2.1. Domaines phytogéographiques du pays
2.2. Utilisation des espèces forestières
2.3. Menaces sur les ressources génétiques forestières
La flore (plantes supérieures) du Cameroun compte 7000 espèces dont 300 espèces de plantes ligneuses (Ministère de l'Environnement et des Forêts, 1995). L'unité phytogéographique comprise entre le Lac Tchad et la côte 800 m des pentes méridionales du plateau de l'Adamaoua, correspond à la région Soudano-Zambézienne de Letouzey (1968) cité par Donfack (1998). La région correspond, d'après Letouzey (op.cit.), à l'ensemble formé par trois phytochories qui sont du nord au sud: une zone de transition régionale sahélienne (secteur sahélien), un centre d'endémisme régional soudanien, qui comporte les secteurs sahélo-soudanien, soudano-sahélien et médio-soudanien, et une zone de transition régionale guinéo-congolaise/soudanienne (secteur soudano-guinéen).
Végétation de la zone guinéo-soudanienne
On rencontre dans cette zone, 2 secteurs floristiques séparés par la 9ème parallèle. La partie Sud correspond aux savanes boisées ou à des forêts claires sèches à Isoberlinia doka, Monotes kerstingii et Uapaca togoensis. La partie Nord porte les mêmes types physionomiques dominés par Boswellia papyrifera, Boswellia dalzielii, Sclerocarya birrea et Parkia biglobosa. Les savanes arbustives à Combretacées constituent les formes de dégradation anthropique de ces formations. Ce sont des savanes soudaniennes dominées par des espèces telles que Combretum glutinosum, Terminalia avicennioides, Combretum nigricans et par quelques autres espèces telles que Strychnos innocua, Daniellia oliveri et Gardenia aqualla. La strate herbacée est surtout dominée par les graminées dont les plus importantes sont Aristida kerstingii dans les clairières et Loudetia flavida dans les points humides; sous les ligneux ombragées, on trouve Hyptis suaveolens.
La savane soudanienne (début de la plaine de la Bénoué au Sud de Maroua)
Le couvert végétal de cette zone est dominé par une forêt sèche et éparse. La pression de l'agriculture a suffisamment transformé le paysage en une savane plus ou moins arbustive dominée par l'abondance de combretum et terminalia. Les composantes de cette formation sont: Boswellia dalzielii, Commiphora africana et les résineux Commiphora pedunculata, Dalbergia melanoxylon aux branches épineuses, Diospyros mespiliformis, Lannea fructicosa et Lannea microcarpa. Dans la vallée de la plaine de la Bénoué, avec un lac permanent et les surfaces inondables, on rencontre une flore particulière dominée par Borassus aethiopum.
La partie montagneuse de cette savane y compris les monts Alantika et particulièrement les monts Mandara à prédominance agricole, possède un certain nombre d'arbres à usage domestiques comme Faidherbia albida, Celtis integrifolia, Ficus spp., Khaya senegalensis, Parkia biglobosa, Tamarindus indica..
La savane sahelo-soudanienne (Sud de Maroua jusqu'au bord du Lac Tchad)
Il y pleut moins de 400 mm par an. On distingue y distingue la steppe épineuse et les prairies périodiquement inondées.
La steppe épineuse forme une broussaille d'épineux qui colonisent les sols calcaires dont les principaux sont les principales espèces constitutives sont Acacia seyal, Balanites aegyptiaca, Capparis sp., Combretum aculeatum, Ziziphus abyssinica.
Les prairies périodiquement inondables déstabilisées par le pâturage intensif, les feux de brousse et l'agriculture industrielle présentant un paysage boisé dont les principales composantes colonisatrices des sols noirs argileux sont Acacia seyal et quelques fois, Acacia nilotica var. adansonii.
Utilisation alimentaire et médicinale
Selon Von Maydell (1981) cité par Donfack (1998), les ressources de la savane contribuent à compléter la ration alimentaire des populations rurales. Divers organes de la plante sont consommés: les feuilles (Balanites aegyptiaca), le fruit (Tamarindus indica, Sclerocarya birrea). En outre, la médecine traditionnelle repose essentiellement sur les propriétés curatives de diverses espèces végétales.
Utilisation des produits forestiers ligneux
Les espèces végétales herbacées et ligneuses de la savane produisent le matériau nécessaire à la fabrication de plusieurs objets utilisés dans la vie domestique. Diverses écorces d'espèces ligneuses sont utilisées pour le cordages (Piliostigma thonningii), comme colorants et tanins (Donfack, 1998). Des outils et des ustensiles divers sont faits à partir des espèces ligneuses telles que Anogeissus leiocarpus, Dalbergia melanoxylon, Sclerocarya birrea, Balanites aegyptiaca, etc. selon cet auteur.
La production du bois de feu et du charbon constitue dans la région la plus importante forme d'exploitation des espèces ligneuses des savanes (Donfack, op.cit.). Les espèces les plus utilisées sont Anogeissus leiocarpus, Dalbergia melanoxylon, Acacia seyal, Dichrostachys cinerea, Balanites aegyptiaca.
Les ressources génétiques forestières ont une base génétique plus large que celle des plantes cultivées. Elles sont cependant beaucoup plus vulnérables car constamment menacées par les facteurs anthropiques (prévisibles) et les facteurs naturels (imprévisibles).
Le fort taux de croissance de la population humaine accroît la pression sur les ressources naturelles surtout les ressources forestières. Les plus grands facteurs de cette déforestation sont: l'agriculture itinérante sur brûlis, la coupe de bois de chauffe et d'exportation.
Impact de l'agriculture sur les espèces et populations forestières
L'agriculture occupe une superficie d'environ 1.966.800 ha sur une superficie physique totale de 46.541.200 ha soit environ 29% des terres cultivables.
En moyenne, 760 000 ha sont cultivés par an dans le Diamaré. Les principales cultures sont les céréales (sorgho, mil, maïs) et les légumineuses (niébé, arachide, voandzou). Le coton constitue la principale culture de rente. Les cultures sont pour la plupart localisées dans les plaines (sorgho) ou au pied des collines (sorgho et coton) (Donfack, 1998). Cependant, en fonction du degré d'anthropisation et de la forte densité de la population, les versants des collines, à pente plus ou moins forte, peuvent aussi être cultivés. Dans le Nord Cameroun, la zone de forte densité humaine est la province de l'extrême nord (Donfack, 1998). Les pertes de couverture forestière du pays sont estimées à 129 000 ha par an, avec un taux de 0,6% (FAO, 1999).
Impact de l'élevage sur les espèces ligneuses forestières ou les populations
L'élevage occupe une place de choix dans l'économie de la région, si l'on s'en tient à l'effectif du cheptel, aux différents types d'animaux élevés et à la place de la viande dans l'alimentation des populations (Donfack, 1998). Les effectifs des herbivores domestiques, dans le Diamaré sont d'environ 190 000 bovins, 170 000 ovins, 182 000 caprins.
Cet élevage est généralement extensif. Les éleveurs sont en principes sédentaires, mais les caprices du climat font de la transhumance un recours obligé pendant la saison sèche pour des troupeaux se nourrissant essentiellement dans ces savanes (Donfack,1998). Les ligneux fourragers jouent ici un rôle important dans l'alimentation des animaux, surtout dans cette période de saison sèche où toute la couverture herbacée a brûlé. Les résidus de récoltes estimés à 0,5 million de tonnes de matière sèche par an pour toute la province de l'Extrême Nord, n'assurent la nutrition du cheptel, estimé à 1 million d'Unité Bovin Tropical (UBT), que pendant deux mois pour une ration d'entretien (Anonyme, 1993 cité par Donfack, 1998). Alors malgré la transhumance, il y a une surexploitation des écosystèmes naturels, freinant ainsi la régénération de la végétation. On assiste à des émondages répétés des arbres fourragers ou à leur destruction pure et simple pour l'alimentation des animaux.
Autres sources de menace
Les catastrophes naturelles telles que les inondations, les éruptions volcaniques, les modifications drastiques du climat (sécheresse, réchauffement, baisse brusque du niveau d'eau), menacent aussi les ressources génétiques forestières. Les conséquences sont multiples et irréversibles car ces perturbations entraînent une éradication systématique des populations de certaines espèces endémiques peu ou pas connues. La faune incapable de s'adapter aux nouvelles conditions disparaît ou migre pour toujours vers les pays voisins.
Les formations végétales du Nord et de l'Extrême-Nord du Cameroun en ont été plusieurs fois victimes des sécheresses prononcées en moins d'une vingtaine d'année (la sécheresse des années 1982-1987).
Les ressources sylvo-génétiques menacées sont: