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Effet des parasites gastro-intestinaux sur la durée de l'anoestrus post-partum chez la brebis Djallonké - Effect of gastro-intestinal parasites on "anoestrus post-partum" duration of Djallonke ewes


Résumé
Abstract
Introduction
Matériel et méthode
Résultats
Discussion
Conclusion
Bibliographie

M. S. Hounzangbe Mawulé
Faculté des sciences agronomiques
Université nationale du Bénin
B.P. 526, Cotonou (République du Bénin)

Résumé

Deux tests (un en saison pluvieuse et l'autre en saison sèche) ont été menés pour déterminer l'influence du taux des strongles gastro-intestinaux et des coccidies sur la durée de l'anoestrus post-partum. Les brebis étaient infestées naturellement Au cours des deux saisons, le retour de l'oestrus a été détecté par un bélier et la lecture des frottis vaginaux.

D'une façon générale, l'anoestrus post-partum est plus long en saison humide qu'en saison sèche. L'anoestrus physiologique vrai (déterminé par la cytologie vaginale) est nettement plus court que la durée d'anoestrus à partir de la détection des chaleurs par un bélier.

L'étude coprologique révèle que le parasitisme gastro-intestinal influence beaucoup plus le comportement sexuel après la mise-bas que la physiologie sexuelle. Le taux d'infestation des brebis à la mise-bas est le principal facteur du retour tardif des signes extérieurs de chaleurs. Dans plus de 90% des cas, le parasitisme gastro-intestinal retarde la réapparition des signes de chaleurs en saison pluvieuse. En saison sèche l'influence est moins sensible, le taux de parasites étant beaucoup plus faible en cette saison.

Abstract

Two tests (one during the rainy season and the other during the dry season) were carried out to determine the influence of the level of gastro-intestinal strongyles and coceidies on the "anoestrous postpartum" duration. Ewes were naturally infested. For both tests, return of oestrous was detected by a ram and the reading of vaginal smears.

Generally "anoestrous post-partum" duration is longer in the rainy season than in the dry season. Duration of the real physiological anoestrous (determined by vaginal cytology) is significantly shorter than anoestrous duration calculated by using the detection of rut by a ram.

Analysis of the level of parasite eggs in ewe faeces showed that gastrointestinal parasitism influences more sexual behaviour after dropping than sexual physiology. The level of infestation of ewes at dropping is the main factor of the belated return of external sign of oestrous. In more than 90 % of the cases, gastro-intestinal parasitism delayed the reappearance of oestrous signs during the rainy season. During the dry season, the influence is less sensitive, the level of parasites being lower.

Introduction

L'anoestrus post-partum chez la brebis est défini comme l'intervalle de temps qui sépare l'agnelage des premiers signes de chaleurs visibles. Cette durée a souvent été déterminée à partir de l'intervalle de temps entre deux mises-bas successives (Berger et Ginisty, 1980). Mais la brebis n'étant pas systématiquement en gestation après la reprise des activités ovariennes, l'intervalle entre deux mises-bas peut ne pas toujours être la somme de la durée d 'une gestation et de celle de l'anoestrus post-partum . Compte tenu de ['importance de ce paramètre de reproduction dans la maîtrise du rythme des mises-bas en vue de l'amélioration de l'élevage ovin, il a paru intéressant et même indispensable de connaître avec précision la durée de l'anoestrus post-partum.

Parmi les facteurs influençant le rétablissement normal de l'activité ovarienne après la mise-bas, nous citerons la lactation, l'alimentation qui détermine le poids vif de l'animal, et la pathologie, particulièrement les parasitoses gastro-intestinales.

L'objectif de notre travail est d'étudier la durée précise de l'anoestrus post-partum par la détection des chaleurs et les frottis vaginaux chez des brebis soumises à l'influence de coccidies et des strongles gastro-intestinaux.

Matériel et méthode

Le troupeau ovin qui fait l'objet de cette étude se trouve dans une ferme de l'Université nationale du Bénin à Abomey-Calavi situé à environ 20 km de Cotonou (République du Bénin). La pluviométrie y est de type bimodale.

Les animaux sont de race Djallonké et correspondent à la sous-race décrite par Rombaut et van Vlaenderen (1976) au sud de la Côte d'Ivoire. Pour l'étude de l'activité ovarienne post-partum nous avons disposé de 9 brebis multipares âgées de 25 à 36 mois pesant 17 à 23 kilos, et de 4 brebis primipares âgées de 16 à 22 mois pesant 15 à 20 kilos.

Pendant ou après la gestation, les animaux ont été vaccinés contre la peste bovine et contre le tétanos. Certains sont déparasités contre les helminthes et contre les coccidies. Toutes les brebis allaitantes reçoivent en plus du pâturage naturel dont elles disposent, des compléments alimentaires composés de sous-produits agro-alimentaires.

Après la mise-bas et une fois par semaine, toutes les mères ont été pesées; des prélèvements vaginaux et coprologiques ont été pratiqués. Des observations journalières (matin, midi, soir) du comportement sexuel des brebis en présence d'un bélier muni d'un tablier ont été faites. Les frottis vaginaux sont colorés par la technique de Papanicolaou (1942) et les prélèvements coprologiques sont analysés par la méthode de Mac Master modifiée par Mishra (1978). Ce suivi a été réalisé en saison sache et en saison humide de la même année.

Résultats

Détermination de la durée de l'anoestrus post-partum par la détection des chaleurs (D1)

La durée moyenne de l'anoestrus post-partum dans le troupeau étudié est de 76,36 ± 16,44 jours, les extrêmes étant de 40 et de 154 jours.

La brebis Djallonké n'est pas saisonnée. Les mises-bas ont lieu pendant toute l'année indépendamment des saisons climatiques. On remarque cependant que la durée de l'anoestrus varie d'une saison à l'autre: les mises-bas à la fin de la saison sèche ou au début de la saison humide sont suivies d'un anoestrus postpartum plus long (85,37 ± 27,37 jours) que celui (64,33 ± 13,34 jours) qui suit les mises-bas en saison sèche (P<0,05).

Les durées les plus courtes (40-60 jours) s'observent chez les jeunes brebis primipares ou chez les multipares qui n'allaitent qu'un agneau. En saison des pluies, la durée moyenne de l'anoestrus post-partum est nettement plus courte chez les primipares que chez les multipares (P<0,02). De même, la fluctuation des valeurs autour de la moyenne est plus faible chez les primipares que chez les multipares (P<0,001).

Détermination de la durée de l'anoestrus post-partum par les frottis vaginaux (D2)

La lecture des frottis vaginaux et les courbes de variation des cellules vaginales (figure 1) au cours de l'anoestrus révèlent:

· un taux de cellules superficielles inférieur ou égal à 40% durant les quatre premières semaines après la mise-bas. Durant cette période, les cellules intermédiaires basophiles sont dominantes associées à une abondance simultanée des polynucléaires;

· un pic d'environ 70% de cellules superficielles se produit quinze jours avant les manifestations des signes de chaleurs. Ce pic suivi d'une chute est caractérisé par une abondance des cellules superficielles éosinophiles et par la disparition des polynucléaires;

· un autre pic de cellules superficielles autour du jour du premier oestrus. Ce nouveau pic est moins grand que celui observé quinze jours plus tôt;

· l'indice karyopycnotique révèle quelquefois un pic dès la troisième semaine après la mise-bas. Si parfois il y a un décalage entre ce pic et celui des cellules superficielles, on note souvent la coïncidence entre ces deux pics.

Ces résultats permettent de recalculer la durée de l'anoestrus déterminée par la cytologie vaginale (D2 = 54,85 ± 9,71 jours) qui est nettement plus courte (P<0,02) que celle révélée par la détection des chaleurs (D1 = 76,88 ± 16,44 jours). La cytologie vaginale révèle aussi une reprise tardive de l'activité ovarienne après la mise-bas en saison pluvieuse (tableau 1).

Influence du parasitisme gastro-intestinal sur la durée de l'anoestrus postpartum

Influence de la coccidiose

Le nombre moyen de coccidies au moment de la mise-bas (1039 ± 261 oeufs par gramme) est légèrement inférieur à celui à la fin de l'anoestrus (1807 ± 959).

Tableau 1. Durée de l'anoestrus post-partum déterminée par la detection des chaleurs (D1) et la cytologie vaginale (D2)

Saisons

Brebis

Type de brebis

Durée de l'anoestrus (D1)

Durée de l'anoestrus (D2)




0022

Multipare

154

84

0026

Multipare

80

77

0035

Multipare

115

77

Saison humide

0039

Multipare

75

49

0041

Multipare

82

70

0043

Multipare

66

56

0055

Primipare

57

42

5005

Primipare

54

35

0023

Multipare

91

63

Saison sèche



0031

Multipare

55

28

0048

Multipare

64

48

5017

Primipare

61

42

0074

Primipare

71

42

Néanmoins, il existe une corrélation positive étroite entre la durée de l'anoestrus et le taux de coccidies au moment de la mise-bas. Cette corrélation est encore plus étroite pendant la saison pluvieuse (r=0,98).

Aussi les brebis dont la durée de l'anoestrus post-partum est inférieure à 60 jours sont les moins parasitées. Leur OPG de coccidies est inférieur à 400. Le rapport du taux de coccidies par poids de l'animal est de l'ordre de 20 dans ce groupe d'animaux. Chez les brebis dont la durée de l'anoestrus est comprise entre 60 et 90 jours, l'OPG moyen de coccidies est de l'ordre de 700. Le rapport OPG par poids est égal à 43,87.

II existe une étroite corrélation (r=0,87; P<0,01) positive entre le taux de coccidies et la cytologie vaginale (taux de squames et de l'indice karyopycnotique) (tableau 2).

Figure 1. Cytologie vaginale de cinq brebis Djallonké

Influence de la strongylose

L'infestation strongylienne (575 OPG) est moins importante que l'infestation coccidienne (7000 OPG). Les valeurs d'OPG les plus élevées s'observent généralement après la mise-bas (P<0,01).

Tableau 2. Influence de l'infestation coccidienne sur la durée de l'anoestrus post-partum

Brebis

Poids (kg)

Coccidies (OPG)

OPG/kg vif

Durée (j)

Saison

0022

17,4 ± 3,79

3905

224,43

154





0026

18,4 ± 0,89

714

38,81

81

0035

14 ± 0,69

2052

146,57

115

0039

16,5 ± 0,8

428

25,89

75

0041

14,5 ± 0,47

1015

64,79

82

Humide

0043

17,7 ± 0,83

942

53,11

66




0055

16 ± 0,85

404

25,28

57

5005

14,5 ± 0,22

321

22,13

54

0023

18,1 ± 0,78

11926

658,90

91



0031

16,5 ± 1,06

119

7,21

55

0048

14 ± 0,69

160

11,47

64

Sèche

0074

14,25 ± 0,68

720

50,95

71



5017

16 ± 0,98

172

10,81

61

Pour les brebis dont l'anoestrus post-partum dure moins de 60 jours, l'OPG moyen est inférieur à 250. Le rapport taux de strongles par le poids de l'animal est de l'ordre de 12. Chez les brebis dont l'anoestrus dure 60 à 90 jours, l'OPG moyen atteint 350. Le rapport taux de strongles par poids est de l'ordre de 15. Chez les brebis dont la durée de l'anoestrus est supérieure à 100, l'OPG moyen est égal à 485,75. Le rapport strongles-poids est de 30,87 (tableau 3).

II existe une étroite corrélation positive (r=0,78; P<0,01) entre l'infestation strongylienne et l'âge. La corrélation existe, mais elle est plus faible entre le taux de strongles et le poids de l'animal (r=0,58; P<0,01).

Tableau 3. Influence de l'infestation strongylienne sur la durée de l'anoestrus post-partum

Brebis

Poids (kg)

Strongles (OPG)

OPG/kg vif

Durée (j)

Saison

0022

17,4 ± 3,79

442

25,45

154





0026

18,4 ± 0,89

285

15,52

81

0035

14 ± 0,69

532

38,03

115

0039

16,5 ± 0,47

825

49,86

75

0041

14,5 ± 0,47

364

25,16

82

Humide

0043

17,7 ± 0,83

20

1,16

66




0055

16 ± 0,85

142

8,9

57

5005

14,5 ± 0,22

102

7,16

54

0023

18,1 ± 0,78

196

10,91

91



0031

16,5±1,06

23

1,44

55

0048

14 ± 0,69

128

9,18

64

Sèche

0074

14,25 ± 0,68

3432

240,89

71



5017

16 ± 0,98

1311

81,98

61

Discussion

La durée de l'anoestrus post-partum chez la brebis Djallonké calculée à partir des détections de chaleurs, paraît longue au regard des valeurs données par la littérature: 42,4 jours (Berger, 1979) et 60 jours (Amégée, 1984). L'anoestrus physiologique vrai est généralement plus court que la durée d'anoestrus observée dans les conditions ordinaires d'observation. Selon certains auteurs, les ovulations se produisent dès le 18e jour après la mise-bas, mais les signes extérieurs ne sont observables que plus tard. Dans ces conditions pratiques, il est difficile de distinguer l'anoestrus physiologique vrai et le faux anoestrus. Le faux anoestrus serait dû à une détection incorrecte des oestrus

La difficulté de distinguer le vrai anoestrus du faux anoestrus résulte surtout d'une dissociation oestrus-ovulation: la première ovulation est fréquemment silencieuse; dans certains cas, le premier oestrus n'est pas toujours accompagné d'une ovulation.

Pour déterminer l'anoestrus physiologique vrai, il faut maîtriser les problèmes posés par la brièveté des oestrus et par la fréquence des chaleurs silencieuses. Cela peut se faire par l'emploi de méthodes plus efficaces de détection des chaleurs, comme la multiplication des observations chaque jour, ou l'emploi de méthodes plus efficaces de détection des ovulations telles que la cytologie vaginale.

L'abondance des cellules superficielles sur les frottis vaginaux réalisés traduit une élévation du taux d'oestrogène (après l'ovulation), confirmant la théorie selon laquelle il y a décalage entre la première ovulation et le premier oestrus. Le premier pic de cellules superficielles correspondrait à la première chaleur silencieuse.

La différence entre le premier pic et celui du premier oestrus traduirait une sécrétion plus importante de FSH après la mise-bas. La teneur en FSH est plus élevée pendant le premier cycle après la reprise des activités ovariennes que pendant les cycles ultérieurs. La sécrétion de FSH semble par ailleurs inhibée par la prolactine liée à la lactation.

La libération de FSH favorise comme on le sait la folliculogenèse, qui se traduit par une forte sécrétion d'oestrogène à laquelle sont sensibles les cellules superficielles de l'épithélium vaginal. Si la pycnocytose traduit la présence d'oestrogène, nous pouvons penser à la reprise assez rapide des activités ovariennes avec des productions d'oestrogènes puisqu'on a observé un pic d'indice karyopycnotique dès la troisième semaine après la mise-bas.

Dans le troupeau étudié, l'infestation coccidienne semble constante et régulière. Elle a une influence sensible sur la durée de l'anoestrus post-partum. L'augmentation de l'infestation parasitaire après la mise-bas s'explique par une diminution de la résistance physiologique de la mère liée entre autres à l'allaitement. La diminution de l'absorption intestinale des aliments due aux coccidies se traduit par une perte de poids sensible. II existe donc une corrélation linéaire entre la durée de l'anoestrus et le rapport OPG par poids.

La mise-bas peut donc constituer un facteur de déséquilibre biologique provoquant des troubles de l'état général de l'animal qui devient sensible à l'infestation parasitaire.

Conclusion

L'activité ovarienne post-partum chez la brebis Djallonké a été étudiée par la détection de chaleurs et par les frottis vaginaux colorés au Papanicolaou. L'examen coprologique a permis d'évaluer l'influence de la coccidiose gastro-intestinale sur la durée de l'anoestrus post-partum.

La durée moyenne de l'anoestrus post-partum déterminée à partir de la détection des chaleurs est plus grande que celle donnée par Berger et Ginnisty (1980). Le retour des chaleurs est plus tardif pendant la saison pluvieuse. L'étude de la cytologie vaginale au cours de l'anoestrus post-partum permet de déterminer la durée moyenne de l'anoestrus physiologique vrai qui est nettement plus court que la durée d'anoestrus observée dans les conditions ordinaires d'observation.

Le taux de coccidies à la mise-bas est le facteur qui influence le plus la durée de l'anoestrus post-partum. Cette corrélation positive est encore plus étroite pendant la saison pluvieuse. La strongylose influence plus faiblement la reprise des activités ovariennes après la mise-bas. Ces travaux nous permettent de recommander un déparasitage (anticoccidien et anthelminthique) systématique à la fin de la gestation.

Bibliographie

Amégée Y.1984. Etude de la production laitière de la brebis Djallonké en relation avec la croissance des agneaux. Revue d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux 37 (3):331-335.

Berger Y. 1979. Sélection et amélioration des ovins de Côte d'Ivoire. Rapport annuel n° 05. Centre de recherche zootechnique, Bouaké (Côte d'Ivoire).

Berger Y. et Ginisty Y. 1980. Bilan de 4 années d'étude de la race bovine Djallonké en Côte d'Ivoire. Revue d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux 33 (1):71-78.

Mishra G.A. 1978. Parasitologie. Protozoologie: Cropologie programme. Manuel non publie. FAO/PNUD.

Papanicolaou G.N. 1942. A new procedure for staining vaginal smears. Science 95:438-39.

Rombaut D. et Van Vlaenderen G.1976. Le mouton Djallonké de Côte d'Ivoire en milieu villageois: comportement et alimentation. Revue d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux 29(2):157-172.


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