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XI. Recommandations


I. Communicateurs
II. Chef de la radio rurale
III. Directeurs des stations régionales
IV. Coordinateur national du projet

Dans un contexte délicat - en raison des incidences, parfois imprévisibles, des thèmes développés - mais stimulant - du fait de la forte motivation des stagiaires - nous avons le sentiment d'avoir participé à l'éclosion de la nouvelle radio rurale sénégalaise.

L'impulsion donnée en 1992 par le Département des Eaux et Forêts et par le BIFS vient d'être puissamment réactivée au cours des deux ateliers de Thiès (juillet 1995) et Saint-Louis (août, septembre 1995) au point d'avoir atteint sous la tutelle vigilante du MEPN un niveau de compétence et d'exigence qui ne pourra probablement plus être remis en cause par la suite. Certes, toute entreprise ambitieuse - la sensibilisation sociale ou la mobilisation sociale plus que toute autre - nécessite un professionnalisme qui ne s'acquiert pas en quatre semaines. Mais les risques et les défaillances sont prévisibles et, par conséquent, évitables.

Les recommandations qui suivent envisagent différents facteurs conditionnant la mise en oeuvre pratique du projet et sa durabilité.

I. Communicateurs

I.1 Trop souvent, fondue au sein de la maison mère, la Radio Rurale ne semble avoir aucune existence propre. Aucun indice visuel ne caractérise ses locaux et maints visiteurs y pénétrant sont déçus dans leur attente alors que, bien renseignés, voire impressionnés par les multiples fonctions du service, ils auraient pu devenir messagers de la Radio Rurale auprès de leurs propres structures.

Nous tenons donc pour indispensable de reproduire au mur des locaux de la Radio Rurale, les trois tableaux étudiés pendant l'atelier de Saint-Louis, schématisant les activités des communicateurs en radio rurale participative, à savoir:

· La panoplie des productions radiophoniques;
· L'arbre du bien vivre;
· La roue des Programmes radiophoniques.

Ce tableau de bord de la Radio Rurale constitue également pour les communicateurs un aide-mémoire leur permettant de récapituler aisément les différents modules de la méthode enseignée.

I.2 Les prochaines investigations et les prochaines productions radiophoniques doivent, en premier lieu, approfondir les six premiers thèmes traités, puis intégrer progressivement de nouveaux sujets. A savoir:

PREMIERS THEMES

I. Donner envie de protéger l'environnement.
II. Recycler les déchets pour assainir l'habitat, fertiliser le sol.
III. Prendre des initiatives personnelles en faveur du développement.
IV. Bien gérer le terroir.
V. Redynamiser les Comités des Sages.
VI. Promouvoir les brise-vent.

NOUVEAUX THEMES

VII. Bien gérer les aires protégées.
VIII. Promouvoir les haies vives.
IX. Maîtriser les feux de brousse.

THEMES ANNEXES

· Mise en défens.
· Fixation des dunes.
· Exode rural.
· Etc.

I.3 Les journalistes de la Radio Rurale et leurs partenaires des Projets de développement constituent désormais des équipes de coproduction convaincues, à défaut d'être encore suffisamment entraînées, des avantages de la communication participative.

Dans la mesure du possible, elles doivent conserver les habitudes de travail en commun, tant au niveau de la préparation des sorties, que du travail sur le terrain puis des diverses activités qui en résultent (transcriptions, analyse du contenu des enregistrements, montage, archivage, détermination de nouvelles investigations, etc.)

I.4 La méthode de travail des agents de la nouvelle Radio Rurale risque d'étonner et d'intéresser des communicateurs n'ayant pas suivi l'atelier de formation. Les participants doivent donc s'exercer à la transmission de leur savoir:

· en consultant les notes prises en cours de formation ainsi que les documents remis par le formateur, de manière à se familiariser avec le vocabulaire et les formules clés.

I.5 Deux initiatives simples et efficaces peuvent dynamiser la grille des programmes de la Radio Rurale:

1. La diffusion de microprogrammes d'un style nouveau, inspirés de la tradition orale;

2. L'introduction dans les magazines de la vie rurale de rubriques modernes interactives à base d'informations et d'échanges de points de vue reçus en direct à l'antenne. Un rendez-vous hebdomadaire peut être pris avec l'auditoire interpellé par certains microprogrammes concernant l'auto développement ou le recyclage des déchets, par exemple.

· Les auditeurs correspondent par lettre, cassette, téléphone, ou envoient un émissaire en studio.

Un autre rendez-vous peut être pris, une fois par mois, par exemple, avec les agents de la radio Rurale des cinq Stations de manière à dresser un bilan des actions menées au service de l'environnement dans l'ensemble du Sénégal. C'est une manière indirecte et particulièrement sympathique à l'auditoire, de poursuivre la sensibilisation et c'est une manière élégante également de préserver les notions de "terroir national" et d'"identité nationale".

· Les Rendez-vous mensuels des Radios Rurales sont réalisés en duplex ou multiplex. Chaque équipe présente ses sorties sur le terrain: lieux, événements, anecdotes.

I.6 Le générique du magazine de l'environnement doit refléter l'évolution de son contenu. Le Magazine FOREST était la voix, comme son nom l'indique, du Département des Eaux et Forêts. Devenu, grâce au succès de cette première expérience, la voix du Ministère de l'Environnement, le magazine doit exprimer des préoccupations plus étendues.

L'atelier de Thiès a opté pour un titre inspiré des premiers microprogrammes incitant à la vigilance envers notre mère la Terre. Un nouveau générique a été composé dont voici le texte:

"LES YEUX ROUGES"
L'émission de notre mère la terre,
Une production de la radio Rurale et du MEPN.

L'ancien générique disparaît au profit de celui-ci qui englobe tous les thèmes liés à l'environnement.

I.7 Six thèmes sur neuf ont donné lieu à un début d'investigations sur le terrain, à la production d'émissions destinées au magazine "Les yeux rouges", à la création de Jeux Publics et de Microprogrammes. A court terme, afin de compléter la série des trente-six microprogrammes, trois thèmes restent à exploiter selon la même méthode: "Bien gérer les aires protégées", "Promouvoir les haies vives", "Maîtriser les feux de brousse". Une Fiche technique doit être constituée pour chacun de ces thèmes. En outre, les thèmes annexes apparaissant en cours d'enquête doivent être répertoriés pour une exploitation ultérieure.

· Lors de l'atelier de Thiès consacré au traitement des déchets, il est ainsi apparu indispensable de définir préalablement la notion d'environnement, d'où l'introduction du thème I.

I.8 Les communicateurs sont susceptibles de recueillir en cours de tournée des informations révélatrices du rôle joué par la Radio Rurale. Ces données, aussi modestes soient-elles, sont à répertorier: à terme, elles deviennent significatives des zones d'écoute de la Radio Rurale, de l'interprétation des productions.

La Radio Rurale intervient, par ailleurs, sur des terrains "vierges" qui n'ont actuellement guère d'échos parmi les populations visitées: recyclage des ordures ménagères, plantations systématiques de brise-vents, par exemple. Il s'agit d'innovations quantifiables, par conséquent susceptibles d'une évaluation. Les informations recueillies dans ces deux secteurs sont également à répertorier.

ACTION: COMMUNICATEURS DE LA RADIO RURALE.

II. Chef de la radio rurale

II.1 En collaboration avec le Directeur de la Station, le chef de la Radio Rurale veille, en premier lieu, à la mise en oeuvre des recommandations précédentes.

II.2 En second lieu, il donne corps et vie au secrétariat de la Radio Rurale qui a trois tâches principales à assumer:

· L'archivage des bandes sonores et des documents écrits (transcriptions, fiches techniques, textes des émissions montées).

· L'animation du réseau des Services de Radio Rurale par l'échange d'émissions et de transcriptions;

· La conduite des relations extérieures de la Radio Rurale: contacts avec le Chef de la Radio Rurale à Dakar et le Coordinateur du Projet à Dakar (Rapport trimestriel, par exemple, précisant le calendrier des sorties et les remarques faites à chaque sortie. Les transcriptions des enregistrements et les enregistrements dignes d'une diffusion nationale sont joints à la correspondance).

II.3 La stratégie de programmation exige une parfaite coordination des programmes. Magazine "Les yeux rouges" et Microprogrammes doivent être intégrés en même temps dans la grille des programmes. Il convient d'attendre le signal du début de la campagne de sensibilisation avant de les diffuser.

II.4 La série des 36 microprogrammes en Wolof et en Poular doit être, bien entendu, intégralement montée avant le début de la programmation.

II.5 La série de microprogrammes en langue française a été réalisée:

· à l'attention des auditeurs de la chaîne nationale qui découvrent par ce biais la Radio Rurale;
· à l'attention du grand public francophone et des éventuels partenaires de la Radio Rurale.

La série des microprogrammes en langue française est donc à introduire dans la grille des programmes francophone en appliquant les mêmes règles de programmation aléatoire que dans les autres langues nationales.

II.6 Un effort spécial doit être demandé aux Stations pour que la série des microprogrammes soit interprétée dans un maximum de langues.

II.7 La diffusion des microprogrammes est concomitante à la programmation du magazine "Les Yeux rouges" et des Jeux publics.

Mais, les thèmes des microprogrammes ne doivent pas forcément correspondre au contenu du magazine du jour.

Les trente-six microprogrammes sont interdépendants et il est recommandé de les brasser et de les programmer selon un ordre aléatoire explicité dans le Manuel "Les 1001 Mondes".

II.8 L'atelier de Thiès, orienté sur le "Traitement des déchets", a suggéré le lancement, par la Radio Rurale, d'une émission interactive dynamisante, encourageant les GIE à la salubrité de Dakar: "Le Boubou d'or".

Nous recommandons vivement cette initiative car, outre son caractère éminemment utile pour la capitale, elle offre une possibilité d'évaluation de l'efficacité d'une campagne de mobilisation sociale par la Radio Rurale.

Un tel projet est, en effet, un défi car la majorité des Dakarois écoutent désormais les Chaînes musicales privées. Le lancement d'une telle campagne serait donc l'occasion pour la Radio Rurale d'élargir son auditoire "aux ruraux de la capitale" et de mesurer cette progression en fonction des résultats concrets acquis dans le domaine de l'hygiène.

Cette campagne doit être menée à deux niveaux:

1. Des messages annoncent un grand concours radiophonique, "Le boubou d'or" qui consiste à remettre, chaque année, au cours d'une cérémonie valorisante, un boubou jaune (équivalent du maillot jaune du Tour de France) au GIE le plus performant dans l'assainissement de son quartier. Le concours est annoncé simultanément par la Radio Rurale, la Chaîne Nationale, les Radios privées, la Télévision sénégalaise, la Presse écrite, ainsi que par voie d'affiches disposées dans les quartiers de Dakar et des villes de province (Agrandissements photocopiés).

2. La réalisation du concours est simple: des reportages diffusés dans le cadre du magazine "Les yeux rouges" par la Radio Rurale suivent les efforts accomplis par les GIE dans les quartiers de Dakar et par les "Hérissons" de province (Thiès, Saint-Louis, entre autre) + la R.T.S. inaugure une rubrique interactive hebdomadaire donnant à tous les jeunes sénégalais actifs l'occasion de faire savoir en direct à l'antenne, par téléphone, cassette, ou en se présentant lui-même, ses réalisations.

Les responsables des GIE de Dakar, par exemple, font le point de leurs travaux de la semaine et des difficultés rencontrées.

II.9 L'urgence d'une nouvelle Radio Rurale participative animée par des professionnels de la communication sociale, aptes à s'auto-déterminer face aux nombreux obstacles rencontrés sur le terrain, nécessite une formation haut de gamme et une gestion rigoureuse des productions radiophoniques.

L'intervention de la FAO répond précisément à ces objectifs. Mais, la Radio Rurale ne sera durablement performante que lorsque, institutionnellement, elle sera majeure, c'est à dire lorsqu'elle sera devenue une institution autonome, regroupant la radio rurale de Dakar et les Stations Rurales Régionales; lorsqu'elle sera dotée d'une infrastructure assurant une bonne couverture de l'ensemble du Sénégal; lorsqu'elle disposera de l'équipement de base indispensable à la réalisation de ses objectifs.

Cette action est à mener sur deux fronts.

1. Plan gouvernemental sénégalais:

· Modifier le statut actuel du service de la radio rurale pour créer une Direction autonome de la Radio Rurale;

· Adopter le principe que la rénovation de la Radio Rurale du Sénégal est un objectif gouvernemental prioritaire.

2. Relations bilatérales et multilatérales:

· Obtenir les fonds pour la rénovation de l'infrastructure radiophonique du Sénégal au niveau de la Station mère et des Stations Rurales Régionales.

ACTION: CHEF DE LA RADIO RURALE.

III. Directeurs des stations régionales

III.1 L'atelier de Saint-Louis a montré les limites techniques de la Station de Saint-Louis qui n'est pas parvenue à effectuer ni une bonne sonorisation des émissions publiques, ni un bon enregistrement.

Il est opportun d'envisager rapidement un atelier de formation de l'équipe technique de Saint-Louis.

Deux modules principaux sont à inscrire au programme:

· l'animation publique: comment enregistrer "simultanément", animateurs, interlocuteurs, musiciens, ambiance de foule;

· la prise de son d'un groupe orchestral.

Les services techniques des autres Stations seraient sûrement intéressés par un tel recyclage qui serait l'occasion de répertorier le matériel défaillant.

III.2 La Radio Rurale a le mérite d'accomplir sa tâche avec un effectif minimum, le recrutement de nouveaux agents s'avère nécessaire. La perspective d'une Radio Rurale de plus en plus performante oriente le choix vers des collaborateurs de tempérament artiste pour lesquels l'écriture importe autant que l'oralité, l'analyse autant que l'investigation.

III.3 La Radio Rurale est de plus en plus sollicitée à des fins de sensibilisation et de mobilisation sociale, tâches qui lui sont parfaitement appropriées à condition que la méthode de production enseignée soit intégralement appliquée.

Les communicateurs doivent disposer du temps nécessaire pour effectuer les transcriptions, l'analyse du contenu des enregistrements, les Fiches techniques, la conception de nouveaux microprogrammes, l'orientation des enquêtes etc.

ACTION: DIRECTEURS DES STATIONS REGIONALES.

IV. Coordinateur national du projet

IV.1 Le Projet initié en 1992 par le Département des Eaux et Forêts et le BIFS a stagné du fait d'une absence de coordination entre le BIFS, débordé de responsabilités, et les agents de terrain. Ainsi, les insuffisances de la formation n'ont pas été corrigées par un atelier supplémentaire pourtant indispensable. D'inévitables dissensions avec des Projets non rodés aux techniques de communication participative n'ont pu être atténuées. Des petites contraintes dues aux nouvelles méthodes de travail (transcriptions, analyse de contenu etc.) sont devenues des obstacles "infranchissables". Des règles de production essentielles (réalisation de reportages après l'émission publique) ont été négligées, faute d'entraînement.

Deux ans après le stage, énigmes des jeux publics et messages de mobilisation sociale n'ont pas été renouvelés. Tous ces défauts accumulés ont amené l'évaluateur du projet à un diagnostic justement sévère.

Le Coordinateur National du nouveau Projet FAO bénéficie "a contrario" d'un précédent orientant la conduite à tenir, à savoir une disponibilité à toute épreuve et un suivi minutieux du déroulement des opérations afin de résoudre progressivement toutes les difficultés.

IV.2 Dans l'immédiat, plusieurs mesures sont à prendre:

1. Achèvement des travaux de secrétariat: dossiers écrits et sonores confiés aux Consultants Nationaux (Ateliers de Thiès et de Saint-Louis).

2. Réunion, à l'initiative du Chef de la Radio Rurale, des participants aux deux ateliers pour un bilan de la formation et l'adoption d'une démarche commune.

3. Communication des conclusions de cette réunion aux responsables de la RTS pour agrément.

4. Etablissement d'un Cahier des Charges des équipes de production à communiquer à tous les acteurs: chefs de Stations et partenaires du Projet, ainsi qu'à la FAO.

5. Organisation d'un atelier de formation des techniciens preneurs de son travaillant dans les diverses Stations de la radiodiffusion.

6. Etablissement d'un calendrier des sorties sur le terrain des différentes équipes de production en mettant l'accent

· sur les thèmes de mobilisation sociale déjà explorés,

· sur les thèmes à découvrir (Aires protégées, Réserves, Mise en défens, Feux de brousse, Haies vives, etc.)

Pour chaque thème suivre le plan de travail expérimenté pendant l'atelier de formation.

IV.3 Au cas où un troisième atelier de formation pourrait être organisé, réunissant des stagiaires déjà initiés à la Radio Rurale participative, il serait bon de demander aux futurs participants de traiter à fond un thème encore non exploité, (thèmes VII, VIII ou IX) et d'amener au prochain atelier les fruits de leurs travaux, inclus une série de quatre microprogrammes (1 thème en 4 modes).

IV.4 Des agents de développement oeuvrant dans la région de Saint-Louis se plaignent d'un manque d'informations. La présence d'une stagiaire journaliste, agent de la SAED, permet d'espérer une amélioration des rapports inter-Structures. Mais, sur un plan beaucoup plus général, au plan national, le MEPN pourrait promouvoir un Service d'Information assurant un relais entre une Banque Internationale de Données et les Structures de développement.


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