Somalie: «Nous ne pouvons pas attendre que la famine soit déclarée; nous devons agir maintenant».

Entretien avec Rein Paulsen, Directeur du Bureau des urgences et de la résilience de la FAO.

UN Photo/Fardosa Hussein

Le directeur du Bureau des urgences et de la résilience de la FAO, Rein Paulsen, s'exprime devant un abri de fortune au camp de personnes déplacées de Raama Cadeey à Baidoa, en Somalie, le 27 juillet 2022.

©UN Photo/Fardosa Hussein

05/08/2022

Rome - En Somalie, plus de 900 000 personnes, vivant pour la plupart en zone rurale, ont rejoint depuis janvier 2021 des camps destinés aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, afin d’échapper à la sécheresse et à l’absence de moyens de subsistance.

La famine risque de s’installer dans huit régions d’ici septembre 2022, si les mauvaises récoltes et la baisse de la production animale se généralisent, si les prix des principaux produits de base continuent d’augmenter et si l’aide humanitaire ne parvient pas à atteindre les plus vulnérables.

Le Bureau de la FAO en Somalie a besoin de toute urgence de 131,4 millions d’USD pour venir en aide à 882 000 personnes vivant dans 55 districts, en leur apportant immédiatement une aide vitale et axée sur la protection des moyens de subsistance. Les interventions destinées à prévenir la famine en Somalie ne sont financées qu’à 46 pour cent et font partie du plan d’intervention de la FAO face à la sécheresse dans la Corne de l’Afrique, qui inclut également le Kenya, l’Éthiopie et Djibouti. Les niveaux de financement restent faibles dans tous les secteurs, avec un financement à hauteur de 43 pour cent seulement au 4 août 2022 pour le plan d’intervention humanitaire en Somalie (2022).

Rein Paulsen est le Directeur du Bureau des urgences et de la résilience de la FAO. En tant que membre du Groupe des directeurs de programmes d’aide d’urgence, une équipe interinstitutions composée de directeurs de haut niveau issus de plusieurs institutions des Nations Unies et d’ONG, il s’est récemment rendu en Somalie où la famine pourrait commencer à sévir dès le mois prochain.

Comment la sécheresse affecte-t-elle la population?

La situation de la sécheresse et la façon dont les ménages vulnérables sont touchés nous préoccupent profondément. Je viens de m’entretenir avec une famille de sept personnes. Ils sont arrivés ici il y a sept mois [dans un camp destiné aux personnes déplacées]. Ce qui les a amenés ici, c’est la perte de leurs animaux d’élevage. Et ils sont venus parce qu’ils n’avaient pas les moyens de survivre en zone rurale. Ils vivaient à plus de 100 kilomètres d’ici.

Dans quelle mesure est-il urgent d’agir?

Les interventions menées pour lutter contre la faim commencent dans les zones rurales, au cœur de la crise, là où les communautés qui produisent des aliments sont le plus durement touchées par la sécheresse. Nous ne pouvons pas attendre que la famine soit déclarée; nous devons agir maintenant.

Pourquoi les mesures agricoles sont-elles importantes?

L’agriculture représente jusqu’à 60 pour cent du produit intérieur brut de la Somalie, 80 pour cent de ses emplois et 90 pour cent de ses exportations. Il est donc primordial que l’agriculture soit correctement appréhendée en tant que secteur d’intervention humanitaire de première ligne. Elle permet non seulement de répondre aux besoins, mais aussi d’atténuer de manière efficace les facteurs déterminants ces besoins. L’agriculture doit faire l’objet d’une attention et d’un financement accrus pour que des mesures puissent être prises en temps utile dans le cadre des campagnes agricoles.

Les personnes dans le besoin obtiennent-elles de l’aide?

Nous devons absolument intensifier notre action dans les zones rurales afin de venir en aide aux personnes vulnérables là où elles se trouvent. C’est l’approche la plus efficace et la plus humaine. Et cela doit impérativement être effectué de manière collective. Toutefois, je dois avouer que le niveau de l’aide fournie actuellement est insuffisant. Nous devons donc mettre en place des interventions multisectorielles, destinées à soutenir les moyens de subsistance. Et pour cela, nous avons besoin d’un financement beaucoup plus important de la part des donateurs.

Comment comptez-vous aider les personnes touchées?

Nous mettons particulièrement l’accent sur les moyens de subsistance. Il s’agit de fournir une aide financière en espèces pour permettre aux gens d’acheter la nourriture nécessaire à leur survie, mais également de maintenir leurs animaux en vie en leur fournissant d’urgence des aliments, des traitements vétérinaires et de l’eau en période de sécheresse, autant d’éléments d’une importance capitale. En dépit des enjeux liés à l’insuffisance des précipitations et à leur mauvaise répartition, nous devons également garantir une aide aux agriculteurs pour qu’ils puissent cultiver là où cela est possible, en particulier dans les zones fluviales qui permettent de pratiquer une agriculture irriguée malgré les difficultés liées aux précipitations. Ce sont des activités de ce type qui doivent être menées de manière concrète.

Recevez-vous les fonds nécessaires?

Compte tenu de l’ampleur de la crise, nous sommes confrontés à des problèmes urgents en matière de financement et s’agissant de recevoir l’attention voulue. Depuis le mois d’avril de l’année dernière, après des saisons successives de pluies insuffisantes, nous avons tiré la sonnette d’alarme pour demander une action anticipée et une intervention rapide, mais cela ne s’est pas concrétisé aux niveaux nécessaires. Les agriculteurs vulnérables sont contraints de se déplacer alors que les animaux meurent et que les récoltes sont mauvaises. Il est désormais impératif que nous nous mobilisions tous rapidement et à grande échelle.

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