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La résilience au quotidien avec le Groupement « Haire »

24/03/2014 10:00 - 

En 2009, quand la sécheresse avait fait rage dans la bande sahélienne, la région du Kanem située à l’extrême ouest du Tchad, à la frontière avec le Niger, en avait été particulièrement touchée, avec plus de 200 000 personnes en situation d’insécurité alimentaire, soit 20%  de l’ensemble des ménages affectés par la sécheresse sur l’ensemble de la bande sahélienne au Tchad.

Dur labeur

Zarah Ali Abdoulaye, une femme de 40 ans, veuve et mère de trois filles et deux garçons, a fait de son mieux pour nourrir sa famille, et envoyer ses enfants à l’école durant cette période difficile. Malgré  toute sa bonne volonté, seuls ses trois aînés ont pu être scolarisés, les deux dernières restaient avec elle à la maison et aidaient aux tâches ménagères.

«C’est bien plus tard que j’ai compris que c’est parce qu’à la maison, on ne mangeait principalement que la boule (pâte de farine de mil), que nous étions faibles » raconte Zarah, « mais nous n’avions pas d’autres choix à l’époque, j’étais déjà contente de pouvoir remplir le ventre de mes enfants rien qu’avec cela», continue-t-elle.

L’histoire de Zarah et de sa famille en cette période-là n’était pas un cas isolé. Le déficit céréalier dans la zone sahélienne était à l’époque de 55,1% avec un pic dans la région du Kanem.

 Appui matériel et renforcement des capacités

Dès le début de l’année 2010, la FAO et ses partenaires ont décidé de soutenir les populations les plus vulnérables de la région, surtout les femmes seules, mères de jeunes enfants en proie à la malnutrition. Il s’agit d’un projet maraîcher initié par la FAO en 2010 qui soutient les familles pour qu’elles renforcent leur capacité de production malgré le changement climatique, qu’elles n’en pâtissent pas trop, mais au contraire, deviennent  résilientes.

A travers ce projet, les femmes sont initiées à la culture maraîchère pour améliorer l’alimentation de leurs familles, et par conséquent leur état nutritionnel, particulièrement celle des enfants qui pourront aller à l’école et grandir dans les meilleures conditions.

Le surplus de la production des légumes est vendu et le revenu ainsi obtenu permettra d’acquérir d’autres aliments, notamment des céréales et couvrir les besoins au quotidien. Le projet profite également à toute la communauté car ces légumes, cultivés à proximité, seront disponibles sur le marché à un prix abordable. Le projet ambitionne d’entretenir un cercle vertueux au niveau des communautés.    Après avoir pris part à la rencontre de présentation du projet dans leur village, c’est sans hésiter que Zarah et 14 autres femmes ont décidé de faire partie de l’aventure, et de monter le groupement « Haire », « le bonheur » en français.

« Nous avions formé une délégation qui s’est rendue à Mao pour formaliser notre constitution en groupement. L’appui a été très important : la FAO nous a d’abord aidés à nous constituer en groupement avec un bureau qui le dirige. Pour la première fois, nous avions pu effectuer des démarches administratives et retirer de l’argent à la banque ! L’Office Nationale du Développement Rural nous a ensuite montré la meilleure manière de cultiver les semences dans ce milieu», raconte Zarah avec enthousiasme.

Les gains sont considérables. « L’argent que je gagne de la vente des légumes m’a permis d’acheter des étoffes, des chèvres et débuter un élevage. Aujourd’hui, je possède 4 chèvres qui ont toutes des petits. J’ai pu construire une maison au village avec les bénéfices obtenus de la vente des produits maraîchers. Enfin j’ai acheté un âne pour mes déplacements lointains et pour le transport des légumes. Et maintenant que je peux m’approvisionner toutes les semaines au marché de Mao, je reviens à la maison avec du riz et du poisson séché pour le servir à mes enfants quand ils reviennent de l’école», avance une des membres du groupement, et amie proche de Zarah.

Des progrès

Les membres du groupement « Haire », dont Zarah est aujourd’hui la vice-présidente, elles font le vœu de se doter d’une pompe hydraulique pour l’accès à l’eau potable et d’un moulin pour faciliter la transformation des aliments. Zarah envisage de sensibiliser les femmes sans occupation, dans son entourage, à descendre dans les ouaddis pour prendre leur vie en main, construire leur autonomie financière et mieux subvenir aux besoins de leurs familles.

En quatre ans, 650 ménages ont eu accès à des terres fertiles grâce aux appuis de la FAO, et les 65 groupements qui se sont constitués dans le Kanem enregistrent une production d’environ 603 tonnes de produits maraîchers sur 45,5 ha au départ, jusqu’à environ 1 070 tonnes de produits maraîchers sur 55,4 ha actuellement. Ces activités ont généré un revenu supplémentaire de 160 USD/ménage en moyenne au commencement et de 242 USD/ménage actuellement.

Ces groupements, 65 créés, n’envisagent pas de s’arrêtent pas en si bon chemin. Plusieurs groupements ont acquis, de par leurs propres moyens, une deuxième pompe à eau motorisée, au vu du développement de leurs activités. Individuellement, de nombreuses femmes ont investi, en parallèle, leur argent dans d’autres activités génératrices de revenus en ouvrant un petit commerce qui propose diverses marchandises, des piles électriques, des pâtes ou encore du sucre.

Aujourd’hui les populations auparavant les plus vulnérables sont celles qui nourrissent la région. Malgré les menaces de sécheresses qui sévissent années après années, ces femmes continuent à cultiver la terre, gagnent en expérience et sont un pilier familial essentiel, voire de la communauté entière.

Submitted by: Valerie Andriamasinoro
FAO Office: FAO Office in Chad
Country: Chad