A. Effets et impacts
B. Principaux facteurs ayant influence les résultats du projet
C. Durabilité
1. Cadre de concertation aux différents niveaux
2. Renforcement du service forestier
3. Paquets techniques et méthodologiques
4. Amélioration des capacités techniques, organisationnelles et financières des populations
5. Actions en zone forestière
6. Actions dans les terroirs
7. Elaboration de plans d'aménagement et de gestion des forêts classées et des terroirs riverains
8. Système de suivi-évaluation
L'analyse de la mise en oeuvre qui précède met en lumière un grand nombre d'activités menées par le projet. Elles ont conduit à des résultats probants sur le terrain, tant en ce qui concerne le renforcement institutionnel, que la participation des populations et les actions de restauration des écosystèmes. Ces résultats devront être consolidés jusqu'à la fin de la phase.
Par contre, dans le domaine de l'élaboration/mise en oeuvre de plans d'aménagement et de gestion des terroirs, ainsi que dans le suivi-évaluation, le projet montre des faiblesses qui devront être corrigées d'ici la fin de la phase.
Le cadre de collaboration instauré aux différents niveaux (région, département, local) constitue un acquis très important. Celui-ci concourt effectivement à la mise en place du partenariat recherché et la mise en commun des moyens et compétences existant aux différents niveaux. Dans ce contexte, la mission note que l'apport du PROWALO est fondamental, puisqu'il a appuyé le service des Eaux et Forêts dans ce sens et permis de mieux impliquer les diverses structures dans les actions d'aménagement au niveau des terroirs.
L'expérience positive et pilote de Podor, où un cadre départemental a été créé sur le même mode que le cadre de concertation de Saint-Louis, devrait servir d'exemple pour les deux autres départements. En effet, le niveau département, au même titre que le niveau région, facilite et permet à son tour une collaboration effective et efficace au niveau local.
Les cadres de concertation créés aux différents niveaux renforcent le processus de régionalisation. A cet égard, le projet devra veiller à sensibiliser/informer, mettre à niveau les nouveaux responsables et continuer à jouer un rôle d'appui dans la recherche de moyens de fonctionnement et de pérennisation de ces cadres de concertation.
Les différentes structures pérennes de l'Etat, chargées du développement rural, bénéficient également de l'appui du projet au travers de tournées communes dans les différents sites et de leur participation à divers ateliers et journées de réflexion. Ces cadres de concertation ont permis également à l'ensemble des intervenants de mettre en commun leurs expériences, d'instaurer un climat de transparence et de valoriser la complémentarité des actions au profit des populations rurales.
D'ores et déjà, cette collaboration a pu se concrétiser au niveau de certains sites pour l'identification et la réalisation de plusieurs actions (aménagements hydro-agroforestiers, micro-réalisations en collaboration avec la SAED, le FED/PMR, avec lesquels le projet a signé des protocoles de collaboration).
Le renforcement des capacités d'intervention du service forestier se situe au niveau de la formation des agents et au niveau de moyens logistiques accrus.
a) Formation des agents
Les agents du projet, mais également les agents de l'IREF ont bénéficié dès le démarrage d'une formation intensive dans divers domaines liés aux activités du projet. La mission a pu constater la collaboration fructueuse avec d'autres structures ou projets pour l'organisation de certaines formations, comme le Centre FoReT de Thiès, le PDFR/DEFCCS, le CSE, le PGCRN, TCP/SEN/4454,...
La mission prend acte de l'important acquis en matière d'outils de communication et de diffusion de l'information. Elle a pu constater que les agents du projet, du service forestier et surtout les animatrices maîtrisent parfaitement leur utilisation. Ces outils sont également appropriables par les populations et sont très appréciés, notamment lors des formations thématiques où des livrets d'explication ont été conçus pour rester au village.
Ces outils devront être valorisés, complétés par des dossiers concernant les éventuels nouveaux thèmes, mais ne devraient plus demander à l'avenir que des recyclages réguliers ou des appuis ponctuels.
Globalement, la mission estime que la formation des agents du projet et des agents du service forestier contribue de manière substantielle au renforcement des capacités d'intervention du service forestier de la région de Saint-Louis. La mission estime que désormais, le volet "formation" devra se limiter d'ici la fin de la phase uniquement à des recyclages et/ou éventuellement à des formations spécifiques si nécessaires. Une priorité devra être donnée dans ce cas à la maîtrise de l'approche terroir et au suivi/évaluation des activités du projet.
En ce qui concerne la poursuite de la publication du journal "PROWALO/Environnement", auquel plusieurs partenaires ont souhaité participer, la mission invite la Direction du projet à prendre attache avec les autres partenaires. Ces derniers pourraient en effet appuyer le projet dans la confection et la diffusion du journal en échange de leur participation à la rédaction.
b) Infrastructures et équipements
Au démarrage de la phase PROWALO, les infrastructures et équipements construits/acquis dans le cadre des phases antérieures du PROGONA, bien que fonctionnels, nécessitaient un entretien, mais aussi quelques nouvelles constructions. Des réparations s'avéraient utiles dans l'ensemble des Zones d'intervention du projet (niveau zone/secteur; poste/brigade). Durant cette phase, le projet a effectivement réalisé les travaux relatifs à l'entretien des bâtiments de la zone/secteur de Podor, des postes de Ndioum et de Thillé-Boubacar et à la réparation du poste de Semmé. Des abris pour véhicules dans les enceintes du projet ont été construits à Podor et Matam.
La mission constate l'important effort consenti par le projet pour doter les zones/secteurs, d'une part, et les postes/brigades, d'autre part des infrastructures et équipements nécessaires, notamment au niveau du parc automobile. Toutefois, le degré de fonctionnalité est variable d'une zone à une autre, tant pour les infrastructures que pour les équipements.
Ainsi, la zone de Matam (Ourossogui) - qui se trouve en fin de réseau SENELEC -, est confrontée à une alimentation électrique très irrégulière, qui risque d'endommager le matériel informatique et audiovisuel. La solution envisagée est de transférer à Matam le transformateur électrique de la zone de Podor, dès que celle-ci sera connectée au réseau électrique. En attendant, l'acquisition (en cours) de petits groupes électrogènes destinés aux projections dans les villages pourra résoudre partiellement et temporairement ce problème.
Par ailleurs, l'état des postes de Thillé-Boubacar et Matam nécessite encore des réfections. Quant au poste de Semmé, sa réception définitive n'est toujours pas effective à ce jour, suite aux travaux peu performants qui y ont été menés. La mission recommande que la Direction du projet intercède rapidement auprès de l'ingénieur résident adjudicataire du marché pour l'achèvement des travaux.
En ce qui concerne la gestion du parc automobile au niveau des zones, la mission note qu'il existe un certain nombre de problèmes, liés à l'affectation en temps utile des véhicules au niveau des postes par les chefs de zone qui en ont la responsabilité. Cette situation est dommageable à la programmation des activités dans les villages, par exemple lors des visites conjointes avec les autres services. La mission a pu constater l'absence d'un programme périodique (par exemple mensuel) des activités nécessitant l'utilisation du véhicule. Celui-ci permettrait d'affecter le véhicule en temps utile et de gérer son utilisation.
Concernant les mobylettes et les motos mises à la disposition respectivement des animatrices et des chefs de postes, la mission attire l'attention de la Direction du projet sur la nécessité de recourir à des garagistes agréés au niveau des différentes zones pour leur entretien périodique.
Enfin, pour ce qui est de la recherche d'un système adéquat du garage mécanique et de la maison de passage de Podor, la mission note que toutes les initiatives entreprises par le projet dans ce sens se sont avérées vaines.
De l'avis de la mission, la situation du garage mécanique, de la maison de passage et de tout le matériel acquis lors de la phase 1 du projet (1984-1988), exécutée dans le cadre de la coopération bilatérale Sénégal/Pays-Bas, est très ambiguë. Ceux-ci ont été versés dans la phase II du PROGONA (1990-1994), avec la FAO comme agence d'exécution. Celle-ci ne peut en assurer la gestion.
Une solution définitive quant au transfert de ces infrastructures/matériels devrait être trouvée dans les plus brefs délais entre le Gouvernement du Sénégal et les Pays-Bas.
La mise à disposition de paquets techniques et méthodologiques destinés à appuyer et orienter les actions d'aménagement aux services forestiers est un résultat attendu très important. Il s'agit à la fois de créer une banque de données dynamique sur les peuplements forestiers (naturels ou plantations; forêts classées ou villageoises), mais également de fournir les paquets techniques adaptés aux conditions du milieu, simples et accessibles aux populations bénéficiaires en vue de la restauration de leur milieu et de l'amélioration du potentiel de production agricole, pastoral et forestier.
Un certain nombre de paquets techniques et méthodologiques est d'ores et déjà à la disposition des services forestiers. Ils ont été mis au point par le PROGONA et consolidés au cours de cette phase. Il s'agit entre autres des techniques d'installation de brise-vent et haies vives, des techniques de collecte des semences d'espèces locales et semis direct, des techniques de restauration du sol, construction de foyers améliorés, etc. Ces paquets techniques ont été mis sous forme de dossiers techniques de vulgarisation à l'intention des techniciens et des populations.
L'acquisition récente (septembre 1996) d'un matériel informatique performant (ordinateurs, GPS et logiciel cartographique) a permis la mise en place d'une banque de données cartographiques dynamique qui sera très utile pour accélérer l'élaboration des plans d'aménagement et de gestion des terroirs.
En matière de paquets méthodologiques, le PROWALO a un rôle important à jouer pour la mise au point d'une méthodologie d'approche terroir qui soit adaptée aux conditions socio-économiques et physiques de la vallée. Mais, elle note l'insuffisance de maîtrise de celle-ci (concept, étapes) par les agents de terrain et les animatrices et le retard accusé dans l'élaboration des plans d'aménagement et de gestion des forêts classées et des terroirs riverains.
La mission a constaté également que, bien que mentionnée dans le document de projet et les différents PTA, l'implication de la recherche est largement insuffisante. La mission insiste toutefois sur l'importance de cette implication pour la validation technique et scientifique des paquets techniques mis au point au niveau du projet. Un protocole de collaboration entre le projet et l'ISRA/DRPF pourrait être signé en liaison avec la DEFCCS.
Enfin, les retards accusés dans le travail de capitalisation et de synthèse des différents résultats (y compris ceux issus de la phase PROGONA et qui ont été consolidés) ne peuvent se justifier. La mission recommande que cette synthèse soit démarrée au plus tôt, afin de valoriser au mieux les acquis en matière d'aménagement et de restauration du milieu.
Le renforcement des capacités techniques, organisationnelles et financières des populations constitue un des apports fondamental de l'approche participative, qui vise entre autres leur responsabilisation dans la gestion des ressources naturelles et forestières de leurs terroirs.
a) Information/sensibilisation et formation
De l'avis de la mission, de grands efforts ont été fournis par le projet en matière d'information, sensibilisation de l'ensemble des partenaires (populations, autorités administratives et villageoises) sur les enjeux liés à la restauration du potentiel naturel et à l'aménagement des forêts classées ou villageoises. L'information/sensibilisation et formation ont été facilités par l'élaboration d'outils de communication simples adaptés aux différents thèmes.
Ces outils devront être valorisés par une large diffusion et la traduction en langue locale des livrets laissés au village. De plus, les dossiers en cours de préparation (exploitation du bois, enstérage) devraient être finalisés dans les plus brefs délais.
En ce qui concerne la formation en technique de gestion/suivi, le projet s'est heurté à un taux d'analphabétisme généralisé dans sa zone d'intervention. Pour pallier à cet inconvénient, le projet a développé un partenariat avec les ONG spécialisées, comme le PIP, ADEF, FSD. Ces ONG mènent des programmes d'alphabétisation de longue durée (en moyenne 2 ans) dans différents villages, dont certains appartiennent à la zone du projet.
Toutefois, dans le cadre de ce partenariat et dans un souci d'efficacité, le projet devra veiller à introduire les thèmes liés aux activités d'aménagement des forêts et des terroirs dans les programmes d'alphabétisation fonctionnelle. La mission a noté avec intérêt la volonté de certains partenaires (FSD/BIT-ACOPAM) de collaborer avec le projet en vue d'introduire ces thèmes dans leurs programmes et de réduire les durées d'alphabétisation à 6 mois.
Par rapport au document de projet et aux deux plans de travail successifs, (1995-1996), des retards importants ont été notés dans la mise en oeuvre des activités de formation des populations notamment dans les domaines de l'arboriculture fruitière, l'aviculture, les cultures fourragères, l'embouche. Les raisons invoquées sont les limitations budgétaires, mais également la difficulté de programmation du projet. Les populations ont exprimé à la mission leurs besoins en formation dans divers domaines.
Par ailleurs, le projet a développé avec succès les visites inter-villageoises et essais de démonstration (cuisine contrôlée destinée à montrer les différents avantages des foyers améliorés). L'intérêt de tels échanges n'est plus à démontrer. La mission a pu constater l'effet tâche d'huile de ces échanges inter-villageois auprès des populations, notamment en ce qui concerne la diversification des productions dans les PIV et jardins polyvalents, les aménagements hydro-agricoles, la sensibilisation sur le rôle de l'arbre (effet brise-vent, revenus par l'exploitation des produits ligneux et non ligneux). La mission note par ailleurs qu'il existe au moins un PIV et/ou JPV qui peut servir de modèle dans chaque zone du projet.
b) Cadre organisationnel
En ce qui concerne la mise en place d'un cadre organisationnel, le projet a basé son action sur la réorganisation et/ou la redynamisation des groupements existants, dont les groupements de promotion féminine, pour l'organisation de certaines actions (notamment dans les PIV, JPV).
Par contre, des comités de gestion des terroirs villageois (CGTV) et cadres de concertation inter-villageois (pour la gestion des forêts) ont été créés par le projet. Pour leur création, le projet a pris en compte les différences qui existent entre les zones en matière de structuration sociale. Le schéma proposé par le projet se base sur les niveaux suivants:
- cadre de concertation inter-villageois pour la gestion de la forêt- comité de gestion du terroir villageois (CGTV), pour la coordination de l'ensemble des actions au niveau du terroir
- groupements de gestion organisés par thème (santé, élevage, pépinières, jardin polyvalent villageois,...)
- groupements de promotion féminine (GPF), eux-mêmes organisés en sous-groupes (foyers améliorés, teinture, maraîchage,...). La mission a pu noter la forte cohésion et le dynamisme qui existent au sein de ces groupements. Toutefois, la position des groupements féminins au sein des comités de gestion des terroirs villageois n'est pas toujours claire et liée au contexte social.
A Matam, la création des comités est très récente et doit être consolidée. La mission attire l'attention du projet sur le fait que la création de nouveaux cadres/comités sont souvent une réponse des populations au projet en vue de bénéficier de son appui. Ainsi, dans plusieurs villages, la mission a pu vérifier que la motivation réelle de certains CGTV était liée au désir d'appui pour l'acquisition d'un groupe motopompe par exemple. La mission estime qu'il y un risque de non pérennisation des organisations ainsi mises en place une fois le projet retiré.
Dans plusieurs cas, la mission a pu constater que, si les populations considèrent comme nécessaire la création de comités de gestion qui coordonnent les actions au niveau des terroirs ou des forêts. Leur création n'a pas toujours été assortie d'une définition claire des rôles et tâches assignés au comité, ni des règles de fonctionnement (exemple: Diamel). De plus, un cadre légal de ces groupements/comités en liaison avec la mise en valeur des ressources forestières dans les forêts classées ou dans le terroir n'a pas encore été créé.
c) Amélioration des capacités financières des populations
En ce qui concerne l'appui du projet pour l'amélioration des capacités financières des groupements et allégement des travaux féminins, le projet a surtout concentré son action sur l'appui ponctuel (semences, petit matériel pour le maraîchage) et la recherche de partenaires pour la formulation et le financement de micro-réalisations (MRL) génératrices de revenus (moulins à mil, décortiqueuses, groupes moto-pompes,...). Les partenaires privilégiés ont été le FED/PMR et la SAED.
Des MRL ont été identifiées en collaboration avec le FED/PMR pour l'ensemble des sites, mais n'ont pu être mises en oeuvre que dans la zone de Podor (acquisition de 9 moulins à mil par les GPF). La formation en gestion du matériel a été dispensée par le Service départemental de développement communautaire qui a en charge le suivi de ces opérations.
Dans les deux autres zones, aucune micro-réalisation n'a été mise en oeuvre malgré l'élaboration de 4 dossiers à Dagana (2 dans le domaine du maraîchage, 1 en agro-foresterie et 1 pour l'embouche bovine) et d'un dossier de moulin à mil à Matam. Bien que la mission convienne de l'intervention récente du FED dans le département de Matam et de Dagana, elle note le faible niveau de partenariat avec les structures partenaires dans ces deux zones.
La mission note que l'apport de 25% du montant total exigé par le FED/PMR constitue souvent un des obstacles les plus contraignants que rencontrent ces groupements et surtout les GPF. Dans la plupart des cas, cette mobilisation s'avère très difficile et à l'origine du renoncement de certains groupements. Lorsque ces mobilisations ont pu s'effectuer, les groupements se trouvent confrontés à la constitution d'un fonds de roulement qui empêche à son tour le développement d'autres activités génératrices de revenus.
En définitive, alors que l'amélioration des capacités financières et activités d'allégement des travaux féminins, constituent une des bases de l'intéressement économique et de l'adhésion des populations aux actions d'aménagement et de restauration, il apparaît qu'un des gros handicaps du projet est de ne pas disposer de ressources financières pour appuyer le développement de ces micro-réalisations, et ce alors qu'il n'existe pas dans la zone d'intervention du projet de mécanisme adapté de financement des micro-réalisations identifiées avec les populations, en dehors du FED/PMR.
Il apparaît impératif d'envisager les possibilités d'un appui financier du projet dans l'acquisition et la gestion du matériel d'allégement des travaux féminins, la réparation des groupes motopompes. Pour ce faire, la mission suggère que le projet soit doté des ressources nécessaires pour le financement de micro-réalisations. Sur base de l'expérience positive menées au PREVINOBA (avec le crédit mutuel) et au PRECOBA (avec la CNCAS), ces ressources pourraient servir comme fonds de garantie à la CNCAS ou à l'Alliance de crédit/épargne pour la production (ACEP), sur la base d'un protocole d'accord et permettant l'octroi de crédit de courte durée aux groupements. Une proposition de révision budgétaire dans ce sens a été préparée par la FAO.
Par ailleurs, le projet devrait également se rapprocher du PRODAM (projet de développement agricole de Matam) qui dispose d'une ligne de crédit à la CNCAS/Matam.
Les principales actions menées avec les populations en zone forestière sont les mises en défens et travaux d'enrichissement. D'une manière générale, les mises en défens clôturées ou non sont le résultat d'une sensibilisation effectuée par le projet. Le projet encourage le plus souvent la mise en place d'un simple système de surveillance par les groupements (contre la divagation et les vols de bois). Cependant, dans plusieurs cas, des clôtures en grillage (recyclés de la phase PROGONA) ont été installées comme moyens complémentaires de protection.
La mission a pu constater l'impact positif des mises en défens sur la biomasse végétale (régénération naturelle importante, production de fourrages et de fruits,...) et l'effet tâche d'huile de cette opération, avec une augmentation des superficies mises en défens. Toutefois, la mission déplore qu'aucune mesure ne soit effectuée pour connaître l'impact réel, sur la production de bois, de fourrages, de fruits,..., de ces mises en défens, dont l'exploitation est une source non négligeable de revenus pour les groupements. Elle déplore également qu'aucune activité ne soit à l'heure actuelle menée concernant la valorisation de ces produits d'exploitation (brise-vent, fruits de Balanites, Zyziphus,...). En tout état de cause, le projet devrait jouer un rôle d'appui/conseil pour la fixation du prix de vente et la connaissance des circuits de commercialisation.
Dans le cas particulier de la mise en défens de Gourel Dara/Lobaly, la mission recommande que soit organisée sans plus tarder l'exploitation et la commercialisation du potentiel de bois mort au profit du groupement inter-villageois.
En ce qui concerne les clôtures, bien qu'en principe ce mode de protection des mises en défens ne soit pas pérenne et coûteux, il a permis dans les cas où les plantations de haies vives sont difficiles (sols, termites, éloignement des points d'eau,...) de réussir les mises en défens. Dans certains cas, comme à Diamel, la protection par grillage n'a aucun effet (destruction, vol), peut-être en raison également d'une motivation moindre des populations. Etant donné leur coût, la mission recommande autant que faire se peut leur renforcement avec une haie vive (Prosopis ou Acacia mellifera par exemple) pour garantir une protection pérenne.
Les actions menées en matière d'enrichissement après travail du sol superficiel ne sont pas accompagnées de protocoles d'expérimentation, même simplifiés, ni de mesures d'impact. Un système de suivi de ces différentes actions permettrait certainement de mieux valoriser ces acquis, dont les résultats sur le milieu n'apparaissent pas toujours de manière évidente.
L'introduction à titre expérimental de la charrue "delphine" pour la restauration des terres dénudées du Walo en forêts classées et dans les terroirs villageois mérite une attention particulière. Celle-ci a été justifiée par l'existence de vastes superficies de sols nus et compactés dans la vallée et guidée par le souci de mettre au point des techniques viables de lutte contre la désertification. A ce titre, elle rentre bien dans l'appui du projet au programme du Gouvernement concernant la mise en place d'une ceinture verte dans la vallée.
L'année 1995 et une partie de l'année 1996 ont été consacrées à la mise au point des techniques de confection mécanisée de demi-lunes sur les différents types de sols. Cette technique est la plus efficiente sur sols lourds et compactés qui ne peuvent être travaillés par des outils classiques. En 1996, plus de 215 ha ont été traités à l'aide de la charrue, dont 175 ha en zone de forêt classée. Les demi-lunes ont été plantées en espèces forestières et/ou fourragères, dont les semences ont été collectées et semées par les populations.
Les populations ont été largement sensibilisées à cette action (un dossier de vulgarisation concernant la charrue "Delphine" a été conçu à cet effet). La mission a pu constater que malgré la faiblesse exceptionnelle de la pluviométrie et des crues en 1996, qui a entravé la croissance des plants, les populations adhèrent totalement à cette technique nouvelle. En effet, elles considèrent que le travail effectué à l'aide de la charrue leur a permis de collecter du fourrage malgré les conditions climatiques; par ailleurs, elles gardent l'espoir de pouvoir cultiver l'année prochaine une partie de ces superficies et se sont déjà engagées à collecter les semences nécessaires au regarnissage, ainsi que pour les superficies nouvelles. Elles sont fortement intéressées par un travail de la charrue dans leurs terroirs.
Malheureusement, ici aussi, la mission déplore l'inexistence de fiche technique de suivi. Cette lacune empêche d'évaluer notamment les conditions exactes de son utilisation, son impact sur les sols, les productions agricoles, pastorales et forestières et les coûts d'utilisation.
Les actions principales développées par le projet dans les terroirs sont des actions de foresterie rurale: foresterie scolaire et plantation de brise-vent/haies vives dans les périmètres irrigués (PIV) et jardins polyvalents (JPV).
a) Foresterie scolaire
La mission a noté la forte motivation, d'une manière générale, des élèves et des maîtres pour les actions de boisement scolaire (pépinières et plantations). Elle a noté également l'adhésion de nouvelles écoles à ce programme qui avait déjà été fortement développé lors de la phase antérieure. Ce programme est renforcé par ailleurs par la participation des membres du projet aux équipes pédagogiques du PFIE.
Toutefois, la mission a constaté que le degré d'encadrement des écoles est très variable d'une zone à l'autre, avec un certain relâchement concernant les écoles plus anciennes, ainsi que la non valorisation des échanges inter-scolaires (certaines écoles comme à Ndioum sont voisines). De surcroît, le projet n'encourage pas suffisamment la diversification des activités, surtout pour les écoles qui sont déjà bien boisées, cette diversification permettrait d'améliorer les moyens d'autofinancement des activités et d'assurer la pérennité des actions liées au reboisement et à la restauration du milieu dans les programmes scolaires. La mission craint en effet qu'il n'y ait un certain essoufflement et découragement des élèves et des professeurs.
Pour éviter cette situation, le projet pourrait appuyer la mise en place d'un programme environnemental en participant à l'élaboration d'outils pédagogiques et en liaison avec le PFIE. Il devrait également appuyer les activités de diversification et encourager les actions de boisement en dehors du périmètre de l'école, un fois celui-ci bien boisé (place publique, PIV, JPV, etc.).
b) Pépinières et plantations villageoises
Pour les actions de plantations de haies vives et brise-vent, le projet a poursuivi les actions du PROGONA en continuant à encadrer les PIV et JPV. La mission a pu constater l'effet tâche d'huile, encouragé également par un début d'exploitation des brise-vent qui ont procuré des revenus substantiels à plusieurs groupements (en général, plusieurs centaines de milliers de FCFA). Il existe d'ailleurs une demande croissante d'appui de la part des groupements, et plus particulièrement des GPF.
D'une manière générale, la mission a pu constater la bonne maîtrise des techniques de pépinières et de plantations par les groupements encadrés (sauf quelques cas isolés, comme Thioubalel). Les espèces principales produites pour les brise-vent sont: Eucalyptus camaldulensis, Prosopis juliflora, Leucaena leucocephala. A côté de ces espèces, le projet a introduit, en liaison avec la DRPF, l'Acacia mellifera, dont les propriétés d'épineux sont mises à profit pour lutter contre la divagation. On observe une demande croissante pour cette espèce non satisfaite à l'heure actuelle, en raison de l'insuffisance de la disponibilité en graines. Le projet a entrepris à cet effet la mise en place de vergers à graines en collaboration avec le PRONASEF et la DRPF.
Dans le cas particulier de Dagana, la mission regrette l'option du projet qui a privilégié la production de plants (900.000 en 3 ans) par un privé (GIE Sodean) disposant de moyens, au détriment des groupements mis en place lors de la phase PROGONA. La mission tripartite avait salué en 1993 le dynamisme mis en place et l'appui du Conseil rural de Gaé pour la production et la commercialisation de plants par ces groupements. Ce début de collaboration a connu apparemment une rupture brutale et provoqué une réaction de rejet de la part de ces jeunes associations qui ont interpellé la mission à ce propos.
La mission constate par ailleurs que dans plusieurs sites encadrés, les pannes des groupes moto-pompes constituent un risque majeur de perdre ces acquis et plus particulièrement pour l'arboriculture fruitière.
Dans le cas particulier de plantations de canaux et drains de la cuvette de Dagana, qui constitue une opération pilote à grande échelle pour l'introduction de l'arbre dans un aménagement hydro-agricole, la mission constate que cette activité est confrontée à beaucoup de contraintes, dont certaines dépassent sa compétence. Parmi ces contraintes, on peut citer:
- la difficulté de changer les habitudes installées de puis des décennies, les messages véhiculés par les techniciens (agronomes, éleveurs ou forestiers) étant contradictoires, l'arbre étant souvent considéré comme un intrus dans les aménagements.;- l'existence de conflits ouverts entre agriculteurs et éleveurs et une forte divagation du bétail;
- le lien de dépendance de la plantation par rapport à une deuxième saison d'irrigation (non assurée au moment de la mission).
Enfin, en ce qui concerne le choix des activités de foresterie rurale, la mission note la nécessité de diversifier celles-ci, en encourageant notamment la plantation d'alignement ou les bois de village, lorsque la demande existe (cas de Loboudou Doué).
L'élaboration de plans d'aménagement et de gestion accuse un très grand retard lié en partie à l'insuffisance de la cartographie (délimitation des zones forestières, parcellaires, délimitation des terroirs,...), ainsi que de la connaissance du potentiel ligneux et pastoral. Le projet n'a toujours pas finalisé plusieurs avants-projets de plans d'aménagement, comme le plan de la forêt de Goumel-Niandane, pourtant esquissé dès la phase PROGONA.
En dehors de la zone de Podor, qui a le plus bénéficié des acquis du PROGONA, les cartes de base ne sont pas disponibles ou partiellement pour le travail sur le terrain. La mission note de surcroît que même les propositions de parcellaire plus anciennes (comme celle de Goumel Niandane) ne sont toujours pas comprises par les populations, qui continuent de revendiquer une utilisation agricole plus accrue et la propriété de ces terres.
La mission estime que l'acquisition du matériel informatique et de GPS et leur maîtrise progressive permettront de combler ce retard et faciliteront l'élaboration des cartes de terroirs et de plans d'aménagement et de gestion des forêts classées et des terroirs. Cet outil devrait permettre de combler une partie du retard dans un délai suffisamment court. Par ailleurs, la mission attire l'attention de la DPFA sur la nécessité de produire des cartes qui soient utiles aux agents de terrain et aux populations. En l'occurrence, les cartes de terroir, qui sont un outil mis aussi bien à la disposition des populations bénéficiaires que des structures d'encadrement (projet, services techniques concernés) doivent refléter la réalité de terrain et contenir tous les éléments utiles à la compréhension du terroir. A ce titre, la mission recommande que les exemples du PRECOBA et du PREVINOBA soient pris en considération pour l'élaboration des futures cartes de terroir.
L'inventaire de la forêt de Diamel, considérée comme la plus grande forêt classée de gonakié (5.900 ha), n'a toujours pas été effectué, bien que cette activité ait été programmée dans les différents PTA. La mission a pu constater que cette forêt est l'objet de pressions croissantes et que son aménagement et sa gestion sont urgents. Ceux-ci sont toutefois conditionnés par un inventaire des ressources et potentialités forestières réelles de la forêt.
Il en est de même pour la prise en compte de la composante élevage et l'estimation du potentiel pastoral, qui malgré l'engagement d'un expert national à cet effet en juin 1995, n'a toujours pas été réalisé. La mission note avec inquiétude que 38 placettes auraient été installées en fin de saison pluvieuse 1996, selon les unités de paysage et unités géomorphologiques. Toutefois, la mission s'interroge d'ores et déjà sur la validité des futures mesures, compte tenu qu'il ne reste qu'une saison des pluies d'ici la fin de la présente phase (juillet 1998) et que le contrat de l'expert prend fin en mai 1997. La mission note d'une manière générale également l'insuffisance de prise en compte de la dimension élevage dans les actions d'aménagement/restauration, ainsi qu'une collaboration très timide avec les services de l'élevage. Cette situation devrait être corrigée au plus vite.
Face à l'important retard dans l'élaboration des plans d'aménagement et dans la connaissance des éléments de base, ces activités devraient être considérées comme prioritaires par le projet d'ici la fin de la phase. Pour ce faire, le projet devra sans tarder définir un guide pour l'élaboration des plans d'aménagement et de gestion des forêts et des terroirs sur base participative et intégrer toutes les composantes liées à l'aménagement. Le projet devra également définir un calendrier d'exécution des différentes étapes et élaborer avec les populations et les partenaires un programme d'activités clairement définies.
II n'existe pas à proprement parler de système de suivi-évaluation au niveau du projet, dans le sens d'un suivi systématique des activités et d'une évaluation des effets et impacts en dehors des rapports mensuels très partiels envoyés à la Direction du projet.
Cette situation peut s'expliquer par la difficulté du projet à élaborer des fiches techniques contenant des indicateurs pertinents d'impacts et le manque de personnel assigné à cette tâche. Le renforcement récent de l'équipe devrait permettre la mise en place d'un système de suivi-évaluation adapté aux différentes activités.
Dans ce sens, la mission recommande que la DSAFSE du projet réfléchisse au plus tôt sur l'élaboration de fiches de suivi-évaluation aux différents niveaux (direction projet/zone/poste/village) et sur la formation et responsabilisation des agents et villageois chargé de ce suivi. Le projet devrait organiser un séminaire sur le thème. Il pourrait se faire appuyer par la DSEFS de la DEFCCS pour son organisation et la confection des fiches, ainsi que par les autres partenaires dans leurs domaines particuliers.
Au niveau des villages, des villageois (jeunes diplômés, alphabétisés) pourraient être désignés pour assurer un suivi permanent. Cette tâche est par ailleurs complémentaire de l'étape auto-évaluation préconisée par l'approche participative.
Les différents facteurs positifs ayant influencé les résultats du projet sont les suivants:
- Volonté des différentes structures du développement rural et des autorités administratives de coordonner les différentes activités et d'harmoniser leur mode d'intervention sous l'impulsion de l'IREF et avec l'appui logistique du projet- Développement des outils de communication déterminant pour le développement des activités
- Bonne adhésion des populations aux actions de restauration et de plantations
- Dynamisme des groupements et plus particulièrement des GPF
- Valorisation des acquis techniques du PROGONA qui ont facilité le démarrage des activités de restauration/plantation du projet
- Bonne intégration des activités du projet au sein de l'IREF et de ses services décentralisés (secteurs/brigades)
Les principales contraintes rencontrées par le projet sont:
- Mise en place tardive du personnel chargé du suivi/évaluation et de la formation- Retard dans la mise à disposition des cartes thématiques fournies par le CSE pour les zones de Dagana et de Matam
- Enclavement et éloignement de certains sites du projet, surtout à Matam et dans une moindre mesure à Podor, où certains sites sont inaccessibles en saison des pluies
- Complexité de la situation socio-économique et foncière dans la zone d'intervention
- Taux d'analphabétisme élevé des populations Calendrier cultural des populations très chargé tout au long de l'année
- Faibles capacités financières et faible niveau d'épargne au niveau de la zone, qui handicapent la mise en oeuvre des MRL ou des activités d'aménagement
- Conditions du milieu (pluviométrie très faible et irrégulière, irrégularité des crues)
- Programme de lâchures non maîtrisé qui entrave fortement la programmation des activités de restauration et d'aménagement forestier.
La durabilité de certaines activités liées à l'aménagement ou à l'élaboration/mise en oeuvre de plans d'aménagement et de gestion des forêts et des terroirs ne peut pas se mesurer à mi-parcours.
Certaines activités sont d'ores et déjà bien maîtrisées par les populations (foyers améliorés, techniques de pépinières et plantations de haies vives et brise-vent, semis direct,...). Ces activités devraient pouvoir se poursuivre une fois le projet terminé. Le projet doit donc réfléchir aux modalités de leur transfert aux populations et à l'IREF (suivi).
Le processus d'intégration des activités du projet au sein des structures pérennes est bien engagé. La diminution progressive de l'assistance technique extérieure (diminution de l'expertise internationale de 3 à 1) permettra de mesurer en fin de phase la capacité réelle de relève par les agents du service forestier des activités du projet. Ceux-ci par ailleurs ont bénéficié d'une bonne formation/recyclage et de moyens logistiques accrus pour le développement des activités forestières.
L'appui à la création et/ou fonctionnement de cadres de concertation aux différents niveaux et la recherche de moyens permettant leur opérationalité constituent également un atout pour la pérennisation des différentes activités.
En ce qui concerne la régionalisation, les décrets d'application n'étant pas encore sortis au moment de la mission, il apparaît difficile d'anticiper sur les conséquences de la mise en oeuvre de celle-ci sur les activités du projet. Toutefois, la mission note que le projet s'inscrit bien dans le processus de régionalisation et plus particulièrement au travers de son rôle d'appui-conseil aux populations et collectivités décentralisées dans la gestion des ressources forestières (qui constitue par ailleurs un des domaines de compétence transféré). Dans ce sens, on peut dire que la régionalisation ne remet pas en cause le projet, mais le conforte dans son rôle.