Haïti

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À première vue

Situé dans les Caraïbes, au sein des Grandes Antilles, Haïti couvre une superficie d’environ 28 000 km², soit près d’un tiers de l’île d’Hispaniola, et partage une frontière avec la République dominicaine. La topographie du pays est dominée par des montagnes escarpées, qui couvrent  près de 75 pour cent du territoire.

Le pays dispose d’une côte de 1 530 km et d’un climat tropical chaud et humide, favorable à une flore et une faune diversifiées, avec des précipitations concentrées durant les deux saisons des pluies: avril–juin et octobre–novembre. 

Malgré son classement parmi les pays les plus pauvres du monde (166e sur 193 selon l’Indice de développement de la Banque mondiale), l’agriculture reste un secteur central pour les moyens de subsistance, impliquant directement ou indirectement près de la moitié de la population (Banque mondiale, 2023). 

Crise humanitaire

Depuis 2021, la situation humanitaire et sécuritaire en Haïti atteint des niveaux de gravité sans précédent. 

En 2025, 51 pour cent de la population — soit environ 5,7 millions de personnes — se trouve en situation d’insécurité alimentaire aiguë (phase 3 ou plus de l’IPC), contre 4 millions en 2021 et 4,9 millions en 2023. 

Cette détérioration s’inscrit dans un contexte de dégradation généralisée de la situation nationale depuis 2021, marqué par une insécurité alarmante, notamment dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, où les gangs armés contrôlent une grande partie de la ville et étendent progressivement leur présence, en particulier dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre. 

Les affrontements entre gangs (conflits territoriaux) et les formes de violence exercées sur les populations (violences sexuelles, enlèvements, entre autres) perturbent les chaînes d’approvisionnement, limitent l’accès aux terres agricoles et provoquent des déplacements internes massifs (plus de 1,4 million de personnes en 2025). Entre 2024 et 2025, 1,4 million de personnes déplacées internes (PDI) ont été identifiées, marquant une augmentation de plus de 100 pour cent en un an. Au-delà des PDI, Haïti fait également face à une hausse marquée du nombre de personnes rapatriées de force depuis la République Dominicaine. 

Parallèlement, la conjonction de chocs climatiques et économiques aggrave la fragilité de la situation humanitaire. Les phénomènes tels que les inondations causées par des pluies supérieures à la normale durant la saison cyclonique, les ouragans ou encore les sécheresses entraînent des pertes récurrentes de récoltes et une réduction de la qualité de la production alimentaire locale. 

La vulnérabilité d’Haïti aux catastrophes naturelles accroît le risque d’insécurité alimentaire et renforce la dépendance du pays aux importations alimentaires. La poursuite de cette dépendance, combinée aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, rend le coût du panier alimentaire moyen de plus en plus inabordable et accentue un profond mécontentement social lié à la vie chère, devenue un symbole d’injustice économique et sociale. 

Ces dynamiques reflètent un engrenage complexe entre insécurité alimentaire, crise de gouvernance, marginalisation économique et violence, qui entretient une instabilité structurelle. Si elle n’en est pas le seul facteur déclencheur, la détérioration de la sécurité alimentaire a contribué, ces dernières décennies, à l’émergence de mouvements de protestation ayant entraîné des répercussions politiques et économiques majeures. 

 

Insécurité alimentaire

Haïti figure parmi les cinq pays au monde dont la population est la plus confrontée à une insécurité alimentaire aiguë. L’ampleur de cette insécurité s’aggrave de manière alarmante depuis 2018. Depuis 2024, les données montrent qu’en moyenne un Haïtien sur deux souffre d’insécurité alimentaire aiguë (IPC Phase 3 ou plus). Depuis septembre 2025, 5,7 millions de personnes sont estimées être en Phase 3+ selon l’analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) pour la période de septembre 2025 à février 2026. 

L’insécurité alimentaire n’est pas un phénomène nouveau en Haïti et ne peut être expliquée uniquement par la recrudescence de la violence liée aux gangs. Parmi les principaux facteurs contributifs figurent : 

  • La perturbation des chaînes d’approvisionnement ; 
  • L’accès limité aux terres agricoles ; 
  • Le déplacement de populations ; 
  • La conjonction de chocs climatiques et la dégradation de la sécurité économique du pays ; 
  • Une forte dépendance aux importations alimentaires, qui augmente le coût de la vie et rend le panier alimentaire de plus en plus inaccessible pour les ménages haïtiens ; 
  • L’affaiblissement progressif du système agroalimentaire, délaissé depuis plusieurs décennies malgré son importance stratégique. 

 

L’érosion de la base productive agricole découlant de cet affaiblissement a provoqué un exode rural massif à partir des années 1970, poussant des centaines de milliers de personnes à migrer vers des zones urbaines souvent surpeuplées et offrant peu d’opportunités de sortie de la pauvreté. 

 

Agriculture 

L’agriculture et ses activités connexes représentent toujours la principale source de revenus de la population. Socle historique des moyens de subsistance en milieu rural, elle constitue un levier essentiel pour renforcer la résilience des communautés. 

Cependant, ce secteur a connu un déclin progressif en raison du faible niveau d’investissement dans les terroirs ruraux et les filières stratégiques, limitant ainsi sa contribution à l’économie nationale. Parmi les principaux défis figurent : 

  • L’insécurité liée à la violence armée et à l’augmentation des activités criminelles à grande échelle ; 
  • Des capacités humaines et institutionnelles limitées ; 
  • Des lacunes dans la mise en œuvre des politiques ; 
  • Une coordination insuffisante en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle ; 
  • Des données agricoles insuffisantes ; 
  • Une faible productivité des cultures ; 
  • Des problèmes de santé animale ; 
  • Une utilisation limitée des ressources halieutiques continentales et marines ; 
  • Une planification inadéquate de l’utilisation des terres ; 
  • Des services de soutien insuffisants pour les agriculteurs relocalisés et les populations déplacées ; 
  • Une gestion durable insuffisante des ressources forestières et hydrauliques ; 
  • Des capacités limitées en matière de transformation, de commercialisation et d’application des normes de qualité et de sécurité ; 
  • Une forte vulnérabilité aux crises et aux chocs environnementaux ; 
  • Des inégalités de genre persistantes dans le secteur agricole. 

 

En 2025, parmi les neuf zones classées en Phase 4 de l’IPC, sept sont principalement rurales. Environ 75 pour cent des personnes les plus touchées par l’insécurité alimentaire en Haïti vivent en zone rurale et dépendent de l’agriculture pour leur survie. Même en contexte de crise, les petits exploitants agricoles, les éleveurs et les pêcheurs jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement alimentaire de leurs communautés.