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III - Evaluation des données collectées et des méthodologies utilisées.

3.1. Fiabilité des informations disponibles sur les produits forestiers

Dans ce chapitre, il faudra distinguer la fiabilité des informations statistiques sur les produits forestiers locaux ou nationaux, c'est à dire ceux produits localement, et directement consommés par les ménages producteurs ou qui animent le commerce intérieur, de celle des données statistiques sur les produits forestiers qui entrent dans le circuit du commerce international.

3.1.1. Fiabilité des données disponibles sur les produits forestiers locaux

Ce domaine est caractérisé par une très faible quantité d'informations disponibles, et même celles qui existent sont incomplètes et basées sur des estimations difficilement vérifiables. Dans cette même catégorie, on peut distinguer la fiabilité des données relatives aux produits provenant des plantations forestières privées de celle des produits issus de plantations forestières étatiques.

3.1.1.1. Fiabilité des données sur les produits forestiers du domaine privé

Dans la plupart des cas, ces données n'existent pas et quand elles sont disponibles elles sont basées sur les estimations. Les éléments qui entrent dans ces estimations sont l'effectif de la population et les résultats d'enquête sur la consommation du bois au Rwanda. L'interprétation des résultats de différentes enquêtes réalisées à des périodes différentes, par diverses institutions peuvent arriver à des données contradictoires.

Quand l'on sait que le dernier recensement général de la population date 1991, on comprend que les estimations qui mettent en jeu un tel paramètre sont sujettes à de faibles précisions.

On sait par expérience que les produits forestiers non directement consommés par les ménages producteurs sont écoulés sur le marché intérieur et qu'ils occupent une place plus importante que celle des produits provenant des boisements étatiques.

Au chapitre des produits commercialisés, la situation n'est guère meilleure ; les données disponibles sont fragmentaires voire contradictoires parfois, car elles résultent de pures estimations ou des enquêtes à efficacité douteuse. Ce commerce est aussi fait en violation de la loi portant organisation du régime forestier au Rwanda, parce que son application stricte permettrait de disposer dans une certaine mesure de données fiables .

3.1.1.2. Fiabilité des donnés statistiques des produits forestiers du domaine étatique

Les produits forestiers concernés sont généralement le bois rond. Des informations fiables sur les quantités exploitées et sur les prix plus ou moins fiables peuvent être collectées régulièrement.

Cependant après cette étape, les autres données sur l'utilisation, la transformation et la commercialisation des produits ne sont basées que sur de pures estimations ou extrapolation des résultats d'enquêtes occasionnellement réalisées. La fiabilité de ces données peut être qualifiée de moyenne.

 

3.1.2. Fiabilité des données statistiques relatives au commerce international des produits forestiers

Une importante quantité d'informations sur les importations et les exportations du bois est disponible. Les données sont collectées régulièrement et traitées par un personnel statisticien et informaticien qualifié.

Les informations collectées sont plus ou moins complètes et très fiables.

Cette affirmation est renforcée par le fait que la contre bande des produits forestiers n'est pas active dans notre pays et que le gouvernement a pris des mesures énergiques contre la fraude.

 

3.2. Evaluation des méthodologies utilisées

Au vu de faibles quantités de données disponibles sur le secteur forestier en général et sur les produits forestiers en particulier, on peut conclure à l'inefficacité des méthodologies utilisées. Cependant comme on le verra plus loin, les méthodologies de collecte et de traitement des données varient d'une institution à une autre et il en est de même de la fiabilité des données disponibles.

Le système de collecte national manque de coordination même si la Direction des Statistiques du MINICOFIN est censée centraliser toutes les données disponibles à l'échelle nationale.

Mis à part la BNR qui a un système éprouvé de collecte des données statistiques ; rares sont les institutions au niveau national qui considèrent la collecte des données sur les produits forestiers comme une activité à part entière pour laquelle il faut établir un rapport périodique.

Pour la plupart des institutions, l'on ne peut pas parler d'une véritable activité de collecte ; car du fait de leurs activités, il peut arriver que des informations partielles sur les produits forestiers figurent dans leurs rapports d'activités.

Les méthodologies couramment utilisées pour collecter les données statistiques sur les produits forestiers sont les enquêtes ou enregistrements réguliers selon que l’on se situe dans le secteur informel ou formel des activités.

Les agences et les ONG ont souvent recours aux enquêtes tandis que les institutions publiques se basent sur des organigrammes très hiérarchisés qui leur permettraient de collecter les informations de façon systématique et régulière.

Pour illustrer ces différents cas et mieux présenter les différentes méthodologies, nous allons nous servir des cas d’exemple dans chaque système de collecte (système des ONG et système des institutions publiques).

 

3.2.1. Système de collecte des données par les ONG.

Les ONG qui interviennent dans le domaine forestier contribuent de temps en temps à la collecte des données grâce aux études réalisées dans le cadre de la mise en place de projets forestiers. En effet, pour faire une bonne planification, il faut avoir des données solides de base décrivant la situation actuelle pour faire des projections plus réalistes. C'est donc à l'occasion des études de faisabilité de projets que les experts consultants mandatés essaient de décrire la situation en menant leurs propres enquêtes sur le terrain.

Ce système d'enquête pour la collecte des données n'est pas l'apanage des seuls consultants des ONG, parce que les institutions publiques recourent souvent aux enquêtes pour décrire la situation à l'occasion d'étude de faisabilité d'un projet forestier de développement. L'étude sur la valorisation du bois de la crête Congo-Nil commandée par le MINAGRI et réalisée par Tecsult Foresterie en 1997 en est un exemple parmi tant d'autres.

3.2.1.1. Points forts du système de collecte des agences et ONG

En général les agences et ONG disposent d'importants moyens financiers, elles emploient un personnel qualifié et très expérimenté.

3.2.1.2.Points faibles du système de collecte des agences et ONG

Les enquêtes qui permettent de collecter une certaine quantité de données sont de courte durée et portent sur une petite étendue du territoire.

En amont comme à l'aval de l'action, on ne retrouve pas une motivation" données statistiques" parce que la principale activité de ces ONG n'est pas la collecte des données. C'est donc une action très secondaire qui contribue de façon indirecte à la disposition des données. Il s'agit plutôt de chercher un outil en état de servir que d'en fabriquer.

En plus, quel que soit le professionnalisme et les compétences des consultants on peut se poser des questions sur l'objectivité des résultats d'enquêtes dans la mesure où déjà au départ, ils ont un mandat autre que la collecte des données. Il y a lieu de redouter une manipulation des résultats d'enquête. On ne retrouve pas dans ce genre de rapports de données collectées mais plutôt leur interprétation.

3.2.2. Evaluation des systèmes de collecte des Institutions étatiques

Plusieurs Institutions ou Départements Ministériels sont impliqués à divers degrés dans la collecte des données sur les produits forestiers. Certains sont plus concernés que d'autres ou beaucoup plus engagés. C'est pour ces raisons que nous allons étudier les systèmes de deux Institutions, à savoir le MINAGRI qui est beaucoup plus concerné par la gestion des ressources forestières et la BNR qui est très engagée dans la collecte des données statistiques intéressant tous les secteurs de l'économie nationale.

3.2.2.1.Evaluation des systèmes de collecte des données, cas de la BNR

La BNR est un établissement public bancaire qui a dans ses attributions, la collecte régulière des données statistiques sur les biens et services intéressant la santé de l'économie nationale. C'est dans ce cadre qu'elle collecte d'importantes informations sur les produits forestiers.

3.2.2.1.1.Points forts du système de collecte de la BNR

La BNR dispose d'un service permanent dont les attributions sont la collecte et la diffusion de l'information statistique. Les activités de ce service sont coordonnées par la DES. Elle dispose d'un personnel informaticien et statisticien très qualifié et d'un équipement informatique (ordinateur+logiciel) très performant pour le traitement des données statistiques.

Les données sont régulièrement enregistrées grâce au dépouillement de différents documents de douane et des licences d'importations.

Enfin, l'un des atouts de la BNR est qu'elle publie un bulletin trimestriel des statistiques.

3.2.2.1.2.Points faibles du système de collecte de la BNR

Malgré le professionnalisme qui transparaît dans le système de collecte, il faut noter que tous les aspects des produits forestiers ne sont pas couverts. C'est le cas des produits forestiers locaux qui entrent dans le commerce intérieur ou qui sont directement consommés dans les ménages producteurs.

 

3.2.2.2. Evaluation des systèmes de collecte des données, cas du MINAGRI

Le MINAGRI est le Ministère qui a les forêts dans ses attributions. A ce titre, il définit et oriente la politique nationale en matière de foresterie. Pour bien s'acquitter de cette tâche, le MINAGRI est sensé détenir d'importantes informations sur le secteur forestier national.

3.2.2.2.1.Points forts du système de collecte du MINAGRI

Le MINAGRI présente un système potentiellement efficace dans la mesure où ses services couvrent tout le pays. Il est représenté par un agent à tous les échelons administratifs jusqu'au niveau communal. Même au niveau le plus bas (Secteur et Cellule), le MINAGRI peut compter sur la coopération des populations rurales pour la collecte des données ou sur la collaboration des agents de base de l'administration du territoire.

Les données sont collectées à travers les rapports trimestriels d'activités établis par les agents du MINAGRI. Les rapports d'activités relatives au secteur forestier sont synthétisés par la DF.

Par ailleurs la DPES est sensée détenir les données statistiques de tous les secteurs couverts par le MINAGRI. Ces secteurs d'activités sont l'Agriculture, l'Elevage et les Forêts.

En ce qui concerne le traitement des données, il y a lieu de noter que du moins la DF est suffisamment outillée en matériel informatique.

 

3.2.2.2.2.Points faibles du système de collecte du MINAGRI

Le moins que l'on puisse dire est que le domaine des statistiques forestières et plus particulièrement le domaine des produits forestiers est l'enfant pauvre du minagri.

Les grandes raisons à cette situation peuvent se résumer par ces quelques lignes :

L'insuffisance des crédits alloués au secteur forestier.

Faible intérêt accordé à la collecte des données statistiques sur le secteur forestier.

L'insuffisance des crédits alloués au secteur forestier

Le manque des moyens financiers se traduit par l'insuffisance qualitative et quantitative du personnel forestier. En effet, certains postes de l'organigramme du MINAGRI sont vaquants ou occupés par des agents non qualifiés. Le MINAGRI dispose actuellement de 12 ingénieurs forestiers et de 46 techniciens forestiers sur un total requis de 23 ingénieurs forestiers et 156 techniciens forestiers.

Les quelques moyens dont peut disposer le MINAGRI sont plutôt orientés dans la production que vers la collecte des données statistiques.

Le manque de moyens de déplacement est un handicap pour la collecte des données sur les produits forestiers tant au niveau siège, préfectoral et communal

Les agents forestiers de Préfecture et de Commune ne disposent pas d'un minimum de matériel de traitement des données (calculatrices scientifiques).

Quelques agents forestiers qui ont accès à l'outil informatique ne sont pas formés à son exploitation aux fins des statistiques forestières.

Faible intérêt accordé à la collecte des données statistiques sur le secteur forestier

Le manque des moyens financiers ne peut pas à lui seul expliquer les graves lacunes et manquements que l'on observe dans le domaine des statistiques forestières au niveau national.

On a plutôt l'impression que le domaine des statistiques n'a jamais été une priorité à un quelconque niveau de prise de décision.

La collecte des statistiques forestières comme activité qui incombe au MINAGRI et en particulier à la DF n'est pas clairement affirmée dans les différents textes et appellations officiels.

La lecture de l'article 25 de la loi forestière donne l'impression que le service d'inventaire a pour rôle de collecter les données d'inventaire classique, c' est à dire celles directement liées à l'aménagement forestier (volume sur pieds, capacité annuelle, superficie, etc.). Il en est de même de la désignation du service qui est sensé tenir les données statistiques sur le secteur forestier. Ce service est désigné comme suit : "Section d'Inventaire Forestier" ; le mot "Statistique" n'apparaît pas de façon très nette dans cette appellation. Le mot "Inventaire" n'étant pas synonyme de "statistique", certaines données ne peuvent pas être collectées au cours des opérations d'inventaire classique.

3.3. Conditions d'utilisation des données et de leur dissémination

Comme nous l'avons vu plus haut, la plupart des départements et ONG participe indirectement à la collecte des données en établissant leurs rapports d'activités.

Par contre, d'autres institutions ont la vocation de collecter les données soit pour s'en servir, soit pour les mettre à la disposition des utilisateurs. Je cite le cas de la BNR et du MINAGRI.

3.3.1. Cas de la BNR

Généralement la BNR tient à la disposition du public ses banques des données. Cependant pour y accéder, une requête écrite est requise autant pour les particuliers que pour les officiels. En cas d'une suite favorable, on peut collecter les données en consultant les documents ou en s'entretenant avec les responsables directement concernés.

3.3.2. Cas du MINAGRI

Outre son rôle de planificateur et de concepteur de la politique nationale dans les secteurs de l'agriculture, de l'élevage et des forêts, le MINAGRI a le devoir de former et d'informer ses partenaires.

A ce titre, grâce à ses services, les informations sont mises à la disposition du public, à travers tout le pays mais surtout là où il est représenté par ses agents. Chaque année, le rapport synthétique est diffusé à tous les départements ministériels et aux organismes nationaux ou internationaux œuvrant dans le domaine agricole.

Le MINAGRI dispose aussi d'un centre de documentation ouvert au public ; divers documents sont consultés sur place.

Concernant spécialement les données statistiques, le MINAGRI diffusait un bulletin semestriel des statistiques agricoles jusqu'avant 1994, cette publication a été arrêtée avec l'intensification de la guerre. Ce bulletin était publié dans le cadre du projet "Enquête Agricole" financé par l'USAID. Les données sur le secteur forestier n'occupent qu'une place très secondaire.

Actuellement le projet "Food Security Research Projet" financé par l'USAID tente de relancer la publication de ce bulletin qui sera cette fois ci trimestriel. Mais d'après les entretiens que j'ai eus avec le Coordinateur dudit projet, il ne sera pas fait cas des statistiques forestières dans le prochain bulletin des statistiques agricoles.

 

 

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