Généralement, les plus grands centres urbains en Afrique croissent très rapidement, doublant leur taille sur une période de neuf à quinze ans, selon les villes.
La congestion des marchés de détail empêche une opération efficace et entraîne la hausse des coûts de distribution des vivres. Les marchés sont devenus trop petits. Les conditions et installations dont ils disposent, même ceux d'entre eux qui sont assez grands, sont loin d'être satisfaisantes. Les marchés sont congestionnés, ils n'ont pas de docks de déchargement, pas de zones de tri, d'installations de nettoyage, de parking pour les camions, de réels planchers; ils n'ont pas d'espaces de vente couverts (ou alors ils sont mal couverts), pas d'installation de stockage, et les conditions hygiéniques et sanitaires laissent beaucoup à désirer, particulièrement pour les produits périssables. Presque tout ce qu'ils présentent sont de petits stands pour des opérations de vente de détail. En conséquence, il existe une prolifération de points de vente (kiosques) à travers les villes et de nombreux colporteurs itinérants. Il existe un très grand nombre de détaillants, leurs ventes par individu sont très minimes et les consommateurs à faible revenu leur achètent plusieurs fois par jour.
Les fonctions de vente en gros se font à une échelle relativement réduite et spécialisée par produit1. Il n'existe pas ou peu de marchés de gros en tant que tels. Chaque jour, les détaillants passent beaucoup de temps à assembler de petits lots de marchandises et à les revendre dans leurs petits magasins ou dans les marchés de détail.
Les centres urbains étant devenus de grandes villes, la petite échelle traditionnelle et les systèmes mal coordonnés de ventes de vivres en gros et au détail sont par conséquent devenus insatisfaisants. Les moyens de transport sont devenus plus chers, les consommateurs reçoivent souvent des produits de qualité médiocre et ils doivent passer un temps fou à l'achat des provisions alimentaires pour la famille.
Les signaux des prix et une information concernant le marché n'atteignent pas les cultivateurs à travers le système urbain de vente au détail et en gros.
Ainsi, la production de la ferme ne suit pas convenablement la demande des consommateurs, quantitativement et qualitativement. Les producteurs sont fréquemment confrontés à des prix incertains des produits, l'échelle réduite et le pouvoir oligopolistique des marchés de collecte des produits. Ceci se reflète dans la variation des prix et la fixation des marges de commercialisation, l'intervention directe de l'Etat dans divers aspects de la commercialisation des vivres, y compris la collecte et la distribution, et diverses inspections et pratiques régulatrices. L'accent à été très peu mis sur les voies et moyens de créer un secteur privé progressif, compétitif et efficace dans la commercialisation des vivres.
Les efforts du secteur public pour améliorer la commercialisation des vivres ont souvent gêné des opérations efficaces de commercialisation et n'ont pas su fournir des conditions facilitant une coordination efficace des marchés. Les coûts inutiles résultant d'une coordination défaillante des marchés sont rendus évidents par la fermeture régulière de supermarchés, dûe au manque de produits, aux pénuries chroniques de biens alimentaires de base et à une tendance générale vers la monopolisation des circuits de distribution (le système de quota) par des sociétés privées pour des aliments importés, mais aussi pour des céréales produites localement telles que le riz et le maïs.
Les marchands-camionneurs obtiennent l'information relative aux prix par une observation directe dans les divers marchés qu'ils visitent. Etant donné que la grande partie des achats faits par les camionneurs s'effectuent dans de petites concentrations de marchés où les cultivateurs consignent le plus souvent directement les produits, transportés sur le dos ou la tête, les acheteurs-camionneurs se trouvent dans une position favorable de marchandage. Le cultivateur, insuffisamment formé, qui a de petites quantités de produits, une information pauvre concernant le marché et peu ou pas du tout de choix d'acheteurs, est incapable de marchander pour des prix «justes». Seuls les cultivateurs réunis en associations ou en coopératives et qui louent un camion pour transporter leurs produits vers le marché urbain, ainsi que cela arrive dans certaines parties de l'Afrique, reçoivent les prix des vivres prévalant sur le marché urbain.
Les collecteurs, en faisant la demande, exercent un pouvoir monopsone qui tend à réduire les prix des produits agricoles qu'offrent les cultivateurs. Un tel pouvoir monopsone existe parce que dans beaucoup de zones de production de vivres, il y a peu de marchands-camionneurs en rapport avec des cultivateurs individuels ou parce qu'il existe une compétition limitée entre les marchands-camionneurs.
Encadré 1
Les marchés de gros pour les fruits et légumes au Maroc
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L'agglomération de Rabat-Salé comprend deux marchés de gros, l'un à Rabat, l'autre à Salé. Ce dernier joue un rôle purement local. Le marché de Rabat est en réalité le véritable marché de gros de l'agglomération. Il jouit d'un véritable monopole pour l'approvisionnement de la ville: toute marchandise vendue au détail dans la ville doit, selon la loi de 1962, impérativement passer par le marché de gros, essentiellement pour des raisons fiscales. Une taxe de 7 pour cent ad valorem est perçue sur le marché de gros, pour le compte des collectivités locales. Le marché de gros a été construit en 1974 sur une superficie totale de 5 ha dans la périphérie de Rabat. Il comporte trois carreaux couverts, chacun doté d'une extension en plein air. Le marché apparaît actuellement saturé et il existe un projet de création de trois carreaux supplémentaires. En bordure du marché sont situés quatorze magasins, actuellement inoccupés. Le marché est dépourvu de moyens de stockage frigorifique et la manutention est entièrement manuelle. D'après la Direction du marché, l'activité aurait porté sur 104000 tonnes en 1994, tandis que la consommation de la capitale est estimée à 200000 tonnes. Ainsi, les quantités traitées sont sous-estimées, ou bien un détournement important du monopole du marché existe. Il semble que ce dernier cas se confirme, surtout pour les légumes. La qualité et le conditionnement des produits présentés à la vente sont très hétérogènes. Le fardage est une pratique courante. Le marché est dirigé par un directeur et compte six mandataires, deux par carreau. Le rôle du mandataire se borne a un rôle de caissier-percepteur. L'acheteur, après s'être mis d'accord avec le vendeur, se fait remettre un ticket de pesée, puis va payer au quittancier, employé du mandataire responsable du carreau; ce dernier lui remet une facture, contrôlée à la sortie du marché. Le mandataire reverse la somme, déduction faite de la taxe, au vendeur. Outre le personnel des mandataires, le marché emploie 60 agents. On distingue deux types d'opérateurs sur le marché: les vendeurs et les acheteurs. Les grossistes-vendeurs au nombre de 300 à 400 ont un approvisionnement en moyenne tous les trois jours. Ils louent un camion pour le transport car ils sont démunis de transport propre. Les ventes moyennes des grossistes sont de 1,5 tonnes par jour. Il y a des vendeurs-commissionnaires qui travaillent en particulier pour de gros producteurs de fruits. Les acheteurs professionnels sont de l'ordre de 100 à 1500; un nombre difficile à estimer de consommateurs achète directement en fin de marché. Les acheteurs professionnels sont en grande majorité des détaillants de Rabat ou de Salé. Ils s'approvisionnent en moyenne trois à quatre fois par semaine, pour une quantité moyenne de 350 kg. L'Administration du marché de gros relève les quantités et les prix d'après les factures émises. Ces données sont communiquées au Ministère de l'intérieur et au Ministère de l'agriculture et ne sont en aucun cas destinées au public. Elles ne sont donc pas accessibles aux producteurs ou aux commerçants. Le marché de gros de Casablanca est le seul marché d'importance nationale. Les coûts moyens de commercialisation au stade de gros, du producteur au marché de gros de Rabat varient selon les produits entre 27 et 64 pour cent (marge brute, avant déduction des coûts) et sont presque nuls pour les produits commercialisés en période d'abondance, tout de suite après la récolte. En situation de rareté, les marges nettes sont élevées. L'analyse du système d'approvisionnement montre que les marchés de gros sont régis par une réglementation dépassée, qui freine leur évolution et les empêchent de remplir pleinement leurs fonctions. Le rôle fiscal des marchés de gros est dominant, négligeant les fonctions essentielles d'un marché de gros. L'insuffisance d'équipement apparaît évidente; il y a absence d'homogénéité des qualités et les prix perdent alors leur signification de qualité, d'où mauvaise transparence. La fonction d'information des marchés de gros est entravée. Il en résulte une mauvaise transmission des signaux du marché aux producteurs, et de fortes fluctuations de prix selon les saisons et même dans la même saison. Le système ne peut guère évoluer favorablement, étant donné le monopole des marchés de gros, l'archaïsme de leur fonctionnement et leur manque de transparence. Pour résoudre ces contraintes, il convient d'agir aux niveaux suivants en:
Cette adaptation des marchés de gros aux exigences de la distribution moderne permettrait d'améliorer la commercialisation des fruits et légumes. Source: GERGELY, 1996 |
L'absence d'un système de commercialisation dynamique et ordonné a comme effet de maintenir un statu quo de la production à petite échelle, une compétition déséquilibrée, dominée par le pouvoir monopsone dans les relations entre acheteurs et producteurs et des niveaux bas de productivité. Les insuffisances fondamentales de la commercialisation, telles que les méthodes inefficaces de manutention, une congestion excessive, des gaspillages excessifs, la vente par dénombrement, l'emballage dans de rares conteneurs, le manque d'information fiable sur les prix au marché ainsi que l'instabilité et les incertitudes s'ajoutent aux coûts de distribution. Tout ceci fait qu'il devient difficile pour beaucoup d'opérateurs de rester dans les affaires tout en étant compétitifs. Ces coûts ajoutés se reflètent dans les prix élevés des aliments et/ou la basse qualité des produits, ajoutant ainsi des charges additionnelles aux budgets alimentaires, qui, pour la plupart des consommateurs urbains, sont déjà à la limite du possible.
Une formation professionnelle et une assistance aux commerçants et aux propriétaires des magasins paraissent nécessaires, particulièrement en comptabilité, techniques de gestion des entreprises et attitudes à l'égard de la compétition. Il est important qu'aussi bien les femmes que les hommes aient accès à cette formation professionnelle, vu que ce sont les femmes qui s'occupent de la plupart des activités de vente au détail.
En particulier, lorsque des crédits à court ou à moyen terme sont accordés aux commerçants ou aux propriétaires des magasins, la formation professionnelle et la vulgarisation pourraient être incluses dans les termes d'octroi de crédit.
Ainsi, il existe un potentiel considérable pour la vulgarisation de l'utilisation des poids et mesures standardisés dans les opérations de détail. Plusieurs produits alimentaires sont encore vendus par sacs, par tasse ou par paquet.
Le plus souvent, il n'existe pas de mercuriale officielle disponible qui pourrait recueillir des informations quotidiennes sur les prix dans les marchés municipaux et les diffuser grâce aux programmes de radio par exemple. De toutes manières, la combinaison des opérations de détail et de gros dans les mêmes marchés peut réduire sérieusement la valeur de l'information gouvernementale sur les prix, information destinée aux producteurs et aux distributeurs.