La question du genre dans la foresterie
Notions de base
Pourquoi le genre est-il important dans la foresterie?
Les forêts offrent des avantages monétaires et non-monétaires aux hommes et aux femmes des communautés forestières dans le monde entier. Les hommes et les femmes jouent des rôles différents dans la gestion des forêts, ont des connaissances différentes des forêts, ou un accès différent aux forêts, et utilisent les ressources forestières de manière différente. La sylviculture est généralement perçue comme un secteur dominé par les hommes bien que les femmes soient fortement investies dans les activités forestières comme la collecte de bois de feu, de plantes médicinales et d’autres produits forestiers non-ligneux; elles collectent également des produits alimentaires pour leur famille et pour générer des revenus, et transforment les produits ligneux secondaires. En effet, les femmes des communautés forestières peuvent tirer des forêts plus de 50 pour cent de leurs revenus contre près d’un tiers pour les hommes.
Quels défis doivent affronter les femmes du secteur forestier?
Les femmes sont défavorisées par des droits de propriété et l’accès non sécurisés aux forêts, aux arbres et aux ressources foncières, par la discrimination et les préjugés masculins dans la fourniture de services comme les crédits et les technologies, et par l’exclusion de la formulation de politiques et la prise de décisions au niveau du ménage, de la communauté et du pays. Les femmes n’obtiennent qu’une fraction des bénéfices et participent à la prise de décisions que lorsque les ressources forestières et arborescentes sont déjà dégradées. En outre le manque d’éducation et d’emplois formels ou de réseaux personnels empêche aux femmes d’influer sur l’allocation des ressources ou sur la recherche.
Quels sont les avantages d’intégrer le genre dans la foresterie?
Des recherches ont démontré qu’intégrer l’égalité homme-femme à tous les niveaux du secteur forestier a des effets positifs sur de nombreux problèmes de gestion forestière, y compris la durabilité des ressources, la régénération des forêts et la gestion des conflits. La bonne intégration des questions d’égalité homme-femme dans le développement forestier permet d’atteindre les objectifs environnementaux, tout en évitant les effets négatifs sur les femmes et en contribuant à la transformation de l’inégalité des relations entre les sexes au sein du secteur forestier. La réduction de l’écart hommes-femmes dans le secteur forestier peut aussi favoriser la réalisation d’objectifs sociaux et économiques plus vastes, y compris les Objectifs de développement durable. L’égalité entre les hommes et les femmes peut améliorer considérablement la gestion durable des forêts, le bien-être général et la protection sociale des familles, des communautés et des économies nationales, et contribuer à la création d’environnements sains du point de vue alimentaire.
En Gambie, par exemple, l’équipe de la FAO sur la foresterie communautaire a lancé un projet dédié aux femmes sur la collecte des branches, qui a produit des bénéfices monétaires importants. Le projet a été réalisé dans une région aride fréquemment touchée par les incendies. Les femmes ramassaient les branches dans les zones les plus menacées avant qu’elles ne soient brulées par un incendie et les vendaient sur les marchés locaux. Grâce à leur contribution à la gestion des feux et à leurs nouveaux revenus, les femmes ont acquis de l’autonomie tout en améliorant l’équilibre des genres.
Modules associés
- Régime forestier
- Analyse et développement des marchés
- Approches et outils participatifs pour la GDF
- Gestion des bassins versants
La question du genre dans la foresterie contribue aux ODD:
Une publication récente de la FAO, intitulée How to mainstream gender in forestry: a practical field guide (Comment intégrer le genre dans le secteur forestier: un guide pratique de terrain), peut aider les agents de la FAO à élaborer des mesures concrètes pour faire valoir les questions de genre dans les projets et les programmes forestiers.
Ces mesures peuvent impliquer la recherche de moyens pour augmenter la participation des femmes dans des domaines comme les groupes de gestion communautaire des forêts, les petites et moyennes entreprises, les organisations non gouvernementales, et l’administration des villages. Des mesures peuvent également être adoptées pour augmenter la participation des femmes dans la commercialisation des produits forestiers non-ligneux (PFNL), y compris les produits alimentaires et les médicaments, pour favoriser l’autonomisation des femmes dans le secteur forestier.
Le guide est assez petit pour être porté sur le terrain et propose un tableau pour consigner les données et les informations recueillies sur le terrain. Il peut aider les agents à déterminer quand il faut des capacités supplémentaires pour traiter les questions de genre dans leur travail.
Le guide de terrain fournit des conseils pratiques sur comment, par exemple :
- mener une analyse de genre pour évaluer les défis particuliers auxquels sont confrontées les femmes lorsqu’elles participent à des activités d’élaboration de politiques, de génération de revenus et communautaires;
- planifier des réunions et des activités à un horaire et un lieu qui soit compatible avec l’emploi du temps des femmes parties prenantes et qui leur permette, si possible, d’emmener leurs enfants;
- maintenir un dialogue entre les groupes de plaidoyer des femmes et le gouvernement;
- plaider pour un renforcement du rôle des femmes dans l’élaboration des politiques et la prise de décisions;
- s’assurer que les femmes aient des rôles de responsabilité et de décision plutôt que de compter le nombre de femmes présentes aux réunions.
Approfondissement
Rôle des femmes et des hommes dans le secteur forestier
Les systèmes forestiers et agroforestiers ne sont pas neutres sur le plan de la parité des genres. Les femmes détiennent souvent des connaissances très spécialisées sur les arbres et les forêts en termes de diversité des espèces, de gestion, de conservation et d’utilisation des différentes essences. Par rapport aux hommes, les connaissances des femmes tendent à porter directement sur la consommation des aliments, y compris la collecte de bois de feu pour la cuisine et le chauffage, et la santé de la famille, ce qui est particulièrement important en temps de crise alimentaire. Les hommes sont enclins à jouer un rôle plus important que les femmes dans l’extraction du bois pour des raisons commerciales, bien que ces rôles soient en évolution. Dans de nombreux pays en développement, les femmes ramassent normalement le bois de feu à usage familial, les perches pour la construction de haies, des aliments et des médicaments pour la famille et du fourrage pour le bétail.
Bien que les femmes se concentrent habituellement sur la satisfaction des besoins nutritionnels et de subsistance de leurs familles, elles participent aussi fréquemment (et simultanément) aux activités forestières rémunératrices, en particulier la collecte, la transformation et la vente de produits forestiers non ligneux (PFNL). Ainsi, le karité africain a longtemps été récolté, transformé et vendu par les femmes. Les noix et le beurre de karité ont été la source principale de revenu pour les femmes dans les pays producteurs clés comme le Burkina Faso, le Bénin et le Ghana. La transformation des produits forestiers destinés à être vendus sur les marchés locaux ou pour la consommation familiale peut avoir lieu près de l’habitation et convient donc bien aux femmes qui doivent associer les activités rémunératrices aux tâches ménagères. Le revenu obtenu peut souvent représenter une contribution importante au bien-être du ménage.
Les femmes contribuent au secteur forestier de maintes façons formelles aussi bien qu’informelles, y compris en matière d’agroforesterie, de gestion des bassins versants, d’amélioration des arbres et de protection de la forêt. Elles représentent un pourcentage considérable de la main-d’œuvre dans les industries forestières du monde entier, notamment dans le travail de pépinière mais aussi dans des activités allant de l’exploitation forestière à la transformation du bois. Bien que les femmes contribuent de manière significative au secteur forestier, leurs rôles ne sont pas pleinement reconnus ou documentés, leurs salaires sont généralement plus bas et leurs conditions de travail moins favorables que celles des hommes. En outre, les femmes participent rarement autant que les hommes à la formulation, à la planification et à la mise en application des politiques forestières.
L’environnement économique, social, culturel, politique et juridique peut affecter de manière différente les droits des femmes et des hommes concernant le contrôle des ressources forestières et les droits fonciers. Même lorsque les femmes ont des droits de propriété sur les forêts, elles n’ont souvent pas les mêmes chances de tirer un revenu des forêts. De manière générale, les femmes pourraient avoir accès aux PFNL et au bois de feu mais n’ont pas accès à d’autres ressources ligneuses qui sont souvent le domaine des hommes et aussi le produit dont la valeur commerciale est la plus élevée dans la plupart des forêts. Cette différenciation entre les genres a de fortes répercussions sur la gestion des forêts, ainsi que sur les structures de pouvoir liées au genre dans les communautés.
Réaliser l’égalité entre les genres dans le secteur forestier est un défi considérable. Les actions visant à incorporer les questions relatives au genre comprennent: la collecte de données ventilées par genre pour surveiller le rôle des femmes et des hommes et leurs activités dans le secteur; la promotion de systèmes de gouvernance qui assurent des droits forestiers aux femmes et aux hommes; la recherche et la création de connaissances pour explorer et accroître la compréhension des rôles spécifiques de chaque sexe; une meilleure compréhension des préjugés sexistes sociaux et culturels; l’application d’une analyse de l’équité homme-femme dans les projets et programmes; la prise en compte du genre dans les initiatives de renforcement des capacités; et la diffusion d’informations sur la parité homme-femme dans le domaine forestier. Ci-dessous sont présentés des exemples concrets de l’intégration du genre dans la foresterie.
- La collecte de données ventilées par genre ;
- L’intégration de la question de l’égalité homme-femme dans les politiques et les lois ;
- La promotion de la parité dans les entreprises et institutions forestières.
La nécessité de disposer de données ventilées par genre pour mieux comprendre les disparités homme-femme au sein du secteur n’a jamais été aussi impérative. La collecte de ces données sur l’éducation forestière, l’emploi et la carrière dans le secteur formel, ainsi que sur les différents rôles que jouent les femmes et les hommes ruraux dans les moyens d’existence forestiers permet de formuler des politiques et des programmes forestiers sensibles aux questions de genre. Une des priorités de la recherche devrait être de créer des données ventilées par genre sur la distribution des avantages et emplois liés à la forêt, ainsi que sur le régime de propriété des ressources forestières productives comme la terre, l’eau, le matériel, les intrants, l’information et le crédit, ainsi que leur accès et leur contrôle.
Pour garantir que les données représentent avec précision les interactions et les inégalités hommes-femmes dans le secteur forestier, les chercheurs devraient adopter une approche sexospécifique pour la collecte des données. Des enquêtes détaillées sur l’emploi du temps augmenteraient la compréhension des contributions des femmes et des hommes à la production et au bien-être familiaux, ainsi que leurs contraintes en termes de temps. La quantité et la qualité des données ventilées par genre pour la formulation des politiques peuvent être accrues par l’intégration des questions de genre dans les recensements et les enquêtes agricoles, et le recoupement avec de données de recensement existantes. Les différences entre les genres et leurs répercussions pourraient être plus visibles lorsque les données ventilées par genre ont été collectées, analysées et présentées au niveau sous-national et par classes d’âge.
Certaines données ventilées par genre sont déjà disponibles pour le secteur forestier. Ainsi, les femmes représentent environ le quart de tous les emplois dans le secteur forestier formel. Les informations sur les activités informelles, bien qu’elles soient plus limitées et imprécises, indiquent que les femmes et les enfants consacrent jusqu’à 85 pour cent de tout le temps consacré au ramassage du bois de feu pour l’utilisation familiale ("Situation des forêts du monde 2014", FAO, 2014).
Il est de plus en plus clair que la planification et les politiques forestières, depuis le niveau local jusqu’aux organes décisionnels, ne seront totalement inclusifs que lorsque les femmes et les hommes aurant conscience des besoins, des priorités et des contraintes de toutes les personnes, et que cette prise de conscience sera comptabilisée dans les processus participatifs.
En représentant et défendant les intérêts et les droits des populations, les gouvernements devraient s’assurer que les lois ne sont pas insensibles au genre et qu’elles tiennent compte adéquatement des besoins et intérêts des femmes et des hommes de tout âge. Les politiques et programmes relatifs à l’équité des genres se contenteront de simples déclarations d’intention tant qu’elles ne seront pas étayées par une législation et un soutien institutionnel adéquats; l’intégration des questions d’équité du genre dans la législation est fondamentale pour établir un cadre dans lequel la parité peut prospérer. Les lois devraient être appuyées par des mécanismes et structures qui assurent leur respect et leur application, et les efforts déployés pour changer les attitudes sur les rôles des femmes et des hommes dans la gestion des forêts pourraient être tout aussi importantes pour l’intégration de l’équité des genres que les lois qui les appuient.
Les femmes doivent participer aux prises de décisions sur les forêts à tous les niveaux si l’on veut que leurs efforts pour assurer des moyens d’existence forestiers à leur foyer soient durables. En particulier, une parité accrue en matière de régime foncier et droits aux ressources forestières qui est une clé de voûte du développement durable des moyens d’existence basés sur ces ressources. Les décideurs politiques devraient encourager la concrétisation de l’égalité des genres dans la gestion durables des ressources forestières en assurant l’accès universel à l’enseignement et à la formation, ainsi que par la promotion de capacités entrepreneuriales équilibrées entre hommes et femmes.
Les individus et les communautés tributaires des forêts sont parmi les plus pauvres au monde. Néanmoins, les projets qui aident ces communautés à créer des entreprises forestières et à s’organiser de façon à commercialiser leurs produits sont parvenus à réduire la pauvreté, améliorant la parité et protégeant les forêts et les autres ressources naturelles.
Les femmes sont les acteurs principaux dans les communautés forestières et elles entreprennent de nombreuses activités liées à la forêt, mais elles doivent souvent faire face à des obstacles qui limitent la mesure dans laquelle elles participent aux prises de décisions, au partage des avantages, et aux opportunités de travail à différents niveaux de la chaîne des valeurs de la foresterie, lorsqu’il y a un apport de valeur ajoutée. D’autre part, les hommes et les jeunes migrent de plus en plus souvent vers les villes en quête d’emplois, et de nombreuses communautés forestières souffrent de pénuries de main-d’œuvre. C’est pourquoi les femmes sont appelées à jouer un rôle d’une importance croissante dans les entreprises forestières et les gouvernements doivent créer à cet effet un environnement porteur. Cela consisterait, par exemple, à assurer une participation égale au sein d’entreprises forestières et d’institutions forestières locales, ainsi qu’à fournir aux femmes les connaissances et les compétences pour participer et tirer profit des opportunités de travail à des niveaux plus élevés de la chaîne des valeurs de la foresterie. Il est prouvé que la participation des femmes aux prises de décisions des institutions forestières, en tant que groupes d’utilisateurs de la forêt, réduit l’intensité des conflits de genre car cette participation entraîne de nouvelles règles d’accès qui tiennent compte des besoins des femmes et, de ce fait, leurs activités sont moins susceptibles d’être incriminées ou considérées comme des infractions. ("Les forêts, la sécurité alimentaire et la parité hommes-femmes" par Stloukal et al., Unasylva 241).
Le renforcement des efforts visant à promouvoir les entreprises forestières, en particulier en promouvant la parité hommes-femmes, pourrait contribuer aux efforts nationaux pour stimuler l’emploi et améliorer les moyens d’existence. À l’échelle régionale et mondiale, de tels efforts pourraient jouer un rôle important dans la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts et en ralentissant le changement climatique.
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Ce module a été développé avec l'aimable collaboration des personnes et/ou institutions suivantes:
Initiateur(s): Qiang Ma - FAO, Forestry Department
Ce module a été révisé en 2016 pour renforcer les considérations de genre.
Critique(s): Lauren Flejzor, Taylor Tondelli - FAO, Forestry Department