Réduction des émissions provenant du déboisement et de la dégradation des forêts REDD+

Quelles sont les causes de la déforestation en Afrique de l’Ouest ?

Une nouvelle évaluation régionale identifie les moteurs de la perte de forêts et propose une étude collaborative pour orienter une action plus intelligente, fondée sur les données.

06/08/2025

L’Afrique de l’Ouest abrite environ 72 millions d’hectares de forêts et de zones humides, essentiels pour les populations, la biodiversité et la résilience climatique. Mais ces écosystèmes sont menacés de disparition à un rythme alarmant. Qu’est-ce qui alimente ce phénomène ? Et que peut-on faire pour y remédier ?

Une nouvelle évaluation régionale menée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Asdi) examine de plus près les causes directes et indirectes de la déforestation et de la dégradation des forêts entre 2015 et 2020. Réalisée dans le cadre de l’initiative Transformation mondiale des forêts pour les populations et le climat, cette étude constitue à ce jour l’analyse la plus complète sur l’évolution des forêts en Afrique de l’Ouest.

Comprendre les moteurs

Quelles sont les causes les plus fréquentes de la perte de forêts ? L’agriculture à petite échelle, l’exploitation forestière artisanale et les incendies. Ces facteurs sont présents dans plus de la moitié des parcelles étudiées, l’agriculture à petite échelle étant identifiée comme le principal moteur.

L’étude montre que ces moteurs agissent rarement isolément. Les combinaisons les plus fréquentes incluent l’agriculture à petite échelle, les incendies et l’exploitation artisanale – ce qui indique des usages intégrés des terres, où les communautés utilisent le feu pour défricher les forêts à des fins agricoles et extraient du bois pour leurs besoins domestiques ou pour le revenu. Dans de nombreuses zones, ces activités coexistent avec d’autres pressions telles que l’expansion des routes et l’urbanisation.

À l’échelle nationale, des différences se dessinent. Le Nigéria présente les plus fortes occurrences d’exploitation forestière artisanale et d’urbanisation, tandis que la Côte d’Ivoire se distingue par l’agriculture industrielle et la conversion en prairies. En Gambie, les changements liés aux incendies sont particulièrement nombreux, soulignant la diversité des pratiques de gestion des terres dans la région.

Comment l’étude a été menée

L’évaluation s’appuie sur plusieurs sources de données :

  • Une revue systématique de la littérature (174 sources en anglais et en français) pour identifier les moteurs potentiels ;
  • Un exercice participatif de classement avec des experts issus de huit pays d’Afrique de l’Ouest ;
  • Une analyse géospatiale utilisant des images satellites gratuites à haute résolution et un échantillonnage de 64 000 parcelles ;
  • Une interprétation visuelle grâce à des outils tels que Collect Earth et Google Earth Engine pour classifier l’usage des terres et détecter les changements.

Cette approche rigoureuse, progressive et transparente est conçue pour être reproductible et adaptable. Elle s’inspire de méthodes utilisées précédemment en Afrique centrale et a été adaptée au contexte ouest-africain avec une forte implication des acteurs nationaux à chaque étape.

Pourquoi c’est important

Jusqu’à présent, de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest peinaient à produire des données fiables et spatialisées sur les moteurs de la perte de forêts. Cette évaluation comble des lacunes importantes et crée une compréhension régionale partagée que les pays peuvent exploiter pour cibler leurs interventions de manière plus efficace.

Il est également crucial de reconnaître que de nombreux moteurs de la déforestation sont liés à la pauvreté et aux moyens de subsistance. L’agriculture de subsistance et la collecte de bois de feu répondent aux besoins quotidiens des populations rurales. Lutter contre la déforestation ne peut donc être dissocié des questions de subsistance, de droits fonciers et de sécurité alimentaire. Les solutions doivent être intégrées et inclusives.

Et maintenant ?

Le rapport propose plusieurs étapes concrètes :

  • Les pays d’Afrique de l’Ouest sont encouragés à adapter la méthodologie aux niveaux national et infranational ;
  • Des programmes de renforcement des capacités sont nécessaires pour appuyer les équipes techniques dans le suivi et l’analyse des données ;
  • La participation communautaire peut être renforcée pour assurer l’appropriation locale des données et des processus de suivi forestier ;
  • La coopération régionale pourrait être approfondie à travers des outils, plateformes et formations partagés.

Ce travail s’inscrit dans l’appui plus large de la FAO à travers l’initiative, visant à améliorer les systèmes de suivi forestier et à promouvoir des pratiques durables d’utilisation des terres et des forêts. Il soutient et complète le Plan de convergence forestier de la CEDEAO ainsi que les efforts REDD+ en cours pour réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts.

Une base pour l’action

En identifiant clairement les principaux moteurs de la perte de forêts et leurs interactions, ce nouveau rapport offre un outil précieux pour les gouvernements, les chercheurs et les communautés. Il démontre aussi que le suivi forestier fiable et détaillé est à la fois faisable et utile, surtout lorsque les experts nationaux sont impliqués dès le départ.

Dans une région où les populations dépendent largement des forêts et où les pressions – comme l’expansion agricole et la demande en bois énergie – s’intensifient, disposer d’informations ciblées est essentiel. Cela permet aux pays de prioriser les bonnes actions, d’élaborer des politiques plus réactives et d’orienter leurs ressources vers les zones et les enjeux les plus critiques.

Pour approfondir les résultats et découvrir les outils développés dans le cadre de cette initiative, consultez le rapport complet et les ressources associées publiées par la FAO en anglais et en français.

En savoir plus sur la Composante 1 du projet “Transformation mondiale des forêts pour les populations et le climat”, qui soutient l’amélioration des données forestières pour la prise de décision en Afrique de l’Ouest :
https://www.fao.org/redd/initiatives/gtfpc/fa1/fr/

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