Résumés des sciences aquatiques et halieutiques (ASFA)

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Réflexions sur l’eau : Juan Manuel Ordoqui

11/05/2023

par Silvina Perez, Biblioteca de la Facultad de Veterinaria, Universidad de la República, Uruguay

Juan Manuel Ordoqui, âgé de 24 ans, est né dans le département de Rivera, au nord de l’Uruguay. Il est étudiant avancé en sciences biologiques à la Faculté des sciences de l’Université de la République. Depuis son enfance, il ressent une affinité particulière avec les animaux et la nature. Juan Manuel est activiste au sein de l’ONG Karumbé, qui sauve les tortues marines, et de l’ONG Socobioma, dédiée à la conservation de la biodiversité. L’année dernière, il a soumis un projet à National Geographic dans le cadre du programme « Young Explorers 2021 ».

Son projet intitulé « Étude exploratoire d’une potentielle aire marine côtière protégée » a été sélectionné parmi 25 participants sur des milliers dans le monde. L’objectif est de recenser la biodiversité de Playa Verde à Maldonado, en Uruguay, et d’intégrer cette zone au Système National des Aires Protégées.

Premier contact : « C’est incroyable de pouvoir regarder quelque chose qui n’a pas de limites »

Le premier contact de Juan Manuel avec la mer remonte à son enfance, lors de promenades sur la côte. Sa mère raconte que lorsqu’il a vu la mer, il est resté silencieux, absorbé, la bouche ouverte, fasciné... « C’est incroyable de pouvoir regarder quelque chose qui n’a pas de limites ». Vivant dans le département de Rivera, son contact avec la mer se limitait aux vacances, quand il partait avec sa famille sur le littoral. Il nous confie qu’aujourd’hui encore, l’immensité de l’océan le subjugue.

Dès son enfance, Juan Manuel avait un amour particulier pour la nature et les animaux. Il cherchait toujours des espaces à explorer et sauvait ou aidait un animal blessé ou affamé. Inspiré par les documentaires animaliers qu’il regardait, il rêvait qu’un jour sa passion devienne une vocation à temps plein.

Venir s’installer à Montevideo à 18 ans a marqué un grand changement dans sa vie.

Cela lui a permis de rejoindre Karumbé : « ça a été pour moi la plus belle année de ma vie. C’est l’endroit où j’ai grandi, où je me suis senti partie d’une famille, d’un groupe travaillant sur des enjeux qui me passionnent et qui m’ont toujours motivé. » Pendant son temps libre, il en profitait pour s’occuper des tortues.

Juan Manuel est actuellement membre actif de Karumbé et de Socobioma, organisations engagées dans la conservation animale, l’écologie et la biodiversité.

Depuis 2019, il collabore également avec le PCMU (Programme pour la Conservation des Chauves-souris en Uruguay). Il travaille aussi dans une entreprise spécialisée dans l’écotourisme : « J’ai eu beaucoup de chance car en 2020, j’ai réussi à décrocher un emploi lié au tourisme durable, dans une agence. J’ai pu travailler et voyager à travers le pays. Cela a contribué à ma formation. »

National Geographic et une grande opportunité

Sa mère lui avait parlé de l’appel à projets des Young Explorers et lui avait dit : « regarde, un jour ça pourrait être toi ».

Le projet a été présenté via Karumbé, avec l’appui de la coordinatrice scientifique de l’ONG, Gabriela Vélez-Rubio, et de la coordinatrice en éducation environnementale, Ayelén Pacheco.

En décembre 2021, Juan Manuel a reçu un e-mail de National Geographic avec une grande nouvelle : il faisait partie des « jeunes explorateurs 2021 » sélectionnés, le seul représentant de l’Uruguay et un des huit choisis en Amérique latine.

« L’appel existe depuis quatre ans. C’est un programme destiné aux jeunes explorateurs, comme un programme “graine”, un appel public ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans porteurs d’un projet en lien avec la conservation, l’environnement, le travail communautaire et l’éducation environnementale. »

Le but est de réaliser une étude exploratoire d’une zone marine côtière à Playa Verde et de constituer une base de données sur toute la biodiversité présente.

« Nous avons choisi Playa Verde car c’est un des derniers endroits dans l’intérieur du Río de la Plata où subsistent des macroalgues. Le Río de la Plata reçoit une forte influence de l’Atlantique, ce qui crée une grande diversité de salinité, de température et de nutriments. Un autre motif est la présence d’eau douce d’un côté et d’eau salée de l’autre. »

Cette zone est particulièrement connue pour ses fonds rocheux, l’abondance de macroalgues et la présence fréquente de tortues vertes (Chelonia mydas).

Plusieurs experts participeront au projet : biologistes, vétérinaires, volontaires de Karumbé et pêcheurs artisanaux locaux, qui jouent un rôle essentiel grâce à leur expérience unique.

Des équipements de plongée serviront à filmer et photographier sous l’eau afin de dresser un inventaire des espèces.

Les données collectées seront présentées au Système National des Aires Protégées du Ministère de l’Environnement pour tenter de faire inscrire Playa Verde sur la liste des paysages protégés.

« En plus de cet inventaire de biodiversité, nous voulons étudier le comportement des tortues vertes : savoir si leur présence est saisonnière, si elles restent au fond, si elles remontent uniquement pour se nourrir. Nous y parviendrons grâce à la vidéo, sans contact physique avec les animaux, uniquement par l’image. Nous voulons aussi centrer le projet sur l’éducation environnementale, en travaillant avec des écoles et en montrant aux enfants, par des photos et des films, combien le monde sous-marin est fascinant. »

L’avenir : conservation et espoir

« Ce que je vois pour l’avenir, c’est qu’il y a un futur possible... beaucoup de jeunes se mobilisent et font entendre leur voix... et avec cette sélection par National Geographic, cela donne de l’espoir. J’étais un des 25 jeunes sélectionnés dans le monde, tous âgés de 16 à 25 ans, ce sont eux qui façonnent l’avenir. Je sais qu’en matière de conservation, nous sommes à un point critique, mais je crois qu’il est encore temps, collectivement, de recharger nos batteries et de freiner la destruction, d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Il faut rester attentif et écouter les problèmes qui nous concernent tous, car tôt ou tard, tout finit au même endroit. »

Pour aller plus loin

https://www.nationalgeographicla.com/ciencia/jovenes-lideres-latinoamericanos-son-elegidos-como-young-explorers-2021