvent être nécessaires.
107. Les obstacles d'ordre institutionnel sont difficiles à surmonter mais l'identification des responsables occupant des positions stratégiques dans les organismes de gestion des pêches à travers le monde favorise l'établissement de réseaux qui permettent de partager des informations et de conduire les mutations nécessaires. De surcroît, avec le recours accru à des instruments tels que les techniques de résolution des conflits, il sera de plus en plus aisé de les mettre en oeuvre dans le cadre du traitement du problème de surcapacité. Les réseaux contribueront également à éliminer les réticences qui peuvent se manifester lorsqu'on s'efforce de banaliser l'application de stratégies visant à réaliser un consensus, la constitution de commissions de gestion mixtes et la participation des parties prenantes.
108. Sensibilisation et diffusion des connaissances sont des moyens déterminants de répondre aux besoins constants d'éducation et de formation des gestionnaires et des décideurs dans le domaine de la pêche. Renforcer les compétences en matière de gestion ainsi que dans le domaine social et économique des organismes et faire connaître des expériences pratiques aux gestionnaires peut aussi contribuer à réactualiser leurs connaissances et celles des décideurs.
109. Il n'est pas facile d'apaiser les craintes suscitées par les effets redistributifs de toute réglementation en matière de pêche et il en va de même pour les effets redistributifs des programmes de réduction de la capacité. De plus, il est important de traiter les effets transitoires des programmes de gestion en prévoyant par exemple une aide financière ou autre à titre provisoire.
110. La nécessité de répondre à des objectifs de gestion multiples pose aussi problème. Il importe de s'interroger sur les moyens possibles de satisfaire ce type d'objectif mais sans doute ne faut-il pas s'attendre à satisfaire intégralement la totalité d'entre eux. Le recours à des mécanismes tels que la résolution des conflits de même que la définition des différentes préférences et priorités des groupes d'utilisateurs permettra donc d'obtenir des compromis.
111. Les préjugés profondément ancrés ne disparaîtront qu'avec le temps mais il est toujours utile de faire davantage participer les parties prenantes lorsqu'il s'agit de fixer les objectifs en matière de gestion des pêches, de recourir davantage à la cogestion ou à la gestion participative ou encore d'assurer la gestion à l'échelon local. Ce type de stratégie favorisera aussi la multidisciplinarité et l'intégration.
Tableau 11: Moyens de traiter les problèmes de gestion que pose la conception d'un programme de réduction de la capacité
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Besoins d'informations et d'analyses |
Respect des textes |
Obstacles juridiques |
Obstacles d'ordre institutionnel (définition des responsabilités) |
Réticence à faire participer les parties prenantes |
Mécon-aissance des problèmes chez les gestionnaires et les décideurs |
Effets redistributifs de la gestion |
Objectifs multiples |
Préjugés bien ancrés |
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obstacles humains |
obstacles mécaniques |
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lancer le programme de recherche |
limiter les incitations à la surcapacité |
obtenir des réglementations imposant l'élimination de la surcapacité (qui doit être convenablement définie) |
utiliser des mécanismes de résolution des conflits |
mettre en place des stratégies permettant de réaliser des consensus entre parties prenantes et entre décideurs |
faire prendre conscience des effets réels des programmes |
régime des droits de propriété |
s'efforcer de faire accepter l'existence de buts et objectifs contradictoires en se souvenant que la perfection n'est pas forcément indispensable |
encourager les parties prenantes à participer davantage à la définition des objectifs en matière de gestion des pêches |
encourager l'application de mesures de gestion souples et multiples |
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définir les besoins en matière d'analyse |
mécanismes de résolution des conflits |
concevoir ou améliorer les cadres législatifs et réglementaires |
identifier les responsables occupant des positions stratégiques dans chaque organisme |
créer des commissions de gestion mixtes |
informer les gestionnaires des programmes de réduction de la capacité |
évaluer les impacts possibles en matière de redistribution des revenus des programmes de réduction de la capacité |
concevoir et appliquer des mécanismes de résolution des conflits |
instaurer une gestion à l'échelon local |
imposer une méthode de gestion multidisciplinaire |
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définir des priorités et des programmes de recherche structurés |
contrôle à bord des bateaux |
faire pression sur les hommes politiques pour obtenir l'élimination ou la réduction des obstacles juridiques |
répartir clairement les responsabilités |
instaurer un débat avec les parties prenantes |
inculquer d'autres compétences (en matière de gestion ou sur le plan social ou économique) |
expliquer la diversité des options en matière de répartition initiale des droits (contingents, territoires, pays) |
déterminer les préférences et les priorités des différents groupes d'intérêt en ce qui concerne les objectifs |
s'efforcer de faire davantage appel à la cogestion |
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prévoir un accès transparent et libre aux données et base de données; problèmes de disponibilité |
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favoriser l'instauration d'un débat public sur la réduction de la capacité |
obtenir une aide financière destinée à faciliter la transition |
aider les parties prenantes à négocier des compromis |
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concevoir et appliquer des modèles socio-bioéconomiques |
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lancer des programmes destinés à former les gestionnaires, les décideurs et les pêcheurs et à leur présenter des cas concrets de programme de réduction de la capacité |
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définir un calendrier pour la réduction de la capacité (assurer la transparence et prendre conscience des conséquences juridiques) |
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élaborer une brochure sur les programmes de réduction de la capacité |
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112. Les systèmes et instruments de gestion de la pêche peuvent être répartis en deux grandes catégories: les systèmes et instruments fondés sur la suppression des incitations les systèmes et instruments fondés sur la modification des incitations
113. L'ensemble des instruments relevant de ces catégories peuvent être utilisés dans le cadre d'un programme général de réduction de la capacité. Toutefois, il est indispensable de savoir comment ils diffèrent les uns des autres, tant à court terme qu'à long terme, dans la mesure où ils créent des incitations différentes pour les pêcheurs et modifient leur comportement. Le tableau 12 énumère quelques-uns des effets accessoires voulus et éventuels de telles démarches.
Tableau 12: Effets potentiels des instruments fondés sur une suppression des incitations en matière de réduction de la capacité
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INSTRUMENTS FONDES SUR UNE SUPPRESSION DES INCITATIONS |
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Approche réglementaire |
Effet souhaité/Initiale |
Effets accessoires possibles |
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limitation de l'accès |
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rachat |
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imposition de restrictions concernant les engins et les bateaux |
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total autorisé des captures |
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imposition de limites de captures par bateau |
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imposition de quotas individuels sur l'effort de pêche |
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Tableau 13: Effets des instruments fondés sur une suppression des incitations en matière de réduction de la capacité
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Instruments fondés sur une suppression des incitations |
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Approche réglementaire |
Effet souhaité/Initiale |
Modification des incitations |
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contingents individuels transférables |
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contingents d'effort de pêche individuels |
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taxes et redevances |
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droits de pêche collectifs |
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droits d'utilisation territoriale dans les pêches |
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114. En soi, les arguments économiques tendent à se réduire beaucoup trop souvent à la seule efficacité. La conception d'un programme de réduction de la capacité suppose la prise en considération de différents objectifs, la capacité de faire des concessions et l'aptitude à prévoir les conséquences à la fois pour l'ensemble du programme et pour le reste de l'économie.
115. Dans un premier temps, les experts se sont interrogés sur ce qu'on pouvait entendre par préoccupations d'ordre économique. Aux termes de longs échanges de vues, ils ont porté leur attention sur les problèmes ou les effets économiques possibles à prendre en considération lors de la conception et de la mise en uvre d'un programme de réduction de la capacité. D'une façon générale, les problèmes et les effets définis ont été les suivants:
efficacité économique,
problèmes d'attribution et effets cumulatifs des programmes de réduction de la capacité,
effets redistributifs,
application de solutions efficaces sur le plan économique aux problèmes de la surcapacité.
116. D'une manière générale, la recherche de l'efficacité sur le plan économique consiste à assurer une allocation des ressources de telle sorte que l'on puisse obtenir le maximum d'avantages nets sur le marché. Il est important de noter que ce concept d'efficacité a été élargi et qu'il inclut désormais des valeurs non marchandes comme l'existence d'un environnement préservé ou d'une population de mammifères marins.
117. La prise en compte de ces aspects non marchands ramène en fait le niveau des captures au-dessous du niveau qui serait jugé optimal pour une pêche commerciale ou récréative. Elle permet également de prendre en considération des valeurs que l'on pourrait renforcer en corrigeant les déficiences du marché qui se produisent dans des pêches libres d'accès réglementées.
118. Les programmes de réduction de la capacité peuvent être efficaces sur le plan économique s'ils créent des incitations tendant à éliminer la surcapacité en incitant les pêcheurs à se conduire comme s'il existait des droits de propriété sur la ressource in situ. En effet, la préférence est accordée à des programmes fondés sur des droits de propriété plus stricts - les droits d'accès sont clairement définis et exécutoires - plutôt qu'à des programmes fondés sur des droits de propriété plus diffus parce qu'ils incitent davantage les pêcheurs à préserver le capital, le travail et le stock de poissons.
119. L'application d'un programme de réduction de la capacité présente d'importants effets de déplacement. Ces effets de répartition dépendent du mode de mise en uvre du programme. Si celui-ci est conçu exclusivement pour accroître l'efficacité, il est vraisemblable que les producteurs les moins efficaces seront éliminés. A l'inverse, si d'autres objectifs de gestion - préservation ou protection des artisans pêcheurs ou maximisation de l'emploi - sont également recherchés, les niveaux de production des pêcheurs les plus efficaces devront peut-être être réduits.
120. C'est la répartition initiale et la sélection des propriétaires implicites des ressources marines qui détermineront les gagnants et les perdants. Ceux-ci ne se limitent pas aux seules personnes directement concernées par la pêche. Ceux qui fournissent des biens et services aux pêcheurs ou qui en reçoivent d'eux seront aussi touchés par la modification de la taille de la flottille de pêche et du lieu où elle est basée imputable au programme de réduction de la capacité.
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121. Le processus de mise en uvre du programme suppose donc:
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122. Les programmes de réduction de la capacité comportent des effets redistributifs.
123. La situation des pêcheurs aura déjà été rendue plus difficile par les gestionnaires qui ont laissé se développer une surcapacité dans la pêcherie. Si les pêcheurs qui quittent le secteur de la pêche avec le capital qu'ils ont investi peuvent être absorbés par un autre secteur de l'économie locale, leur situation et celle du pays tout entier s'en trouveront améliorées. En effet, les consommateurs finals disposeront de plus de biens et de services et le secteur de la pêche sera moins dommageable pour l'environnement. C'est ce qu'il est convenu d'appeler la solution optimale de Pareto: la situation d'une personne au moins s'améliore et nul ne pâtit de la modification du programme de gestion.
124. S'il n'existe pas pour le pêcheur d'emploi de substitution au moins aussi bien rémunéré que la pêche (autrement dit si les coûts d'opportunité pour les pêcheurs sont nuls) et qu'il n'existe pas d'autre utilisation pour le bateau de pêche (en d'autres termes si le capital n'est pas malléable), les pêcheurs ayant perdu leur emploi ne seront pas en mesure d'apporter le même niveau de contribution à l'économie locale.
125. En revanche, si les avantages obtenus par ceux qui bénéficient du programme de réduction de la capacité font plus que compenser le coût à payer par ceux qui doivent abandonner la pêche, la solution réalisée se situe immédiatement après la solution optimale. Dans un tel cas de figure, la nation dans son ensemble y a gagné même si certains sont individuellement en situation plus défavorable. Il s'agit alors de procéder à une redistribution du revenu en opérant une ponction sur les bénéficiaires au profit de ceux qui ont fait les frais du programme. Les méthodes applicables peuvent inclure des mécanismes commerciaux ou des transferts monétaires.
126. Les solutions optimales de Pareto ne peuvent être obtenues qu'en cas de concurrence parfaite et en l'absence de facteurs externes et de déficiences du marché en raison de l'incertitude. Il est peu probable - même si on applique des régimes de gestion comportant un ajustement du marché - qu'il puisse exister d'authentiques solutions optimales de Pareto. On peut donc supposer qu'il y aura des gagnants et des perdants.
127. Si l'on considère la meilleure situation après la situation optimale, l'autre stratégie adoptée satisfait au moins à l'une des conditions d'efficacité standard de Pareto. Les conditions d'efficacité restantes, même si elles ne sont pas satisfaites, n'empêchent cependant pas une amélioration dans l'allocation du capital, du travail et du stock de poisson à l'échelle du pays tout entier.
128. Au cours du débat, il a notamment été question de la notion d'équité suprême[10]. Pour simplifier, l'équité suprême caractérise un mode de répartition dans lequel chaque catégorie de participant préfère la part qui lui revient à la part revenant à une autre catégorie donnée. De ce fait, aucune catégorie n'envie une autre catégorie, de sorte que l'on peut aussi parler de répartition équitable. Une autre façon de décrire ce concept est de prendre l'exemple de quelqu'un qui divise un gâteau entre deux personnes en appliquant la règle: "c'est moi qui découpe le gâteau mais c'est toi qui choisis le premier".
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129. Il est indispensable de se souvenir que:
130. Il s'agit de résoudre le problème de surcapacité sous une forme qui permette d'instaurer une pêche durable et, si possible, de réduire au minimum les pertes additionnelles. |
131. D'une manière générale, les conséquences économiques des différentes possibilités de programmes de réduction de la capacité peuvent être évaluées au moyen d'une analyse bioéconomique de type quantitatif et/ou qualitatif.
132. Des modèles de pêches peuvent être constitués en fonction de la dynamique des stocks de poissons, de la dynamique des flottilles, des coûts d'exploitation des bateaux et de l'analyse des marchés. En l'absence de données empiriques, il est possible de solliciter l'opinion d'experts ou d'avoir recours à des abstractions pour extraire des paramètres du modèle afin de déterminer les orientations probables des changements qu'entraînera dans la pêcherie l'adoption des programmes de réduction de la capacité. Lorsque des données empiriques sont disponibles, il est également possible de déterminer l'ampleur des changements.
133. Ces modèles sont des simplifications des processus existant dans la réalité et ne permettent donc pas de prédire exactement l'évolution du comportement des pêcheurs. Ils donnent cependant une indication des effets des différents programmes de réduction de la capacité et permettent de guider les gestionnaires et les décideurs. De surcroît, il est possible d'affiner les modèles et d'obtenir de meilleures estimations en réunissant et en analysant davantage de données empiriques.
134. Les solutions efficaces sur le plan économiques sont généralement celles qui maximisent les avantages de type social, à savoir notamment les valeurs non marchandes pour les parties prenantes jouant un rôle direct ou indirect dans la pêche. Il peut toutefois se révéler nécessaire d'envisager d'autres aspects secondaires, y compris ceux qui pourraient limiter les avantages nets de la solution économiquement efficace.
135. Ainsi, s'il existe un souci de préserver un niveau minimum d'emploi dans le secteur, les gestionnaires peuvent décider de maintenir la capacité de pêche au-dessus du niveau optimal du point de vue économique. Si une telle décision peut ne pas être la plus favorable à la préservation du capital et du stock de poissons, elle peut permettre de satisfaire des objectifs de gestion qui sont importants pour l'organisme concerné.
136. Il peut également être nécessaire de situer le rôle de la pêche dans le cadre de l'économie locale et nationale.
137. Si la pêche constitue une composante essentielle de l'économie nationale, il est vraisemblable que les effets du programme se feront sentir à l'échelle du pays tout entier. En conséquence, des changements qui peuvent être bénéfiques pour une catégorie de parties prenantes peuvent avoir de graves effets sur d'autres et sur l'économie en général. Il conviendra donc d'analyser les effets des programmes de réduction eux-mêmes et de leurs conséquences sur l'ensemble de l'économie. Si l'économie peut absorber les pêcheurs ayant perdu leur emploi et les investissements en capital de façon relativement rapide, un bon programme de gestion de la capacité fondé sur une modification des incitations[11] pourrait présenter d'importants avantages nets pour l'économie nationale et améliorer d'une façon générale l'offre de biens et de services pour les consommateurs finals. En revanche, un programme de gestion de la capacité fondé sur la suppression des incitations[12] qui préserverait le statu quo dans une pêche pourrait entraîner à terme une perte importante d'avantages nets pour le consommateur final.
138. Les programmes de réduction de la capacité peuvent avoir des effets sensiblement plus importants sur les communautés locales que sur l'économie nationale, surtout si le secteur de la pêche ne représente qu'une petite composante de celle-ci. En outre, dans ce cas, les effets d'un programme de réduction de la capacité fondé sur la suppression des incitations peuvent limiter le coût immédiat de l'élimination de la surcapacité et ne pas se répercuter de façon notable sur le consommateur final. De même, l'amélioration des avantages nets d'un programme de réduction de la capacité fondé sur une modification des incitations peut ne pas être perceptible pour le consommateurs final, notamment s'il existe d'autres carences d'ordre commercial dans les secteurs de la transformation et du commerce de gros.
139. Les effets des programmes de réduction de la capacité sur les stocks de poissons et sur l'environnement dépendent de l'échelle à laquelle est pratiquée la pêche et du niveau de surcapacité dans la pêche considérée.
140. Les effets, regroupés par catégorie, examinés par le groupe d'experts (Tableau 14) font partie des éléments à considérer pour toute décision en matière de gestion des pêches et pour la conception de toute stratégie en matière de réglementation. Il s'agit de savoir comment le programme influera sur:
l'efficacité économique
le niveau général de revenu de la communauté
les problèmes d'application de la réglementation
l'efficacité ou l'inefficacité relative des programmes fondés sur la suppression des incitations
le besoin d'administration
les risques de surcapitalisation
les possibilités de substitution des intrants
les effets sur la structure et l'évolution du marché
les questions de communication des données
les risques de développement de la pêche illicite
les problèmes d'aide à la pêche durable et au maintien des stocks
l'augmentation des coûts de production
l'étoffement ou l'accumulation du capital
la sécurité des bateaux
l'absence d'autres possibilités d'investissement
la justification des subventions sur le plan économique
la redistribution du revenu
le coût de la course à la pêche, des atteintes à l'environnement et du stockage des produits
l'autogestion
Tableau 14: Problèmes liés à certains des effets secondaires des programmes fondés sur la suppression des incitations
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Écourtement des campagnes de pêche
Aggravation des problèmes de sécurité avec le raccourcissement des périodes de pêche Course à la pêche et au poisson Atteinte à lenvironnement en raison de la course au poisson Non respect de la réglementation Communication inappropriée des chiffres des captures Développement de la pêche illicite |
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Effets sur le revenue global des communautés de
pêcheurs
Effets sur la valeur générale des captures Redistribution des revenus |
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Possibilité dune modification de la structure
et de lévolution du marché
Encouragement du marché noir |
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Absence defficacité la modification de la production entraîne une diminution de lefficacité économique sur longue période Contrôle inefficace ne permettant pas de préserver la taille du stock à long terme Contrôle élastique de leffort de pêche et donc de la taille des stocks Pléthore ou inefficacité des services administratifs et coûts élevés |
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Aggravation de la surcapacité
Distorsion technique aboutissant à un accroissement de la capitalisation Aggravation de linefficacité sur le plan technique Inefficacité sur le plan économique Gaspillage de capital Accumulation de capital Augmentation des coûts de production Maintien dune participation marginale |
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Problèmes de transition, spéculation sur le droit de rester dans la pêcherie Risque de conflit avec les objectifs politiques et sociaux Discrimination entre les différents participants |
Absence dautres possibilitiés dinvestissements
Possibilité que la capital investi ne puisse être utilisé ailleurs Justification économique des subventions fondée sur un ration capital/travail élevé |
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lobjectif est de créer une pêche, un
stock et un secteur durables
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Lobjectif est de créer des conditions économiquement
viables
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141. Par ailleurs, comme c'est la règle lorsqu'il s'agit de gérer la pêche, la portée de ces effets dépend de la conception de chaque programme de réduction de la capacité et notamment du type de pêche pratiqué par les flottilles: pêche commerciale à grande, à moyenne ou à petite échelle ou pêche de subsistance et artisanale.
142. Enfin, l'évolution de l'économie nationale sur le plan macroéconomique peut influer sur la pêche et avoir différents effets en ce qui concerne la surcapacité des programmes de réduction de la capacité[13]. On peut citer à titre d'exemple:
l'augmentation des prix du carburant et d'autres intrants nécessaires pour pratiquer la pêche;
l'évolution des taux d'intérêt à acquitter pour financer les investissements en capital réalisés dans le secteur;
les conséquences sur la demande de produits de la mer des études décrivant les effets du poisson sur la santé, la teneur en mercure des espèces de prédateurs situées au sommet de la chaîne alimentaire et l'évolution du revenu disponible par habitant.
143. Ces évolutions de type macroéconomique peuvent entraîner une augmentation ou une diminution de l'excès de capacité ou de la surcapacité. Les gestionnaires doivent être conscients de la nécessité d'opérer une distinction entre ces deux types de problèmes afin de ne pas appliquer de programme de réduction de la capacité dans des pêches où la situation finira par se corriger d'elle-même ou ne pas considérer les effets potentiellement désastreux du développement d'une surcapacité incontrôlée dans la pêche.
144. Les experts ont conclu ce débat en indiquant que la complexité de la mise en uvre d'un programme de réduction de la capacité était proportionnelle à celle de la pêcherie considérée et que la taille de celle-ci devait être prise en considération. En d'autres termes, tout programme de réduction de la capacité doit être adapté à la situation.
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145. Il n'existe pas de programme de réduction de la capacité unique applicable à toutes les pêches. Toutefois, quelle que soit sa conception, un programme doit présenter certains avantages, notamment celui d'accroître la probabilité de disposer d'une ressource durable et, partant, d'un secteur de la pêche bien portant et durable. 146. De la sorte, un programme de réduction de la capacité bien conçu peut améliorer la valeur économique d'une pêche et contribuer à écarter les risques d'un désastre économique et social plus grave encore. |
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[10] Concept utilisé
pour la première fois dans un ouvrage de Baumol publié sous ce
titre en 1986 par MIT Press de Cambridge (Massachussets) [11] Les programmes de ce type qui ont été examinés comportaient notamment, mais pas uniquement, les mesures suivantes: contingents individuels transférables, cogestion, recouvrement des frais, coopération, droits d'utilisation territoriale et contingents individuels d'effort de pêche (mesures de contrôle de l'effort de pêche individuel, également examinés dans le cadre des mécanismes comportant une suppression des incitations). [12] Les programmes fondés sur une suppression des incitations qui ont été examinés comportaient notamment, mais pas exclusivement, les mesures suivantes: limitation de l'accès, opérations de rachat, imposition de restrictions concernant les engins et les bateaux, imposition de TAC (total autorisé des captures), imposition de limites de captures par bateau et fixation de contingents individuels pour l'effort de pêche (mesures de contrôle de l'effort de pêche individuelles, également examinées dans le cadre des mécanismes comportant une modification des incitations). [13] Bien que ce point n'ait pas été abordé au cours de la Consultation, l'accroissement des importations de crevettes relativement bon marché par les Etats-Unis a entraîné une diminution substantielle de la capacité dans les pêcheries de crevettes du Golfe du Mexique. Cette évolution a semble-t-il entraîné une nette diminution de l'excès de capacité dans ces pêcheries mais n'a pas forcément modifié la surcapacité qu'on y constate. |